‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 44 sur 155 · INTENTIONAL SECOND EXP0SURE · texte numérisé non relu

INTENTIONAL SECOND EXP0SURE

«Iinpilro \ III - >lor< «io >l. I.«- 'riii-«lii

|);is sjms (laiiiicr ijoiir leur vie. dw, <|U}iii«l bien inèuje e.enx-ci jiieiit leins i»;issep()its, si<;nés en bonne et «lue lonne, il t'îuit longtemps encore pour (|ue res])rit «les traités puisse pén(Mier au sein «les ]»opulations eliînoises et leur taire déposer les in- JusK's préxcntions.

<s Aussi, «•ontinuons-n«>us à rester eaehés dans ]'«>nibre, persua«lés «pie i)«>ur le in«unent, «''est eneor«' !«' meilleur iuoy«'n (le j>our\'«)ir à n«)tre sûreté et «l'assurer !«' pr«»<ir«'s <1«' la Vo\ «lans ees e«)ntrées.

« l*«)ur nu)i, rési<lant le i)liis souv«Mit h («anton, s«)us la sauve<>ar«U' «le n«)s armes, j«' n'ai pas eu «1«' s«'mblables mis('M'«'s à «lépi«)rer; mais j«' me suis \u, «-«'s «lerni^M-es années, tellement aeeablc pai' les v«>ya^cs, le soin «1«' nos «'lirétiens «'t ra<lministriiti«)n générale «!«' la Mission, «pU' le J<uir n'y sullisant pas, Je suis obligé «!«' preii«lr«' sur la lon^iu'ur «les nuits, et encore ne ]Miis-)«' me nu'ttr«' au «'ourant «le mes affaires.

« Et il ne faut pas s'en «'tonner, l«>rs(pi'«)n ])ense «pie cette Mission ne renferme pas moins «le 40 millions <l'habitant.>, «pi'el- U' «\st vaste comnie la France, «'t «pie n«)us ne sommes (pie 15 niissi«)nnaires p«)ur e\pl«)iter c«'t immense territ«)ire.

«.FA encore la iu«ut \ient-elle de nous enlever un de nos meilleurs dun riers, un «1«' «-es hommes «l'élite faits i)oiir «lonn«'r l'élan à une ]Mission, en un m«)t, un véritable apc'itre, «pii, Jeté deux f«)is «lans les prisons ]>onr la (;t)nfessi«>n «le lu Foi, y avait «'ontracté la niala«lie (pli l'a «•on«liiit au tombeau.

« AJout«v, «pi'il étaituum ami i»articulier, m«)ii Pro-])rét"(^t, et «pie jus«pi'ici, la iném«' <'onf«)rmité de vues et «le sentiments n<uis axait unis «le la manior«' la ]>lus intime.

« 'r«»iiJours au «dievet «le s«)n lit, i>ar«*e «pi'il voulait, disait-il, mourir entre les bras «le son cNrcpie, ie ne le «]iiittais prestpie pas, ou si (piehpiefois Je m'éloi,u'nais un peu pour ex])é«lier les affaires plus pressantes. Je revenais bient«^>t ])rès du cher malade.

* Eutin, le 1.") Juillet, l'ayant «piitté à 1 heure du matin, jKuir alh'r preinlre «juehpu^ vepos, il me fait api)eler un quart «l'heure après, en m«' disant av«'«' autant «1«' calme (pie s'il se fût a<4i de la chose du mon<le la plus ordinaire: «Venez, Je vais mourir!»

« C'était le dernier sentiment «le son existence ici-bas, le press<Mitiment «lu «lépart pour le .urand \ «)yage «le l'éternité.

« Je lui ren«)iivell«' la .^râce «le l'absolution; nous muis embrassons une deriiièr«' fois, il m«' s«'rre la main eu si<>ue de notre ancieiiiH' et inaltérîib]<' amitié, et «léjxise sur ses lèvi-es le si^ue sacré de notre Rédem{)tioii, réi;étaiit nue deini«''re fois: «Jésus, Marie, Joseph, v«'nez à mon aide!»

12 ^fl,|l' <Tiiii^i'iiiii(

>li;i- <iiiiill4'iiiiii

« Kt, taudis que M. JoUy et moi, ajiieiiouillés uuprè.s de .sa eoiu'he, nous récitious les prières des agonisants, il s'endort du Sinnnieil des justes, sans que j'aie pu saisir le moment de la séparation de son Ame d'avee son corps!

