‹ ZizineChapitre 3 sur 30 · UNE PARTIE D ECHECS · texte numérisé non relu

UNE PARTIE D ECHECS

Quinze jours environ s'étaient écoulés depuis la soirée au charivari donnée chez madame Blanmignon, soirée qui avait fait abonder les cartes de visite chez la personne que l'on appelait auparavant l'Ours de Château-Thierry, et qui maintenant était nommé partout t illustre inconnu.

Dans un petit salon , meublé simplement , mais ciré et frotté avec beaucoup de soin , deux personnes étaient assises devant une petite table, sur laquelle était disposé un jeu d'échecs. Il était environ deux heures de l'après-midi ; un bon feu pétillait dans la cheminée, près de laquelle les joueurs d'échecs étaient assis.

L'un d'eux était un homme approchant de la cinquantaine, mais auquel on n'aurait pas donné cet âge, quoique son front soucieux et l'expression de son regard annonçassent de longues souffrances, et que

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ses cheveux noirs grisonnassent fortement vers les tempes. Sa taille était haute et bien prise , sa démarche habituellement noble et fière. Ses traits réguliers avaient une expression imposante, et ses yeux bruns intimidaient d'abord; mais en le regardant long-temps on était rassuré, et la pâleur, l'air de tristesse répandu sur toute cette physionomie, de- A^aient plutôt inspirer Tintérét que la crainte.

Ce personnage était monsieur Guerreville , cet homme dont l'iiumeur misanthrope avait donné lieu à tant de conjectures ; il était enveloppé dans une riche robe de chambre ; sa tête était couverte d'un bonnet de drap, garni de fourrures, et ses pieds enfoncés dans des pantoufles également fourrées. Tout en jouant aux échecs, ses yeux se portaient assez fréquemment sur une pendule placée sur la cheminée, puis il semblait écouter si personne ne venait.

L'autre personnage était le docteur Jenneval, avec lequel nous avons déjà fait connaissance, et dont l'arrivée chez madame Blanmignon avait mis fin au charivari.

« Prenez garde ; votre tour est en prise , » dit le docteur , après un assez long silence et au moment où M. Guerreville s'apprêtait à jouer.

« — Ah ! c'est juste , docteur , je ne le voyais pas. . . » Mais vous êtes généreux , vous ne voulez pas sur- » prendre votre adversaire... Vous l'avertissez afin » qu'il se défende.

« — Est-ce qu'il n'en doit pas toujours être ainsi? » un homme d'honneur attaque-t-il son ennemi avant » que celui-ci soit en garde ?

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« — Non , sans doute ! mais ce principe , res-

» pecté par des combattans , devrait l'être aussi dans » le monde. . . et on y fait tout le contraire. On agit » sourdement, on intrigue. Pour faire du mal, on » n'avertit pas celui auquel on tend un piège!...

» — Convenez aussi qu'il y a bien des choses dont » on ne pourrait pas avertir celui auquel cela porte » préjudice. . . Tenez , par exemple. . . quand on fait la » cour à une jolie femme. . . on n'a pas l'habitude d'en » prévenir son -mari... »

Le docteur r^it , et semblait désirer que la réflexion fit aussi rire M. Guerreville , mais celui-ci se contente de secouer la tête , en murnuirant : « Vous » avez raison , docteur ; mais alors faut-il encore se » montrer tel que l'on est, ne point cacher ses goûts, » ses penchans , ne point baisser les yeux près de la » femme dont on aspire à faire la conquête , et af- » fecter un jargon réservé , des principes de vertu » bien sévères, lorsqu'au fond du cœur on a toutes » les faiblesses humaines. Ce que je déteste le plus, » c'est l'hypocrisie : il faut avouer ses défauts comme » ses qualités ; alors, du moins, on avertit sonjnonde, » et tant pis pour celles que l'on séduit, si elles s'en )> repentent après!... Mais il y a si peu de gens qui » aiment la franchise ! . . . Les hommes veulent être

» flattés , flagornés ! Les femmes veulent qu'on

» les adore, ou du moins qu'on le leur dise!.... » Tenez , docteur , il n'y a pas plus d'un mois que » je vous connais , et si je n'avais pas été malade , il » est probable que je ne vous aurais jamais vu , parce » que je voulais vivre dans Ja solitude.... Mais je ne

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» me i^epens pas d'avoir fait votre connaissance, car » je vous crois franc et loyal , et sauf un lé(jer pen- » chant à la plaisanterie sur les sujets les j)lu8 {^ra- » ves... »

Ici le docteur s'incline en souriant.

