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Chapitre II - Voyage on C'iiiiie

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« Aussi fauiilier que l'iiirondelle, il s'ai)i)i'()clie lacileiueiit du vaisseau, saisit avidement ce qu'où lui jette; mais, malLeureusemeut pour lui, sa grandeur et sa beauté sont troj» souvent cause qu'on le retient prisonnier, et (pi'on l'envoie nunibler quelqu'un de nos muséums dont il devient l'ornement....

« A mesure que nous approclions de l'équatenr, nous apercevons de nouvelles curiosités.

« C'est d'abord une lumière plus pure, un ciel d'un azur plus éclatant; l'eau qui le rétlécliit est d'un bleu foncé comme le bleu de Prusse.

Le soleil à sou coucher, répand ses derniers rayons qui forment à l'horizon, des tigures si belles et si animées, qu'on ne peut se lasser de les admirer.

Ou ne voit plus l'Etoile polaire, mais à sa place, on aper- (;oit de nouvelles constellations qui me paraissent \)\ut brillantes que celles qu'on découvre en Euroi»e.

Puis, c'est h\ pliosi)horescence de la mer, (]ui, échauffée })ar le soleil, paraît le soir tout entlammée.

Quand le vaisseau fend rapidement les vagues, on dirait (pi'il laisse derrière lui une longue traînée de feu (jui se divise ensuite en une multitude de perles argentées répandues au loin sur la surtace des tlots.

Quelquefois l'eau n'est (pi'une mer en feu, où les vagues se heurtant les unes contre les auti'es, forment de larges rubans étincelants. Ajoutez que pour euibellir ce si)ectacle, (piantité <le i)oissons volants s'en (Hdiap]»ent et p<u'tent sur leurs ailes, en voltigeant autour de nous, le feu (pi'ils semblent avoir puisé au sein des mers.

Après avoir consitléré ces diff('>rentes mer\eilles, nous nous remettons à l'étude juscju'à 1) lieui'es du soir, où, suivant l'usage anglais, ou nous sert le thé. A[)rès cela, nous remontons sur le pont pour ujéditer encore.

(^'est là, sans contredit, un des i>]us beaux nu)ments de la journée. S'il est un endroit, ofi l'cni puisse jouir dans tout son éclat, dit spectacle (pie nous offre le ciel étincelant d'étoiles, où l'Ame aime le i)lus à se recueillir de\aut l'Auteur des êtres, c'est bien en mer, au commencement <rune nuit, tranquille. V ?

Là, point de barrière pour entraver la vue, point de bruit étrange i)our vous distraire.

Placé entre l'immensité du ciel et celle de la mer, vous saisissez d'un seul regard tout ce (|u'il est donné à votre <eil d'en apercevoir ici-bas. Vous contemplez la grandeur, la sagesse de Celui quia fait toutes choses; vous vous élevez avec amour vers Lui, et vous apercevez déjà au ciel la place qu'il vous destine pour prix de vos légers sacrifices.

n^f GiiilUMiiin

Havis (le tronver en I^iii tant de niagnitieeiice l'éuiiie à tant (le bonté, nous ne fsanrions voir finir ce jonr, sans chanter à sa lonange (jnekines eanti(]nes dont les derniers sons vont se l)erdre an loin snr l'abîme.

Bient(>t le Ciel qui jusque-là avait été très pur, se couvre de nuages (|ui refonibent tantôt en rosées, tant(')t en pluies abondantes et (jui nous prej)arent une agréable matinée pour le lendemain.

Admirable Providence de Dieu, dont nous sommes pres(pie clia(pie jour les témoins, et (lui fait (jue lorsqu'on est sons la li«iU(\ à l'endroit même où le soleil darde per})en(liculairement ses ra\ on.< sur nos têtes, nous jouissons soir et nmtin, d'une t'raicheur accomi)agnee d'une brise légère qu'on désirerait souvent dans les bos(piets les ]»lus \ei'doyants de l'IOn-

rope

Nous regagnons entin notre cabine, mais je ne saurais (]uitter le pont, sans aujiaravant me tourner vers la France et souhaiter un dernier bonsoir à ceux (pie mon atléction y accomi)agne toujours

Vous voyez, mère, combien on est heureux dans cette navigation de cin(i mois que l'on juge parfois si monotone et si pénible.

