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CHAPITRE IX

Le lendemain , dans l'après-midi , Jenneval arrive chez M. Guerreville, qui l'attendait avec impatience.

« J'ai fait votre commission, » dit le docteur, « mais » je suis fâché de n'avoir rien de satisfaisant à vous » apprendre... — Jérôme serait -il plus malade? — » Non ; il paraît, au contraire, qu'il est guéri , puis- » qu'il a changé de logement. Le porteur d'eau est » parti avec sa fille ; et le portier de la maison , qui » m'a fait l'effet d'une méchante bête , n'a pas pu )) me dire où ils étaient allés... « Ils sont partis, » » m'a-t-il dit; « je ne sais pas où ils sont. Je n'étais » pas l'ami du porteur d'eau ; et comme ces gens-là » ne recevaient jamais ni lettres ni visites, je n'avais » pas besoin de leur demander où ils allaient... » » Yoilà tout ce que j'ai pu tirer de cet homme.

» — Allons! il Cit probable que je ne reverrai ja-

» mais ce pau\Te Auvergnat... J'en suis fâché... je » regrette surtout de n'avoir pas fait plus pour lui , » pour son enfant. . . Enfin il se porte bien mainte- » nant ; il saura gagner sa vie : il sera heureux , je » l'espère !..., Il a une fille qui l'aime tant! Vous » n'avez jamais eu d'enfant, docteur? Vous ne pou- » vez pas vous douter du bonheur que goûte un » père, quand il se voit tendrement aimé d'une fille » qu'il chérit!...

» — Je conçois que cela doit être une jouissance » bien pure, bien intime!... mais aussi combien de » regrets si l'on perd ses enfans... ou s'ils nous quit- » tent!... »

M. Guerreville tressaille, et marche avec agitation dans la chambre. Le docteur s'aperçoit qu'il a touché la blessure de son ami ; il s'arrête et se hâte de changer la conversation.

a  propos, j'ai revu notre homme d'hier... Oh! » je n'en suis vraiment pas quitte ! D'abord il est » accouru ce matin chez moi pour savoir ce que » nous étions devenus hier : il prétend que pour nous j) avoir long-temps conservé deux places, il a manqué » avoir deux duels, et qu'alors je devrais nécessaire- » ment me battre j^our lui. Mais enfifftout s'est ter- » miné sans rendez-vous; et Vadevant, que j'espérais » un peu fâché contre moi , ne m'a pas gardé la » moindre rancune : loin de là , il m'a déjà trouvé » des malades *, il m'a prié de passer dans deux mai- » sons où l'on a , dit-il , besoin de mon ministère. » Un médecin ne peut jamais refuser un malade , et ^ vou§ concevez que par ce moyen Vadevçmt eat ca*

» pable de me présenter à toutes ses connaissances. » Enfin je tacherai au moins de supporter seul les » ennuis de cette liaison , de faire comprendre à ce » monsieur que vous ne vous souciez pas de ses vi- » sites. Aujourd'hui j'espère que nous pourrons dîner » seuls, qu'un importun ne viendra pas se jeter entre » nous , que vous pourrez penser, et moi observer » tout à mon aise. Si vous voulez, nous nous risque- » rons aujourd'hui dans un restaurant à vingt-cinq » sous... sauf à diner ailleurs après, si nous n'avons » pas été satisfaits.

» — Je vous ai dit, docteur, que j'étais entièrement » à votre disposition. »

Les deux amis vont pour sortir, lorsque Georges vient annoncer qu'un monsieur demande à saluer M. Guerreville ; et avant que celui-ci ait eu le temps de répondre, le visiteur, qui probablement avait suivi le domestique , entre dans le salon en s'écriant dès l'antichambre :

« Eh! bonjour, monsieur Guerreville... comment » va cette santé, que je suis enchanté d'avoir le plai- » sir de vous trouver... je craignais que vous ne » fussiez sorti... Ma femme m'avait dit: surtout ne » flâne pas en route , ne t'arrête pas devant tous les » marchands de caricatures : c'est que j'aime beaucoup » les caricatures... Mon épouse et ma fille Agathe, » votre filleule, m'ont chargé de vous présenter Fas- » surance de leur attachement. »

Pendant que ce monsieur s'annonçait si longuement, M. Guerreville lui présentait un siège , et le docteur }e considérait,

loi /JZIM-.

Le nouveau venu était un lioninie de ('inquante et quelques années , ayant les cheveux blonds sur le côté, et un peu plus châtains sur le milieu de la tète, ce qui ne laissait aucune illusion pour le faux toupet. C'était ensuite une de ces physionomies plaisantes qu'il est difficile de regarder sans éprouver l'envie de rire : un air extrêmement heureux ; un pincement de bouche qui semblait toujours prêt à lâcher un bon mot, et un nez qui semblait continuellement sur le point d'éternuer. Tel était M. Grillon , le mari de la dame que M. Guerreville avait rencontrée sur le boulevart, et avec laquelle il avait eu une si longue conversation.