«. (Miosi^ remtirquable, M't heures après son décès, ses membles étaient encore aussi flexibles (pie pendant sa vie; aucune mauN'aise odeur ne s'exhalait dt^ son corps, malgré les chaleurs exc<'ssiv('s de cette épociue; et sa physionomie calme et sereine avait conservé presque toute cette beauté et cette régularité <le traits (pii taisaient dire à M. .lurien de la (^ravière, capitaine de vaisseau (pii l'anieuait au Japou IG ans auparavant: «Le P. Le Turdu, jeuiu^ homme beau et bieu pris, eût lait iortune dans le monde, son regard angéli(iue obtiendra toujours ce qu'il Noudra!»

<^ Mais la triste mort n'a point égard à tout cela: d'un couj), elle élargit nos rangs déjà si peu nombreux, nous sépare de nos amis et nous juive d'uu ^ude dont nous a\ious tant besoin pour travailler au vaste cham}) (pii nous est confié.

« Cependant, tout dans la vie <lu missionnaire n'est i»as chagrin, perte, <lésolation du cœur.

« Si nous avons nos épreuves, nous avons aussi, grâces à Dieu, nos succès et n<^)s consolations, et je dois dire en particulier, que cette année a été pour nous, comblée des bénédictious célesies.

« Je mentionnerai en i)remier lieu, la concession du beau et vaste terrain qui nous a été accordé [»our y élever notre église et V groui)er nos (cuvres.

« Au centre se trouvera la maison de Dieu qui de là, laissera couler sur la ville et les environs, les grâces célestes dont elle est la dépositaire.

« A droite sera la maison des missionnaires, à gauche celle des catéchistes et des catéchumènes, et dans le fond, le grand séminaire et l'ori)lie]inat.

<< Difticilement, on se ferait une idée des correspondances, des voyages et des démarches qu'il a fallu pour arriver à ce résultat. Il semblait que tous les conflits, toutes les contradictions ]U'oveuant de la susceptibilité des hommes, se fussent donné rendez-vous sur ce terrain pour empêcher qu'il nous fût cédé.

« ^fais aussi, (publie a été la surabondance de nui joie, lorsque enhn j'ai ]>u \<)ir ipu^. sui- cette terre (Micore toute couverte des in.signes du paganisnu', le vrai Dieu aurait aussi son

Cliiipit r*' VI 1 1 - l*r«'iiiiêreM <-«»iiwtB'iiclioii!>i

l('iiii>le; <|iie nous pourrions y fonder les différentes ot'uvi-és destinées à le faire connaître et aimer de ce peui)le idolâtre!

« Quelle heureuse impression la vue de ces di\ers établissements ne fera-t-elle pas sur ces populations de Chine qui af- Huent à (^anton, et qui, en retournant dnns leurs loyers, y ])roclameronr ce (piVlles auront vu!

« Quelle <iloire jtour la France d'avoir comi)ris que son rôle ne consistait pas seulement <lans le déploiement d'une force matérielle, mais surtout dans le sens religieux et moral, seul capable <la(is ce i)ays d'élever .-son iutlneiice au niveau de celle des Anglais et des Américains!

« Notre joie et notre reconnaissance ont été d'antant ])lus grauiles (pi'il nous était ])lus ditlicile de ne pas reconnaître en cela une assistance toute i)articuiière du doigt de Dieu.

« Quinze jours plus tard, la concession n'était i)lus j»ossible, (piinze Jours ])lus tôt, les négociations auraient échoué.

« Notre ministre de Fraiice en Chine, j\I. de Bourboulon, n'a i>u s'empêcher d'y reconnaître comme moi l'action spéciale de la divine Proxidence et il me dit gracieusement qu'il s'unit à moi ponr !a bénir.

« Son Excellence ]M. le nnnistre des xVtfaires Etrangères à Paris a bien voulu m'éciire \h)uv me dire toute la ])art qu'il prenait à cette heureuse conchision.

« lOnfin, Sa Sainteté Pie IX, <'onfirmant tous ces témoignages de son autorité apost()li(|ue, a bien voulu aussi écrire au jtlus petit de ses évêques pour lui témoigner sa satisfaction, et lui dire toutes les esi)érances (|u'il fondait sur cette concession pour les heureux piogrés de la Foi dans ces pays infidèles! ....