Le 25 sei)tembre, nous axons [)assr l;i ligne, et aujourd'hui <) octobre, nous sommes au 1 S" degré de latitude sud et au IW de longitude.

Chaque fois (pie notr<- (•ai)itaiiie prend le point des dislances, à midi, je le suis dans cette o]>eration, et j'inscris chaque jour sur une carte ap]K)itee de Paris, l'endroit précis où nous nous trouvons.

N(Uis nous a\anceroiis d'abord vers le cap de Honne-Es]>érance, puis vers le Levant, en passant entre les îles S' Paul et d'Amsterdam: nous passerons à c(')té de la NoiivelIe-Z(>lan- (le, l'île des ('(»cos fertile en corail, de -lava où nous i»reiidrons de l'eau, des Moliupies, des Philippines, et entin nous arriverons pour Noël à Hong-Kong. (N'ictoria) ville nouvelle que je ne tr<Mive point sur la carte, mais «pli est à 7 on 8 lieues au couchant de Macao

« Adieu, ma l)ieii chère mère, je \ais terminer ma lettre, mais d'une manière plus agréable (pic j(- n'aurais osé res|)érer le <î en la commençant.

« .le \'ous distiis (pu' je la conser\ crais jus<prà ce (pie la Providence me fournit l'occasion de vous l'envoyer; et xoilà que aujourd'hui, 10 Octobre à 11 heures du soir, par un clair de lune magiiih(pie, nous entrons voiles déjiloyées, dans la sul>erbe enceinte de rochers (pij forment le port de Ivio-Janeiro, capitale du Brésil.

C'iiapiti'i' Il - Vo.vayfc on t'Iiiiic

«. Le veut, noius ayant poussés depuis plusieurs Jours de ce côté, notre ca})itaine a i>réferé s'y arrêter pour y i)rendre <ie l'eau, plutôt que d'être obligé de faire halte i»lu8 tard.

« Demain matin, nous desc*endrons en ville, considérer cette terre privilégiée, et puis, comme l'oiseau (pii ne fait que se poser sur une branche, nous continuerons notre <*ourse ù de lointaines rives. »

Votre tout atïéctionné fils,

Zéj)hyrin (ruillemin.

Le contretemps c|ue signale >L (Juillemin l'ut le même (jui, détournant IMiizon et ("abi'al de leur l'oute aux Indes, les Jeta sur les côtes du N(Hiveau-Monde, et IcMir fit découvrir le Brésil. (1500) FA ce contretemps, loin de contrarier les deux na- ^igateurs, ne fit au contraire <|ue les réjouir dans l'assurance d'une nouvelle con(iuète.

Zéphyrin y trouve aussi l'occasion de faire une description i\v ces pays entrevus et d'énuuller son récit des détails ]»itto- >s<|ues suivants:

M(( bien clih-n mère

IhiiKj- l\<tii<l le 'J J •hiiirivr lf<4!i

« lia dernière lettre que je nous ai <'crit(>, de KMo-.Ianeiro j'étais si ])ressé de vous l'eux-oyer (pie j(* l'ai jc^tée à la poste en arrivant, sans p(uivoir vous donner aucun détail sur cette ■ville. .^■ -■-^■.■:'

« .Je vais y suppléer en reju-enant de là le détail de notre voyage.

« Après avoir passé riMiuateur, le niauxais temps que nous avions en sortant de l'Angleterre, est \<'iiu u(M1s surprendre avec plus de violence <ju«' jamais. Le vent ne cessait de souffler dans la direction d\\ sud-ouest. I-e <'a])itaine fit ce qu'il put ])our l'éviter, mais, voyant (jue tous ses efforts étaient inutiles, il se résolut enfin à céder à la violence des ^'ents et à venir aboriU^r à Rio-.Ianeiro dont nous étions peu éloignés.