M. Guerreville fait à M. Grillon toutes les politesses d'usage , et se dispose à lui demander ce qui lui procure le plaisir de le voir ; mais celui-ci ne lui en laisse pas le temps. M. Grillon, avait l'habitude de ne jamais répondre à ce qu'on lui disait ; il parlait presque toujours sans écouter : c'est une façon d'agir trèscommune dans le monde , où presque tous les beaux péroreurs ne voulant pas abandonner le dé dans la conversation , trouvent tout simple , pour le conserver, de ne point laisser parler les autres.

Vous avez ensuite les gens qui le font par conscience, persuadés que ce qu'ils diront vaudra toujours mieux que ce qu'ils écouteraient.

Puis ceux qui le font par distraction , n'ayant jamais entendu ce que vous leur dites , quand cela n'a pas rapport à ce qu'ils racontent.

Puis ceux qui le font par bêtise , par manque d'usage , par impertinence , par besoin de bavarder. En

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général , vous remarquerez que les personnes qui ne savent pas, ou ne veulent point écouter, ont toujours une dose d'amour- propre qui rend leur société fort ennuyeuse.

M. Grillon avait la prétention d'être aimable ; et chez lui la préoccupation de ce qu'il voulait, ou allait dire, était une des causes qui l'empêchaient d'écouter.

Il a pris un siège tout en regardant où il posera sa canne et son chapeau , qu'il se décide à tenir entre ses jambes , et tend la main à M. Guerreville , en s'écriant :

« Que je suis donc charmé de vous voir! ce

» cher monsieur Guerreville!... il y a bien long- » temps que vous êtes absent de Paris !...

» — Oui, monsieur j'y suis venu cependant

>) quelquefois depuis que vous ne m'avez vu.

» — Oh ! il y a bien douze ans que vous êtes ab- » sent. . . Eh ! eh ! nous sommes de vieilles connais- » sances !... je ne vous trouve pas changé...

» — Vous êtes trop bon mais j'ai beaucoup

» vieilli, au contraire...

» — Je ne suis pas changé non plus, moi, et j'ai tou- » jours un appétit excellent. . . et ma femme, comment » l'avez-vous trouvée?... hein! — Mais je... — Elle » a été fort jolie ma femme. . . extrêmement jolie! Ma

» fille lui ressemble beaucoup... et à moi aussi

» Vous avez vu Agathe... votre filleule... charmante

» enfant un démon pour l'esprit... elle mord à

» tout. . . comme sa mère. . . INous lui avons fait donner » une brillante éducation, la musique, le dessin , w la danse.,.

» — J'ai eu le plaisir de voir ma filleule. Elle est » fort bien ; elle a Fair fort doux .

» — Et puis les langues à la mode , l'italien , Tan- » glais!... elle sait tout. Ecoutez donc! on n'a qu'un w enfant; on en est fier, c'est naturel; et encore, si » j'ai eu cette fille-là c'est bien un coup de la Pro- » vidence; vous vous rappelez? J'étais en voyage... » j'avais laissé ma femme malade : pas du tout, c'est » qu'elle était enceinte... Elle ne s'en doutait pas » ni moi non plus; aussi quand je revins au bout » d'un an, comme je fus surpris et enchanté d'être » père ! . . .

» — Et les affaires, monsieur Grillon? vous y avez « renoncé , je crois? — Malheureusement, je n'ai j'a- » mais pu avoir d'autres enfans depuis ; je n'ai que

» cette fille-là j'aurais désiré aussi un garçon.

» Enfin. . . que voulez-vous ? . . . L'homme propose ! . . . » Et vous , monsieur Guerreville , vous avez des en- » fans?

» — Oui, monsieur, j'ai une fille, mais elleha- » bite loin de Paris.

» — Vous ne savez pas pourquoi je suis venu , )i je vais vous le dire. D'abord pour avoir le plaisir » de vous voir... Mais ensuite, comme nous désirons » vivement renouer la connaissance , nous voulons » vous avoir à dîner... vous avez refusé à ma fille )) hier... c'est pourtant votre filleule...

» — Monsieur , c'est qu'il m'était impossible d'ae- » cepter.

» — Alors ma femme m'a dit : Grillon , va toi- V même engager M. Guerreville; c'est peut-être parce

» que tu n'as pas accompagné ta fille qu'il a refusé.