« Déjà nous i)ensions nous mettre de suite à la construction de l'église; mais, malheureusement le capitaine du génie envoyé ici par le général de Moutauban, a déclaré son inconi- ])étence, et nous sommes obligés d'attendre l'arrivée (l'un autre'*architecte.

« Quand viendra-t-il f Nous n'en sa nous rien; mais, eu attendant, et ])our ne rien perdre du tem])s ])récieux' que l>ien nous accorde, nous nous sommes mis à la construction de l'orphelinat (jui doit trouver place à l'un des coins de la propriété. (^)

« Le 20 août dernier (18(n) tète de 8. Zéphvrin mou patron, sans aucune lu'éméditation de n)a i)art, mais par l'effet seul des circonstiiuces, nous avons commencé les ])remiers travaux de cet édilice, en sorte «pie ce Jour a été doublement iî-ti^

(1) Au jourd'IiU' ci't orphelinat ost transforma ^'n colli-o-t. irinstviirtion s'ccon'iairt-. dit «lu Sacrc-Cu'iir. fondé en mars 1004.

ISO

■Mgr <iluillciuiii

pour moi, et par h\ mémoire du saint Pape martyr dont je porte le nom, et par la joie de voir s'élever le premier établissement chrétien qui sanctitiera cette terre infidèle.

« Le plan de la maison me paraît très beau et très convenable, au point (jue j'ai craint un monjent qu'on ne n>'en ttt des reproches.

« Il forme un quadrilatère avec un frontispir-e et deux ailes; mais en réalité, sa beauté extérieure n'est (pie la reproduction des proportions intérieures que nous avons cherché à déterminer eu premier lieu, et qui ensuite ont donné à la ])artie extérieure la forme (pi'elle aura.

« La maison pourra contenir au moins 120 enfîints de 1*2 à 15 ans, lesquels ai)preudrout là à connaître le vrai Dieu en même tem]>s (ju'ils se formeront à (juelque art ou métier qui les mettra à même de «gagner leur vie plus tard.

« Quel(|ues-uns, i)lus intelligents et i)lus pieux <pie les autres, seront réservés pour le sanctuaire, mais tous nou> serviront énormément pour la propagation de l'Evangile, en nous aidant à porter au sein de leurs familles le flambeau de la Foi.

<n Gloire et reconnaissance à l'œuvre si belle de la S'*^ Enfance, et i)our le bien qu'elle fait à nos pauvres petits enfants païens !

« Toutefois, en nous cédant le terrain de Vé, le rusé mandarin cachait une intention secrète (pii n'a pu nous échapjx'r: c'était de nous éliminer de rancienne ville, a]>i)elée ]>lus sj)écialement la ville Tartare et regardée comme le i>lus beau tieuron de la couronne de la dynastie régnante, et par là de nous restreindre à la nouvelle ville, oh le cercle <le notre action eût été beaucoup plus borné,

« Mais Dieu n'a i>as permis que nous fussions les jouets de la ruse.

« Dès que nous pûmes pénétrer ce dessein, nous fîmes acheter, par l'intermédiaire de nos catéchistes, un beau et vaste terrain situé dans l'intérieur de l'ancienne ville où, plus tard, nous pourrons avoir chapelle, école, salle de prédication i)our les païens et une petite ))harmacie, pour faciliter le baptême des enfants infidèles.

« Ainsi, le vrai Dieu aura son habitation dans les deux parties qui forment l'ensemble de cette immense cité; et, en réalité, ce n'est pas trop que dans une ville d'un million d'habitants, il y ait deux endroits consacrés au culte de la Divinité, et destinés à réunir la pieuse troupe de nos fidèles.

« Après les soins donisés à la maison de Dieu, je me suis occupé du cimetière de nos Chrétiens: chose extrêmement

4'liHpitr«' VIII - IaV i'iuu'tière «le C'aiitoii; lo» catécliiwtfs l»!

iiiiportiiute daiits ce pays où chacun, (lè« son vivant, veut avoir son tombeau et où le respect des morts est porté à un ]»oint dont on se tait peu d'idée en Europe.