» Mais les hommes ne peuvent être parfaits!... » reprend M. Guerrevilie, « vous avez donc , je crois, » tout ce qu'il faut pour faire un ami, et même un » bon médecin... Si je vous dis cela, c'est que je le » pense , je ne fais jamais de complimens , moi ; mais » permettez-moi de vous donner un conseil ! . . . Vous » le permettez, docteur?

» — Bien mieux, je l'écouterai avec reconnais- » sance.

» — Oh ! avec reconnaissance ! et vous ne savez pas » encore ce que je veux vous dire. Eh bien! si vous » voulez faire des progrès dans votre art , appliquez- » vous surtout à lire sur les physionomies , à pénétrer )» les secrets de l'ame que souvent la bouche ne veut » pas ou n'ose point avouer... On guérit plus par la « parole que par des drogues ; quand le moral est » tranquille , les maux physiques sont rarement dan- )) gereux.

(( — Il y a long-temps que je sais cela! » dit le docteur en souriant.

« — Ml! alors je ne vous l'apprends point.

rt — Par exemple, M. Guerrevilie, croyez -vous » donc que je ne devine pas que la pâleur de votre » visage , l'altération de vos traits proviennent » plutôt d'un fonds de chagrin que d'un dérange- »> mentdans votre système économique. Je ne vous ai

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» point demandé vos secrets... parce que je n'ai pas » riiabitude de clierclier à connaître ce qu'on veut » cacher.

» — Vous avez tout aussi bien fait , docteur , car » je ne vous les aurais pas dits. Non que je vous juge » indigne de ma confiance , mais parce qu'il y a des » choses que l'on n'aime point à dire. . . que l'on veut » garder dans son sein , et que toutes les consolations » de l'amitié ne sauraient guérir ou faire oublier ! . . . »

En prononçant ces dernières paroles , la voix de M. Guerreville s'est graduellement affaiblie , ses regards se sont baissés vers la terre, et un profond soupir s'échappe de sa poitrine.

Un long silence s'écoule: enfin M. Guerreville passe sa main sur son front et se tourne vers le docteur en lui disant :

<( Eh bien!... nous ne jouons plus?

» — J'attendais que vous y fussiez mieux disposé, » répond Jenneval.

« — Ah ! vous êtes trop complaisant ! » dit le convalescent en tendant sa main au docteur. « Je ne trou- » verais pas beaucoup de personnes douées de votre » patience. . . Et, au fait , c'est une ennuyeuse partie » à faire que celle de quelqu'un que de tristes pen- » sées rendent à chaque instant distrait ou maussade.

» — Elle me plaît à moi ; pendant que vous faites » vos réflexions, ne suis-je pas aussi le maître de » faire les miennes?

» — C'est juste; mais convenez que je fais fort » bien de ne pas aller dans le monde : là, on ne veut » que des gens gais , aimables, causeurs, et c'est assez

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) naturel : à quelqu'un qui viendrait dans une réu- ') nion joyeuse pour se tenir à l'écart , pousser des « soupirs et ne répondre que par monosyllabes, ou » dirait : Vous auriez mieux fait de rester chez » vous.

» — On ne le lui dirait pas , mais on le penserait. » — Et on aurait raison. Ecliec à la reine , doc- » teur. r.

La partie continue pendant quelque temps ; enfm le docteur prononce le fatal : échec et mat.

« — Je suis vaincu, » dit M. Guerreville en i^epoussant la table et se rapprochant du feu. « Cepen- » dant je crois être aussi fort que vous... Mais j'ai « trop de préoccupation. Ah! docteur, il est souvent » bien difficile de se distraire. A propos , comment » me trouvez- vous aujourd'hui?

» — ' Mais bien... Je vous ai guéri autant que j'ai » pu le faire; car, ainsi que vous le disiez vous- » même tout-à-l'heure , c'est lame aussi qu'il fau- » drait pouvoir traiter. . . Et vous voulez garder vos » chagrins pour vous seul.

» — Vous connaissez- vous en physionomies , doc- » teur?

» — Je l'ai cru jadis. . . mais trop d'exemples m'ont » prouvé que je n'étais encore qu'un écolier dans » cette science. Au reste, les actions sont souvent » aussi trompeuses que le visage.