» — Oh ! je vous prie de croire que ce n'est pas » ce motif. — Aussitôt , je suis parti , et me voilà. Je » viens prendre votre jour... celui que vous vou- » drez... cela nous est parfaitement égal... nous dî- » nous tous les jours... Voyons, lequel vous va le » mieux?...

» — • En vérité , monsieur Grillon , je suis bien » sensible à votre démarche... mais je ne suis pas )) très-bien portant... vous voyez même mon mé- » decin...

» — Eh bien, après-demain; ça vous va-t-il?...

» — J'ai l'honneur de vous dire que je suis peu )^ disposé à dîner en ville; et...

» — Ou samedi, si vous aimez mieux, puisque » ça nous est égal. D'abord... moi, je ne m'en vais )) pas , sans avoir votre promesse. »

M. Guerreville voit qu'il n'y a pas moyen d'échapper au dîner de M. Grillon. Peut-être aussi une voix secrète lui dit-elle qu'il doit au moins de la reconnaissance à l'amitié qu'on lui témoigne. Ces réflexions le décident , et il répond :

« Eh bien! monsieur, d'aujourd'hui en quinze, » j'aurai le plaisir d'aller dîner chez vous.

» — D'aujourd'hui en quinze , c'est un peu long. . . w Enfin, n'importe! c'est dit... et nous ne vous lais- » serons pas oublier votre promesse... j'aurai l'iion- » neur de vous revoir.

» — Oh ! vous pouvez compter sur moi ! . . .

» — Et puis votre filleule viendra vous voir... cette » espiègle Agathe. . . elle aime beaucoup son parrain. . .

» elle ne fait plus que nous parler toute la journée » (le son parrain... Il est vrai que quand ce n'est pas » elle , c'est ma femme qui parle de vous. Elle a été » charmante, ma femiïie... Adieu, monsieur Guer- » reville; je m'en vais, car l'heure du diner appro- » che, et je suis très-exact... ainsi, d'aujourd'hui » en quinze. Âvez-vous notre adresse?...

» — Oui, monsieur, madame me Fa dite. — -.Te- » nez, la voici... et à cinq heures précises, s'il vous » plaît... D'ailleurs, votre filleule aura l'avantage de » venir vous présenter ses hommages... elle ne parle > plus que de son parrain.

» — J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur. — » Oh! Agathe vous aime beaucoup... Bien le bon- » jour, monsieur Guerreville, enchanté de renouer » connaissance... à cinq heures précises !.. . »

M. Grillon est parti ; le docteur sourit en regardant M. Guerreville , et lui dit :

« Vous avez bien fait d'accepter cette invitation , » car il est probable que , sans cela , le papa , la ma- » man , et votre filleule seraient venus tour-à-tour » vous la renouveler.

» — Oui... j'ai dû céder; mais, vous le voyez, » docteur , à Paris même, on n'est pas toujours maî- » tre de faire ce qu'on veut; il faut aller dans le » monde malgré soi... — Puisque vous cherchez » quelques personnes dans cette ville, ce n'est pas » en vivant dans la retraite que vous les découvri- Ti rez... — Vous avez raison... mais il y a des mai- » sons où je ne désirais pas retourner. . . — Il paraît » cependant que la famille Grillon vous porte beau-

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ï) coup d'attacliement ? — Docteur , est-ce que vous » n'avez pas éprouvé quelquefois que les avances et » les grandes démonstrations d'amitié de certaines » gens nous éloignent plus qu'elles ne nous attirent?. . . » — Oh! si fait. Parbleu!... je l'ai remarqué sou- » vent... c'est qu'en général il ne faut jamais voui> loir prendre de force ni l'amour ni l'amitié : ce » sont de ces sentimens qui doivent venir d'eux- » mêmes, tout naturellement , et qui reculent quand » on les pousse. Mais si nous allions voir ce traiteur » à vingt-cinq sous? — Volontiers. »

Au moment où ces messieurs vont sortir du salon , Georges en ouvre la porte , et dit :

« Voilà monsieur Jules qui demande à monsieur • Guerre ville la permission de lui dire deux mots.

» — Encore! » s'écrie M. Guerreville, en faisant un mouvement d'impatience, « est-ce qu'on ne me » laissera plus un instant de repos?

» — Que je ne vous gêne pas, » dit le docteur , «je » vais passer dans une autre pièce. — Non, non, res- » tez... Eh bien! où est-il ce M. Jules?... voyons, » qu'il entre !.. . »

Georges retourne vers le jeune homme qui attend dans l'antichambre; et bientôt Jules s'avance timidement dans le salon où Fair d'humeur et le ton brusque avec lequel M. Guerreville l'accueille lui font monter la rougeur au visage.

