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» dire je crois que j'ai manqué de rencontrer i'in- » connu... dit rOurs-
» — C'est joli , ce que Desboulleaux vient de nous » raconter ! » dit M. Vadevant , en se penchant vers une dame assez gentille et qui se mordait les lèvres pour ne pas éclater de rire. Pendant ce temps, ce monsieur qui a tant de peine à s'exprimer en public se retire bien vite derrière d'autres personnes en essuyant deux gouttes de sueur qui tombent de son front.
Madame Duboucliet , qui n'est pas encore satisfaite de ce qu'elle vient d'apprendre , adresse de nouvelles questions à ses voisins et à M. Yadevant :
« Je ne conçois pas que l'on n'ait point su quelque » chose de plus positif touchant cet homme, » ditelle, «il faut que l'on s'y soit mal pris. Car enfin il » a des domestiques... on les fait causer.
» — Impossible, madame : d'abord il n'a pour » tout domestique que celui qu'il a amené avec lui. » C'est une autre espèce d'ours , qui probablement » veut singer son maître , un grand efflanqué qui se » tient raide comme un cosaque... qui ne cause avec » personne... pas même avec les bonnes du quartier, » qui ne va jamais chez les marchands de vins , et » dont le plus grand plaisir est de fumer , assis sur le » banc de pierre qui est devant la porte de leur de- » meure.
» — Je gage que ce sont des républicains , » dit le vieux Benoît , en frappant avec importance sur sa tabatière.
« Moi , » dit Vadevant , « je me suis cru une fois
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i» sur le point de savoir quelque cliose... Le domes- » tique était assis et fumait devant sa porte ; je pas- » sais en me promenant... Je crois môme que je pas- » sais exprès devant la maison de l'Ours. En voyant » le valet il me vient à l'idée un expédient assez in- » génieux... Je feins, en marchant, de faire un faux » pas... de me tourner le pied; puis, ayant l'air de » ne plus pouvoir marcher, je vais m'asseoir sur le » banc, près du domestique... c'était assez adroit, » qu'en pensez-vous ?
» — Très-adroit... très -spirituel!... — Eh bien! » mon butor , au lieu de s'empresser de m'offrir » d'entrer chez son maître ou d'aller me chercher » quelque secours , se leva en secouant sa pipe , et )^ rentra dans la maison dont il ferma brutalement » la porte sur lui.
» — C'est affreux! » s'écrie madame Blanmignon, « c'est un trait digne d'un cannibale !
» — Et comme le proverbe dit : tel maître tel va- » let, j'en tire la conséquence que le maître est aussi
» dépourvu d'humanité que son domestique Et
» puis, que signifient tous ces mystères?... On leur » fait à dîner chez le pâtissier Godart ; on le leur » porte tous les jours... C'est le domestique qui paie
)) le mémoire, qui donne pour boire au garçon
« Dernièrement Marguerite, la cuisinière de madame » Déchalard, s'y est présentée, par mon avis, et sous î) le prétexte qu'elle n'était pas en service , pour de- » mander si on voulait la prendre... Le valet était » apparemment sorti , car c'est le soi-disant M. Guer- » reville qui a ouvert à Marguerite. Mais si vous sa-
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» viez comme il Fa reçue ! ... Ali ! la pauvre fille s'en
» souviendra! Lui laissant à peine le temps de
» s'expliquer, il l'a mise à la porte en se permettant » même de la pousser par les épaules , parce qu'il » trouvait qu'elle ne sortait pas assez vite !
)) — Oli ! c'est horrible ! . . . — C'est épouvantable !
)> — C'est même graveleux ! » dit Bouilardin en regardant sa femme.
« — Maltraiter cette pauvre Marguerite... qui fait » si bien les crèmes grillées ! . . .
» — Pas si bien que ma cuisinière , » murmure le vieux Benoît.
« — Messieurs, » dit madame Blanmignon, « il » faut nous coaliser, nous liguer tous pour débarras- » séria ville de ce vilain ours. Est-ce votre avis?
2> — Oui , oui ! » disent tous les hommes en avançant la main comme pour jurer, tandis que les dames approuvent du bonnet.
« — ^ Mais que ferons-nous quel moyen em-
» ploierons -nous pour forcer notre homme à dé- » guerpir? Voyons... il faut chercher...