« Quand il eut fait connaître cette détermination, vous ne sauriez croire l'eftét <iu'elle ]>roduisit sur tout réquii)age: nos matelots ne faisaient (jue ciianter.

« Pour nous, notre contentement n'était i>as moindre, parce (|ii'il était doux, après une traver.sée de .'1500 lieues, de venir iu)u.s reposer lu, comme dans une oasis, et (U* pouvoir contempler de nos yeux tout ce (|ue l'on dit de merveilleux de cette terre du 2\ ou veau-Mou de

^Igr Cliiiilleiiiiii

« Le leudemaiii, à la première liieiu' du jour, on viut nous prévenir qu'on ai>ercevait daus le loiutaiu les côtes du Brésil. Elles ue paraissaient eucore que coiunie un faible nuage tlottant à l'horizon; mais, à mesure que nous avancions, leurs formes se dessinaient d'une manière plus nette et plus distincte; bientôt nous entrâmes dans la magnifique baie qui forme le port de Rio -Janeiro.

« .Je ue sais s'il est dans l'univers un lieu, qui pour la position et la beauté du cou}> d'œil, soit comparable à celui-ci.

« Qu'on se figure un vaste bassin d'environ 10 lieues de long sur '2 de large et formant une sorte d'avenue conduisant a la ville; <le chaque côté, une chaîne de montagnes qui s'élèvent à une très grande hauteur avec les formes les plus variées; dans le lointain, la \ille de Rio qui a])paraît avec ses maisons, ses jardins bâtis en {imphithéâtre et surtout avec ses tours et ses clochers (jui dominent au loin, et vous aurez une idée du spectacle que i)résente cet emi)lacement, le plus beau du monde, avec celui, dit-on, de ('onstantinoi)le.

« fie ne pouvais détacher les yeux de ce tableau grau liose et surprenant.

« .Je raj^pelais mes souvenirs, U>rs(]ue au jeune âge, j'allais, sous la conduite de ujcs anciens maîtres, \isiter les sites les plus beaux de la Suisse et de l'Allemagne.

« Mais, ni le mont Blanc a\ ec ses glaciers, ni le Rigi avec ses vues si gracieuses et si variées, n'ont rien ce me semble, de comi)arable a cet endroit (\u\ réunit à la fois la grandeur des mer.- et des montagnes ;i\ec la ])ersj»ecti\e la mieux ménagée.

« li'heure «le notre arrivée ajoutait encore à la beauté du spectacle.

« C'était la nuit. Aux vents bruyants de la veille avait succédé un doux zéi>hir (pii entlait nos voiles; le ciel était pur, et la lune brillant de tout son éclat, répandait au loin sa lumière bénie.

« Notre nuirche sous ce ciel étoile, au milieu du silence de la nuit avait quelque chose de si calme et de si grand, qu'on l'eût mt>ins prise pour l'arrivée d'un vaisseau, que pour une entrée triomphale à la(juelle tous les éléments semblaient vouloir prêter leur concours

«Nous pouvions aussi admirei- astiez a\ec quelle i)récision l'homme maintenant <'onduit sa marche au milieu des abîmes.

« Bien «lue notre capitaine n'eût jamais \ u Rio-.Janeiro, ni même cette partie de l'Amérique, cependant, dès la veille, il nous disait, à une heure près, la distance qxù nous en séi>arait.

« Le lendemain, à peine paraissions-nous sur le pont, (jue nous éti(uis témoins <rnne des plus solennelles décharges d'artillerie qu'on puisse entendre.

<iiai»i(r4' Il - \oy»s^ eu <'hiii<> "via" Brésil

«C'était le jour on le Krésil célébrait la uaissauce d'un Jeune priuce :■:-';-■■" •"■■■■■

« Le bruit de ces détonations qui se prolongeait dans les montagnes était vraiment nuijestueux, et nous l'écoutâmes jusqu'au moment où la police brésilienne vint inspecter notre bateau.

