‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 70 sur 155 · IN MISSIONE ANN. XXX · texte numérisé non relu

IN MISSIONE ANN. XXX

OBIIT PEKINI DIE VIII DECEMK.

ANNO MDCCLVIII.

AETATIS LXVI.

Le Frère Attiret est donc entré dans Ja Compagnie de Jésus en l()2r), à l'Agn de '.VA ans. 11 est venu en Chine eu 1 72S, à Taue de 'M) ans. 11 y a passé 'M) ans, et est mort en 1758, à V{\>i;e de <>(> ans. Sur le revers de la [)ierre, se lit une autre inscription chinoise, ainsi conçue:

MOXUMENTUM D. WoUONG TSI-CHING EBECTUM.

I>. H'oiioiiu; INi-ohiiig. lespiiiit», €iiilln»>. i>ei*recti<>iii»i aiiiore, l*Hti*«'i« li^MiiitsiN. :i<l i»rtr«lic:tii<laiii fldein Necutiis «'st. Qui. ciiiii aiiiiis :iO iii ailla liiijteriali 8sibot*ii.«<set. <>6 aiiiios iiatiis vîta deveSMit.

IpsiiiN iii4»i'lc liiipcrsitoi'i aiiiiiiuciata. eodeiii die liiipei-ator t>.v aei-ario piiblico pro ciiis itiepiiltiira iiiÎMit :iOO taciia ars;euti. qiiae qui4leiii accepta siiiit.

C'est quehiue cIios<î de merveilleux en Chine, (ju'un tombeau soit élevé aux frais de l'Empereur ou i)ar ses ordres. Il devient dès lors l'objet d'un culte public, auquel personne n'oserait toucher, et c'est ce (pii exi>lique la parfaite conservation de ces monuments, malgré les nombreuses i)ei'sécutions qui ont souvent menacé <le les renverser. C'est ainsi ([u'aux i)ortes mêmes de Canton, nous avons le tombeau du P. Provana envoyé par l'Empereur Kang-hy, comme son ambassadeur à la cour de Louis XI \', et auprès du Pape alors régnant; et non seulement il est resté intact, mais encore chaque année, jusqu'au moment où Je l'ai réclamé et en ai obtenu la restitution, les l)remiers Mandarins de la ville devaient venir lui ott'rir leurs hommages et ils s'acquittaient tidèlement de ce devoir: tant est grand parmi les Chinois le resi)ect pour les morts et l'autorité de leur Empereur!

Autour des tombeaux du P. Parrenin et du F. Attiret, se trouvent ceux des autres missionnaires qui ont terminé eu ce lieu leur course apostolique. t)u y voit, en particulier, les tombeaux du P. ]Mathieu Kicci, le premier dans ces derniers temps, qui ait i)orté en Chine la lumière de l'Evangile et introduit ses confrères à la cour de l'Empereur: ceux du P. Adam

(iiapitre XI - I^a valK^e des tombcaii-v

Scliall, dont la mère descendait de l'illnstie ta mi lie des de Mérode; des P. P. Verbiest, Gerbilloi), Amiot, (îaiibil, d'Eiitreeolles, Bouvet, de Mailla, de Méricoiirt, tous hommes supérieurs par leurs vertus et leurs talents. Quelques-uns, comme aux Catacombes de Rome, portent encore l'indication ou les traces de la mort violente qu'ils ont endurée pour le nom de ,J. 0. et j)armi ceux-ci, j'en ai vu, avec grand plaisir deux, appartenant à la Congrégation des Missions Etrangères, INI' Joseph Delpont et M'" Etienne Devant, missionnaires du Sutchuen, de chacun desquels on lit ces belles paroles: Ohiit Pelâni, in Vincnlis pro Chrisfo, anno 1785, l'un à l'Age de ol ans, l'autre âgé de 44 ans! A tous nous donnâmes une petite prière, une bénédiction, demandant, en même temi)s, à Dieu de marcher sur leurs traces et de ne jamais nous écarter de la voie qu'ils nous ont si glorieusement tracée. Mais, ce n'est pas cette fois seulement que je leur ai payé ce tribut de ma vénération; t*ar il y a quelque chose de si beau, de si touchant dr.ns ces tombeaux qui renferment les précieux restes de nos missionnaires, ainsi relégués jusqu'aux extrémités de la terre, (juej'ai voulu, à i)lusieurs reprises, venir y renouveler ma visite, nuss i)rières et y chercher un sujet à mes mé<litations !

