Chapitre XI - lia mission dn Konang-SI
Au lieu d'une séparation définitive des deux provinces, il préféra un mode moins radical et proposa à la tête du Kouang- Si un Supérieur délégué de Canton, dans la personne de M. Mi bières pro vicaire de Mgr Faurie.
Le Séminaire de Paris répondit à Guillemin par la lettre suivante du 1.®"" octobre 1867: « Nous ne pouvons qu'approuver le projet de Votre Grandeur. Pour ce qui regarde le choix de M. Miliières, nous n'avons aucune objection à faire; seulement, avant d'entreprendre aucune démarche à ce sujet, il est nécessaire de demander l'assentiment de Mgr Faurie, sur la bonne volonté duquel nous avons tout lieu de compter. »
Le même jour en efffet, Faurie était avisé par ces Messieurs, de leur intention : « Dans une lettre qu'il nous a écrite récemment, disaient-ils, Mgr Guillemin nous expose la nécessité de nommer un Supérieur pour la province du Kouang-Si ; et il pense que personne n'est plus propre que M. Mihières à occu])er ce poste important, à cause de la connaissance qu'il a de cette contrée et de sa longue expérience.
« Nous sommes bien de l'avis de Sa Grandeur quant au premier i)oint; mais quant au choix de M. Mihières, nous désirons avant tout, avoir votre avis et votre assentiment à ce sujet. '..■■"".--■■■V- ; ^:'■■ ■■^ ,:■■"■■. .
« Vous comprendrez. Monseigneur, l'importance de la proposition de Mgr Guillemin, qui, malgré toute sa bonne volonté, ne peut évangéliser le Kouang-Si avec chances de succès; il est bon qu'il y ait tôt ou tard une administration séparée.
«Nous croyons cependant qu'il n'est pas temps encore d'y nommer un préfet apostolique.
«Il n'y a pas assez de chrétiens: il faut auparavant y établir quelques stations et une certaine organisation; et pour cela, il suffit maintenant d'en charger un confrère sage et expérimenté qui, avec le titre de Supérieur, recevra, une fois pour tontes, la juridiction de Mgr Guillemin, des pleins pouvoirs pour l'administration de cette province, et une allocation séparée de celle de Canton.
« Nous avons la confiance que, dans ces conditions, il pourra réussir à établir enfin notre sainte Religion dans ce pays que des circonstances malheureuses ont condamné jusqu'ici à un si triste abandon.
« Nous comptons sur votre zèle pour seconder ce projet si important pour la gloire de Dieu et le salut d'un si grand nombre d'âmes, et nous attendons une réponse de Votre Grandeur le plus tôt possible.
« Si l'on vous demande le sacrifice de M. Mihières, nous
20 JUgr Guillemin
Hftr Gnilleniîii
osons espérer que vous ne le refuserez pas; la générosité avec laquelle nous avons traité votre Mission jusqu'ici, est |)our vous un sûr garant que nous vous en dédommagerons largement. »
Mgr Faurie eût eu mauvaise grâce de refuser. Il soumit donc la pro[)osition à M. Miliières qui répondit ainsi : « Ma réponse est hum simple. Je suis très honoré de la marque de confiance que me donnent Mgr Gnïllemin et le Séminaire de Paris ; mais, comme c'est une affaire de très grande importance, Sa Grandeur et ces Messieurs de Paris me permetiront de réfléchir et de prier nu peu, de ])rendre conseil aussi. Je ne pourrai pas donner une réponse définitive avant d'avoir eu une entrevue avec Votre Grandeur et M. lAons, et dans laquelle seront pesées les raisons pour et contre.
« Je suis bien décidé à mettre de coté toutes considérations humaines, et à embrasser le parti qu'ion croira le plus utile à la gloire de Dieu et au salut des cimes. »
L'entrevue ayant eu lieu, Mibières accepta la charge de Supérieur du Kouang-8i, et Mgr Faurie en }>révint Mgr de Oybistra en ces termes : « Votre lettre du 10 janvier, si précise et si pressante, disait-il, m'a décidé à faire le sacrifice de mon excellent provicaire.
Je crois, en effet, comme vous, qu'il serait difflcile de mieux choisir. Un missionnaire qui, pendant 20 ans, a toujours été un modèle d'obéissance, aura, je l'espère, grâce d'état pour commander. »
Mgr Guillemin remercia son collègue et envoya à Miliières tous les pouvoirs nécessaires.
En même temps, il le nomma son pro-préfet et Supérieur du Kouang-Si : « Les choses seront ainsi, ajoutait-il, jusqu'à ce que Bome détache complètement la Mission du Kouang-Si de celle de Canton, ce qui ne tardera pas, je pense. »
Il n'entre pas dans notre sujet de suivre le nouveau Supérieur Miliières dans les méandres de son apostolat; disons seulement qu'il ne réussit guère.
L'historien de la Mission du Kouang-Si résume ainsi son rôle: « Mihières, écrit M. Lannay, était demeuré Supérieur du Kouang-Si pendant trois ans. Son action s'était à peu près bornée à tenter un établissement à Komj-lin la capitale; pour y réussir, il avait envoyé des chrétiens dans cette ville où ils devaient préparer les esprits à la présence des prêtres Européens; puis il avait fait le voyage de Pékin où il n'avait guère obtenu que des promesses, avec la charge fort difficile à remplir, d'aller au Sufclmeri, régler, .sur le désir du Ministre de France, un important procès.