Chapitre IX - I{<^iiédi«rtioii des l'oïKiiittoii
einpriintJiient CDOore à la cii'coiistaïu'e un clianiu' tout particul ici'.
« Us étaient cliautés i)ar 22 missi ou u aires, dont ])lnsieurs avaieut été jetés eu prison et y avaient porté les fers de la caj>tivité pour le nom de Jésus-Cîlirist.
« C'était bien à eux (pu» s'api»li(piaient ees toueliautes paroles (lu prophète: "Passer invenit sibi domnnt et ttirtnr tddiim sibi, ubi ponvt pullos suos.
« Si la tourterelle, dans la solitude, a trouvé un nid pour y déposer ses petits, ji'avons-nous pas trouvé nous-mêmes le sanctuaire de notre Dieu, Où nous pourrons désormais reposer tous les jours de notre vie, et lui otî'rir l'encens de notre, prière f
« Aussi, toutes ces voix semblaient-elles animées d'une force nouvelle pour cbanter leur bonheur; on eût dit, à leur retentissement et au silence profond (jui ré.i;nait autour de nous, que tous les assistants eux-mêmes i)articipaient au saint frénnssement dont nous étions saisis!
« Kevenus à l'endroit d'où nous étions i)artis, nous avons placé les pierres bénites dans la cavité <les blocs, et avec elles, nous y avons déposé le procès-verbal de la cérénu)nie, constatant (pi'à tel jour, à telle année, sous le pontificat de J*ie JX, <;l(>rieusemeiit réi^nant; sous l'Empire <le Napoléon III, à la niuniticence duquel est due cette imi)osante construction; sous le rè<;ne de Toung-tchi, 524'" en)[)ereur de la C'hine, nous avons solennellement béni et i)osé la première ])ierre de ce teujple, dédié au Cœur adorable de Notre-Seigneur.
« Au procès-verbal nous avons joint deux iné<lailles, frappées, l'une à retii<>ie de 8a iSainteté, l'autre à l'etîigie de l'Eml)ereur et de l'Impératrice.
«Avant de clore le tout, j'ai pensé (pie c'était pour moi le moment de payer un juste tribut de reconnaissance à de nombreux amis et bienfaiteurs, (pii m'ont toujours témoigné le plus tendre intérêt, soit i)our moi j)ersonnellem(Mit, soit pour les (cuvres (pi'avec leur concours j'essaye de fonder.
«Prenant donc leurs noms et les inscrivant à c(')té du mien, j'en ai fait une liste (jue j'ai déi)osée dans une des cavités de la i)ierre, demandant à Dieu (pi'ils soient également inscrits sur le Jiivre de vie, comme ils sont et resteront inscrits dans les fondements de ce temple.
« Là, ils reposeront sous l'égide de la religion, à l'ombre du sanctuaire; ils ])articii)eront à toutes les prières, à tous les sacrifices qui, par la suite des temps, s'offriront en ce lieu, et ils seront eux-niêmes une prière continuelle, qui sollicitera pour nous les grâces qu'il nous faut i)our terminer nos jours saintement sur la terre.
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ntir Iliililloiiiâii
« Nos noms étant ainsi placés sous la sauvegarde de la religion, uous avons fermé et scellé la x>i*''i'i'e: tous nos consuls ont voulu prendre part à ce dernier acte, en y ap[)oi'tant chacun une truelle de nu^rtier, et en ténioigmiut par là du concours qu'ils ont bien voulu nous douuer, et qu'ils ne manqueront pas, je l'espère, de coiitiuuer à cette ceuvre toute cbrétienue.
« La cérémonie s'est termin; e par la bénédiction soleunelle (pu' j'jù donnée avec la crosse et la mitre.
« de ne saurais dire quelle impression profonde s'est em[)arée de moi, lorsqu'au milieu de cette ville encore toute païenne, en ])résence de ces luuits mandjirins dj l'Empire, de nos constds, de nos chrétiens étonnés et de toute cette foule immense, il m'a été donné d'invoquer hautement et solennellenieut le nom du Seigneur: << iSit nonwn Doniini hcnedietum!
Que le nom du ScU/neiir soit béui!
« Mon énu)tioii s'est iicci'ue, lors(pie me retournant vers le peuitle pour le bénir. J'ai vu cette im[)os;inte assemblée, conf(>ndue dans le même sentiment, s'agenouillaut a\'ec res[)ect, inclinant la tête et recevant la bénédiction du Ciel, qui lui était tlonuée par son in<ligne ministre.
* Tous, catholi(pies, [)rotestants, païens, semblaient ifavoir (lu'une même pensée, celle d'otîVir leur hommage à r.Vuteiu- de toutes choses.
« Et l'on put voir, <lans cette circonstiinct^ Tempire souverain (pie conserve la religion [)our élever tous les hommes, (pu'ls qu'ils soient, Jus(pi'à Cchii (jui les ;i créés.
« Tout le reste de la cérémonie s'est passé avec un respect, une convenance <pie Je ne saurais assez reconnaître.
« Pas une parole, un gest^*, un mouvement qui vînt troubler l'attention générale et indicjuer le moindre mauvais vouloir, Tt)us étaient attentifs et silencieux, et le N^ice-Iîoi luimême prenait une pai't si ccu'diale à t(»ut ce (pii se faisait, (pi'au moment de la ])rocession sui- les fondations, il se mit à la suite du clergé et tit une dizaine de pas, Juscju'à ce (pie notre Consul l'avertît (pi'il n'était pas nécessaire de se donner cette peine.
« Aussi, ce Jour béni marquera-t-il dans les annales de la Mission, et Je pourrais même dire dans les fastes de la politique Européenne en Chine.