« Descendus à terre, notre preuiier soin fut de chercher un hôtel français et un guide. v

« L'on nous indiqua un français établi là depuis longtemps et qui s'ott'rit de lui-même pour nous accompagner en ville.....

« Ivio-Janeiro est une ville spacieuse (jui renferme 200.000 âmes dont la moitié se compose d'esclaves n grès.

«L j ville est loin de répondre à l'idé' qu'on s'en était d'abord formée. La plupart des maisons sont petites, bâties en briques, n'ayant (pi'un étage et souvent même (pi'un simple rez-dechaussée. Les rues sont sales, mal [>avées. On y voit rouler queUiues vieux équipages, attelés d'un ou de deux mulets

« Les édifices j)ublics y sont rares et pour mieux dire entièrement nuls. Le palais im[>érial qui se trouve en face du port, [)laît d'abord i)ar le nombre de ses fenêtres et le mélange de couleurs dont il est bariolé; mais en l'approchant, on voit disparaître le i)restige qui avait d'abord séduit, et l'on ne trouve [>lus à la [)lace d'un i)alais, (ju'jine maison ordinaire, même au-dessous de la i>lupart de nos jnéfectures de France.

« Le palais archié[)iscopal, bien (pie placé dans une iK)sition plus avantageuse, d'où il domine la ville eomme nos castels du Moyen âge, n'a l'ien (pu' de commun.

« Nous aurions désiré, en le \isitant, voir Sa (îrandeur, mais un vieux nègre nous dit (pie le bon vieillard octogénaire dormait

« Les églises sont nombreuses nuiis petites, ressemblant l)lutôt à des chapelles de couvent (pi'à des édifices publics. Il faut en excepter toutefois la chapelle impériale, (jui, sans être d'une architecture élégante, jdaît cependant par les riches tentures d'or et d'argent dont l'intérieur est décoré.

« Le commerce de Rio n'y est pas dans un état meilleur que le reste: c'est en vain que J'ai cherché dans les magasins (piehpie objet de l'industrie indigène.

« Le Brésilien, content des productions <|u'il trouve chez lui, se met peu en peine de se procurer par lui-nu^me les choses dont il a besoin. Tous les objets dont il se sert, il les achète en France (Ui en Angleterre; il n'a ni fabriques, ni manufactures, et il laisse ainsi sortir de son pays tout l'argent qu'il avait pu gagner par la vente de ses i)roduits.

« Une autre chose qui fait plus de peine encore en parcourant la ville de llio, c'est le nombre considérable d'esclaves qui sillonnent les rues en tout sens.

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>ly;i' <Kiiiil4>iiiiii

« Ces mallieiireiix, re[)()ussés des hoiiimes et i-e^ardés comme (le vilîs aiiimanx, vont toujours i)ie(ls nus, atiu d'être plus facilement reconnus des autres noirs (|ui sont libres. Leur tioure est triste, sombre; elle annonce leur dégradation et leur misère. Ici, coiiime clie/ les nations civilisées, la traite des noiis est bien détendue, mais la loi est si faible à cet é<iaril, (juMl s'en fait toujours un grand commerct?.

<^ Il n'est i>as «le mois où il ne parte du Brésil plusieurs vaisseaux (pii vont s'approvisionner dans le !Moz;imbi(iue, la Sénégambie et les autres côtes d'Africiue

« Une fois arrivés au lii-ésil, ces nmllieureux deviennent la l>ropriété absolue de leurs acheteurs; ils ne peuvent rien sans leur permission: on b's emploie ;i toutes soites de travaux, et on ne les estime cpTen pro|)ortion <lu pi'olit (]u'on en retire

« Les campagnes du Brésil sont pleines de charmes pour (pli les xisiîe une i)remière fois.

« ('ei>endant, comme il n\\ a rien de i»arfait sur la terre, il s'en faut bien qu'on \ trouve tout ce (pi'on pourrait désirer.

