‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 42 sur 155 · Chapitre VII - %'o.>aK«' «le l'i'^êque · texte numérisé non relu

Chapitre VII - %'o.>aK«' «le l'i'^êque

(les barricades. Les Anglais formèrent parmi eux une garde civique qui pouvait s'élever à 200 liommes au plus, ce (jui n'empêcha pas de i>orter sur des uavires tout l'argent, les [)apiers et les objets pluîs précieux; car, malgré les précautions, on était loin d'être rassuré.

« Les rebelles, d'ai)rès les lenseignements (jui étaient communiqués, recevaient à chaque instant du renfort; leur nom bre s'élevait, disait-on, à 10 mille, puis à lô mille et entin, on le portait à 20 mille, sans sa\<)ir bien au juste.

« Ce (pi'il y avait de plus certain, c'est (pi'<ui les voyait cainl)és à i>eu de distance de la \ ille, leurs étendards déployés et leurs armes étincelantes au soleil.

« Fa ce (ju'il y avait de i»lus à craindre encore, c'est qu'un bon nombre de C'antonais, domiciliés dans la concession anglaise, n'attendaient (jue le moment t;n orable jxuir se jcundre à eux et faire main basse sur les Européens.

« Et nous, qu'avions-nons pour résistf^r à tant de monde réuni f : ^

« Les Anglais coni])taicnt au |>lus un millier de ti'oupes régulières; je ne sais si, du côté <les Français, nos gens pou\ aient s'élever à 200; et ]>armi eux, plusieurs sortaient h |>eine de maladie!

« (-ependant, malgré cette inégalité du nombre et des moyens, on élait résolu à faire une vigoureuse résistance; mais on avait besoin de calme et derejtos; et nous allâmes chercher Tun et l'autre aux [>ieds du ^Sauveur des liouimes, en nous rendant au Sahit, qui, ce jour-là comme aux dimanches ordinaires, se donnait à G heures du soir.

« Tous les Pères fugitifs de Tong-ka-dou et de Zi-ka-weï s'y rendirent également avec bon nombre <le chrétiens; nous chantâmes les prières accoutumées; et il y eut \raiment (piel- (jue chose de touchant, lorscjue dans l'hymne adressée au S' Sacrement, toutes les voix réunies tirent entendre cette strojdie si bien appropriée à la circonstance:

O sahitMi-is liostia.

Quœ cœli pandis liostimii.

Bella premuut hostilia Da l'obur, ter auxilimnl

« On chanta aussi en l'honneur de la S"' \ierge, un «-antifiue, (lui, tout habituel qu'il soit^ trouvait son ai>plication bien juste en ce moment:

•Je mots ma confiance, ■ ' Vii'i->^-c, en votve seeours;

Servez-moi de «K'fensi' Kn tous lieux et toujours!

.>lgi' <iiiiilleiiifii

« Puis, avet' ces gages <le la héiiédictioii d'Eu-liaut, i)leiiis (le contiauee eu ( V^lui (|iii tient en sa main tous les événements (lu monde, nous retournâmes au milieu des dangers et des alertes tjui nous attendaient encore.

« La nuit tut en ettet assez agitée. Sur 10 missionnaires (jui se trcuivaieJit cliez les 1*. I*. Lazaristes, nous étit)ns .'> à veiller. On était éclairé i>ar l'embrasement du faubourg (|ui, projetant sa lumière sur toute la ville et les environs, nous mettait à l'abri de toute surprise; nniis, du reste, le eratiuenient <les éditiee> <pii s'écroulaient, les cris lointains, \vs c(Ui[)s de fusil et de mous(]uelerie <pii l'on tirait de tenii)s en tem[)s, tout cet enseml)le avait (luelcpie chose de sinistre et d'ettrayaiit.

« ^V minuit environ, nous entendons briseï- les \ itres d'une [)auvre masure chinoise dont nous n'étions séparés (jue par un espace vide de 2(M) pieds environ.

« Bientôt après, des cris sanglants se t'ont entendre: on demande grâce, on crie miséricorde; ces cris d'abord per<;ants, s'affaiblissent insensiblement, i)uis se changent en longs gémissements et sont en tin remplacés i>ar le silence de la inort.

« (^)ue se passait-il en cet endroit?

« >s^)us aurions \-oulu [>orter secours à ceux (pii étaient ainsi ihtns l'angoisse, mais comment sortir, lorsipie nous-mêmes nous étions abandonnés à notre iu'oi>re défense?

« Le lendemain, nous ap[uenions avec douleur que U [>ers<^)nnes inott'eusives étaient hï baignées (bms leur sang, ayant été [poignardées par quebpies rebelles (pii, évidemment, n'avaient d'autre but eu cela, (pie d'assou\ir leur i-age et leur vengeance.

