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Chapitre I — L.u jeunesse saccrdotnle

Dons lui faites vous-même un sacrljice qui rè pagaie souvent à la nature, et qui lui est par là même, plus agréable. Eh bien, .qu'il soit de notre jxni, entier, sans résert'e

et sans retour; Dieu le bénira, et il ki bénira cV autant plus, que ce sont des jjrémices que mms lai consacrons-...

Le monde en qmnsera autrement; mais Je kiisse le monde de coté avec ses préventions, ses railleries qui n'attaquent que les choses qu'il ignore ou qu'il ,est porté à blâmer, parce qu'il ?îe saurait les imiter... :

Eulfxlie q)artagera cotre joie et la mienne; c'est la seule à qui Je veux communiquer mon pnjct; son nfection jujur moi demande de ma part cet acte de confiance; <■ on oncle a aussi des droits bien, acquis à m.on (tmour; mais, ot leur com.muniqnant ma résoluti(ni sous le secret, priez-les de s'nnir à vous et à moi pour, remercier JJien de la gro.ncle grâce <pi' il m'accorde.

C'est la Foi qui P élève à, mes genx: que la Foi qjroportio'nne aussi notre reconnaissance, autant qu'il est possible, à la grandeur dé- cette grâce. ^

■ Au., revoir, m.a chère maman: Je vous endurasse de tout mon cœiir. Si vous vous .décidez à venir ■ luc chercher, Je crois (pi" il faut partir le lô de ce mois; si vous voulez envoger Justiu Jns<pL(i, ■ Iverdun, Je désire qu'il se trouve là le 19 (i nddi et nous irons, le même Jour, d'ici (( Jougne.

Vatre atf'ectionné fils

Zcphgrin Guillcmin.

31""' (iiiillemin était trop eliivtieime ])(>ur faire la nioiudie opposition à la (leterminatioii de son tils.

Celui-ci entra donc au grand séminaire de Besan<;on à Pautonme de 1 S.'iS. .

Tout tl'abord ses allures un [)eu vives le mirent en suspicion auprès de ccTtains directeurs; mais bientôt les mêmes turent conquis par la sincérité de sa pitté, la franchise de son caractère ut jtar ses succès.

Son directeur spirituel M. Brocard, l'ayant bien compris, en tit un séminariste modèle et le conduisit degré ])ar degié jus(pi'à la prêtrise qu'il reçut le <S septembre l<Soi).

Il se trouvait, ce Jour-là, si faible «le santé, qu'il « deman- « «lait à Dieu la faveur de pouvoir dire encore trois fois la « sainte Messe avant «le mourir.»

[1 souffrait alors de i)alpitations; mais, soit que la tin des études l'ait dégagé ])our un temps du travail, soit que l'affection «les siens lui ait «lilaté le «'O'ur, il ne parut bientt')! plus rien d'anormal dans cet organe maître de la vie.

.^I;;i' <iiiiill(>uiiii

Au tond, ces iiiouveniL'iits extrava.uaiitîs du cd'iii' n'étaient (liie les sursauts d'inipatienee d'une âme cai)tive, les premiers battements d'ailes de cet aiglon divin pour s'éelia})per du nid.

Et l'on s'étonnera peut-être (pi'une Ame aussi ardente (]ue celle de l'abbé (ruillemin, n'ait pu alors, <l'un seul bond, prendre possession de ce vaste ciel d'Orient où ses désirs l'emporteront neut ans i»lns tard.

11 était jeune, zélé, tout i)lein de ce l'eu sacré (pii dévorait à ses côtés, nombre de ses coiulisci])les on de ses amis dont le départ ))our les Missions lui semblait l(),i>i(iue autant que <4énéreu.\.

("était réj)0(pie où les Gauthier, (') les Pousot, (^') les lîigandet (') et autres Comtois <le mar<pie, s'élançaient dans l'arène apost()li(|ue où funuiit encore le sang' des aînés (îagelin et ^larchand.

C'était l'année même où le saint évécpu' de Colombie (') dont l'amitié honorera demain son futur collègue de Canton, se taisait à travers la I^'rance le IMerre TP^rmite de l'apostolat.

L'abbé (ruillemin le vit, l'entendit et le comprit; nuiis l'enthousiasme <iu'il sut lui emprunter, ne servit (ju'à le contirnn.»r davantage dans l'idée <iu'un apôtre ne s'improvise pas, et (lue les affaires de Dieu doivent parfois mûrir à point.

Tn presseutinu'ut secret lui dictait des mesures de précaution contre lui-ménu' et lui faisait ajournei' un sacritice dont sa foi souhaitîul raccomplissement, mais (jue sa tVoide raison envisageait soreiiiemt nt.

Il croyait à l'iieure de Dieu, et l'attendjiit sans nervosité, connue un poète attend rins])iration sous la feuillée; mais avec cette diltéreiice (pie le Dieu qui rinsi)irera étant le vrai, ne lui fera jamais défaut.