« .\insi. Ton xoit axcc peine (\\w c<itc terre d'ailleurs si fertile, soit al>andonnée ;i ellc-ménu', sans (pi'aucun travail ne vienne aider sa fécondité

ous nous sommes «liiiycs \ ers une petite xallée (|ui é-

tait «Ml face de nous, ("était. Je crois, l'endroit choisi i>ar les «'oiisuls, ambassadeurs eî autres personnages distingués de Kio, pour > fixer leurs maisons de <-anipagne.

On Noyait xoltiger aux alentours, tout ce (pie l'Américpie renferme des plus f)eaiix lial)itaiits (h» l'air: une «piantité de ('(dibris qui venaient ixunper, comme l'abeille, le suc des Heurs; de.s papillons de toute beauté «M surtout une foule de vers luisants (pu le soir, semblaient autant de flambeaux voltigeant sur les branches des arbres

Nous n'avons [>as cru p(Hi\«)ir pousser plus loin notre promenade, à caus<^ des boas, des singes et autres (espèces [>eu gracieuses qui se tr<Mivent dans cette direction, et dont nous nous soucions peu de faire la reix'ontre

rl'ai cueilli un petit fruit r(Ui.ue semblable à un grain de corail, et J'ai pensé «pie vous recevriez volontiers ce souvenir du Brésil, car il a l'avantage d'avoir été cueilli de ma main sur une des hautes cimes de ce pays, dans une promenade que nous de\ions à la \ ioleiice des tempêtes, et (pie mieux que tout le reste, il vous prouverait (pie partout et toujours mes artéctions .se portent vers vous. (Jardez ce souvenir d'un fils.

C'Iiiipiti'c II - V<>.riiy:<' «'■■ 4'liiii4' **viii** 4>('<^niii<*

« Le 15 octobre, l'ancre était levée, et nous voguions de nouveau sur l'Océan, i)oussés par un vent (jui nous fit rega- <>ner en (luelques jours le tenii)s perdu.

« Kn quittant TAmériciue, notre marche fut aussi rapide (pTelle pouvait l'être.

« On se rappelle (pie Fran(;ois Xavier partant de l^isbonne pour se rendre aux Indes, avait mis ciiu] mois juscpi'au Cap (le Honne-Kspérance. l*our nous, montés sur notre rapide «Laml o'CdIJics, » nous arri\ions en lace du Cap le jour de la Toussaint, 1~) jours ai)rès notre départ de Kio-.laneiro

<^ Le P' Décembre, nous étions tout à côté de l'Australie, laissant bien loin à notre nauclie les Indes et les îles qui en dépendent. ^

«Le 1 T), en remontant xcrs ri^'tpiateur, nous nous trouxions aux Antipodes de rAmericpie et avions fait en deux mois, 4'J.")(» lieues.

« Il ne restait donc plus (pTune faible distance à parcourir pour nous rendre en Chine, en passant par le détroit de la Sonde; mais la mousson (pii rè»;ne <lans ces paiages en automne, nous obligea à faire un énorme détour à travers l'Océanie, ce <pii prolongea notre voyage «l'un millier de lieues, en nous exposant à plusieurs dangers dont la navigation au milieu de ces îles, est toujours a<'<'ompagnée

<^ Nous avions 4 petites |>jèces de <';rn(Ui; on les mit sur leur attut, on les <'hargea de boulets et <lc mitraille; on i>répara les fusils et les mous<)uets, on etiila les sabres <'t les i)i- (pies; et pendant huit j(Uirs, notre* \aisseau ordinairement si traiMpiille, et <pii ne semblait axoir «l'autre message «pie celui de i)orter la bonne nouNclle de la paix, prit tout à <^oup l'alliu'e d'une ville de guerre (pTon fortiti(5 contie rennemi.

« Ainsi munis de toutes pièces, nous avan(;Ames liar«linient

au mUieu des îles

« A iiotre gauche, nous viiiies siu'cessi\ement Satidale, île d'oîi Ton tir«^ un bois odoriférant «pie les Chinois bi'ûlent devant leurs «ïivinités; Flore dont la dernière pointe nommée Lobotobie, l'enfei'uie un volcan toujours en érujttion ; 8oh)i, Pulo-Comba au front conitpie, Xulla, Besse\ , (iromono, Pulo- (lasse, enfin Tarchipel des Mohupies oîi l'on distingue surtout Cernate et l'île Eumore célèbre dans la vie de S' Fran(;ois Xavier.