Pékin est vraiment remarquable par ses tombeaux! Après avoir visité ceux de nos missionnaires, il me restait à voir ceux de la dynastie des Ming, i)lacés au fond d'une vallée solitaire, et célèbres par la grandeur et la magniticen(;e vrainjent surprenantes qu'on y a déployées. Kien de beau et de grandiose comme ces superbes mausolées, qui couvrent les cendres de tant de monarques, et qui nous rappellent ce cpie Job disait déjà des lugubres et royales sépultures de son temps: donnicns silerem cum regibus et consulilms terrœ, qui œdifieant aibi solitudines. Et, bien qu'il ne s'agisse plus d'un souvenir de la patrie, il ne vous sera pas désagréable, je pense, JNIonsieur et très honorable Directeur, de trouver ici (]nelques détails sur uji point aussi intéressant!

A 12 ou 15 lieues au nord de Pékin, se trouve donc la belle et intéressante vallée, choisie par la dynastie des Ming, pour servir de sépulture à la dépouille sacrée de ses rois. Elle a environ 2 lieues de long sur un quart de lieue de large. On trouverait difficilement ailleurs un endroit plus triste, plus solitaii"e et répondant mieux à l'idée de sa lugubre destination. Les montagnes à pic qui l'environnent, l'enferment comme d'un niur infranchissable, et y conservent un silence et un air de solitude qui n'est troublé ni par la voix des animaux, ni par aucun travail humain. A peine si, par-ci ])ar-l{i, sur la crête des rochers ou sur le flanc des montagnes, apparaissent quel-

i^lgr <iiuill«>inïii

qnes sapins, dont Paspeet sévère se mêle aux blocs de granit qui les environnent. D'antres, renversés par le temps, couvrent le sol de leurs énormes débris, et sont là comme un témoignage permanent de l'eiiipire de la mort sur tout ce qui existe. Il n'est i)ermis à personne «l'y toucher, et en les voyant éternellement couchés en ce lieu, on se rapi)elle cette terrible parole de la sainte ËiM'iture: « Si crcidcrif lufuum ad aiistnim mit ad aqiiUonem, in qnocHmqiic loco ('('cidcrit, ihi erit. C'est là, au milieu de cette protonde solitude et i)armi ces images du trépas, (\ne reposent les restes de 14 Monarcpies <]u! se sont succédé sur le tronc de rEnii)ire, comnu' si tout ici se réunissait pour montrer ([ue leur grandeur est i)assée, et «juc de cette puissance, (jui commandait à tant de millions d'hommes, il ne reste |>lus maintenant que des cendr<'s et des ruines!

