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Chapitre \1 - Le yainp «lo l*atlikao

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pays mêmes, il eu reste assez de vestiges pour eu déteruiiuer la trace d'uue uuiuière certaiue. Plus vapprocliée de Pékiu, elle est daus uu état de eouservatiou parfaite, les bricpies encore aussi dures et aussi iutactes avec la chaux qui les lie, que si elles venaient d'être placées. Il serait plus curieux encore d'étudier ce travail au point de vue de la stratégie militaire, de manière à ce (pi'eu voyant la défense, on pût com- })reudre les moyens d'attaiiue, et se faire ainsi une idée de l'état où se trouvait l'art de la guerre à cette époque: mais pour cela, il eût fallu un temps et surtout des connaissances que nous n'avions pas.

Quoiqu'il en soit de ce dernit^r point, on ne i)eut disconvenir que ce ne soit un des i)lus beuux et surprenants ouvrages, qui aient jamais été faits. iSurpris, émerveillé <le sa beauté, comme on l'est en présence <les grands monuments dus à la conception humaine, j'ai vouln en rapporter un fragment avec moi; et mettant deux bri(pies de vingt livres chacune, sur le dos de nos bons chrétiens, j'ai pu, ])ar des chemins iml>raticables, les tranporter jnscni'à Pékin, d'où, j'espère bien les ramener en France, cm ;i cinq milles lieues de leur formation, elles nous diront (ju'au bout du monde et en dehors de notre civilisation tant vantée, il y a encore des choses vraiment surprenantes et dignes de l'admiration des hommes.

Aujourd'hui, mes atfaires à Pékin sont à [)eu i)rès terminées, et je ne tarderai pas à prendre congé de ces lieux. Aidé du concours de notre Légaticni, j'ai pu voir ])lusieurs fois les premiers ministres de l'Em[)ire, leur exposer mes griefs, et en obtenir, entre autres choses, une i>rolongation dans l'autorisation qui m'avait été donnée précédemment, de prendre sur les bords de la mer les ])ierres nécessaires à la construction de notre église; autorisation qui, certes, ne nuit à personne et qui ne m'avait été retirée que par pur esprit d'opj)osition et de malveillance. Nous allons donc continuer ce grand ouvrage qui, j'espère, aura une si grande portée i)our l'établissement du christianisme dans cette contrée.

Après avoir arrangé quelques autres affaires assez é])ineuses, je pourrai me rendre au Concile et de là regagner nos chères montagnes de la Franche-Comté. Ce sera la deuxième fois que, dans ma vie de missionnaire, qui compte bientôt vingt-quatre ans, il m'aura été donné de venir me rei)oser au sol natal, (iraces en soient rendues au divin Maître qui dispose de tous les moments de notre vie, et qui sait si bien en alléger le fardeau, ou

.^Igr Ouilleiuin

nous doiiiioi' les torées iiéeessaires i)oiu" le porter; eu sorte que e'est toujours le joug aiuuible et léger du ISeigueur: Jugum cnim nu'um suave est et onus nicum hre! Je serai heureux de revoiries lieux où se sont éeoiUées les itreuiières aimées de uiou eiifaiiee, tle retrouxer tant de personnes (]ui me sont chères, et de puiser dans Tair du pays les forces dont j'ai besoin i)our continuer l'œuvre conuuencée: car, tout est loin «Tétre fait dans celte immense ^Mission tpii ne compte pas moins de (piarante millions de païens, et où les nn)\ens d'action s()nt sans nulle proportion avec la tin que n<^»us avons à atteindre.

Mais j'espère bien que, [)endant mon séjour eu Euro[)e, je pourrai m'en occuper d'une manière i)Ius etticace encore que si j'étais en Chine; je compte surtout sur i'a[q)ui des personnes chariti'oles et zélées, (pii veulent bien nous j»réter leur concours, pour liMvailler d'un commun accord à la conversion de :ios pauvres iniidèles.

Ainsi, sous tous jes rai)ports et à tous les points de vue, je n'ai qu'à remercier la divine Providence de ses desseins de bonté et de miséricoidc à mon égard. VA recexc/ \ ous-méme, Monsieur e^ très honorable Directeur, mes remerciements pourl'appui que vous voulez bien nous donner, et (pii vous assure la parfaite gratitude de

Votre bit'ii dovoiu' et ri'ci>;iii;iia5;;int serviteur.

♦y* Zéphyrin Guillemin Kv. Préf. apost.

(bi Quaii<i--toiig et Quaiig-si.

Supplément à la lettre précédente. La lettre préc'Mlente était écrite et envoyée, lors(]u'au retour de nu)n voyage à Pékin, se sont présentées plusieurs circonstances intéressantes (pii n'avaient [)u n-ouver i)lace dans uiou premier récit. ,Ie les rap])orte donc ici, i)ensant (lu'elles ])ourront intéresser quelques personnes qui y trouveront un souvenir: je veux parler surtout de ma visite au camp de Pa-li-kao et de l'atfreux massacre de Tieu-Tsinu.

A huit ou dix lieues de Pékin, dans la dii'ection <lu Nord au 8ud, c'est-à-dire du côté de Ïien-Tsinn, se trouvent le pont et la jdaiue de Pa-li-kao, devenus célèbres par la victoire que les troupes françaises et anglaises y remportèrent sur les troupes chinoises, et qui valut au général de Moutauban le titre de comte de Pa-li-kao, de l'endroit même où la bataille fut livrée.