» — Si on allait sonner du cor tous les jours sous » ses fenêtres?... — Oh! cela incommoderait égale- » ment les habit ans des maisons voisines.
» — Si on jetait des pierres dans ses carreaux ? » dit un jeune écolier en riant.
« — Non, ceci n'est pas permis, » dit madame Blanmignon ; « il ne faut employer que des moyens li- » cites. »
Le monsieur qui a sué à grosses gouttes, pour avoir
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déjà voulu tlire quelque cliose , avance sa tête entre un groupe, en balbutiant :
« Si... on... Si... Si on... »
Tous les yeux se tournent alors vers l'orateur ; il devient écarlate et va se recaclier derrière les autres en murmurant :
« IN on... Ça ne vaudrait rien.
» — Eli! mais, » dit M. Boullardin en poussant de gros rires, « il y a un moyen bien naturel... qui n serait de déposer de vilaines choses devant sa » porte... oliî oh!
» — Ah! fi... fi, monsieur Boullardin, où allez-
« vous penser à de pareilles choses! nous ne
» sommes plus au carnaval...
» — Je l'ai trouvé... Je tiens le moyen, » s'écrie Yadevant en se frappant le ventre , le front et les mains.
« — Oh! voyons... Yoyons vite! » s'écrie-t-on de toutes parts, en entourant le petit monsieur. *
« — Elî parbleu! vm charivari!... donnons-en un
» à rOurs Donnons-lui-en deux dix, vingt, si
» cela est nécessaire. Ce monsieur aime le calme, la » sohtude, le silence ; il doit détester les charivaris ; » les nôtres feront bien vite leur effet , et , lassé de » les entendre , TOurs déguerpira , et ira s'établir » ailleurs.
» — Bravo ! . . . bravo ! . . . — Parfaitement imaginé, » répète-t-on de tous côtés. « Oh ! ce M. Yadevant est » un homme bien précieux , il a de l'esprit comme » quatre!
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» — Si c'était comme quatre de la force de Des- » boulleaux , cela ne prouverait pas grand'cliose.
» — Eh bien, à quand le charivari, messieurs ? »> demande madame Blanmignon , qui semble une des plus acharnées contre TOars de la ville.
« — Parbleu ! ce soir même, » répond Vadevant ; « le temps est beau... nous voilà réunis, avec ces ») messieurs, en assez grand nombre... Pendant que » ces dames vont se chauffer ou faire leur partie , » nous allons donner notre premier concert en plein » air, et nous reviendrons raconter à ces dames ce qui » en sera résulté. Etes-vous de mon avis , messieurs ?
)) — Oui, oui! » s'écrient la plupart des hommes. Mais M. Boullardin s'abstient de répondre ; comme employé à la mairie, il craindrait de se compromettre en faisant partie d'un charivari.
« Il ne s'agit plus que de se procurer les instru- » mens nécessaires, » dit Vadevant. « Madame Blan- » mignon veut-elle bien mettre sa batterie de cuisine » à notre disposition ?
» — Oh ! de grand cœur , messieurs; prenez chez » moi tout ce qui vous semblera bon pour aba- » sourdir ce vilain honmie, pour lui briser le tympan, » afin qu'il parte bien vite...
» — Bravo ! madame Blanmignon... Je vote des
» félicitations à madame Blanmignon pour le pa-
» triotisme qu'elle déploie dans cette affaire
» je me propose de hii faire des vers sur ce sujet. . .
» Mais d'abord aux armes! messieurs, aux ar-
» mes!... »
Chacun répète le cri poussé par Vadevant , et le
iS ZIZINK.
suit à la cuisine. Le vieux Benoît^ M. Boullardin et deux autres messieurs, qui ne sont plus d'à^^e à faire leur partie dans un charivari, restent seuls au salon avec les daines ; mais bientôt les musiciens improvisés reviennent avec leurs instrumens, et alors ce sont des éclats de rire comme depuis long-temps on ne s'en était pas permis dans le salon de madame Blanmignon .