<' A notre dioite, nous aper«;ûnies la grande Timor, })uis Pantard, B«Miro, Géby etc

« I*lusieurs de ces îles sont couvertes de hautes montagnes dont le sommet semble calciné paj* l'électricité et les orages (p'i y éclatent d'une manière terrible.

« D'autres, au contraire, sont ornées de forêts, d'arbres à é-

Mgr <iîiiill(>iiiiii

pic'os» et (l'une verdure <iu\)U est surjuis de voir dans un pays si chaud; n)ais ou ne s'en étonne plus ipiand on sait (jue les pluies y sont frécpientes, et (ju'il y tombe, la nuit, (Tabondan-

tes rosées

« Cependant le i>laisir de considérer ces îles t'ul bientôt tempéré par un accident «pii pouvait devenir très <>rave et compromettre notre existence, si ^anj^■e cliar^é de nos destinées, ne nous eût tirés du mauvais pas où nous fûmes en-

••■a<j:es.

Nous avancions trauipiillement entre les îles Lobleu et Pantard, lorscjue vers les 10 heures du soir, nous entendîmes tout à coup un bruit semblable à celui de l'ancre, lors- «|u'on l'agite i>our l'abordage.

« Nous \enions de (humer conirc un banc de sable.

« Au bruit de ce choc, l'alarme se répand dans ré(pûpa^e, on se regarde en silence, consternés de l'accident sans en connaître la gravité.

« A ce premier malheur, venait encore se Joindre celui (U* notre position.

« Nous étions ;i H) minutes de Lobleu, et notre accident ne iiouvait man(pier d'être apenni des sau\ a^es (pli n^dent C(Uitinuellement sur leurs montai^nes et (pli en auraient certainement protité pour venir nous piller, peut-être n(Uis é^()r<ierl

« Toute la Journée, n(Uis avions a]>er(;u des feux dans l'île Lobleu; et, au monu'nt de noti'c accident, l'on voyait encore des flambeaux s'agiter sur le rivage.

<^ Notre cai»itaine, mieux (pie tout ;iiitre, sut apprécier le danger d'une telle position.

« D'une \(iix émue, mais sans perdre la présence d'esprit, il n(Uis fit entendre (pie inuis n'a \ ions (prun i>arti à prendre, celui de travailler de toutes nos forces à d(\ua<i'er le bateau.

« i}\w si nous ne poin ions y réussir, il fallait luuis attendre à a\(>ir le lendemain les sauvap's sur les bras; (pie luuis les recevrions vigoureusement, et (pie la nuit, lors(pi'ils se seraient retirés, nous ]tartirions sur les chaloupes pour l'île de Timor où la c(donie hollandaise ]K)U\àit ikmis donner (piehpie secours.

« lia -dessus, nous nous mettons tous à l'ouvrage : il n'y avait ]>as un moment à perdre; les éclairs sillonnaient l'horizon, l'orage approchait.

« Hii un instant, les bar(pies et les chaloupes de sec(Uirs (pi'on ne remue (pie (hins les i»raves circonstances sont descendues à la mer; (Ui y plonge aussi l'une des ancres, on l'accroche à une centaine de pieds derrière le vaisseau, ayant soin (pi'elle {>renne bien (hms le sable.

« On attache à cette ancre un énorme cable, (jui, passant l)ar toute la longueur du vaisseau, \ ient se tixer à un cabes-

C'impitre II - Voyage en l'Iiiiio "^ia" 0«'<^aiii4'

tan i)lîH'é à la proue. Puis l'on fait jouer ce cabestan avec toute la force dont on <li«iK>se : ce moyen nous réussit.

« L'ancre étant invariablement fixée, et le cabestan tournant toujours, il fallait bien <iue le vaisseau se raiJjn'ochât de l'ancre et tût dé<>ji^é de cette manière.