Or, ce lieu était trop intéressant par lui-mêuie, il rappelait

t'iiapitre XI - Le camp de Falikao.

(les faits trop honorables à la France et trop avantageux à la cause de nos Missions, pour (jne je ne me détournasse pas qaehpie peu de ma route pour le visiter. D'une autre i»art, le général de Montauban, pasisaut deux fois par Canton, y avait laissé des preuves de sa bienveillance pour nous et de l'intérêt tout spécial cpi'il porte à nos œuvres: nouvelle raison de ne pas omettre une course qui se recommandait à moi sous tant de rapports, bien qu'elle dût se faire en grande partie pendant la nuit.

xVrrivé le soir, au coucher du soleil, à la plaine de Pa-likao, j'eus tout le loisir de considérer cette belle et vaste can>pagne, (pii s'étend du pont de Pa-li-kao, jusqu'à la ville du même nom, qu'on aper(;oit dans le lointain, perdue au milieu d'un massif d'arbres verts. Ce pont est d'une belle et grande construction en marbre blanc, et tout ce vaste horizon éclairé des derniers rayons du soleil, semblait emju'unter aux derniers reflets du jour une teinte plus i)ale et plus en rapport avec les tristes souvenirs qu'il rai)pelle.

Néanmoins, (iuoi<jue la mémoire des désastres chinois fût encore toute vivante en ce lieu, on nous y re(;ut avec bienveillance: on nous apporta le thé et les petits gâteaux qui l'accompagnent; nous liâmes conversation avec les gens du pays, et comme j'étais sur le point de me retirer, apercevant de chaque côté <lu pont deux petits arbustes, appelés vernis du Japon et qui venaient d'y être plantés tout récemment, je demandai aux habitants, s'ils consentiraient à me les céder, moyennant une rétribution de ma i)art.

Le marché fut bientôt conclu, et les arbres i)resque aussitôt arrachés furent déposés sur le dos de deux Chinois, qui s'oti'raient à les porter jns(iu'aii gîte où nous devions ])asser la nuit. Mon intention était de les otfrir au général de Montauban, en mémoire de l'illustration qu'il a conquise en ce lieu, et comme gage de la reconnaissance que je lui dois. Mais, j'y trouvais aussi un avantage pour moi: ayant deux granules lieues à faire i>endant la nuit, au milieu d'un pays inconnu et peu sûr pour des Européens, ce n'était pas trop d'avoir deux guides et deux compagnons qu'on voyait partir avec nous, et qui étaient en quelque sorte responsables de ce* qui pourrait nous arriver. /?

Chargés de notre précieuse découverte, ils nous conduisirent à travers champs et rizières, et nous arrivâmes bien tard dans la nuit à l'hôtellerie où nous étions attendus, et où l'on n'était pas sans inquiétude sur nous. Les vernis du Japon firent le reste de la route avec nioi, jusqu'à Marseille, et de là, je compte bien les envoyer bientôt à leur destiua-

Mgr Oullleinin

tioii, chargés sinon de paver une dette de reconnaissance, au moins, de montrer qne nous aimons à nous rappeler le souvenir d'un bienfait.

Arrivé le lendemain à Tien-Tsinn, j'eus la s^atisfaction d'y trouver un ami dévoué des ^Missions, M. Fontanier, consul fran<;ais en ce lieu, lequel avait été, pendant 3 ou 4 ans, interprète du consulat fraiu;ais h Canton, et qui, dans cette position, nous avait rendu les i>lus grands services.

Apprenant mon arrivée, il accourut au-devaut de moi, et me reçut avec cette franclie cordialité qui dénote Tamitié: « C'est bien chez moi, me dit-il, que vous descendez; demain nous irons voir ces missionnaires et les iSœurs, et nous passerons une partie de la journée chez eux: mais la journée d'aujourd'hui est pour juoi. » J'avais, en ertet, deux ou trois jours à rester dans cette ville, pour y traiter quel(|ues questions relatives à notre Mission, et j'étais content de donner à chacun une part de mon temps, pouvant ainsi satisfaire à tous les devoirs de l'amitié, sans blesser personne!

Le ministère de Pékin ayant chargé le mandarin de Tien- Tsinn appelé Tchong-Heou, de terminer quelques-unes de nos atîaires, notre premier soin fut d'aller voir ce haut personnage, décoré du titre de précepteur honoraire de l'Empereur, et préposé à rinsx)ection des 5 ports ouverts aux Européens. Il nous reçut avec toute la gracieuseté possible Je ne demandais que pour un an et demi la faculté de i)reudre des pierres sur le bord de la mer pour terminer la construction de notre église: « Non, me dit-il, nous ne ])artageons pas ainsi l'année eu deux. Je suis autorisé à vous accorder pour deux ans la permission que vous demandez, et si ce terme ne suffit pas, faites-le-moi savoir, et je vous donnerai tout le temps nécessaire pour achever votre ouvrage! »

Il nous lit servir une joyeuse collation, et le lendemain, nous rendant visite avec tout l'apitareil de sa dignité, il vint s'asseoir à la table du consul qui, lui-même, le reçut avec • toutes les marques de distinction dues à son rang. Tout dans ces dittérentes circonstances se passa si bien, que le consul enchanté me dit: « Voyez quels bons rapports régnent entre nous! Comme il est agréable de traiter les affaires avec des personnes qui y mettent tant de bienveillance et de rondeur î

Hélas ! qui aurait dit que, (pielques mois plus tard, aurait lieu cet épouvantable massacre de Tien-Tsinn, où le consul.

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