« Une heure après cette scène tragi(jue, nous entendons f'rapi)er à notre porte; nous y courrons avji'c empressement, et nous reconnaissons, non sans émotion, la voix de ^NL de Kleczkowsky, qui venait nous visiter au milieu de nos iinpiiétudes.

« Ou se réjouit toujours de la prc'^sence d'un an)i au milieu du danger; mais (pie venait nous ann(mcer cette visite nocturne ?

— A4 heures ou à 10 heures du nuitin, s'écria le secrétaire d'ambassade, une attacpu' générale doit a\()ir lieu! Combien êtes-vous ici?

« — Une dizaine d'Européens et une dizaine de Chinois.

« — Avez-vous des fusils, des mous(]uets?

« — Non, nous n'avons (jue 4 fusils pour nous tous!

« — Eh bien, des le point du jour, allez v(ur le Commandant de la i)lace, et demandez-lui des fusils. S'il n'en a pas, allez chez le colonel, et ne revenez que lors(pie nous aurez des armes!

« — Combien compte-t-ou de rebelles, demandé-je à JM. de Kleczkowsk\?

<'liîi|>itre Vil - \o.>ais*' *'*' I"»'i<'«iiie

« — A peu piè.s H) mille, me dit-il, mai.s ii'im])oi'te, n'ayons pas j»eiu' et uoils eu vieudrou.s à bout! "

« Malgré ces paroles, uous étious loiu d'otre rassurés.

<^ Placés au poste le plus avancé des concessions Européennes, nous n'avions ni une seule barricade i)our nous protéger, ni ganles, ni jinnes; nous n'avions ])as nienie vue sur la rue pour nous détendre de ce côté; comment, avec si peu <le ressources, taii-e face à un danger aussi pres-'-aut l

«. Mais, à défaut de njoyens liumains, nous nous adressâmes encore à Noti'e-Seigneur, Lui c«n)tiant le soin de nos destinées, sacliant bien <pi'il ne tomlx'rait pas un chc\eu de notre tête sans sa pernussiouv

« Luml't 20. Les 4 heures annoncées comme le nn)ment de l'attaque arrivèrent entin. .\vec !'ai)i>ari1ion du Jour et la tin de l'incendie, la position i)rit <]uel(|iu' chose de moins triste; cependant, dans i'a|)prélienson d'une alerte soudaine, personne parmi nous ne célébra la S*'^ Messe.

« La nnitinée fut assez tranquille juscpi'à 10 heures, moment oti, du haut di' l'observatoire [thicé sur une des portes de la \ ille, on \ it les colonnes et les drapeaux des rebelles se nuittre en mouvcjnent.

« (-'était le moment de l'atta((ue, nuiis ils avaient change de i)lan.

« Ueponssésdu côté «lu faubourg de l'Est, ils semblaient \ (Hiloir cette fois s'avîincer du côté de l'Ouest.

« On Ht aussitôt descendre de la frégate la Forte un (UHachement de (50 hommes (ju'on divigea à leur rencontre, mais surtout (Unis la direction où se trouxnit un petit fort occupé par les troupes anglaises et un oflicier (h)iU hrvaleur était incapable de céder.

« A [>eine les rebelles furent-ils à la portée du cam)n, qu'on lit hur eux une décharge <iui leur abattit, dit-on, une ({uarantaiue d'hommes; il n'en fallut pas d'avjintage pour les obliger à se re])liei' suj' eux-mêmes et à regagner leur cani]).

« Pendant la Journée, un i>etit renfort <pii mms iirriva de Chu-San, fort de lioO hommes pour les Anglais et de ."iO pour nous, vint encore augmenter nos forces. Ce secours assez léger, mais sur\euu à propos, i»ermit d'établir un corps de garde à côté de nous, et nous donna la libc rté <le respirer un i)eu.

« Les préparatil's (le défense continuèrent à se faire comme la veille; les Anglais ju'irent dittérentes précautions dans l'intérieur de leurs maisons; mais, du reste, la nuit se passa comme les précédentes; l'incendie allumé répandait ses tristes lueurs sur la ville et les environs; de temi)s en temi)s des cris perçants et des coni)s de fusil résonnaient dans le lointain; et

IttJ*

nsr diiiilleiiiiii

eutiu, }KMulaiit tonte la unit, on ne eessa de faire nue garde vigilante, atin d'éviter tonte snipiise.

« Mardi 21. La journée s'annon(;a nn i)en i)lnt> calme que la in-éeédente; dans Taprès-niidi, la tranqnillité régnant partont, lions essavànies M. ranniônier delà <■< Forte ^> et moi, de taire nne exenrsion snr les dittéreuts [K)intis de la ville.