« Jadis, à une demi-lieue, au Nord-est de la ville, s'élevaient deux petites collines qui avaient été données par l'Enii)ereur Wouau^-li aux chrétiens de Canton, et qui servaient à ceux-ci <le lieu de sépulture; mais, i)ar la suite des temps et au milieu de la violence des persécutions, une partie leur avait été enlevée par des personnes puissantes, l'autre partie était tombée dans un tel état d'abaiidou et d'incurie, qu'on y retrouvait à peine le passage de la religion chrétienne.

« Appuyé sur le texte <le nos derniers traités, j'ai prié nos comnuindants de vouloir bien réclamer auprès des autorités de Canton la restitution de ce vaste terrain, et il nous a été rendu.

« Je l'ai aussitôt environné d'un talus et d'une haie de bambous sur une longuenr d'environ 3000 pieds; puis, atin de rendre ce lieu plus sûr et plus convenable, j'ai fait réparer à l'extrémité quelques pauvres masures où s'abrite aujourd'hui un petit village chrétien avec une chapelle, où nous pourrons venir oif'rir le saint sacritice de la Messe pour nos chers défunts et nous retreniper nous-mêmes dans la pensée si salutaire de la mort. Le tout sans doute est fort simi>le et fort modeste, puis- (|ue les murs scuit en terre, mais du moins tout est fort convenable, et l'on aime A respirer en ce lieu, ce silence et cet air de solitude (pu se trouvent si bien réunis à tout ce qui rappelle l'idée de notre dernière demeure.

« Mais venons à l'objet principal de nos etlorts, à l'univre (|ui doit nous intéresser davantage, et dont ttuites les autres <x>uvres ne sont (jue c<»mme les préparatifs et l'accessoire; je \eux ])arler (le la c(Uiversion des })aïens....

« Je l'ai dit bien des fois et je suis heureux de le répéter ici: celui ou ceux (pu* ont le plus d'action dans la conversion des gentils, ce sont nos catéchistes, ces hommes simples et tidèles qui, nés dans le pays, parfaitement au courant de la langue et des usages, n'ayant pas à lutter contre les préventions qui nous atteignent, exercent presque toujours auprès de leurs conipatriotes un ministère béni et couronné' de succès.

« Les faits ne manquent })as à l'appui de c^tte assertion. 11 y a un mois qu'un de nos catéchistes revenait d'une expédition où je l'avais envoyé à six journées de Canton, et il m'annonçait qu'en ce lieu, bon nombre de païens instruits et déjà préparés de longue main, n'attendaient plus que la grâce du bapténu'.

.^ly:i' tiiiiillt'iiiiii

« l'en (le temps îipièis, J\\ t^iivoyai un iniissioiiuaiie, vt celuici baptisa 25 adultes; une vingtaine d'autres encore indécis, demandaient un j)eu plus de temps ]H)nv bien se i)énétier des vérités (pi'ou leur ;unu)n(;ait. Demain, le même catéchiste va repartir pour un autre endroit, où le chef d'une nombreuse famille demande à être instruit, dit-il, de hi «reli<iion du \rai Dieu.»

« Et, atin de mettre son voyage sons la protection de l'auguste Vierge jNIarie. je lui ai remis nne ]!ctite statr.e de la Madone qui sera i)our lui, je l'espère, un a]))*:;! et nne sauvegarde dans le cours de cette nouvelle expédition.

« Et ce ne sont pas des hommes seulement (pii se vouent à ce noble ministère; souvent, de pauvres femmes, de jeunes tilles timides aspirent à l'honneur de i)orter au milieu de leuis familles, de leurs comiiatriotes ])aïens, h' nom i\u vrai I>ieu et les espérances du Ciel.

« Il y a à pehie lô jours (prune ])auMe femme \enait se jeter à mes i)ieds en me disant (jue sa fannlle, domiciliée dans les montagnes, à -") journées de la \ille, était encore toute païenne, et elle me demandait la peiniission d'aller l'instruire des vérités de l'Exangile.

« J'y consens l)ien volontiers; je lui adjoins une Hlle bien instruite de la doctrine; je U>ur donne à toutes (]vu\ le Aiati- (jue du voyage, et voilà que ces braves clirétiennes s'aclieminent au milieu des montagnes pour porter à lenis paients et amis le trésor de la f^>i dont ils ignorent encore la valeur intinie.

« Pas plus tard qu'hier, une pauxre veu\f, nialgié les réclamations de sa famille et de son village (pii \oulaient l'obliger à renoncer à sa foi, est également venue me demander la permission de retourner dans son pays natal, }!our y prêcher l'Evangile.