]\rais toutefois, en <'onsei'vant à ce lieu sou caractère lugubre et sauvage, le génie chinois a su y déposer un ca> cliet de grandeur (jui î.Muoigne de son profond respect pour les morts, et (Mi i)articuliei' pour les souxerains qui ont été les chefs de la naiion. Longtemps avant d'entrer <hins la vallée, \()us voyez de beaux [H)nts en nuirbre blanc, <le magniti(]ues portails (pii sont comme autant d'arcs de triomphe, et qui semblent conduire à <jue]<iue lieu sacré et devenu l'objet de la vénération des mortels. Plus loin commence une longue avenue de statues <'olossales d'un seul bloc de ])ierre, rangées <le <'ha(|ue coté d»' la route et i)lacées ;i la distauce <r«'ii\iron cent i)as les nnes des autres. Ce sont d'abord des animaux sinivages, tels (jue lions, tigres, dragons fatitastiipies, [)uis des animaux domesticiiics, comme le chien, le cheval, le bo'uf, le chameau, réléi)hant, et enfin les douze grands mandarins de riOmi>ire axec les insignes de leur dignité et dans l'artitude du |)lus piofond resptM't: allégories pleines de sens et de délicatesse, (pu. au moment suprênu' où le souverain est porté à sa <lernière denu'ure, nous montrent tout ce <|ui relève de son empire, accourant sur soji ])assage ])our le saluer nue dernière fois, et lui d')nner ce (Uu'uier gage (h' leur vénération <'t d<' leur parfaite obéissance.

Enfin, lorsipi'on arrive à la vallée proi)rement dite, apparaissent les mausolées des em])ereurs, placés de chaque côté <lu vallon à la distance d'un (juart d'heure environ l'un de

rnu^ com-

jusqi

qui

me le fond de ce magnitique tableau. Tous ont des formes tellenu'ut grandioses et si variées, (pie chacun d'eux, en ])ar-

ticulier, pourrait être cous

idér

é comme un vaste et s])lendi-

(U' [»alais. Ce sont partout des cours, des galeiies, des (dochetons multipliés à l'intini et dont l'assemblage dis[)osé avec

Chiipitre XI - l^a vallée Hv-s tombeaux

goût, présente l'aspect le plus cni'ieux et le plus ]»itt<)res(ine. De iioiubrenx ruisseaux avec leurs ponts et leurs <>raeieu\ contours, se jouent au milieu de ces vastes terrains, sans doute pour la beauté d'abord, et pour recevoir les eaux <iui coulent eu abondance des montagnes; mais dans ces cours (l'eau multipliés à dessein, dans ces arcades et ces i)onts suspendus, n'aurait-on pas voulu aussi représenter une image (lu temps à l'éternité? Quoi (ju'il en soit, sous (piehpu' rni)port (ju'on envisage ces beaux et gigantescpies ouvrages, on ne peut s'empôclicr d'y reccHinaître quebiue chose d(^ vraiment grand et iini)osant; Je dirai plus, (piel(|ue eliose de triste, de lugul>re et de pleinement conforme à la destination (le ces maguiliques monuments. Ajoutons que, par un sentiment (lui fait honneur aux Chinois, ils ont su éliminer de ces sanctuaires de la mort, toutes les ridicules statu(\s (|ui pullulent dans leurs autres temples, et (pii ott'us((ui'nt autant le bon goût ({ue la raison!

Mais, c'est le dernier de ces mausolées surtout, celui (pii est situé au fond de la vallée, (jui est incontestablement le |)lits beau et (pii mérite surtout de fixer l'attention du voyageur. Placé sur une éujinence, adossé à un petit bois (pii lui sert comme de tapis de verdure, il domine tous les antrc^s par son élévation, comme il les sur|»asse également i)ar l'étonnante grandeur de ses constructions et l'élégante variété de ses formes. C'est là que repose le fondateur de la dynastie des ^ling, et à ce titre, il convenait bien que sa sépulture se distinguât de toutes les autres par (]uel(iue chose de i)lus grandiose et de qiiasi exceptionnel. Dans l'impossibilité d'en faire une descrij)tion complète, je me contenterai de donner ici une idée de la pièce qui m'a le plus frai)pé.