Il y a dans l'histoire de sa \ocation aux (îentils un caractère mystérieux de psychologie qm nous échai)p(>rait, si nous ne savions la belle piirt (pi'\ prit la Pro\id<'nce.

La suite de cette histoire eu fournira les j)reu\es abon- «lamment et le lecteur chrétien y puisera de nouveaux motifs de Foi en Celui (pli dis])ose «suavement <'t fortement» des c<eiii's de tous les hommes.

(^uoi (pril en soit, l'abbé (iuillemin, nommé vicaire à la ^Métropole de Besancon, va s'initier d'abord, dans sa patrie, au ministère des âmes, avant (pie s'ouvre jtour lui cette rude

^n X'iciiirc .-ipo^tciliiiur «hi 'l'unKiii Mi'Tiiii>iiial

(li' \'ic;iiri' apo.stoliijin' du \'iin-ii.in

(;i) Vicaire ai)<i.st<ilii|iic ilc hi Hirimmi • un ri lioiiiic.

(4) "Mixv \'('Tolk'S virau-i' apost'iliiiu,' ili; .Alai'ilcli'HirR'

Vioaiiv' :i la Môtropoh*

can'ièrc apositoliciue où il s'éhmccn» de «toute sou Aine», dciiiaiii.

Il y débute tivec plein sucées.

Et le bien (]uMl opère <lan.s la paroisse, est le iruit de sou zMe écdairé, autant que de son savoir-faire.

Doué «Pui» tact ])art'ait, ioi<;iiînit Ti la distinction de ses inanières, un verbe, original et insinuant, il oon(|uiert de suite la contiauee (^t l'estime des tidèles, la syini)athie nuMue «les indittei'eiits.

11 sait" d'ailleurs eoucilier tous ses devoirs avec les nueurs de la société contenii)oraine, et sans heurter les idées nouvelles, se tenir à égale distance des oi)inions en coutiit.

La itoliti(pie de la «paix à tout )>rix», laissant alors aux classes bourgeoises le lenips de causer, il eitt été facile au jeitne vicaire, de capter ratteiition publi(|ue en prenant i)art aux «|uerelles du Jour.

Plusieurs de ses confrères ne lui en donnaient-ils i)as l'exein])le, en suivant à l'aveuglette le nH)uveinent libéral où TEglise de France «cliercliait alors sa position idéale.»?

«Cette i)osition, (t écrit Mçjr Bamiard, l'Eglise l'avait prise « dans l'accei»tation loyale des institutions au milieu des(]iiel- « les elle allait défendre son vieux droit au nom de la jeune « liberté.»

M. (itiillemin ne voguera pas sur \v courant qui i)eut l'eutraîner; il le côtoiera simijlement.

Tne so ur de son père habitait liesançon; elle était mari(''e au docteur Elagey, <iui accueillait dans sa deuieure Télit** <!»' la cité.

Et c'est dans ce milieu intellectuel et familial à la fois, «pie le jeune prètr«' aura Poccasiou d'exercer sans tapag«', mais a\'ec fi'uit. une influence personnelle de pr«'mier plan.

Il est l'Ame d<' ces réunions où h" gai sa^■oiI• autant «lue l'esprit vont de i>air axcc la franchise et la «lignite».

Il y donne toujours la note juste au moment où la \«'r\'e causti(pu' des intei'iocuteurs menace i)arfois «{'«''gaier les (pi«'stions, et il r('>ussit à faire de ce salon pro\in«'ial, une de c«'s rej/o'/Jc-^ d'attraction politico-religieuse dont la b<Mirgeoisi«' Comtoise était triante.

C'était ])our l'abbé (iuilleniiu l'occasu)!! d'y itarfaire «Micore son apprentissage du m«)n«le et <r> aiguiser à son c«Mdacl, ce stmtiment «les c«)nv«'nances et cette i>sych«)logie «les ridati«)ns sociales «pii tirent de lui plus tard, un des honmies les l>lus sé«luisants «'t les [)lus [»olis de son t«'mps.

Sou nunistère à la Métr«)pole ne pouvait (pie gagiu'r à c«* contact aN'cc l'élément séculier, en rais«)n directe du i>arl"ait accord de sa conduite avec les princijjes, et «le riuHuence

lO

M^r Cwiiilleiiiiii

lieiireust* que mou zolo discret taisait rayouuev autour de lui. Il y était aimé profoudéuieut.

Aussi bieu n'y eut-il (ju'uue voix, celle du re^vet, lors (ju'ou apprit uu Jour sou transfert à l'arcbevèclié, eu qualité de secrétaire. C'était Ti la tin de 1 <S4r).

Mgr Matliieu n'avait pu résister à l'attraction (ju'exer^ait sur lui «ce grand Jeuue liomuie sec qui prêchait si bieu» aux grandes solennités; et, comme il lui savait aussi une belle main, de l'esprit et du bon sens, il l'attela au char où s'essouttlait déjà l'abbe Kuchstuhl, (')

J^a besogne était rude, car l'on sait (lue le fougueux

ar-

(•lievè(pie mettait (le l'onlre dans l'administration, et ne laissait rieu à l'aventure; «-'était aussi un César fécond, dictant sans relâche et dictant bien ou mal.