Un bon vieillard à cheveux blancs et du niènie pays, touché de son dévou<Mnent, s'offre à elle jtour raccom])agner, x'oidant, disait-il, <]n'il y eut qiiehpi'un i)our inêcher aux hommes, pendant (^ue l'autre prêcherait aux (h'mes; et voilà que ces deux nouveaux prédicateurs de la Foi, iminovisés eu nii instant, i)artent i)Our leur lointaine expédition.

« X'y a-t-il i)as (juelqne chose de beau eî de touchant dans ces athlètes du nom chrétien '!

« Et, quand au moment de leur départ, ils viennent se jeter à mes pieds ])our demander ma bénédiction, on peut juger combien je prie Dieu d'agréer ces tentati\'es (pie nous faisons ])0ur lui gagner des Ames, et arracher ce pays aux funestes influences du paganisme! O belle (iMnre des caté-

<'itag»iH'c \ill-\isii«' a» \ i«'o-H<»i

îs:s

ehistes! (Nmibien Je loiiiercic mos iiiiiis de Fi'aM(;(> <|ui ont bien voulu um' luettiv en mains ce puissant nio\en <le cou- \ ei'sion!

« fie ne saunii mieux terminer celte lettre <léjà lim.nue, sans vous citer un dernier trait (jui est encore un bienlaii (\u Ciel pour nous, et (jui, tout sim}ile qu'il est, lient avoir une i^ran- (le portée pour soutenii- et (léveloi)i)er notre action dans ces contrées.

« Je vous dirai donc que Je suis allé voir officiellement le Vice-lloi, ce puissant potentat (pii comiiiande d'une manière [U"es(iue souveraine et arbitraire i\ -Kl millions d'Ames.

« Depuis mon retour à Canton, Je n'avais pas eu l'a\antage de le voir; et nos Commandants, Jugeant (in'il était l)on que Je lui fusse présenté avant le déi»art i)roeliain de nos troupes, ou décida le Jour et le cérémonial de la visite,

« Ces Messieurs voulurent y mettre tout le luxe et rai>pareil orientiil. r '

«A nue heure de l'après-midi, un palan«iuin et quatre cavaliers envoyés par le Comniandant Supérieur \ lurent me chercher et me conduire n la «Trésorerie», où M. ]M. les Commandants m'attendaient a\ec une nouvelle escorte.

« J'avais encore avec moi 4 catéchistes, vêtus de la longue robe blanche avec le ])etit chapeau bleu sur la tête. De la «Trésorerie» nous nous diri.i>eAmes vers le palais du N'ice-Koi «pii nous reçut avec toutes les marques <le la plus honorable et de la plus bienveillante courtoisie.

- « vSans parler de trois coups de canon rt'jx'^tés (pii saluèrent notre arrivée, comme cela se prati<jue tcuites les fois (ju'uii mandarin en visite un autre. Son Excellence, ornée de la plume de paon, vint nous recevoir à l'entrée de son vestibule, nous ofïrit la main et nous conduisit dans luif^ sorte de salon vitré où le feuillage, la fraîcheur et le cbant des oiseaux unis ensemble ])ar le plus gracieux mélange, nous tirent croire un moment que nous étions transiK)rtés au milieu <le la plus IVaîche campagne.

« Là, était servi un goûter splendide (pie les Chinois, dans leur langage poétique, appellent le «tiiii-sani», (réchauffe-c«eur).

« Le thé, le vin de riz, la pipe au long tuyau, les bonbons multipliés à l'intlni et servis dans de petites assiettes de porcelaine d'une délicatesse reinar(|uable, couvraient la tabU .

Le vice-roi nous offrit de tout avec grâce et souvent pitnait la peine de nous servir lui-même, luésentant de l'extrémité de sa petite fourche d'argent les choses (pii ]»oiuaient nous agréer, tandis que nous lui rendions en retoui- notre petite fourche d'argent qui devenait alors à son usage.

îllgr Guilleiuiu

« Placé à sa gauche qui est la phice (riioiineui- d'à près les usages eliiuois, je fus plus d'uue fois l'objet de ses attentions.

« La couversatiou fut variée et intéressante.