Qu'on se figure uvi petit monticule d'envii-on (JO pieds de haut, formant un {)lan incliné et conduisant à un bâtiment supérieur qui peut avoir 200 ])ieds de long sur 80 de large. Or, tout l'espace formé i)ar ce j)lan incliné, est occu])é par trois galeries en marbre qm s'élèvent en am])lntliéâtre, et «pii forment comme trois terrasses conduisant au plain-pied du bâtiment, le tout avec des gradins, des figures et des colonnettes eu marbre d'un travail parfait. L'intérieur est soutenu i>ar IV2 colonnes en bois, d'une seule pièce chacune, ayant environ 'M) pieds de baut et 5 pieds de diamètre. Enfin, la couv^erture est formée d'un triple rang de toits superi)osés les uns aux autres à la manière chinoise et se terminant en corniches relevées et saillantes. ¥A le tout est si grand, si bien proportionné, qu'on est également surpris et de la grandeur de l'ouvrage et de la beauté des matériaux employés ii sa construction.

Hfir 4>iiilloiiiiii

Va copeiulant, (luehiiie somptiioux et spleiidido que soit ce palais, ce n'est pas lA (m'ont été (lé[)osés les derniers restes (le l'tMiijK-reiir, mais bien dans le petit bois voisin et sous un simple tertre de terre, sans (prou sa(die au juste le lieu de sa sépulture, comme si, de tous temps et dans tous les pays, riiomme eut compris cette [)arole adressi'-e à nos pnMuiers })arents: «; Mémento Itonio, qidtt pulris es et in pidcereni reverterls.» On {X'ut bien élever des monuments pour couvrir sa dernièi'e déponille, et renvirouner d'une certaine apparence de dignité; mais, au fond, il faut toujours en revenir à cette dernit^re i>arole, (pli est connne le résumé et la véritable exi)ressioii de notre être et de notre existence ici-bas: « pulris es et in pnlvereni rererteris. »

Telle (^st la vallée des tombcanx, si di<;ne de ce nom, soit à cause de rasp(H't triste et sauva<>e (pTelle présente, soit à cause des sépultures vraiment royales (pi'elle renfernu'. Là, chacun des 14 monar(pu\s (pii iVu-ment rillustre et brillante dynastie des ^linii'. a son tonibean parfaitement bien conservé, malgré les réAolutions du temps, (pii n'ont pas osé toucher à ces sanctuaires de hi nu)rt. Chacun mérite de lixer l'attention du visiteur par la beauté de sa construction et les morceaux vraiment curieux (]u'il contient. Mais, (]uaud on pense cpi'ils sont au nombre de (piatorze; ciuand, d'nn seul coup d'dnl, on embrasse cet ensemble de constructions et c(^ brillant paysauc, à conuuencer par les statues colossales (pii se présentent à l'entrée de la vallée, et (pi'ou prolontic le regard sur ces nuigniti(pu\s nuiusolées (jui s'étend(uit au loin et qui vont se terminer au dernier (lui les domine tous, on ne peut se défendre d'un sentinu'ut de suri)rise et d'adminition, et il faut bien reconnaître là, ((uchpie chose de la {)uissance et des richesses d'un Assuérus et de ces potentats des anciens temps, (iont l'Ecriture et l'histoire nous racontent des choses si extraordinaires et presque incroyables pour nos jours! Hélas! ]^ourquoi sur ces somi)tueuses demeures de la mort, ne lit-on pas ce mot d'espérance: « I)t spem resurrectionis F »

A tant de grandeurs viendrait se joindre qiu'hpie chose de plus grand encore, resj)érance religieuse qui nous montrerait ces puissants nuniarques retnis dans le sein d'Abraham, et portant là l'imniortelle couriuiue, que rien désormais ne saurait flétrir et leur faire perdre! Plus heureux aux yeux de la foi sont ces ])auvres et innocentes princesses (pii tirent leur origine de la même source et (pu^ j'ai rencontrées dans la même excursion: rencontr(^ i)leine de charmes et d'intérêt pour moi et dont je ne saurais me dis])enser de vous dire ici deux mots.