L'un tient une casserole sur laquelle il frappe avec une écumoire ; un autre a deux fers à repasser dont il se sert comme de cymbales ; celui-ci frappe d'une pelle sur une pincette ; celui-là joue des castagnettes avec des morceaux d'assiettes cassées ; le timide Desboulleaux remue, comme un possédé, les chaînes d'un tourne-broche qu'il a passées autour de son corps ; le jeune écolier frappe sur une poêle avec une cuillère à pot ; enfin M. Vadevant s'est emparé d'une énorme bassinoire dans laquelle il a mis des clous et de la ferraille, de manière qu'en la secouant cela produit un tintamarre infernal .
« Délicieux !... charmant ! » disent les dames ; « c'est à mettre en fuite tous les ours de Berne ! Nous y) aurions bien du malheur si cela ne nous délivrait » pas de celui de Château-Thierry.
» — Allons, messieurs, en marche! » dit Vadevant ; « je réclame l'honneur d'aller à votre tête et de » donner le signal du charivari ; mais surtout un » grand silence dans la ville jusqu'à ce que nous » soyons arrivés devant la demeure de l'Oars. Il faut » que cela le surprenne comme la foudre... Ça fera » bien plus d'effet... En avant I »
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Tous les charivaris tes se disposent à suivre Vadevant , lorsque le bruit de la sonnette se fait entendre.
« Qui peut nous arriver si tard? » dit madame Blanmignon.
- » — Qui que ce soit , je réponds qu'il sera des » nôtres, » dit Vadevant.
En ce moment la porte du salon s'ouvre , et la domestique annonce :
« Monsieur le docteur Jenneval. »
Un homme de trente-six ans, d'une figure agréable et spirituelle, d'une tournure élégante et distinguée, ne tarde pas à paraître ; il va saluer la maîtresse de la maison et les dames, n'ayant pas encore remarqué le singulier armement de ces messieurs.
« C'est le cher docteur ! » s'écrie Yadevant. a Oh ! » j'avais bien dit que celui qui arrivait serait des
R nôtres ? Allons , docteur , vite ; prenez une
« casserole, ou tout au moins deux pointe -moui) chettes.
« — Eh , que signifient tous ces apprêts , mes- » sieurs? » dit le docteur en examinant les objets que portaient les musiciens ; « allez-vous jouer une clia- » rade, un proverbe, une symphonie?...
» — Mieux que cela, nous allons donner un chari- » vari, et qui fera du bruit dans le pays!...
» — Un charivari ?. . . — Sans doute. . . Allons, pre- » nez donc un instrument, vous viendrez avec nous, » — Mais encore faut-il que je sache à qui vous don- » nez un charivari...
ï> — Ah ! si vous n'arriviez pas si tard, docteur , »>
20 zizi^E.
dit madame Blanmignon, « vous seriez au fait de » tout... Mais on ne peut plus vous avoir...
» — Pardon, madame, c'est que j'ai dû aller voir » M. Guerreville qui était indisposé, et...
» — M. Guerreville ! » s'écrie-t-on de toutes parts; » vous venez de chez M. Guerreville... l'étranger... » l'inconnu . . . l'ours ? . . .
» — Oui, mesdames, « répond le docteur en souriant : « et voilà même plusieurs fois que j'y vais.
» — Oli ! c'est trop drôle , » dit Vadevant, « et > c'est à lui que nous allions donner un chari- » vari...
» — A lui?... — Oui, docteur ; car enfin c'est un » fort vilain homme, n'est-ce pas?... une espèce de » sauvage... très-malhonnête, et dont la conduite est » fort louche... un être insociable... qui met les cui- » sinières à la porte... qui ne sahie personne dans la » rue. . . un Ours enfin ?
» — Je crois que vous êtes dans l'erreur, M. Vade- » vant ; par le peu que j'ai vu de M. Guerreville , je l'ai )) jugé tout différemment. On peut désirer vivre )» dans la solitude, et ne pas avoir pour cela tous les » défauts.
» — Allons, le docteur plaisante!... il badine, j'en » suis sûr... Moi, j'en suis toujours pour ce que j'ai » dit sur l'ours... inconnu... et je persiste dans mon » intention de lui donner un charivari . . . N'est-ce pas, )) messieurs? »
Ces messieurs, qui ne voulaient pas s'être armés pour rien d'une pincette ou d'une casserole, étaient fort disposés à suivre Vadevant, qui déjà marchait
vers la porte, tenant sa bassinoire comme s'il portait un drapeau.
