‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 7 sur 155 · Chapitre II - An {Séminaire de la Rne «lu Bac · texte numérisé non relu

Chapitre II - An {Séminaire de la Rne «lu Bac

Entre temps, sa curiosité toujours eu éveil, le pousse à visiter les monuments sacrés et profanes de la Ville-Lumière, f t il tire de ces inspections une foule de remarques et de renseignements précieux qui {)orteront leurs fruits plus tard, quand, évêque de Canton, il s'absorbera dan« les construct ons.

Le climat de la capitale lui est favorable: sa santé s'y fortifie et il n'éprouve plus de palpitations.

11 semblait que pour ce prêtre envahi d'idéal et de vastes pensées, ce grand Paris, dont, tout [)etit, la vision le hantait, fût devenu l'Eden de ses désirs, le séjour Elyséen d'où son cd'ur impatient allait bientôt, moteur divin, l'enlever pour les régions de l'aurore.

Il savait pourtant que Paris n'était i)Our lui qu'un lieu de passeage; il ne pouvait donc guère en écouter les voix que d'une oreille distraite, tel un oiseau perché très haut sur un torrent.

Or Paris griondait alors comme un torrent. (2.'i-2() Juin 1<S48). L'on y voyast triompher l'émeute et tomber aux barricades, l)endant trois jours, d'honnêtes citoyens. (')

La poussée démocratique, non contente d'avoir abattu la monarchie de Juillet, avait tenté son suprême assaut contre l'ordre ]3ublic. Elle devait céder à la force.

Et Oavaignac l'ayant brisée, nous préparait alors, comme on le sait, l'avènement d'une «république une et indivisible» mais hélas précaire, bien qu'elle se fût constituée «en présence de Dieu et au nom du peuple français»!.. .

M. Guillemin, dont le père avait été légitimiste, et qui fut lui-même, toute sa vie, partisan déclaré d'un régime d'ordre et d'autorité, dut être médiocrement édifié des allures libertaires de la nouveau-née.

Quelques jours après l'émeute, il vit passer, dans les mêmes rues qu'avait attiédies le sang du peui>le et des bourgeois, le convoi funèbre de M. de Chateaubriand.

Le grand René, déçu lui aussi, avait fermé les t/etir (4 Juillet) devant «les perspectives sombres du lendenuiin».

Et les funérailles de ce serviteur de la Restauration, furent celles des deux monarchies: «J'ai miué, relate Zéphyrin, h cenieil de ce (finie qui disparaît à Vheure où snnhle crouler tout ce que .s« plume a édifié et attaqué».

Mais déjà pour celui qui traçait ces lignes, avait sonné aussi l'heure du départ: JNI. (iuillemin veiuiit de recevoir sa

(1^ Parmi eux citons Mi>-r Att'rc et le "l'uôral I>iv;

va.

>l^i' <>iiiil<'iiiiii

Icuilli' (le roiUt' i>our la (Miiiic: <^ Lorsque rons (jiiittir: Vuillut'ans. ri'i'it-il k' ''-') -juillet 1S4.S, pour rircnir à Del k}/, je rêverais ))U( <irstiit((t(0)i i>ot(r la ('lii)ie, (') et Je leiidenudit, on me fai.soit savoir (fur mon départ désormais ne pourrait être dijfére. Il i'st en ('(ff't p.v' ((u ô ou 7 da liwis prochain. Xoas partirons df Paris au nombre de six missiojuudrcs, et }ioas nons diriijerons d'ffhord sar Londres où an raiss<'((a iioas portera en Chine>>.

Le 1'' août, il t'ait ])ai"t à Joséphiiic l<''la m\\ du ])Iaisir (lu'il a (Ml (h' ivxoir sa uioro: <^J'ai en anr hiot tp-ande satisfaction de roir maman, Enlalie et mrs frères. Maman )ne paraît plus risif/nct (juc Je n'aarais os" Tespirer. J'J/le a fait Jienrensentoit le roiiaf/e, et hnje à qnelqaes pas du Séminaire; je puis de la sorte la roir sourenî, p((s encore aussi sourent qu'elle le désirerait... Elle rient de partir en ce moDunt pour risiter le Jardin des Fla)des, tandis que je me suis retire pour faire mes préparatifs et causer un peu arec toi. Ihmain, nous irons ensemble à Versailles; les ((utre.s jours seront remj>lis par d'autres courses, et puis viendra enfin L Jour de la sep((ration» . . .