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INTENTIONAL SECOND EXPOSURE

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l\'llo osi la \ali(o dos lonibeaiix, si di^nc di' ce nom, soit à cause i\{' l'aspecl lri>le ei s.iuxaut' (prtdio prt'seulo, soit à cause des sei»u!lui'es \iaMueul ro\alcs (prello reul'ornu\ Là, cliaeuu des 11 nu>iiar(pics (pai rornieiit rilliislrc cl brill;iutc d\iiasiic des Miuu. a sou lombcau parlailcincnl bien couscr- \'\ uial,i:i(' lis rc\olulioi;s d\\ icmits, (pii n'ont pas ost'» toucher à ci's saiu maires de l;.i mort. Cliacun uuu'itc de lixcr ralleutiou du \isi;eur par la beauté de sa construction cl U's uiiue.Mux Nra.imenl curieux (pTil conlient. Mais, quand on piMise (prils soûl au nouibre de tpiator/.e; cpiand, (run seul coup d'ieil, (Mt embrasse cei eusenible de <'ousi nicl ions «M ce brillaul paNsai^c. à comineucer par les si;il lies colossali's <pii se pri'seuleui à reuiree de la \alleo, cl (pi'on prcdonuc le re- «;ard sur ces mauuiliques lua.usoU-i's <pn s't'>t(Mideut au loin cl qui \(Uil se iiMiuiuer au dernier qui les domine tous, ou ne ])eiii se di''ieudre d'un senliiiuMil de surprise et d'adiuir;ition, et il tant bien rei'ouuaître là, (pichpic chose de la i)iiissanc(> et (U\s riidicsstvs d'uw Assmaus et (U> ces potentats (U\s anciens temps, doiii riùaiiure et l'idstoire nous racoutiuit des choses si extraordinaires et presipie incroyables poui' nos jours! Hchis! rour(|Uoi sur ces soin pt lieuses dtMiuMires dv la mor(, ne lii-ou pas C(' mol d'(vspérance: v. lu spoii n su rrcclioiiis .' ^>

A tant de uraudeiirs \ iendrait se joindre cpichpic (diose de plus uiaud enc(>r.', respt'aancc reliuieusi» <|ui nous luontrcraii l'cs puissants niouar(pies reçus dans le sein d'Abraham, et i)ortani là riiuinortelle couroune, que '.ien désonnais ne saurait tlétrir et leur l'aire perdrel IMiis heureux aux veux de la loi s(uii ces pauxres et innoceutt's princesses (pii tiriuit leur oriuiue de la uièine source <'t (pie J'ai reiicoutives dans la uir-mc excursion: rencontre pleiiit^ de cdiarmcs et i'intt'ret jxuir moi et ("loui je ne saurais me disjxMiser de nous dire ici deux mot s.

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C'Iiiipitro \l - I>«>M <l<'M4-eii«laiiitN tlvn MiiiK

LVnipereiu- Kaii.<>-liy, ,nait été invorable A la i)roi)a^îiti«)u «le lu religion clirétioiiiie <laiis ses États: c'est sous son règne (Hie les Pères Jésuites, <léjà à Pékin, surent y élever leurs Missions à cette grandeur et à cet é<'lat (]in les ri'udirent si célM)res dans la suite, ]\Iais à jteine sou lils et successeur, Vong-Tching, tut-il monté sur le trône, (|u'il ])ersécuta criudlenient les chrétiens et sa haine tomba en particulier sur une famille tartare issue du sang iuipérial, et dont tous les moubres, au nombre de soixante, avaient embrassé la religion chrétienne.

