‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 58 sur 155 · IO · texte numérisé non relu

IO

Itlyr <i!»iilloiiiiii

ces maux, et Je ne saurais estiiner lua vie au prix (Tabaiidoiiner l'opprobre et la Croix de mou Sauveur!»

« Mais, hélas! ses v(t-ux ue devaient [)as être accomplis; et comme le saint conducteur des Hébreux, il ne devait point entrer dans cette terre [)roinisi', dont le- rivage et les nu)ut;!,o'nes se dessinaient à Tliori/on!

Son marchand ne revint [)a.'

Puis

s, saisi une première t'ois de la hevre

il resta 1,

jours étendu sur sa natte, et ne se releva «pie pour voir l'abandiui complet où il était.

« La })lui)art <les Portugais, a|)rès avoir terminé leurs affaires, s'éloignèrent de l'île. Le navire même sur lequel il était venu, lui refusa, par crainte du uouxerneur de Malacca, tout secours et toute assistance, en sorte que, seul en ce lien désert, avec deux serviteurs seulement, il pouvait se regarder comme complètement abandonné.

« Saisi une deuxième fois de la fièvre, mais d'une manière plus violente, il connut par révélation que la tin de ses maux

liait.

approc

« Alors, résigné, remettant son sort entre les mains de Dieu, soumis de tout cteur aux décrets de la Providence, le saint ai)r)tre ne si)n*>ea i)lus (ju'aux joies de l'éternité et au bonheur d'aller jouir de la [>résence de son Dieu: « O Trinité, s'écriait-il sans cesse, lurMue au milieu de ses délires, o Trinité sainte, en (pii j'ai es[)éré, pour qui j'ai travaillé, soyez-moi pro[)iccî

« Jésus, fils de David, ayez pitié de moi! Vieriie sainte, montrez (]ue vous êtes ma mère.. .

« Enfin, le vendredi 2 décembre 1.552, jour consacré à la mémoire du Sauveur des hommes, à 2 heures de l'aprèsmidi, prononçant encore une fois ces paroles de son entière confiance en Dieu: «In U, Domine, speravl, non confundar in œtenium!;\\ remit entre les mains de son créateur, son Time enrichie de tant de mérites.

« Le Saint avait alors 4!) ans et il en avait passé dix et demi dans les Missions.

« O douce et préciense mort! mort di,i>ne d'envie, environnée <le tous les délaissements et de toutes les privati<uis (lu'ou peut é[)rouver en ce monde, mais (jui met le dernier sceau à l'éminente sainteté de l'apôtre, et introduit son ame dans les splendeurs de la bienheureuse éternité.

« Oh! (jne volontiers on bais(^ cette terre, témoin (h^ tant de merveilles et comme im])ré<>'née encore du j>arfum d'une fin si consolante.

4'liiipitre X-.4 MaucîMii

et

« A peu de distance du lieu où le Saint expira, se trouve un i)etit tertre qui s'avance dans la mer, et qui dans la i)artie sui)érieure, présente une plate-forme qui peut avoir de ()0 à 80 pieds de diamètre

« Antonio de Sainte-Foi son interprète et son fidèle serviteur, accompagno de deux Indiens, îvpporta son corps en ce lieu, et le déposa dans la terre, après l'avoir recouvert de cliaux vive; puis, voulant donner à son maître une dernière preuve de son attachement, il ramassa <|uelques jjierres éi)arses et les amoncela sur la place du tombeau, atin <l'en conserver les précieuses traces.

« Mais le corps du Saint ne devait pas rester longtemi)S en ce lieu: le 17 février 1553, c'est-à-dire 77. jours ai)rès sa mort, le vaisseau « /Sainte- Croix » étant sur le ]»oint de reprendre la mer, Antonio pria le capitaine de faire (mvrir le tombeau, afin de (uuistater l'état dans lequel se trouvaient ses ])récieux restes. "

« Le corps fut trouvé intact, sans aucune trace de corrnption, et comme animé par un sang frais et vermeil. La chaux n'avait pas altéré la substance du corps, ni les linges qui le recouvraient, et l'odeur la plus suave s'exhalait du cercueil. '

« Frappé de ces merveilles, l'équipage voulut emporter le cor[)s du Saint qui arriva heureusement à Malacca.

<' Toute la i)opulation accourut sur le rivage pour le recevoir; le corps fut trouvé dans un état de conservation parfaite, comme aui)aravant; et à peine était-il arrivé, qu'une maladie pestilentielle qui désolait la ville, cessa immédiatement, Dieu voulant montrer xmr ce prodige et par bien d'autres qui s'opérèrent chaque jour à son tombeau, la sainteté de son serviteur et le crédit dont il jouissait auprès de Lui dans le Ciel.