Il lu' })art (le la capitale (jue le 1) août, eu eouipa^uie de eiiK] autres uiissiouuaires: INI.M. Cliarbouiiier, (') Tapie, Fniuclet, Nt^i'on (■*) et ]Miliitn( s.

Au uu)iiieut de sou départ, jtlusieuis persouiies lui ayaut lemaudé de conserver (pu'hjues rai)p()rts jnec lui, il son,i>e à tonner tine petite association de i)rières et (raimunies.

Il acceptera volontiers ce <)u'()n \()udra bien lui envoyer dans rintt^rèt de sa ^Mission, uutis il ne xcut «(jue du beau», car, ajoute-t-il, «les Chinois sont ditliciles, et u'a])])récient (pK^ ce (pii est bien*.

De

son cote, il

s'enuauc à dire la s

ainte

esse

ton.''

les

sauiedis pour ces ])ersonnes, (>ii leur enxoyant une nna<>'e ou une Mu^daille bénite de sa main.

La traversée de Dieppe en An<ileterre lui cause «Tliorrible nnd de mer»; et dès son an-iv^H' à Londres ;i \{) heures du .soir, «il est héberuc^ avec ses confrères ])ar une l'aniille protestante, avec toutes les attentions (pi'on pourrait attendre

des meilleurs catlioh(pn\s» .

Il visite Londres en habit ecclésiasti(pie, en s'attirant des niar(pu\s de resj)ect de la part des ('atholi(pn's an.t>lais (pii le reconnaissent ])onr un prêtre roniain, et \ienn<'nt, dans la rue, lui demander sa bénédiction et « prendre les jranu'es de sa ceintun» jxuir les baiser ».

Le 1<> a(M'it, à midi.

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4'h»pitre II - IX^^pHi't iM>iir I» <'hiii«>

Le» leiideniaiu il écrit à sa mère un dernier adieu et eontîe sa lettre au pilote qui va rentrer à Londres a])rès l'avoir conduit eu pleine mer.

Le bateau qu'il monte s'appelle le <'^ Land o' Calkcn».

L'équipage tout eutier est protestant, mais le <*ai)itaine «tient H se montrer a^iiéable aux missionnaires».

Ils seront seuls à son bord et chacun aura sa cabine.

Une chambre plus spacieuse servira d'oratoire à la communauté; on la décorera d'une croix au-dessous de laquelle seront îippendues les images du Hon Pasteur et de la Mère <le Dieu.

Le capitaine leur oltre même son grand salon jjour les dimanclies et les Jours de fête; il assistera volontiers ces Jourslà, avec son équipage, aux cérémonies du culte catholique.

Mais ne résistons pas au i)laisir de laisser notre cher missionnaire raconter lui-même quelques détails de sa longue navigation.

L'intérêt du récit en sera d'autant i»lus soutenu qu'on trouvera dans ces pages du voyageur, tout le charme de sa <liction et la délicatesse de ses sentiments.

in

Sur mer, le (J Octobre 1 848.

Ma bien tendre et chère mère,

« Voihi bientôt deux mois (pie nous sommes en mer, sans avoir pu trouver l'occasion <le vous faire parvenir de nos nouvelles

« Tandis que nous étions sur la Tamise, notre traversée était fort calme, mais une fois au large, nous avons ressenti les atteintes du mal de mer, mal dont on souffre étrangement.

« Un Jour, fatigué d'être au lit. Je m'avançais péniblement vers le pont, lorsque Je rencontre un de ces Messieurs à qui Je demande l'heure. Quel est mon étonnement, lorsque au lieu de m'anuoncer 4 ou 5 heures du soir, comme ie m'y attendais, Je l'entends me dire qu'il est 10 heures du matiu! En ce moment. Je pensais ne pouvoir Januiis arriver à la fin de la Journée.

« Cependant, ce Jour a passé, plusieurs ont passédepuis, et j'ai compris que douleurs et plaisirs n'ont ici-bas (pi'un temps....

«Mais hélas, il y avait bientôt huit Jours (pie mon njal durait, sans aucun soulagenuMit,

« -le sentais le besoin de ])rendre ([uehpu' chose.

Mqr (iaiUemin.

KS

.Vlur <>iiiilloiiiiii

« A (It^faut (le nos fruits de France, je désirais un i)eu de i;lace, (jui me i)araissait la chose la j)lus capable de nie soulager

<v 31ais ct>ninie".ir exprimer cette demande! Personne sur le navire ne comprenait le t'ran(;ais; et mes compa<>nons de voyajie, saus être aussi malades «lue uu)i, étaient assez occui)és, à récart, de leurs propres soutt'rances.