L'un d'eux, le prince l*aul, et sans égards i)our les services qu'il avait rendus à l'État, car il avait été à la tête des armées et s'était distingué <lans plusieuis guerres, le prince Paul, «lis-je, fut brutalenunit envoyé (mi exil avec sa femme et ses enfants, et relégué survies confins de la iMongolie, aux pieds <le la (irande Muraille. (Miiétien aussi soii<le (pi'il a\ait été \aleureux guerrier, son inlbrtuué sort ne changea rien à ses dis[)ositions. 11 ne cessa (Pexhorter sa lauiille à la patience, à la résignation, s'estiuiant heureux de souffrir (pu'hiue chose pour Jésus-Christ, et il mourut lui-même bi chaîne au cou, protestant ain.>i de son inviolable attachement à la religion qu'il avait embrassée. Ses enfants et i)etits-enfants, fidèles à la mémoire de leur père, continuèrent à habiter le lieu de son exil et de sa mort; et c'est là (pu% jyar une circonstaii' • toute fortuite, Je fus <'onduit j)our voir Us d<M-niers restes de cette héroïque famille chréti<;inie.

J'avais visité les magnifiques tombeaux des Ming: je iie songeais qu'à regagner Pékjn, blotti <laus la petite charrette qui me conduisait et récitant tran«iuillemeut mon bré\iaii'e, lorsque, arrêté à l'entrée d'un i)ont, «leux Chinois me considèrent attentivement et se uiettent à nu> faire le Ko-teou, sorte (le prostration qu'ils n'emploient (pie pour les ])remiers mandarins de l'Empire. C'étaient deux chrétiens (pii m'avaient reconnu connue Évè(iue, sans doute à quehpie particularité de mon costume, ou à quelque indication qu'ils avaient reçue précédemment, et qui me saluaient comme tel.

Je descends à mon tour pour répondre à leurs i»ieuses salutations et leur adresser (pielques i)aroles d'amitié. D'autres se joignent à eux, et les voilà bient(^)t réunis au nombre de cinq à six. Or, comme ils liabitaient une gorge des nu)ntagnes, à deux lieues de là, ils tirent tant d'instances ])our ni'engager

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L'cmiKM'cui- K;niii-liv, .iv;iit rtr inx oijiblc i\ l;i |)r()]t;i,i;iiti<)n (le l;i l'cliiiiou ('lii'rticimc daii.s ses Mtiils: v'vsi sons son roiiuc (|iu' les Pères Jésuites, déjà n lN''kiii, siu'eiit \ élever leurs Missions A cette i>rjin(lt'nr et à cet ('>clat <|iii les i«'n<lirent si céléln'cs (buis la suite, ^lais à }>eine son lils et sn(M*ess«Mir, \'oni2,-'Pcliin ii', tnt-il nnnité sur le tronc, (jiril |»<Ms(M'nta ernellenient les cln-étiens et sa haine tomba en i>articnlier sur nne t'aniille tartare issue dn sanii' impérial, et dont tons les membres, au nombre de soixante, axaient embrassé la relii^ion chrétienne.

L'un d'eux, lé prince Paul, et sans é,iiar<ls pour les services (pril avait remius n l'I^tat, car il axait été à la tète des armées et s'était distin^ii'ué dans plusieurs guerres, le pr:n<'e l*aul. (lis-je, tut brutalenuMit enxové en <'xil axcc sa lénnne et ses entants, et reléuné sur U's contins de la Moni^olie, aux pieds de la (îrandi' Muraille. Chrétien aussi soli(h' qu'il axait été xaleurcnx i;ueri'ier, son infortuné sort ne chanLica rien à s<>s dispositions. Il ne cessa d'exhorter sa iannlle à la patience, à la résiii'uation, s'estimant heureux de soutlVir (pu'hiue (diose pour Jésus-Christ, et il uuuirut lui-nu'^nu' la. (diaîue au <'ou, protestant ain. i <le son inviolable attachement à la religion «lu'il avait embrassée. Ses entants et ])etits-enlants, lidèles à la nuMuo're de leur père, continuèrent à habiter le lieu de son exil et de -a uu)i't: et c'est là <pu', p;ir une «'ircousian- toute l'oriuite, Je i'i^- cond.uit poui' xoir I-, s derniers restes (h- cette liéro'ùiue l'aaiilU^ chréti<Mine.