« Le lieu où tut enterré le Saint est à peu i)rès dans le même état où il se trouvait alors.

« Il n'y eut d'abord sur le tombeau qu'une simi)le pierre qui y fut posée en 1039 par les Jésuites de Macao avec cette inscription qu'on y lit encore:

A qui foi sepultado S. Francisco Xavier da Companhia de Jésus, Apostolo do Oriente. Este padrâo se levantou no anno 1639.

Ici fut enterré S. François Xavier, de la compagnie de Jésus, apôtre de l'Orient. Cette pierre a été posée en l'année 1689.

« Soixante ans ajn'ès, en 161)8, un navire français « l'Amphitrite », passait par ces i>arages; et, se voyant assaillis par

X6 Myr OuiUeinin

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une violente ttMnpète, les passa^evs tirent vœu, .s'ils étaient sauvés, (rélever en riionneur «le S. François Xavier, une cha- ]>elle sur son tombeau.

« A peine a\aient-ils invo(]né son nom, (|ne la tempête eessa et <|u'ils se virent hors de danger.

« JViais (les obstacles insurmontables s"opi)os(nent alors à la réalisation de cette (cuvre, et ce ne l'ut (pio deux ans après, en 1700, (prelle fut reprise et (^xcH'utée ]iar les soins des ,!('suites Tureotti et \'isdelou, missionnaires a Canton.

<^ .louissant (Tune pleine considération aui)r(^'s (les autorités chinoises, ces deux IN'u'es se ]) ré S(mi tinrent au \'ic(^-Eoi, et lui exposèrent le désir d'élever un nu)nument sur le tombeau d'un de leurs frères décédé dei>uis lon<>t(Mn])s sur les rivages de la Chine.

<^ Ijcnr (lenunide fut accuiMllie avec bonté; le Vice-Ivoi leur donna un diph'inu^ dans le(iuel il déclarait (pi'il ])renait sous sa i>rotection spéciale non seulement leurs })ersonnes, et leur travail, mais encore tous les habitants de Tîle, et il mit à leur disposition deux jon(]ues armées en guerre, atin de les conduire, eux, leurs ouvriers et les nuitériaux nécessaires ])our la construction de Téditice.

« Arrivés à Sancian, les Pères se mirent imnu'diatenient à exécuter l'ouvrage.

« Le ])etit monument (pi'ils élevèrent, se divisait en trois parties, fornmnt comme autant de gradins (]ui s'éclielonnaient sur le flanc de la colline.

« La i)remière partie n'était guère (ju'une plate-forme où s'élevait une grande Croix ([ui se présentait en face de la voie suivie par les navires. De là, on montait ])ar cinq marches, à une antre plate-forme (^ui était proprement le lieai de la sépulture.

« Sejit autr(\s marches conduisaient à un })etit sanctuaire où se trouvait un autel destiné à la célébration du sacritice.

« Cette dernière ])artie avait son toit terminé eii i)ointe, avec un globe céleste surnuuité d'une Croix, le tout environné d'un mur (]ui suivait la i)ente de la colline et mettait ce petit monument à l'abri de toute profanation,

« Grâce à ces soins, il subsista pendant quelque temps, mais la violente ])ersécution qui s'éleva eu 1 724 et en 1 732 ayant chassé les missionnaires de Canton et de la lU'ovincc, ce sanctuaire eut le sort de tant d'autres cliai)elles élevées sur le sol chinois, et qui furent ou démolies ou vendues ou converties en pagodes.

C'Iiiipiiro \ - A S:iii«'iaii

« Anjou rd'l mi ou n'y iviicourrc plus (lUc des ruiues, ninis i'uiu(V'^ l»ré('i(Mis('s <]ui ('MMbli^scut uos droits d'une uinuirrc irrofniii'abic, et (lui, daus i(Mir muet hiuiiaiic, itai'lcut à l'ospiit et au cœur d'une manière plus toueliante (jue tout ce que l'on [)ourrait y voir de ]>lus beau; ear <'lles nous r(^i»résentent mieux l'état où se trouvait ce terrain, iorsqne If orand apôtre, disant sous une haraipu' de renillauc, y terminait sa sainte carrière. C

«Oh! (lu'on aime à considéier ces lieux bénis!

« Comme res})rit sa i)laît dans la penser des grandes choses (pli s'y ])assèrent autre1<>is!