« Car, c'est là, la plus belle sanction de ce qui a été fait dernièrement dans cet Empire: sanction de nos traités, sanction de nos concessions, sanction de notre conduite et de nos procédés à l'égard de nos chers Chinois; sanction d'autant
('Iiapitre IX - l>iitioiilléx et oppoxitioiiw
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plus précieiiise et sigiiiticative, (|ii'elle s'est faite, non sous la pression des baïouiiettes, mais d'après im seiitiiiieiit tout spontané, parti du peuple connue des hauts mandarins.
«Que Uleu en soit béni!
«Et que son saiiit nom en reçoive toute la gloire (pii liii est due! ■■-■■ v. .- ":v ;,,' ■.;,.■:,.;;•:■■:■■■■.;■ ^,:
«. Avant de nous séparer, nous avions à nous réunir k un banquet, et nous nous y assîmes ett'eetivement, voulant terminer cette journée i>iir des agai)es d'union et de charité fraternelle.
« Mais, comme il se faisait tard, le Vice-lloi nous pria de l'excuser, et n'en fut pas moins touclié de cette attention de notre part.
« Quelques jours après, lorscpu' j'alUii avec notre consul jK)ur le voir et le remercier, il eut la gracieuseté de nous (lire «qu'il était assez remercié j)ar le plaisir d'avoir fait quel- (juc chose qui nous fût agréable»; il nous exprima sa satisfaction de la fa(;on dont tout s'était passé, et nous renouvela ses otfres de service.
De mon côté, ne voulant pas rester en arrière de tant de l)révenances, je lui lis remettre une magnif1<|ue cave à li- (jneurs qui m'avait été donnée par un ami de France, et que je tenait- eu réserve pour (pielque grand mandarin, sur la table duquel elle tigurait mieux que sur celle d'un pauvre missionnaire.
« xVinsi s'est terminée cette belle fête du <S dcccuibre I<S({.'>, fête à jamais mémorable et qui a produit la i)lus vive impression sur les témoins.»
Le dimanche qui suivit, eut lieu la bénédiction des deux orphelinats non encore terminés.
Le lecteur aura déjà fait la remarque sans doute, (pie l'évê(pie de Cybistra bénit beaucoup d'éditices destinés à Dieu et aux Saints, nuiis qu'il n'a pas l'air de vouloir en bâtir un pour lui-même et ses missi(uniaires!
11 pense en effet (pi'il faut d'abord loger les plus nobU^.s; et son désintéressement lui fera remettre à plus tard, l'érection de ce (pie ses collègues nu)dernes s'acharnent à api)eler leur évêché indispensable.
11 remettra si tard la construction de 1' «indispensable», qu'à la veille même de son exil, (1 87Î)) le vénérable évê(iue, à la vue du taudis cpi'en (piittant il pensait bien revoir, disait en souriant: «11 durera bien autant que moi!»
8a foi religieuse lui imposait l'obligation morale de rehausser d'abord l'éclat et la dignité des choses divines; puis sa délicatesse lui faisait résoudre par corollaire, la ques-
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llsv Cliiiilleiiiiii
tiou sociale, en éri^eaut pour les humbles et les faméliques le toit qu'il se refusait à lui-même.
Et il fallait que cet homme d'énergie eût la Foi d'un thaumaturge, pour mener jusqu'au bout sa rude entreprise, car les épreuves l'assaillirent continuellement: «La joie ressentie de la hénédidion de la première jjierre de notre églUe, n'a pas été, (lit-il, de lo7}ijne durée; déjà surgissent des embarras de toute sorte cjui com2) r omettent les travaux.»
C'est d'abord sou architecte Vautrin qui lui fait faux bond pour aller chercher, lui et sa femme, fortune ailleurs.
Ce départ ne l'aMige que médiocrement, car c'était, dit-il, un homme qui ne jjrenait pas à cœur son travail; auquel on 7ïe pouvait rien aire sans l'irriter, et dont la capacité douteuse me donnait des inquiétudes pour lu suite de l'ouvrage.
Pour le remplacer, il avise M. A'oisin et son frère Joseph; et, en attendant qu'ils lui aient trouvé quelqu'un, il occupe ses ouvriers aux dépendances de l'or])helinat et à la maison qu'il fait construire avec les deniers de la S*" Enfance, pour les jeunes tilles et les Sœurs.
A ces embarras, viennent se joindre ceux des tinances.
Il apprend que le gouvernement fran^'ais ne donne plus, au lieu des 300 mille francs promis, que 200 mille dont 100 mille sont déjà versés et même déjjensés au-delà, dans les fondations de l'église; les 100 antres mille doivent être pris sur l'indemnité chinoise, qui « probablement se fera longtemps attendre.»
Xe voulant pas que le manque d'argent soit une cause de retard pour les travaux, il s'informe de suite des emprunts qu'il pourrait contracter.
Le comptoir d'escompte de Hong-Kong lui donnerait bien tout l'argent qu'il voudrait à 10 ^i^; mais il n'ose emprunter à un taux aussi élevé.
Il demande donc à son frc^'e de s'informer parmi ses connaissances, si l'on ne consentirait pas à lui prêter à 5 " q.
Il suppose qu'il lui faudra de o à 400 mille francs. En même temi)s il écrit au gouvernement français et à l'Impératrice pour les informer de l'embarras où on va le jeter si l'on ne tient pas les premières promesses.
Et il manœuvrera si habilement, que, non seulement les 300 mille francs promis lui seront versés, mais (pi'il obtiendra encore en plus 250 mille francs.
C'est donc en tout plus d'un demi-million que la France lui aura donné en diiférentes échéances.
Il n'a jaujais douté de trouver de l'argent.
Aussi, même à l'heure oit il apprenait que le Gouvernement