Xons unmtAmes d'abord à l'Observatoire, d'où nons vîmes les tron[>es des rebelles tonjonrs campées -i une certaine distance; <le là nous allâmes \ isiter les ruines encore fumantes de la pagode; ses dieux tétaient devenus la proie des tianimes, mais il y restait encore une fort belle porte en pierre, et un brûle-parfum en bronze que j'aurais bien désiré voir transporter eu France, comme un souvenir de ces terribles journées; i)uis, tournant du côté du port, nous avons pu faire le tour de la \ille, n<ms avançant jusqu'aux derniers retranchements, autant du moins <iue la i)rudence muis le permettait.

* Mais j'étais arri\é au bout de mes forces.

« Après trois nuits jiassées sans smnmeil, j'étais tellement harassé et en mènie temps surexcité, <iue, ne pouvant jtJus ni me tenir ilebout, ni dormir, je deujandai à nos confrères, au ris(iue <le passer pour peureux, la i>ermission d'aller ])asser la nuit à bor<l de la Forte, espérant trouver là un peu <le repos.

« -l'eus ettécti ventent tin sommeil non interrompu depuis les 1> heures du soir jus<|u'A 7 heures du matin; et je me sentis assez réconforté, pour retourner partager les alarmes et les craintes de nos confrères; mais au})ara\ant, je devais encore être témoin d'un drame propre à ces tristes journées.

« Lors(pie je quittais le navire, un chef de rebelles qui avait été pris la veille et qui était gardé sur la «Forte» pour être exécuté ensuite, jugeant (lu'il était mieux ]K)ur lui d'en tiiiir avec la vie, se jn-écipita du pont dans h' Meuve, On détacha aussitôt une embarcation pour aller à son secours; mais le Coiumaudant voyant (pi'il faisait effort pour couler à fond, ordonna (ju'on le laissât faire, aimant autant le voir s'exécuter luimême que d'avoir ce triste devoir à remplir.

« Mercredi 22. Une noii\elle, arri\ée le matin, semble devoir compliquer notre situation. On apprend qu'un grand nombre de barques apparaissent à l'embouchure du fleuve, et l'on sait d'ailleurs d'une manière certaine que ces barques ne peu-

i des rebelles.

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qu

« Ce qui coutirme encore cette opinion et augmente le danger pour nous, c'est que les troupes cantonnées aux environs de Cliaug-haï quittent leur premier campement pour tourner du côté du Nord, et cela leur donne la facilité d'o-

C'liH|>iti'e \'ll - V4».<»a;;«' <!«' l'é^éqn*'

pérer leur Jonction avec les autres et de tomber ensuite sur le quartier le moins défendu de la ville.

« De leur côté, les autorités Européennes regardant la position comme extrénient tendue, délibèrent pour envoyer un exprès aux rebelles et jivoir une explication avec eux.

«Quelle a été l'is-sue de cette entrevue, de (jueile manière les envoyés ont-ils été rectis; on ne sait, bien tpie dittérentes versions aient été données à cet égard; mais du moins, soit frayeur des Européens, soit dépit et convicticni de ne pouvoir réussir, soit entin (pu'icpies conditions (lui leur auraient été faites, dès ce moment, la contenance dvs rebelles est deventie moins menaçante, et la ville a commencé à rejnendre sa pbysiont>mie ordinaire.

« Dieu soit béni d'un changement aussi heureux! Dans peu de Jours, de nouvelles forces \"(»nt arriver du Nord ou de Hong- Kong, et avec 1000 lituumes de plus, on \ erra disparaître [tour toujours le danger qui avait nu-nacc celte \ ille et ses habitants.

«Tels sont ces i-ebelles axides de sang et «le pillage que plusieurs Euroi)écns n'avaient pas ciaint de re})résenter comme devant inaugurer une nouvelle ère religieuse en Chine.

« Que ipichpies-uns «le ces ])erturl)attMirs du repos {>ublic soient sortis de l'école du ministre jU'otestaut (îuslaf; (iiu" d'autres protestants aient eu des rapports a\ec eux, c'est possible; mais toujours le catholicisme rei»oussera ces moyens de ju-opagation aussi contraires aux enseignements «le l'Evangib^ qu'aux prinei[)es d'une viaie et sage j>oliti«]ue.

« Au moins cette crise, toute fâcheuse qu'elle ait été, aura-telle servi à faire briller la vertu «les bons et saints missionnaires de Chang-hai, «jui au plus fort du danger, se sont toujours luontrés égaux à eux-mêmes, pleins de sollicitinle pour leurs élèves et les nonibreux chrétiens «pii venaient cluMcher un asile auprès d'eux.

«Elle a servi à montrer aussi la patience de ces pauvres néophytes qui, dépouillés de tout ce «lu'ils avaient, ne laissaient pas échapper «le leur bouche une parole «pii sentît le murmure ou l'impatience.