« Que me voulez-vous, monsieur? — Monsieur , je » vous demande bien pardon si j'ai pris la liberté de » revenir si vite vous déranger... — Qu'est-ce qu'il » y a... — C'est que je voulais vous dire, parce que

» vous aviez paru désirer savoir. . . c'est pour. . . — Ex- » pliquez-vous mieux que cela, monsieur ; je ne vous » comprends pas... »

Le pauvre Jules est entièrement décontenancé par ces mots ; il baisse les yeux , murmure quelques paroles inintelligibles, et ne sait s'il doit rester ou se retirer. Le docteur , touclié de l'embarras du jeune homme, s'approche de M. Guerreville, et lui dit tout bas : « Ce pauvre garçon , il ne sait plus où il en » est, il a l'air timide, et votre accueil ne lui fera pas » trouver ce qu'il veut dire. »

M. Guei-reville se retourne, regarde Jules, puis serre la main du docteur en lui répondant : « Vous avez » raison , j e suis inj uste , j 'ai tort ...»

Et, s'approchant de Jules, qui a l'air d'avoir envie de pleurer, il lui frappe sur l'épaule, en lui disant d'un ton plus doux :

« Eh bien î . . . voyons, mon ami, qu'avez-vous à me » dire?... à jne demander?... »

Le front du jeune homme s'éclaircit et il répond tout d'un trait :

„ — Monsieur, je vous ai parlé de M. Tristepatte, » professeur de déclamation ... et vous avez eu la bonté j> de me promettre de venir un jour m'entendre chez » lui , afin de j uger de mes dispositions pour le théâtre. » Je voulais vous dire, monsieur, qu'après-demain il » y aura grande leçon sur les midi : on jouera des jo fragmens de Zaïre et de l'École des Vieillards ; enfin » on pourra beaucoupmieux juger les élèves. Je dois « jouer un grand rôle ; et si vous pouviez venir m'en- » tendre...

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« — Eli bien! j'irai, monsieur Jules, puisque vous » le désirez... — Ali! monsieur, cela me fera bien » plaisir. . . Vous savez l'adresse de M. Tristepatte, rue » du Petit- Hurleur. — Oui, vous me l'avez donnée; » je pense que vous ne trouverez pas mauvais que » monsieur m'accompagne, s'il en a le loisir. — Oh! » bien au contraire, monsieur, amenez autant de per- » sonnes que vous voudrez... cela fera même grand » plaisir à mon professeur ; il nous recommande )) bien d'engager nos connaissances à venir nous en- » tendre , parce que cela fait un public , et que » cela nous habitue à jouer devant le monde ; et M quand nos amis ne viennent pas , alors il va » chercher les voisines et les portiers du quartier , » parce que cela fait toujours im petit public ; » mais, par exemple, si vous passiez chez nous, vous » ne parleriez pas de cela à ma mère, ni à mon père. . . » — Soyez tranquille, vous m'avez donné votre con- » fiance, je n'en abuserai pas. — Ainsi, après-demain, » monsieur!... — Oui , monsieur Jules. — Je vous » demande mille pardons de la liberté que j'ai prise. . . » C'est que j'étais bien aise de vous prévenir. — « C'est très-bien ; au revoir. — Messieurs, j'ai bien » l'honneur de vous saluer!... »

Jules s'éloigne presqu'à reculons afin de pouvoir

encore saluer plusieurs fois ; lorsqu'il est parti , Jen-

neval s'écrie : « Il est fort bien, ce jeune homme...

» ses manières ont encore la candeur, la timidité de

» l'adolescence ; mais ce que je ne comprends pas ,

» c'est qu'il vienne vous prier d'assister à ses essais

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:• dramatiques! et que vous ayez promis d'aller cu- » tendre le cours du professeur Tristepatte...

» — Que voulez-vous, docteur? j'avais sans doute » quelques motifs pour ne point refuser à ce jeune )) homme... sa mère me Fa fortement recommandé, » mais il a la passion du théâtre , et je crains que » cela ne compromette son avenir. Si vous n'avez » rien de mieux à faire après-demain dans la jour- » née, et que vous vouliez venir avec moi chez ce )) maître de déclamation...

» — Oh ! j'accepte de grand cœur; entendre réci- » ter Zàire et t École des Vieillards, rue du Petit-Hur- » leur, cela doit être fort curieux, et, pour tout au » monde , je ne manquerais pas cette occasion. J'ai » entendu quelquefois , au Conservatoire , les élèves » de la classe de déclamation , mais je suppose que > ce doit être beaucoup plus piquant chez M. Tris- » tepatte. En attendant, si nous essayions d'aller dî- » ner? — Partons vite de peur qu'il ne m'arriveen- » core quelque visite. . . »

M. Guerreville et le docteur dirigent leurs pas vers le quartier latin, et ils ne tardent pas à trouver un restaurant à vingt-cinq sous.