Et les documents s'amoncelaient sur le bureau des secrétaires, comme autant d'éclieveaux a dénu"'ler; et les jours ue sutîisaieut i)as pour ce travail de toilette toujours perfectible de la forme et du fond: on y employait souvent les nuits. (~)

("est depuis cette époque, pensons-iu)Us, qiw le futui' évê- (pie de Canton, prendra l'habitude de \eiller très tard, et d'aggraver ainsi l'espèce de neurasthénie dont il soutt'rit à la tin.

I^a situation d'un secrétaire (ré\ê(pu', nous le savons par expérience, n'a rieu d'alléchant ]»our un esi)rit tant soit peu indépendant.

Il lui sera toujours dangereux, comme à (ril Blas de Santillane. d'os<'r corriger (l(\s « homélies (pu' le Seigneur bénit, » et de souligner la décadence intellectuelle de sou « Archevêque de (îrena<le. »

yi^xv Mathieu de lîesancon fut-il jamais dccadentl^ nous peusons <pu^ non: mais combien rc>grettons-nous de n'a^'oir rieu pu trouver dans la correspondance de son secrétaire (]ui nous mette au courant de ses rapi)orts avec le prélat! (■').

(V silence ne doit i)as. v\\ tout cas, induire le lecteur eu erreur, eu lui suggérant une comi)araisou entre prélats et secrétaires en (piestion. Cette comparaison ne peut même pas s'établir.

Car le métroi)olitain de la Fraïudie-Comté était, au temps de Zéphyrin, d'un â.iie et d'un esprit trop robustes jujur promettre « une bonne i)lace dans son testament, * à son secrétaire; et ce dernier d'ailleurs, moins bavard (|ue sou collègue (iil Hla.-, ne fut point « congédié par dépit!» ( ' ).

(I) Phis tard vicairi' ^l'iL'i-al de Ursaïaydn.

(-) M. «jritillcniin 2)as.sa ini's <lf :\ ans au so. ivtariat àv l'aiolievoclu'. C!) Certaines U-ttivs; do M^r (.hiillciuin atii'.sli'iit pourtant que ses relations avee rarehrvtMiuc persistèrent toujours atleetuouses {)lus tard, (i) Voir Le Sa<>-e dans GU Blua.

■ii

(lia pitre I - Soc'rf'lsiivt' <!«' rAr<'l»i>vô<*h<*

Quoi qu'il en soit, le rôle de M. (hiillemiu anju-ès de sou supérieur servit encore à le faire eslinier bien <lavanta<;e, et à révéler au elergé toute sa souplesse intellectuelle et v ses inrandes (jualités de cieur.

Ses services lurent d'autant plus ai)préciés, (ju'il savait les rendre avec grâce et i)r()uii)titude, obligeant tout le monde et à toute heure, sans la moindre apparence d'énervenieut ou d'impatience.

Il était l'activité i)ersonnitiée.

Et malgré (ju'il i)liât sous le faix redoutable de tant d'occupations, il irouvait encore le temps <le distraire son entourage par le pétilleuu^nt de son es])rit toujours en éveil. Sa verve intarissable et se.s saillii^s en faisaient la co(iueluclie de ces ^Messieurs du Chapitre (pii s'ai-rètaienl dans rautichambre du palais, pour aller aspirer clic/ « Zéphyrin » leur dernière prise de tabac, avant d'affronter le << grand jurist<; » Mathieu. ^■

^sous n'insisterons ])as (hivantage sur le «louble rôle de l'abbé (iuillemin à la iMétropole, comme vicaire et secrétaire. L<'s détails nous mancinent d'ailleurs sur cette éjfociuc de sa \ le (1S.HÎ)-]S4.S); nuiis, le i)eu quv l'on en sait, sutîit déjà il d('cot(irir celui <pie Dieu destinait à la Chine.

Ia\s fonctions (pi'il venait de rem])lii aui)rès des âmes d'abord, auprès de rarchevècpie ensuite, a\'aicnt déciiplé ses ino\ens, activé ses énergies et mis an point chacune des ])ièces de cette nature su])érienrc, désormais libre de s'échapper vers le centre de son rayonnement.

En nous excusant d'avoir si mai (ssipiissé la Jeunesse de notre héros, le lecteur comprendra qu'il nous tarde de h» voir aborder au même rivage où nous Pavons suivi, et où nous sommes encore témoin de son ouvrage.

Quand l'aigle ou l'avion se préparent à gagner les haut<'urs, le témoin <]ui les observe, uv pi end un léel intérêt qu'au moment où enlin, détachés du pic (Ui <\i\ \alIon, ils évoluent <lans l'intini des. cieuxî

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