« 1! fit d'abord un lé^er mouvenient, puis on le vit reculer d'un pied, ensuite de plusieurs; lui vent (pii abu's s'éleva, comme un souffle de Dieu à notre secours, poussa dans la direction (pie nous désirions, et enfin nous fûmes entièrement dégagés!

<,< Le bateau flottait de nouveau, nuiis avec prudence il fallait voguer, en sondant à tout moment les profondeurs

« De cette manière, nous (piittiMues les îles de FOcéanie, sans aucun autre accident, soit du coté des eourants, soit de la part des insulaires.

« Leur mallieur du reste, nous touchait bien j)lus <]ue celui au(p\el nous étions exposés. Notre rej^ard se portait avec anxiété sur ees îles é[)arses, et nous nous disious <pu^ Jamais, depuis Fran(;ois Xavier, un i)rétre n'y avait paru pour y baptiser

et remettre les i)écliés Pleins (Pimpiiétude sur le sort

de ces Tunes délaissées, nous aurions désiré descendre chez elles et les sauver

« Dans notre impuissance, nous nous contentions de les reconunander au ^Maître souverain (pii peut seul inspirer les liommes de bonne volonté, pour leur porter bientôt la nouvelle de vie

« Puis, nous nous avan<;;nnes au pas de course, il faudrait dire au pas de la tempête, Jus(]u'aux rives de la C'hine. Car, comme si le démon eût fait les derniers efforts pour s'opposer à notre arrivée, à peine avions -nous échappé aux dangers des îles, (pie nous eûmes îi essuyer eeux de l'orage. Pendant l'espace de trois Jours, trois nuits furent brisés le pont était

couvert «le «lébris: corchiges, voiles et mats, tout y gisait pêlemêle. Le capitaine disait que si les nuits avaient été cassés 10 pieds i)lus bas, le vaisseau ne pouvant i)lus f^tre dirigé, aurait, pour sûr, été enîi)orté i)ar les eourants et serait allé se briser contre les récifs

«Le 11, nous passâmes tout près des Philippines; le 12, on a])er^'Ut des barques chinoises i>our la i>êche; le 14, un Chinois s'enhardit Jusqu'à venir près de nous s'otfrir à uous cou<luire à Houg-kong, car le cajutaine ne connaissait (lu'imparfaitement ce port nouveau.

« Nous eûmes ainsi la Joie le voir de près le premier Chinois de ces ])arages, le Jour nu^Mue où l'on célèbre la fête du n<mî adorable du Sauveur Jésus . . . . .

« Prosterués devant Dieu, eu eélébraut la messe ce Jour-là, nous Lui offrîmes de nouveau tout ce (pie uous avions de forces,

ngr (àiiiliciiiiii

poiu' être einpU)yét'!s à sa i^loire, eu lui (lemaïuhjiit de lions bénir dans la terr^^ où il nous enxoyait.

« Le lendemain, !."> janvier 1S4Î>, à midi, nous arrivions au port, en face même de \'ictoria <le Hong-kong.

« On dé]>loya aUKSsitôt le drapeau anglais; on tit Hotter aussi celui (pii indiquait le nom de notre \ aisseau, et nous attendîmes qu'on vînt nous chercher.

« Notre bon procureur Libois (') survint bientôt, et nous serrant entre ses bras, nous exprima dans un langage d'amitié la joie de nous voir à bon ])ort

« Partis de Paris le 1> août 1848, notre voyage <le 8()()() lieues avait duré cinii mois et cin() jours.

* Par une djsposition |>articulièi'e de la Providence, nous avions vu les eincj parties du monde; comme si Dieu eût voulu nous montrer «pie le co'ur de l'ajjotre doit être aussi grand (pie le monde, et (ju'il ne doit mettre d'autres bornes à son zèle (pie les bornes mêmes du globe...

\'otre entant bien soumis

Z<^p hp rin (rulllem i n

A peine les six missionnaires ont-ils débarqué, (prune dé- (•ei)tion les attend.

Le courrier de France sur lequel ils comptaient, était tombé entre les mains des pirates.