Ils entrent dans un vaste salon garni de tables, entre lesquelles il ne reste que fort juste le passage d'une personne ; presque toutes ces tables sont occupées , et souvent la même sert à plusieurs écots. Là se fait Un mouvement perpétuel de plats, d'assiettes, de garçons; vous entendez comme un bourdonnement , causé par le bruit des fourchettes, des verres et des mâchoires ; puiSj de tous les points de la salle, ces cris qui se re-

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nouvellent sans cesse : « Du pain ! garçon ! ici , du » pain!... »

Ce n'est pas sans peine que le docteur parvient à trouver deux places sur une moitié de table à laquelle sont assis deux jeunes gens , dont l'un a une superbe barbe à la François V% et l'autre un nœud de cravate plus large que le fond de son chapeau. Le premier se dispute avec le garçon :

« Je vous ai demandé un pot de crème. — Mon- }) sieur, il n'y en a plus. — Je vous en ai demandé » en arrivant. — Monsieur, il n'y en avait plus. — » Voilà huit jours qu'il n'y en a plus , n'importe à » quelle heure j'en demande. . . Alors il faut dire tout )) de suite qu'on n'en fait pas... ou bien si vous en » faites deux douzaines pour deux cents personnes qui » viennent dîner ici, c'est une mauvaise plaisanterie. . . » je ne dînerai plus ici... et tous mes amis feront » comme moi... nous irons ailleurs, et votre établis- » sèment sera perdu!... parce que c'est nous qui Fa- » vous fait prospérer , et nous saurons bien le faire » tomber quand nous voudrons... »

En disant ces mots , le jeune homme se lève , jette avec colère sa serviette sous la table, et sort d'un air menaçant en murmurant les mots de gargotte et de taudis. « Voyez cependant à quoi tiennent les fortu- » nés... » dit le docteur « voilà un établissement sur

» le penchant de sa ruine pour un petit pot de

f> crème ! . . . les révolutions n'ont quelquefois pas de » causes plus graves.

» — Bath ! » dit le garçon en ôtant le couvert du jeune honune qui vient de partir, « il sera encore biea

1G4 ziznsE.

» content de revenir demain... s'il fallait les écouter » tous , on ferait des chatteries de trente sous pour » leur dessert... et notez encore qu'ils mangent du » pain, que c'est effrayant... Qu'est-ce que ces mes-

» sieurs prennent? il n'y a plus que du bifteck,

» du veau à la bourgeoise, et des épinards... — Alors » vous nous donnerez des épinards, du bifteck et du » veau. — Comme ça , ces messieurs n'attendront » pas... »

Pendant qu'on les sert et qu'ils attaquent le dîner à vingt-cinq sous, le jeune homme au gros nœud de cravate, placé près d'eux , s'amusait à renverser le contenu d'une poivrière dans un moutardier, puis il glissait des poignées de sel dans une carafe, et tâchait de faire entrer des croûtes de pain dans un huilier.

« Élevez donc des établissemens philanthropiques, » dit Jenneval , « pour en être ainsi récompensé. Tous » ces jeunes gens seraient fort embarrassés s'il n'y « avait pas de traiteurs à bon marché. Ici, à vingt-cinq j) sous , ils ont du potage , trois plats au choix ou à » peu près, un dessert, un carafon de vin, et du pain » à discrétion , et en vérité, tout cela est mangeable, » surtout lorsqu'on a l'appétit dont ces messieurs » paraissent pourvus. Eh bien! leur bonheur est de » mêler le poivre et le sel , de perdre l'huile ou la » moutarde , enfin de causer le plus de tort possible » à celui qui a entrepris de les sustenter à bas prix. » Faites donc du bien aux hommes , et croyez à leur » reconnaissance!... »

M. Guerreville secoue la tête en poussant un léger soupir. Tout en dînant , il parcourt des yeux le salon,

il examine tous les visages , puis il retombe dans ses réflexions , que le docteur n'essaie pas de dissiper quand M. Guerreville semble très-attristé ; car Jenneval avait aussi pour principe qu'on ne peut pas forcer les gens à être gais , et que pour les faire sourire , il faut savoir choisir le moment.

Dans les restaurans à prix fixe, on vous sert trèsvite ; il semble même que l'on vous donne coup sur coup tout ce que vous demandez , afin de vous obliger à vous presser pour faire place à d'autres.