« Je vemerciai Sou Excellence du vaste terrain «prElle avait bien voulu nous accorder pour y élever notre église, et j'ajoutai que je serais heureux si Son Excellence ét;iit bien persuadée ([ue nous missionnaires, nous restions coniplèteuieut étrangers aux atfaires de la i)olitique; que notre premier soin et notre plus ardent désir était de faire connaître Jésus-Christ; que uous prêcliions au i)euple le respect dû au souverain et aux lois du pays; que nous avions tenu en ])articulier cette couduite (hms la rébellion (pii s'était élevée dans plusieurs provinces de Chine, comme Son Excellence jtouvait s'en convaiucre, et que ni nous ni nos fidèles, uous ne saurions nous écarter de cette loi immuable de l'Evangile.

'< Le Vice-Roi me ré[>ondit (pi'il ainjait le catholicisme, (pi'il en avait lu les livres et il me nomma les i»îiys de l'Europe ([ui le pratiquaient, en ajoutant (jue tons les autres étaient liérétiques; et pour leur donner cette dénomination, il se servit du mot même employé par nos chrétiens, ce «|ui prouve eu réalité qu'il avait une certaine connaissance de nos livres et de nos usages.

« Enfin, au moment de nous séparer, il me dit très gracieusement qu'il se ferait un i)laisir de nouh aider en tout, et m'engagea à lui renouveler de temps en temps ma visite.

« Xous prîmes congé <le Son Excellence (pii, se couvrant du chapeau orné de la plume de paon, vint nous reconduire jusqu'à l'extrémité de sou vestibule, tandis (|ue nous-mêmes, le chapeau sur la tête, pour nous conformer aux rites du pays, nous lui fîmes une profonde inclination, joignant les nuiins devant la ])oitrine et les abaissant un i>eu en même temps que la tête; puis, passant devant les bouchcf^ de canon (pi'on lit encîore retentir en notre honneur, nous legagnâmes notre logis dans le même ordre qu'au[»aravant, JM.jNL les Commandants tenant constamment à ce que j'occupasse la [)lace d'honneur.

« J'avais mis pour cette circonstance la soutane violette; c'était la première fois qu'elle paraissait dans les rues de Canton; et ça n'a pas été un spectacle i)eu suri)renant ]»our les Chinois que de voir l'évêque des «leux Kouang, s'ivancer à la tête du cortège qui se rendait chez le \'ice-Koi.

« Aussi entendais-je répéter plusieurs fois ces ])a rôles: «Ce Seigneur de la religion chrétienne est donc bien grand!.»

« Il y avait en effet de quoi m'humilier (hms ce i)onipeux cérémonial, et j'aurais eu de la i)eine à m'y prêter, si je n'a-

i'hapilrc VHI - .Joséphine Flaisf.V

vais pensé (ju'il i)ût eu résulter un vc'n'itabl»' avîiutîine pour l'honneur de la religion.

« Quelques Jours a[>rrs, J'envoyai an \'ice-ltoi un uui<»niHi[ne fusil (pie J'avais reçu (l'une main amie en France, et Son Exellenee en fut dans l'eneliantement, montrant à tous ceux (jui allaient la voir, l'arme (pu^ lui axait envoyée l'évê<]|ue de Canton.

«Ainsi s'est terminée cette visite (pu^ Je dois à la bienveillance de nos Oonunandants. Dieu veuille bénir et récompenser cette délicate attention de leur part; et pour nous, soit (|ue nous soyons humiliés ou exaltés, (pie nos bouches et nos c(eurs ne cessent de célébrer ses louanues, maintenant et dans la bienhenreuse éternité.»

La Joie <iue le prélat manifeste dans su lettre à M. \'oifc'in, .se retiète aussi dans ses communications aux siens et révèle un optimisme toujours fondé sur la Providence: «Sans la Providence^ écrit-il <i Joséphine Fhijuey, nons ne pouvons rien, nos (lémarrheH -soj/f raiue.s^ nos- /xiro/es ne .snnf (juc (le,s runicttnf qui frappe ni Fair t^ann (iller j'ii-'it/i/'aK cœur. Prie donc iJoiir moi, et lions parfai/eroHs la révomjiense de ce qui sera fait icibas... ■ ;■■;:;,,:,

Aux pieux élans de son âme succèdent les préoccupations (le tout ordre à l'adresse des siens: «Comment va la hotme tante? poursuit-il dans le même billet, /V m'inquiète souvent de sa sauté et Je demande' () ])ie/i de j)roloti;/er ses Jours, afin de prolonger nr/tre honheni- ef d'augmenter .sa coaronne!

