Chapitre XI- Le massat'rc de Tien-T»iiin
M. Foutanier avec sou cliaucelier et plusieurs autres Européeus, quatre missiouuaires, ouze Sœurs de la Charité et plusieurs petits eufauts inuoceuts seraient iiupitoyableiiieut sacrifiés à la vengeauce des Chinois. Nou, certes, à considérer l'extérieur des choses, rien alors ne l'eût indiqué, ei Je crois même que, si Tchong-Heou, le mandarin en question, s'est montré faible et irrésolu au moment du danger, on ne saurait dire qu'il ait trempé directement dans cet attreux carnage.
Et cependant, lorsque quelques mois après, e*;t arrivée à Rome la première nouvelle de ce désastre, j'en ai été i)eu surpris, et n'ai pas hésité un instant à y croire, contrairenient à plusieurs autres de nos vicaires apostoliques, qui regardaient la chose comme complètement fausse. Et cette appréciation de ma part n'a rien de surprenant; car si à l'extérieur on nous témoigne quelque bienveillance, et si nous semblons jouir d'une certaine tranquillité, néanmoins, en pénétrant un peu avant au fond des choses, déjà alors il était facile de voir les ferments d'opposition qui s'élevaient contre nous, et qui, tôt ou tard, devaient nous amener les malheurs que nous avons à déplorer aujourd'hui.
Quoiqu^il en soit, le brave M. Fontanier n'a i)as tardé à eu être la victime, mais en succombant, il sut montrer un courage et un dévouement qui feront un éternel honneur à sa mémoire. Apprenant que l'insurrection se forme, qu'elle devient de plus eu plus menaçante, et que déjà elle se dirige vers l'habitation des Sœurs, pour décharger sur elles ses premiers coups, n'écoutant alors que la voix du devoir, il revêt les insignes de sa dignité, prend son épée et se rend immédiatement chez le mandarin, pour lui demander de s'opposer aux progrès de l'émeute naissante.
Tchong-Héou, craintif et irrésolu, lui répond qu'il n'y a aucun danger à craindre, et l'engage à rester au consulat comme au lieu qui lui présente le plus de sécurité. Mais, comment demeurer caché et tranquille, quand ceux qu'on doit défendre, sont exposés aux coups furibonds dt^ l'ennemi! Plein de courage et de résolution, M. Fontanier sort pour voler au secours des missiouuaires.
Bientôt environné de toutes parts, écrasé par la foule qui le presse, il veut s'ouvrir un passage au milieu de ce flot de peuple, et c'est alors qu'au signal donné, les assassins se jettent sur lui, le percent de mille coups, et le laissent baigné dans son sang. De là, se portant vers la demeure des missionnaires et des Sœurs, ils mettent le feu aux maisons et à l'église, se saisissent de tous les étrangers qu'ils rencontrent, prê-
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très et laïques, et les mettent tous à mort avec une brutalité sans exemple.
Mais au moins, au milieu de ce massacre général, les Sœurs seront-elles épargnées 1* Non, malgré leur innocence et les bienfaits qu'elles répandent au milieu du peuple, après avoir fait courir le bruit qu'elles ne recueillent les enfants que pour les livrer à la mort ou à la turpitude, soit en faisant servir leurs restes inanimés à la composition de remèdes magiques, soit en les destinant à d'autres buts, on ne songe plus qu'à se venger des crimes qu'on leur prête! Onze de ces malheureuses Sœurs sont massacrées avec des raffinements de cruauté et des outrages que l'honnêteté ne permet pas de rapporter; puis on met le feu à leur orphelinat, et là, plusieurs pauvres enfants, sans défense et sans secours, sont impitoyablement consumés au milieu des flammes.
Tel fut l'horrible massacre de Tien-Tsinn! Si nous avons à regretter de bons et saints missionnaires, de pieuses religieuses, qui, au prix de tous les sacrifices, vont jusqu'aux extrémités de la terre, porter les bienfaits de la charité t'-hrétieune, nous perdons en particulier dans M. Foiitanier, un ami et un protecteur de nos Missions. Partout où il a été, il s'en est montré le défenseur le plus intelligent et le plus dévoué, les considérant non pas seulement au point de vue de la religion chrétienne, mais encore comme le seul moyen de soutenir le nom et l'influence de la France dans ces contrées lointaines.
Egalement dévoué à l'amour et aux intérêts de la science, tous les moments libres dont il pouvait disposer, étaient consacrés par lui soit à l'étude de la langue chinoise dont il avait su acquérir une connaissance approfondie, soit à des recherches et à des collections curieuses. C'est à lui en particulier qu'on doit la plus belle collection de médailles et de monnaies chinoises qui ait jamais été faite: collection qui renferme des pièces remontant aux temps des anciens Patriarches, de Moïse, d'Abraham, et qui sont bien certainement les plus anciennes du monde. Ayant pu faire sa collection en double, grâce au long temi)s qu'il passa dans les points les plus importants de la Chine, tels que Canton, Chang-Haï et Pékin, il en destina une au gouvernement français, l'autre au Souverain Pontife, voulant par cette disposition pleine de délicatesse, satisfaire à la fois à ses devoirs envers son gouvernement et à son filial dévouement envers le chef de l'Église.
Chargé de i>résenter au Saint-Père la digne offrande de M. Fontanier, j'en reçus bientôt une lettre pleine de remerciements, avec la croix de coiumaudeur que Sa Sainteté lui en-
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C'hapilre ^1 - Lettre an <;ardinal iBarnabo