Le docteur et M. Guerreville n'ont pas fait un long séjour chez le traiteur ; ils sont sortis, l'un plus pensif et plus triste qu'en y entrant , l'autre en disant : « Ça n'est pas trop mauvais; mais je n'y re- » viendrai pas... »

Après avoir marché quelque temps en silence , Jenneval dit enfin à son compagnon :

« Vous me semblez ce soir plus soucieux encore » que ce matin ; auriez-vous vu chez ce traiteur quel- » qu'un... qui vous ait rappelé vos peines?..,

» — Non, docteur... non... ah! plût au Ciel que

)) j'eusse rencontré ceux qui les connaissent qui

» les causent mais rien... jamais rien... et voilà

î) ce qui me désespère ! En vain je vais partout , en » vain je m'informe et parcours cette ville , aucun w indice qui me mette sur la trace de celle que je » cherche. Quelquefois, vous l'avez vu, j'essaie de

» sourire, d'avoir du courage de me distraire

» même ; mais si vous saviez combien cela m'est im- )) possible?.,. Au fond de mon cœur, j'ai toujours la V même douleur; le même souvenir •, puis enfin,

» las (le me contraindre, j'ai besoin de rêver, de » (jémir, de me trouver libre d'être malheureux!...

» Adieu, docteur adieu, nous nous reverrons

i> demain. »

Jenneval n'essaie pas de retenir M. Guerreville ; il sait que des consolations mal placées importunent et ne consolent pas ; il laisse son ami regagner seul sa demeure et se dit : « Attendons qu'il m'ait donné sa » confiance... alors seulement j'essaierai de prendre » la moitié de ses peines ! »

Le lendemain, dans la matinée, M. Guerreville, qui est sorti de bonne heure pour parcourir un quartier éloigné du sien , s'en revenait lentement sur les quais , lorsqu'une exclamation poussée près de lui , -et accompagnée d'un bruit assez fort, lui fait lever les yeux.

Un porteur d'eau est arrêté devant M. Guerreville, et il a posé si brusquement sur le pavé les deux seaux qu'il portait, qu'une partie de l'eau qu'ils contenaient forme une mare à ses pieds. Cet homme regarde M. Guerreville avec une expression de joie , de bonheur difficile à décrire ; il veut parler, mais son émotion est telle qu'il ne peut prononcer que des mots entrecoupés :

« C'est lui ah ! mon Dieu ! c'est

» queu plaisir! de joie ^e que je suis

» content!

» — C'est Jérôme! » s'écrie à son tour M. Guerreville, qui vient de reconnaître le porteur d'eau; et il tend sa main à l'Auvergnat qui semble d'abord

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craindre de la toucher, la prend avec respect , puis la serre d'une force à la briser.

« — Oui, c'est moi, monsieur... monsieur mon » bienfaiteur !

» . Que dites- vous là , Jérôme , pour un faible » service! — Oh! que si fait, monsieur, que c'est » un grand service... et que vous m'avez bien sauvé » de la peine , de la misère , de tout le diable et son » train qui était chez moi... Oh! vous êtes ben mon » bienfaiteur... Votre secours, voyez- vous , ça ma » rendu la tranquillité , et avec elle la santé est re- » venue bien vite. . . Oh ! dame , c'est que j'étions ben » pauvre!... quoique je tâchions de rire encore pour » ne pas attrister ma pauvre petite Zizine ! Oh ! quand » elle m'a apporté tout ce que vous aviez mis dans » son tablier. . . elle était si contente aussi, cette chère » enfant... et puis elle aurait tant voulu vous remer- » cier... surtout quand elle a vu que je pleurais de » joie!...

» — Assez... assez, Jérôme, laissons cela! — Oh! » non, monsieur; il faut que je me soulage!... il y » a si long -temps que je désirais vous rencontrer » pour vous témoigner ma reconnaissance... Yoyez- « vous , ça m'étouffait de garder tout ça sur mon » cœur... Pardon, monsieur, si je me permets de » vous parler comme ça dans la rue... mais je ne » peux vous voir autre part.

» — Jérôme ! je ne suis pas de ces personnes qui » croiraient se compromettre en causant avec un porft teur d'eau , en serrant la main d'un ouvrier. J'ai » vu beaucoup de gens prêchant Tégahté dans leurs

» écrits, et fort peu abordables pour leurs inférieurs; » moi , qui ne prêche rien parce que je n'espère con- » vertir personne, je n'ai jamais pense que l'on pût » rougir de causer avec un honnête homme, quelle » que fût sa profession. Je suis content aussi de vous » avoir rencontré , car plus d'une fois j'ai pensé à » vous... votre position, votre tendresse pour votre » enfant m'avaient vivement intéressé. Et mainte- )) nant êtes-vous plus heureux?