Le docteur les regarde en souriant et se contente de leur dire : « Je ne m'oppose pas à votre charivari , » messieurs, mais je vous engage seulement à at- » tendre quelques minutes... afin que monsieur le )) sous-préfet, que j'ai laissé chez M. Guerreville,
» ait eu le temps de le quitter car je suppose que
» vous ne voudriez pas aussi lui donner un chari- » vari. »
Il est difficile de rendre l'effet que ces mots viennent de produire ; les figures s'allongent , les fronts se plissent , plusieurs visages pâlissent ; c'est un étonnement , une stupeur générale ; ces messieurs sont restés immobiles et comme frappés de la foudre, ayant encore leur casserole ou leur chaudron en l'air.
Madame Blanmignon a éprouvé une révolution telle que ses sourcils se déteignent et qu'une de ses joues se dépouille de tout son vermillon ; elle s'efforce de se remettre , mais sa voix est fortement émue en disant au docteur :
« Est-ce bien possible?... ne nous trompez- vous
» pas , mon cher monsieur Jenneval ? comment î
>^ monsieur le sous-préfet va... chez cet étranger?
» — Oui , madame... j'ai l'honneur de vous répé- » ter que je viens de les laisser ensemble *, et, d'après » ce que j'ai pu entendre de leur conversation , à la- » quelle, d'ailleurs , ils ne mettaient aucun mystère , » il paraît que M. Gueri-evillc et notre sous-préfet « ont été autrefois fort liés. . . ce sont d'anciens amis. . . p ils se sont rencontrés , par hasard , à la promenade ^
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» il y a quelques jours , se sont reconnus , et voilà » comment il se fait que l'un est allé voir l'autre. » Pendant cette explication du docteur , il fallait voir les cliarivaristes se débarrasser furtivement de ce qu'ils avaient pris pour instrument : l'un glissait sa pocle sous un canapé , l'autre mettait sa casserole sous un fauteuil ; un troisième poussait sa pincette sous le piano , celui-ci mettait les fers à repasser dans sa poche ; enfin , en quelques minutes , ces messieurs avaient eu lès mains nettes , excepté Va devant , qui , porteuî* d'une énorme bassinoire , n'avait pu trouver moyen de la fourrer quelque part , et qui même n'osait pas trop la remuer, parce qu'au moindre mouvemens qu'il se donnait , la ferraille qu'il avait mise dans la boîte de cuivre , faisait un bruit que chacun trouvait maintenant fort désagréable.
« C'est bien singulier ! c'est bien étonnant ! »
reprend madame Blanmignon; « il paraîtrait alors » que nous nous sommes trompés... qu'on nous a » fait de faux rapports sur ce M. Guerreville. . . Puis- » que monsieur le sous-préfet est de ses amis... et va » le voir. . . certainement ce doit être alors un person- » nage fort distingué... n'est-ce pas, docteur?
» — Madame, c'est aussi mon opinion. Mandé n près de M. Guerreville, parce qu'il était souffrant, » je ne l'ai encore vu que cinq ou six fois , mais c'est » assez pour reconnaître que c'est un liomm-C comme )) il faut , qui a des connaissances , de l'esprit. A la « vérité, son premier abord n'est point aimable : w M. Guerreville est naturellement brusque ^et , je » crois , emporté ; je lui soupçonne ensuite un fonds
» de chagrin qui a pu aigrir son caractère ; mais » quand on le connaît un peu. . . quand on cause avec » lui , il est facile de démêler que , sous cette appa ^ » rence de sévérité , il cache une ame sensible, et un » cœur juste et généreux.
» — Ce pauvre homme! vous croyez qu'il
» a un secret chagrin? » s'écrient plusieurs personnes.
« — Moi , je m'en étais toujours douté, » dit ma-, dame Blanmignon ; « et , dans le fond de mon ame , » je m'intéressais à lui. . . Car je n'ai jamais cru toutes » les fables que l'on débitait sur son compte...
„ — Yoilà ce que c'est que de venir nous rappor- » ter des histoires de cuisinières , » dit Boullardin en s'adressant à M. Vadevant.