* Entin, après bieu des signes pour me faire comprendre, je vois arriver auprès de nu» coiu'lie un nègre (jue je n'avais pas eucore vu, et (pie l'on m'amenait comme trucheniau.

« Cet homme aux cheveux crépus, était le seul de l'équipage qui sut un peu de fran(;ais et (pii fût catholiiiue.

<v Eu bon physicieu, je lui dis df me remi)lir une bouteille d'eau, de l'envelopper d'un linge trempé dans la mer, i)uis de rexi)Oser sur les cordiiges. à TcMidroit où le veut soufflait avec le plus de violence.

<< Eu nu)ius d'une heure, j'obtins sinon de la glace, du moins une eau très froide, dont je bus à longs traits et dont j'éprouvai à l'instant les heureux ettets.

« Le capitaine voyant mon goût pour ce li(piide froid, vint un jour m'ottrir une pomme. Elle était verte, mais son ai)reté qui m'aurait révolté eu tout autre temi)s. était <]U(dque chose de savoureux

« J'avais pour compagnon de mes douleurs, le plus fort sans contredit de la bande, un bon et excellent Provençal qui, malgré sa constitution herculé<Mine, n'avait pu écha])i»er au mal de mer. (')

«. Comme plus malade (pie nu)i ou se plaignant davantage, je lui prodiguais mes soins; il buvait de mon eau, uuingeaif les pommes du capitaine et suivait en t(>ut mon régime dont il vantait la bonne recette.

« ]Me trouvant un jour avec lui à c(')té d'tme volière ofi des poules s'évertuaient au soleil, je lui demandai si connue le renard nuilade, il ne serait pas content d'en cr(>(pier tme; j'ajoutais au surplus ((ue ]r bouillon de poulet était prescrit dans les faiblesses (restomae par les pins fameux docteurs de la Faculté.

« j\ra proposition (pii n'était cpi'une sim])le ])laisauterie, ]>lut tant, qu'il la mit de suite à exécution.

« Le bouillon dura deux joui's; la chetive i>écore fut déchi- ([uetée i)ièoe i)ar jnèce, et Dieu bénit si bien notre gournumdise, que, dès ce moment, nous avons pu venir nous asseoir i\ la même table (]ue nos coidrères

«■ L'on n'éprouve, dit-on, jamais le mal de mer, sans que la

(I) Il ïî'iiu'it ii-t (iii lit- .M. < 'li;iil)iioiiif'i- lia lUorèse île Digiie. dii île M. Mihières «-lu diocèse d'Aix. nuirt su]H''riear de la .Mission ilii Koiiaug-Si. le IG (.>ctobre 1871-

4'liti|»itr«' Il - VoysiK<' <'*■ <'liiii4'

siuitc' ensuite ne s'en trouve mieux; hi poitrine, Testoinae se forti tient, ijet il n'est pas rare «le voir de eliétives santés, ajmXs une louiiue traversée, prendre une lor<'e et un dévelo]>penient dont on les avait jugées «l'abord in('ai)al)les

« AiH'ès vous avoir, elière tnère, parlé de mes maux, Il est juste aussi (pie je vous dise (jueUpie chose des jours plus heureux qui les ont siiivis.

«Nous nous levons A la pointe du jour; mais la fatigue (pie

j'éi)roiive, m'excuse de remettre parfois ce lever à plus tard.

Xous allons ensuite sur le [>ont faire notre prière et nu'nliter.

<^ C'est le moment où le soleil sortant de l'abîme s'élève vers le Ciel: nous faisons monter aussi notre juière à Dieu )»our qu'il bénisse la journée.

«Si l'horizon est i)ur et (pie l'aurore s'annonce eommedans nos prairies i)ar un air frais, c'est la mar(pie d'une belle matinée. Alors, tous ensemble, nous préparons l'oratoire où doit se'dire la Messe

« Il semble que le sacritice de nos autels, déjà si touchant par lui-même, prenne à bord du vaisseau quelque chose de plus solennel encore. L'on sent (]ue Celui (pii descend au milieu de nous est le même que Celui qui commande à l'Océan, (pie c'est Lui qui en a posé les fondements et qui en règle encore les numvements, comme il Lui i)laît, La foi s'élève^, on est heureux d'avoir avec soi le maître du monde; et si parfois, à la vue des vagues qui montent et (|ui menacent de nous engloutir, on était tenté de s'abandonner à la frayeur, on croirait encore entendre sortir de sa bouche la parole du ('hrist aux apôtres: «Hommes de peu de foi, que craignez-vous» !....