» — Heureux oh ! dame , monsieur c'est si

» l'on veut... je suis ben heureux d'une façon, parce }) que maintenant je me porte bien, et je peux gagner )> ma vie... mais d'un autre côté... je ne suis pas si y) joyeux quand je rentre chez moi... parce que je » n'y trouve pus ma petite que j'aimais tant à faire » sauter sur mes genoux, et entendre babiller... » — Comment , vous n'avez plus votre fille ? — Je m'en vas vous expliquer ça , si vous voulez bien le permettre : Quand vous m'avez eu donné de quoi payer mon propriétaire, c'est ce que je commençai par faire ; mais il me fît dire , par son méchant savetier de portier, qu'il n'en fallait pas moins déménager au terme, parce qu'il voulait son logement. Moi je dis, ça m'est égal, puisqu'il ne peut plus me retenir mes meubles, je trouverai toujours ben un grenier aussi beau , et dès que je fus sur pied , ce qui ne fut pas long , je me mis en recherche d'un autre gîte ; je trouvai mon affaire dans une belle maison de la rue Saint-Honoi-é , et où le portier était un bon homme qui ne rudoyait ^ pal le pauvre îrionde, Au bout 4e dix joura , nous

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» étions installés dans notre nouveau local , au » sixième ; mais un escalier qui n'était pas un casse- » cou , du moins. Si ben que ma petite Zizine des- )> cendait assez souvent soit pour aller chez la frui- » tière , soit pour jouer un peu avec la petite du » portier, qui était de son âge ; or donc , il se trouva » qu'il demeurait au premier dans la maison une y> demoiselle avec sa mère. Oli ! mais c'était des gens » riclies... des gens liupés!... ça n'empêche pas que » la demoiselle remarqua ma Zinzinette en la ren- » contrant dans l'escalier. Dame, vous savez, mon- » sieur, qu'elle est ben gentille, cette chère enfant. . . » qu'elle vous a un air si raisonnable, si sensé, qu'on » lui donnerait vingt ans... si elle n'était pas si pe- » tite... Si ben que la demoiselle du premier com- » mença [)ar causer avec Zizine , puis , contente de » ses réponses , la fit entrer chez elle , lui donna des » sucreries, des gâteaux, des petits bonnets; enfin, » ça devint au point que la demoiselle ne pouvait » plus être un jour sans voir la petite , et que Zizine )) passait toutes les journées chez elle. Moi je savais » cela , et vous entendez ben que je ne pouvais pas » en être fâché, car je me disais f Cette chère enfant » sera mieux au premier qu'au sixième! Et tous les » jours la petite remontait avec de nouveaux présens » que ces bonnes dames lui avaient faits. Mais voilà )) qu'un jour elles me font aussi prier d'entrer chez >j elles ; ça me surprend d'abord un peu ; mais c'est )) égal , je m'arrange proprement et je me rends chez )) madame Dolbert, . , c'est le nom de cette dame. Oa » me fait entrer ; je trouve la imv^ et la fiUe, et puia,

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» cominc (le coutume, ma Zinzinette qui jouait avec » deux ou trois poupées. La vieille dame (car, au » fait , c'est pas la mère , c'est la grand'mcre de » mamzelle Stéphanie, qui n'a pus qu'elle de pai) rens...), la vieille dame vint donc à moi et me » dit : « Jérôme, ma petite-fille aime tendrement » votre petite. . . vous êtes veuf et ne pouvez guère » vous occuper d'elle; si vous voulez consentir à la » laisser avec nous , nous aurons pour elle les soins » les plus assidus ; nous lui ferons donner de l'édu- » cation ; elle a déjà tant d'esprit et de raison que » ce serait un meurtre de ne pas cultiver les heu- » reuses dispositions qu'elle a reçues de la nature. Ma » petite fille se fera un plaisir de lui enseigner aussi » la musique , le dessin ; enfin , nous la traiterons ' » comme notre enfant , et lorsqu'elle sera grande , » outre qu'elle trouvera dans ses talens des res- » sources contre l'infortune, ma Stéphanie s'engage » encore à lui donner une petite dot quand elle vou- » dra s'établir. Eh bien! Jérôme, consentez- vous à » nous laisser cette enfant? » Ah, dame! monsieur, » vous sentez ben qu'à cette proposition je deviens

» tout rouge tout pâle tout bouleversé ! .

» J'avais le cœur gros de plaisir et de peine!... Je » crois même que des larmes coulèrent de mes yeux , » car ma petite Zizine laissa tous ses joujoux et cou- » rut dans mes bras, en me disant : « Est-ce que tu » as du chagrin? » Je l'embrassai sans pouvoir ré- » pondre d'abord , mais je la serrai bien fort contre ft mon cœur ; il me semblait déjà que c'était pour » la dernière fois.., »

ZlZïNE. 171

Ici , Jérôme s'arrête, car le souvenir de ce moment vient de faire encore venir des larmes dans ses yeux. M. Guerreville, qui n'est pas moins ému , lui serre la main en balbutiant : « Pauvre Jérôme ! »

Le porteur d'eau pousse un gros soupir, puis reprend :

« Je ne fus pas ben long-temps à réfléchir ; ça me » fendait le cœur de me séparer de ma Zizine ; mais » c'était pour son bien , pour son bonheur ; je conw sentis...