Celui-ci, toujours fort embarrassé de sa bassinoire , se décide à la déposer au milieu du salon , en s'écriant :
« Si j'ai rapporté quelques propos qui, du
» reste , étaient connus de tout le monde du
» moins ce n'est pas moi qui me serais permis, le pre- » mier, de donner l'épithète d'ours à ce respectable » inconnu. »
Boullardin est pétrifié ; car, étant attaché à la mairie , il se croit gravement compromis pour avoir appelé ours un ami de monsieur le sous-préfet; déjà même il se voit destitué , et il baisse les yeux , sans oser regarder sa femme; mais tout-à-coup, apercevant la bassinoire, il s'écrie d'un air triomphant :
« J'ai appelé Ours cet honorable étranger je
» l'avoue... car il n'y a aucun mal à cela... Par
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» ours, je n'entendais pas dire béte... j'entendais » amateur de la retraite... ami du calme et de la » paix... je lève la main que je n'ai jamais entendu )> autre chose par ours... Mais, d'ailleurs, ce qui M prouve manifestement que je n'eus jamais Finteny> tion d'insulter ce monsieur, c'est que je n'ai pris » aucune part au charivari projeté. . . j'en prends tout » le monde à témoin... et j'ai toujours blâmé le cha- » ri va ri... oh! oh!
» — Eh, monsieur! » s'écrie Vadevant, « qui est- )> ce qui n'a pas vu que le charivari n'était qu'une » plaisanterie... une scène que nous jouions?... qui » est-ce qui peut croire que nous aurions été vraiî> ment courir par la ville , armés de batterie de cui- » sine?... fi donc!... moi , messieurs, je déclare que » je n'aurais pas seulement pu descendre l'escalier » avec cette bassinoire, qui était d'une lourdeur as- » sommante...
)) — Oui , oui ! » s'écrie madame Blanmignon , c( ces messieurs ont voulu nous faire rire un moment, « et voilà tout... Mais le docteur croira sans peine » que tout ceci n'était qu'un jeu , un badinage...
» — Moi , madame, je croirai tout ce qu'on vou- » dra , » répond le docteur en souriant d'un air tant soit peu incrédule , « et je vous assure que je ne pense » déjà plus au charivari.
» — Très-bien , » s'écrie Vadevant , « n'y pen-
» sons plus Moi , je propose une contredanse
« un galop j'offre même de chanter une ro-
ï) mance. »
L'offre de Yadevant allait être acceptée, et déjà
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il s'approchait du piano, lorsqu un bruit de chaînes, qui part d'un coin du salon , attire Fattention de toute la société. On écoute, on se regarde; les dames ont déjà peur ; enfin un jeune homme s'approche d'un rideau de croisée, duquel semble partir le bruit; il le tire , et montre aux regards de la compagnie le timide M. DesbouUeaux , qui s'était retiré là dans l'espérance de se dépêtrer des chaînes du tournebroche qu'il avait passées autour de son corps, et qui n'était pas encore parvenu à s'en débarrasser.
M. DesbouUeaux rougit jusqu'au blanc des yenx , et s'entortille encore plus dans ses chaînes, lorsqu'il se voit l'objet de l'attention générale. Toutes les figures redeviennent sérieuses, parce qu'on voit que la situation de ce monsieur va de nouveau rappeler le charivari, et madame Blanmignon lui dit d'un ton très-sec : « Que faites-vous donc là , monsieur Des- » boulleaux?...
» — Madame... je cherchais à me débarrasser de » la chaîne du tourne-broche, que j'avais prise pour » faire plus de train... dans le charivari que...
» — Prendre le tourne-broche et sa chaîne ! . . . Oh ! » mon Dieu! peut-on avoir de telles idées... voilà » qui est de bien mauvais goût... Par grâce, mon- )) sieur DesbouUeaux, reportez tout cela à ma cui- » sine... Je ne veux plus que l'on mette ainsi ma )) maison au pillage. »
M. DesbouUeaux traverse le salon , honteux et confus, en traînant ses chaînes après lui, comme un spectre d'Anne Radcliff ; et on pense bien qu'il ne revient pas au salon. La compagnie essaie ensuite de
former une contredanse^ mais personne n'était en train de sauter : révénement du charivari avait bouleversé tous les esprits, et on ne tarde pas à prendre congé de madame Blanmignon.