^I. (ïuillemin s'en console ])hilosophi(piement en écrivant à Joséphine Flagey, le 28 ]Mars, qu'il faut s'attendre à tout éi'éuement au milieu de cea pa]/s qui se ressentent bien encore d'un certain air de barbarie.

II lui annonce en même temps son changement de destination.

On se rai)]»elle (pie ces Messieurs du Séminaire de la rue du Bac avaient désigné Zéi>hyriii jxnir la Mission du Su-tchuen dont la capitale est Tcheng-toii.

Il est maintenant destiné i)our la nouvelle Mission de ('anton (pii vient, \mv un décret de Kome ]uiblié le 'M) sei)tembrc 1848, d'être soustraite A la juridiction séculaire de Macao.

]) LilKiis-Niipolénn-Frant^ois né U- 14 Dec. ist»."» à Chaïuhois (Orne) prctr»' le 18 septPiiil». ls:}0. ]iarti le 20 fév. 183(i. soiis-prociirt'iir .m Maoao: j)rocui-eiir en 1842, transfôi'i^ la prin-m-e m Hon<;-kon;4' m 1S47. su]>i'iiiui' ili' la Mission de (T'aiiton, de septembre 1848 M ni>v. ls5:î. sn])éiit'nr de hi llissidii ihi .lapi'ii en 1S57. directeur à l'aris en ISf.Ci ft pruciii'cuf :\ Hoirie fh il iiiciiil le G avril 1872

wm

t'iiapiti'v 11 - l>e Hoiitf-koiitf il i'amtoii

SI

M. Libois, procureur général <les Missions Etrangères," avait obtenu iK)ur ee transfert de M. Guilleinin, les instruetions du Séniinairt^ de Paris

Toutefois, cette combinaison de M. Libois supérieur <lésigné (le Cîinton, n'allait pas sans ditticulté.

Mgr Péroclieau du Su-tcliuen, mis au courant de cette affaire, réclanjait son nnssionnaire. C'était son bien, et l'évêcpie de Maxula n'était pas lionime à fléchir vite.

Il fallut donc que le ravisseur de Zépliyrin s'expliquât nettement.

Xous n'avons ])as le plaidoyer où le nornuuid fait des excuses de renard pour légitimer une bonne prise, mais noMis savons que la résignation du prélat fut ])énible.

Par ailleurs surgissait une plus grave ditii(!nlté entre M. Libois et Mgr Jérôme da Matta, (') évéque de Macao.

Ce dernier n'avait pas reçu, disait-il, le texte du Concordat passé entre la cour de Lisbonne et celle de Rome stipulant le retrait de sa juridiction sur Canton; et, fort de cette circonstance, le prélat portugais s'opposait à toute immixtion française dans l'évangélisation des ju-ovinces.

Ce fut en vain que M. Libois multiplia ses démarches, exhibant ses pouvoirs et les i>ièces l'établissant sui^érieur de Canton; il se heurta au refus systématique de révê(iue d'accorder aux prêtres français les pouvoirs de juridiction.

Tl fallut aviser Rome.

« Dans cette position, relate M. Guillemin (25 Mai 1849), on a écrit à la Propagande, pour savoir à quoi s'en tenir; en donnant à la Cour apostolique le temps de réflécMr à sa réponse, nous n'agirons ici qu'en toute sûreté .. .»

Les difficultés n'étaient j)as encore a])lanies que ^L Ijibois crut devoir détacher de Hong-Kong ses galères (P'' octobre 1S49) en y faisanf uionter Zé])hyrin (luillemin en route ])our Cfinton.

Un autre jeune missionnaire M. Lalanne l'y accompagnait; et tous deux, « i)riant et rêvant,» dans la sérénit('^ <l'un soir qui tombait, abordèrent à la « Cité du Bélier. »

(1) Né i^n 1804 :iu iliooèse de Portalègre. Mjjt <!:i Matta, lazariste, fut saov en L84(; ooadjnteiir de Macai>, déiiiiasionna eu 1859 tt iiioiu-nt en Portiitfal !<' ,"> mai

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