» — Eh quoi ! Jérôme , vous avez pu consentir à » vous priver de votre fille... de votre unique en-

» faut de celle qui devait embellir vos vieux

» jours?

» — C'était pour qu'elle fût plus heureuse , mon- » sieur; il me sembla que je ne devais pas, que je » ne pouvais pas m'y opposer..;

» — Ah ! vous avez accompli là un bien grand sa- » crifice!... — Ah ! dame, oui! c'en était un sacri- » fice !... Cependant , ces dames qui virent moncha- » grin , me dirent : « Vous pourrez voir votre fille » quand vous le voudrez , toutes les fois que vous le « désirerez. » Et cela me calma un peu. Quant à » Zinzinette, on lui dit seulement : « Ton papa veut H que tu couches ici , que tu demeures au premier , « au lieu de remonter au sixième ; mais il viendra » te voir toutes les fois qu'il en aura le temps. « La » chère enfant ne voulait pas d'abord , elle jetait de » côté les jouets, et s'écriait : « J'aime mieux coucher » près de mon père! je ne veux pas le quitter !... » S'il mettait encore le feu à son lit , il n'aurait per-

» sonne près de lui pour réteindre!... » Pauvre mi- » gnonnette! il me fallut avoir l'air de me fâcher » pour la faire consentir à ne plus demeurer dans » mon grenier! et encore se lit-elle promettre de » pouvoir monter m'y voir souvent!... Voilà donc > qui fut fait. Zizine resta chez madame Dolbert. » Pendant les premiers jours , j'allai la voir souvent ; » ensuite un peu moins , car je craignais toujours de » déranger , et je ne suis pas à mon aise devant ces » belles dames; mais je pris courage, parce que je » vis que la petite était ben soignée ! Les choses en )) étaient là , quand , il y a six semaines , ces dames » changèrent de logement ; elles quittèrent la rue » Saint-Honoré , pour aller demeurer sur le boule- » vart de la Madeleine... Ah, dame! je pouvais pas y) déménager aussi, moi!... et puis , mes pratiques » ne sont pas dans ce quartier-là!... Il me fallut » donc voir s'éloigner ma petite !... et maintenant je » n'ose pas aller la voir souvent ; non qu'elle me té- D moigne moins d'amitié... Ah ben! au contraire, » la chère enfant me saute au cou dès qu'elle m'aper- » çoit!... mais le travail me tient toute la journée, » et le soir il faut manger et dormir, pour pouvoir T) recommencer le lendemain. Yoilà , mon cher mon- » sieur, ce qui m'est arrivé... C'est un grand bon- » heur pour ma petite , qui va être élevée comme » une belle dame; mais c'est une grande privation » pour moi de ne plus pouvoir l'embrasser chaque ?) soir et chaque matin ! »

Jérôme a terminé son récit , et il passe encore sou

mouchoir sur ses yeux ; M. GuerrevUle semble tout aussi affecté en lui disant :

« Je désire, Jérôme, que vous n'ayez pas à vous » repentir de ce que vous avez fait... mais se séparer » de son enfant!... Enfin... vous pouvez toujours la » voir, au moins... pauvre petite!... Je conçois » qu'on ait pris pour elle cet attachement. , . elle est » vraiment intéressante. . . et sa protectrice se nomme, » dites-vous, madame Dolbert ? — Oui , monsieur. — » Et demeure sur le boulevart de la Madeleine ? — Au » coin de la rue Duphot. — Je tâcherai de m'inforto mer... de savoir si, en effet, votre fille est bien. » Quant à vous , Jérôme , tenez , voilà mon adresse, » venez me voir. . . venez quelquefois me donner de » vos nouvelles, me parler de votre petite; je suis » père aussi, moi, et je n'aime pas ma fille moins » tendrement que vous n'aimez la vôtre... c'est pour » cela que j'aurai du plaisir à vous entendre. — Ah! » monsieur , c'est trop de bontés. . . je vous en remer- » cie ben ; et certainement je profiterai de votre per- » mission... j'aurai cet honneur là... — Oui, venez » me voir, Jérôme, nous causerons de votre enfant; » adieu ! »

M. Guerreville s'éloigne après avoir encore pressé la main de l'Auvergnat , et Jérôme se dit en reprenant ses seaux :

« Un si brave homme!... est-ce qu'il ne serait » pas heureux!... à quoi penserait la Providence » alors!... »

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