« Deux fois, passant le soir le long du port. J'ai été on ne peut plus touché d'enten<lre b«)n nombre «le ces pauvres gens réciter leurs prières avec le calme «pi'ils auraient pu avoir au milieu de la plus complète sécurité.

« Ah! c'est que les chrétiens t1<lèles savent «lue nous n'avons pas ici de cité permauente, mais (|ue nous aspirons à la possession de cette Jérusalem céleste, où il n'y aura plus ni larmes ni soupirs, et où Dieu «lé«lommagera amplement ses élus de ce qu'ils ont souftért p«)ur lui sur la terre!

.flV^r <iiiiill4'iiifii

« l>;i (U'iiiièii' malle xciiiu' du Nord nous a aplanir la nouvelle (le la prise des forts de Ta-kon, et prohableiiieiit »|iraiijoiird'lmi Ton débat les articles du traité à 'rieii-tsiii.

« l'nisse eette uoii\<'lle jtaix nous ai>i»ortei' a\ee la lil)ert(> reliiiieuse. la reddition de nos anciennes éi>lises et de nos éditiees, connne déjà M. de La.urence Taxait obtenu; nous le <lésirons \i\<'nient, nioins encore i-oninu^ un axanta^e matériel que coninie un souM'uir ([ui lie notre jiréscnt relii^ieux ave<' notre i)assé, et (lui montre la reliiiion et la France e\er<'ant leur action chrétienne cl ci\ ilisaliice en Cliini', loni;lemi>s a\aid <|Ue les antres peuides u'y apportassent le luxe de k'ur roinmerce, ou leur intluenct' politiipu' (').

^s Mais cette (pu'stion, coninu' toutes les autres, est entre les mains de Dieu, et ce (pu- nonspouxons faire de mieux est de nous en remettre aux soins de sa sainte et di\ ine I*ro\ idenee».

Cette l'rox idenee dv Dii'u, dont le mot \(»iti,u<' à cliacpU' instant sur les lè\ res du piéiat. n'est ]>as ce ternie banal <|u'on emploie si souxcnt dans le \a-et-\ient des jours clian^'eants; c'est pour lui une expression d'entité substantielle et \isible (|ui lui fait attribuer ses succès à la seule interxcntion d'Ku liant.

Le fait est <pu' cette Tvox idenee Ta ser\ i jus(prici merveilleusement, le tirant, cliacpie fois, (pTil était en ::ction, des ]»ires embûches où il semblait dexoir succomber.

Va i'"est même <-ett<' foi an surnaturel (pn l'ent rainera Jiis(pi'ati lM»ut de ses ju'ojets les plus discutés:

« Axant toute chose, (lisatlil soKft )i/, il faut «lemander à Dieu <pril nous fasse connaître ce (pTll xeut de muis, et cela une l'ois connu, il tant y consacrer toutes n(»s forces ».

l*our connaître cette xolonté de Dieu, il méditait souxcnt des Immik's entières au pie<l de son criu'ilix, raconte un ténu»iii (-).

.Famais X <'rîu ne fut mise jilus à l'épreuxc (pu> celle de cet homme aux intentions i»ures, <pii, pour parfaire l'oMixi'c djxine (pli lui est contiée. se prépare dans le silence et la prière, fait le tour du monde, mendie, s'expose à la mort pour observer INeux re de ses pairs, discute axcc les ]>oîentats, s'entête avec les diplomates et ne parx it'ut à s(»n Itnt (pTau i>rix des veilles, du labeur acharné, de la persécution et finalement de l'exil.

(\) L'inlmiration iiuii il(''i;uis(''e i|iif nous :i\ons vout'c au saint ôvèijiU' do (.'yliiritra, 110 priit nous fairo iiiauiiuor m uo*, r-c iniuartialiU' (l'hi«t(H-i<')i. en ntHrmaiit l"upiiiiou oiiutiairo. nuo l'ost bioii lo l'ortilL^al ot iioii la Franco, ijui. au Iti' siôolo. oxoii.-a. ]<• luouiiri-, on Chiiio. uno action ohiôt ionnc ot oivilisatrico.

I L' 1 .XI. L.'iiucc (iuillouiiii. nior! on '0;s.

<'li»|»iti'«> \'lll - 4'4>ii|» «I'umI Miir i*ô^aii;j;<^IiNH<i4>ii

(^)noi(nril en soii. il rcwnjiil dr son \<)\M i;v tlu Nord, l'u'il illimiiiiô (le \ isioiis iiiiiltii>l('s, rcspiit rjissôivné, 1(^ ('«riir résolu h iMnirsuiv 11' son <»'u\ ic dans la niotluxU' et riiaimoiiio.

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