J'avais x site les maunili(|ues tombeaux desMin,<:: je ne son- .ycais (pi'à reoaoner Pékjn, blotti dans la petite eharr<'tte qui me conduisait et récitant trancpiilIenH'hî mon bréxiaire. lorsque, arrêté » i'entrée (l'un ])out, <leux (hinois me cons'dèrent attentivenuMit et se mettent à me i'aire le Ko-teon. sorte de l>rostration (jn'ils n'emploient (pU' pour les premiers mandarins <le rEmi)ire. ("étaient deux chrétii'us (pii m'axaient reconnu comme Évrmu', sans doute à (i|uel(|ue particularité de mon cos-

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ment, et (jui me saluaient c(U)nne tel.

fie descends à mon tour i)our rcpoiulre à leurs pieuses salutatit)ns et leur adresser (piehiues paroles d'amitié. D'autres se joii^nent à eux, et l(\s xoilà bientôt r('>unis au nomlu-e de <*in(| à six. Or, connn<' ils habitaient une u'oru'e des mont auiu's, à deux lieues de là, ils linuit tant «rin.-^tanccs ])our m'eniiaii^'r

9 Min- (i"Uh'

.Mgr Oiiilleiiiiii

à aller passer la unit chez eux, que je ne crus pas pouvoir me refuser à leurs pressantes invitations. Grâces à mes jambes habituées dès l'enfance à la pente rapide de nos montagnes, et à un splendide clair de lune qui nous éclairait, je pus franchir cet espace d'un terrain extrêmement abrupt et dithcile. A dix heures du soir nous arrivions au sommet d'an plateau et nous voyions apparaître devant i.ous les (juelques pauvres cabanes qui fornunit l'enceinte dn village. On nous conduit à la petite cha[)elle (jui sert en même temps de point de réunion pour les chrétiens, et bientôt nous nous trouvons environnés de toute la population qui s'élevait à environ qnatre-vin*>ts personnes et qui, au premier signal, était accourue pour nous voir.

Ou peut se faire une idée de la joie et de l'agréable surprise d'un missionnaire, lorsque à l'extrémité du monde, il rétro lire la maison de Dieu, les signes augustes de notre sainte religion, une assemblée de chrétiens qu'il considère comme ses frères et qui le regardant lui-même comme le représentant de Jésus-Christ, lui prodiguent toutes les marques de leur respect et de leur contiance. Heureux de posséder un Évêque au milieu d'eux, chose si rare dans ces pays perdus, tous m'adressent une parole d'amitié, tous veulent avoir une bénédiction spéciale. Mais, nouveau sujet de joie et de surprise i)our moi: bientôt j'apprends que c'est là que le prince Paul a été envoyé en exil et a terminé sa glorieuse carrière, que la formation de ce petit village est due à sa présence et à ses soins, et que deux bonnes vierges ])erpétuent encore en ce lieu son nom et ses vertus; et, eu nu^Mue temps, ces deux humbles descendantes des rois, dépouillées de tout par la i)ersécution, s'avancent modestenumt devant moi pour me saluer.

Simples et réservées, déjà d un certain âge, elles habitent une petite maisonnette, ou plutôt un groupe de maisonnettes, de cours et de jardins, achetés jadis par leur aïeul, et qui, après elles, deviendront la propriété de la Mission. Ce sont elles qui, avec une grâce parfaite, me préparent mou petit souper, le bol de riz qui se numge avec les bâtonnets, des œufs de leurs poules, quelques légumes de leur petit jardin avec la tasse de thé: car, du vin, du pain, de la viande fraîche, il n'en faut point chercher au milieu de ces montagnes abruptes de la Mongolie; mais on s'en dédommage par la gaieté qui règne au milieu de nous.

Chacun raconte l'histoire de sa conversion. On nous apporte le tableau représentant le prince Paul, la chaîne au cou, marque de noblesse et armoiries plus précieuses que celles qui ont tant de prix aux yeux du monde. î^ous vénérons ensemble

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