« Cette ln'll.e i)ieilJesse de nos parents, nous donne bien l'espoir d'n/joir iious-ntènt.es une /on.f/ue carrière; tu s((is que Je ne souhaite pas mourir Jeune: <•<' -serait déjii difficile, niaift au moins nous pourons espérer avoir encore de longs Jours devant nous!

« Le tout est de bien en profiter .. .»

Et, i)assant de la théorie à la i>rati(pH'. l\'vé(pie hasarde le conseil suivant à Joséphine: «Je ne suis trop, dit-il, ce que tu peux faire maintenant, à part les soins donnes à ma bonne tante!... Si tu avais du goût pour les Missioiis, Je te dirais de ne pas prendre d'engagé uieid pow plus tard et de venir Jinir tes Jours sur cette terre de Cfiine auprès de ton cher évèque missionnaire.

« Il te donnera un beau rôle à remplir auprès de tant de pauvres enfants (diandonnés, et surtout aupri^s de tant de

:bi

iMi

>l;>i' <iiiiiiU'iiiiii

Jcniic-s jillex qui itc ilmii'i ii(l<'iii iiii\) se coii.sacrcr <( Dicn^ mais (ju'il f((,i(l ih'rii/ir (/(fits ht rie rcliiiirnse.

« MiHi tiraiid i/ésir mai ntcuai,! csl île l'omlcr ici mtr niaimat de Sn'urs jn>nr s^n-cn^H'r de ce ilauble ohjef.

<s t/aïuais Je n'ai été <iraialenu'iti pour les Sa'iirs; iiiai,s je rois (//('// nan-s maaqaerait ii>(el<iue chose d essentiel^ si nous )i\(riojis j^His ici (die maison pour elles.

0. Je n/'occi(/>e donc présenteiiu'iit de tronrer nu eni place' nienf, et Je jn'csse la Liyalioii de Pehin pour cela; puis, le tenain frouré. Je rerrai sni' <pielfe coii(/ré((alion Jeter les i/en.r.

« A^V ta re/i.c renii- in\iider dans ce projet^ tu sais arec ipiell'.' tendre qlf'ecHon Je te /-ecerrai, même à oô ans.'! (est précisément l'dye (Tune mère de norices.'....

Cette inviratiou de l\^Aè(iiie à jy^'"'" Fla^i^ey est .sérieuse. Il la renouvelle eiieore dans une autre lettre.

Au t'ait, eette demoiselle, dont toute la \ ie fut consacrée aux bonnes leuvres à Besancon, lui aurait été une auxiliaire précieuse. Elle avait du cu'ur, de rintelliiicnce. une charité sans bornes; et comme le disait M^r, (lie aurait laii, inal<;ré ses ,"■),") ans, une parlai te mère de no\ ices.

]Mais soit (pie son A,ue déjà axancé Tait mise en i>ar(le contre son désir, soit (prelle ait suivi d'autres ciuiseils de prudence, la di^ii'ue t'ennne resta i)rès des siens en Franche-Comté, continuant toujours à correspondre a\ec son « cher évécpie de Canton.»

Cei»en<lant Tlieure étitit \enue pour cette ville toujours gardée par les troupes alliées, de les \'oir se retirer détinitivement.

La Chine avait ac(piiescé aux demandes <les ambassadeurs.

Elle [)roniettaii d'observer les traités: il n'y avait (huic plus de raison de maintenir clu'z elle rai>i)areil de la victoire: «J^e 21 «U' ce mois d'octobre (1S()1) cerit .Mijr <h- Cjfhistra, nos troupes alliées ont (piitté la ville de Canton.

« Cet événement est trop im[)ortaiit i)onr <pie je ne m'eml)re8se \ra^ de vous en (U)niier les (UHails.

« ^lais, permettez-moi de vous dire avant tout, (pie depuis ce jour jus(]u'A maintenant, nous jouissons de la ])lus grande tran(]ttillité.

« On (lirait (pie les Chinois veulent nous taire oul)lier les mauvais procédés dont ils ont usé jadis à notre é,iiar(l, ou

<iiai»itr(> VIII- Los Allit^s quillt'iil Ciiiiloii

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