« (Miaxpie matin, j'y vtMiais célébrer soe.s niie t<Mite «le bambous; et là, j'aimais ù méditer sur la \ i<' et la mort de l'apôtre notre nu^dèle à tous.

J'ainniis surtout à rajtpeler à mou esprit, <'ett<' i»arole 'pic déjà l'idée de ce toml)eau m'avait inspirée préeéilemnuMit, ei (pu est venue se ])lacer comme d'elle-même dans mes arm<'s: In morte rita.

(''est bien là en (^tl^'et, que nous devons a])i)r<Midre à liiourir à nous-mêmes, et que dans cette mort volontaii'c, dans ce sjuuifice et ce renoncement de tous les jours, les pîuivres païens et nous-mêmes, nous trouverons la véritable vie: In morte vita.

« C!ei)endant, en priant [)our moi, je ne devais pas oublier qu'au-delà des mers, sur une terre bien éloii;née, je compte bon nombre de parents, d'amis, d(^ bienfaiteurs (pii par b'iir afîêction ou leur charité, m'aident i)uissaniment à répandre la lumière de l'Evano:ile ici.

« Aussi, longtenii)S avant d'arriver à Sancian, lors(ine étendu dans une barque, je n'avai> (pi'à m'entretenir «les piens"s l)ensées de nn)n voyage, je pris leur nom et les écrixis sur nue liste «pie, ])endant huit jours j'ai déposée sur l'autel et sur le tombeau.

« Après avoir rendu mes devoirs au saint jipôtre, c'était une obligation pour moi de faire connaissan«'e a\ «'c l'île et ses liabitants, afin de mieux voir quels seraient les moyens à jn-endre pour y répandre la connaissance «le l'Evangile.

« Aussi, munis du bâton de pèlerin, nous nous mîmes à escalader les liantes et ra])ides montagnes qui en couvrent le sol. L'île entière, avec tons ses contours, ])eut avoir en\ii*on liuit lieues de circuit et deux lieues de large. A part «piehjiu'.s l>«)U(piets d'arbres «pi'on y a])ercoit de loin en loin, la jdnpart

Mgr liiuilleiiiiii

des montagnes sont incultes, et dans les vallées seulement se trouvent des rizières.

« Autrefois l'on y voyait quantité de tigres qui étaient la terreur et le liéau du pays, mais le Saint, dit-on, les tit disparaître.

« Une nuit, en eÏÏet, qu'ils s'étaient réunis en plus grand nonjbre autour des habitations, faisant retentir les monts de leurs rugissements, Fvîiiuois Xavier, armé seulement de s(m bâton, alla au-devant d'eux et leur commanda, au nom de Dieu, de s'éloigner.

« A la voix toute puissante du tbaumaturge, les fauves prirent la fuite et disparurent complètement, en sorte qu'aujourd'hui, l'île n'a ])lus n s'inquiéter du voisinage de ces redoutables carnassiers: mais en revanche on y trouve de petits singes et des serpents.

« Quelquefois, des baleines paraissent au loin sur la surface de la mer, et tout dernièrement l'une d'elles s'étant approchée du rivage, causa la plus grande frayeur aux habitants, dans l'appréhension qu'elle ne vînt rompre leurs filets de pêche.

Aussi, les habitants de plusieurs villages voisins s'étant réunis, allèrent fu-devant d'elle, frappant à coups redoublés leur infernal tam-tam, afin d'effrayer le monstre. La baleine eut peur en effet, et disparut au loin, dans l'immensité des flots.

A cette occasion, nous ax^prîmes à ces bonnes gens, comment l'on procède à la pêche de la baleine et combien la capture d'une seule peut rax)porter de bénéfice; mais nos renseignements faisaient i)eu d'impression sur eux; ce qu'ils désirent, c'est de n'être j)oint visités par ce terrible colosse et de n'avoir pas à se mesurer avec lui.

« Parcourant tout le pays à travers de petits sentiers tracés cà et là, nous rencontrâmes une vingtaine de villages, pauvres mais agréablement situés au pied des montagnes et environnés d'une ceinture de grands arbres, qui les mettent à l'abri du soleil.

« Les maisons sont en terre battue et recouvertes de tuiles que les insulaires v(mt chercher dans le continent.

« La population doit s'élever à 7 ou 8000 âmes, bonnes et simples gens qui nous ont accueillis avec plaisir et qui montrent bien que le bonheur de la vie est indépendant de ce raffinement de civilisation qu'on nous vante tant aujourd'hui.

« Dans toute l'île, il ne se trouva pas une seule montre, et la première qu'ils aient vue, est celle que je portais sur moi et que je dus leur faire voir à tous moments et dans tous les sens,

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