« Après le dîner, vient la récréation qui se compose inditféremmeut de tous les objets (pii se présentent à nous.

«On comprend qu'en parcourant un monde aussi nouveau pour nous, nous rencontrions à chaque instant, mille choses curieuses aussi capables de récréer (pie d'instruire.

« Ainsi, il n'est presque i)as de jour où nous ne voyions arrivei' à notre bord quelque oiseau fatigué qui vient demander l'hos])italité, comme le roitelet, le pigeon, l'hirondelle. Nous les recevons avec tout l'emi)ressement dû à de pauvres exilés qui ne jjeuvent trouver d'asile (pi'aui)rès de nous; nnn's tous nos soins ne sauraient leur rendre les forces (pi'ils ont perdues.

« Ils sont tellement épuisés, (pi'ai)rès un jour ou deux, ils i)érisseut de fatigue, peut-être de regret!....

« D'autres fois, ce sont des marsouins qui, pendant deux ou trois lieues, accompagnent notre vaisseau, s'avançant tonjours de fr(mt comme nos chevaux d'équipage et s'élan(;ant hors de l'eau, comme les monstres (pie Fénelon dans son «Téléniaque» nous re])résente suivant le char d'Amphitrite.

.TIgr Càiiilleiiiiii

« Demain, c'est une baleine dont on entend an loin le rontienient, et dont le dos, pareil à une barqne renversée, s'élève au-dessus des tiots

« Eu voyant ces gros poissons se jouer chaque jour à côté de nous, le désir nous vint d'eu prendre quelques-uns.

« François, notre bon nègre me disait toujours: «Quand vous (Hre (juérl, moi vous faire prendre beaucoup de poissons!».

« Il m'apporte donc nu liaineçon en me disant de le placer de suite, car nous prendrions certainement quelque chose. EÔéctivement, un matelot accourant i)rès de nous, s'écriait: «Sharkî shark! . .

« C'était un requin, facile à reconnaître à ses larges dimensions, et surtout au petit poisson bariolé qui nageait audessus de lui, et qui, suivant les naturalistes, sert de ])ilote au requin.

«. U pouvait avoir 7 à 8 pieds de long et peser environ 200 livres. Xotre joie était celle d'un jeune- chasseur qui dès son début, apeiçoit une capture inespérée dans ses tilets; mais nous n'avons pu jouir du fruit de notre victoire. Lorsque nous faisons effort, pour retirer notre ])roie de l'eau, le monstre se sentant pris, s'élance sur la corde qu'il tranche d'un coup de dent et retourne au sein des eaux dont il est la terreur.

« On dit que le requin est si vorace, (pi'après avoir été pris et relâché deux ou trois fois, il revient encore à l'hameçon qui lui présente une nouvelle proie. Mais, j'aime mieux croire pour l'honneur du nôtre, qu'il «jura tout contus qu'on ne l'y prendrait i>lus».

« Parmi les oiseaux aquatiques que nous rencontrons le plus souvent, se trouvent le cormoran et l'hirondelle de mer. Cette dernière, en tout semblable à nos hirondelles de terre, est^ admirable par sa familiarité.

« Lorsqu'on lui fait signe, comme i)our lui jeter quelque chose, elle accourt, pose délicatement ses petits pieds velus sur la surface de l'eau, saisit sa proie qu'elle mange avidement et revient d'un vol rapide comme pour dire: j'ai fini.

« Ce qui la rend plus intéressante encore, c'est qu'après avoir fait connaissance d'un navire, elle le suit pendant 1000 et 1,500 lieues, jusqu'à ce (pi'elle arrive aux confins des climats qui lui sont assignés par la nature.

« Elles sont ordinairement par trouj)es de 7 ou H. L'une d'elles qui a été ])rise i)ar un matelot, suit depuis 5 jours notre vaisseau, portant à la i)atte le ])etit ruban rouge qu'on lui a attaché.

« Quand ces tilles du (Mel nous (juitteront au-delà du Ca]) de Bonne-Espérance, nous verrons arriver à leur place l'albatros au plumage élégant, à l'envergure de l.j à 17 pieds.

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