») — Les actions... Yoilà la première fois que j'en- » tends dire cela. — C'est que presque toujours on » juge l'action sans chercher à remonter au motif f> qui Fa fait commettre. Youlez-vous me permettre

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» de vous citer deux faits historiques assez curieux » et qui sont à Fappui de ce que j'avance? — Très » volontiers; je vous écoute. »

Le docteur rapproche aussi sa chaise du feu et commence sa narration :

« Je fus mandé, il y a quelques années, par la » femme d'un ouvrier ; son mari était fort malade. » Je lui donnais mes soins depuis quinze jours, j'al- » lais régulièrement voir cet homme ; je trouvais sa » femme constamment assise près de son lit , le soi- » gnant , le veillant avec un zèle qui ne se ralentis- » sait pas d'une minute, et presque toujours les » yeux mouillés de larmes. «Pauvre femme!» me » disais-je , « comme elle aime son mari ! voilà le mo- » dèle des épouses. » Cependant, un soir, comme je » sortais de chez mon malade , une voisine , amie de » la maison , descendit avec moi et me demanda ce » que je pensais de l'état de l'ouvrier. Il n'y a plus n d'espoir , lui répondis-je , cet homme ne peut pas » en revenir; avec beaucoup de soins, il ira peut-être )) quelques jours de plus, mais il est impossible de le » sauver. Je n'ai pas encore cru devoir dire cela à sa » pauvre femme , dont je crains le désespoir ! Voyez » &'il y a moyen de la préparer à cet événement. La » voisine ne manqua pas d'aller rapporter ce que je » lui avais dit ; mais jugez de mon étonnement , lors- » que, le lendemain matin , je reçus le prix de mes » visites avec un papier contenant ces mots : « Puis- )) que mon mari ne peut pas en revenir, il est inu- » tile , monsieur , que vous veniez davantage. » Ne » pouvant en croire ce que je venais de hre, je me

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» rends comme à rordinaire chez mon malade : c'est » la femme qui m'ouvre la porte ; elle s'écrie : « Mais, » monsieur , je vous ai averti que ce n'était plus la » peine de venir. — Madame , lui dis-je , on ne laisse » pas mourir quelqu'un sans lui donner des soins » jusqu'au dernier moment. — C'est comme vous » voudrez , monsieur , mais certainement je ne paierai » plus de visites et je n'achèterai plus de drogues , » puisque mon mari ne doit pas s'en tirer. — Cela ne » m'empêchera pas de venir le voir, madame. — » A votre aise , monsieur. . . Ce pauvre cher homme. . . » Je m'en vais tout de suite vendre ses outils ; puis- » qu'il n'en reviendra pas , je n'ai pas besoin de gar- » der cela. » Et voilà, monsieur, quelle était cette » femme que j'avais cru le modèle des épouses; elle » ne soignait , elle ne veillait que l'homme qui la » faisait vivre , elle ne pleurait que de chagrin de » ne plus le voir travailler , et du moment qu'elle » avait acquis la certitude que son mari ne lui serait » plus d'aucun secours, elle lui avait retiré son amitié.

» — Oui , voilà des actions bien trompeuses ; et » votre autre exemple , docteur.

« — C'étaient encore de pauvres gens dont j'étais » le médecin, des artisans qui avaient un fils qu'ils » aimaient beaucoup; mais le fils , qui jusqu'à dix- » neuf ans s'était assez bien conduit et avait tou- » jours été soumis aux volontés de ses parens ; chan- » gea bientôt de caractère et devint en peu de temps » un fort mauvais sujet ; il fréquentait les marchands )) de vins , ne voulait plus travailler , et plusieurs » fois même répondit par des injures aux remon-

» trances de son père ! Ce fut ainsi qu'il atteignit sa » vingtième année et le moment de sa conscription ; » il tomba au sort et dût partir ; mais le jour même » où il devait rejoindre son corps /jugez de ma sur- » prise en voyant paraître chez moi ce jeune homme; » il s'avança vers moi d'un air embarrasse, et me dit » d'une voix émue : « Monsieur , mes parens vous » aiment , ils ont confiance en vous... et ils ont rai- » son ; mais aussi je sais que je puis me ûer à vous , » et c'est pour cela que je veux vous avouer. . . ce que » je n'ai dit à personne. » Tout étonné déjà du chan- » gement que je remarquais dans les manières , dans » le ton de ce jeune homme , je l'engageai à s'expli- » quer , et il me dit alors : Mes parens sont bien » pauvres, mais ils n'ont que moi de fils, et il « m'aiment beaucoup ; plusieurs fois je les avais en- » tendus, sans qu'ils s'en doutassent, parler de l'épo- » que où il me faudrait tirer à la conscription , et * alors ils avaient dit : « Nous vendrons , nous enga- » gérons tout ce que nous possédons , nous ne mange- » rons, s'il le faut, que du pain pendant long-temps, » mais nous ne laisserons pas partir notre fils; car )) c'est un bon garçon , qui nous aime autant que » nous le chérissons. » Ah ! monsieur, je ne puis pas )) vous dire ce que j'éprouvais alors, mais je nevou- » lais pas réduire mes parens à la misère ; les sup- » plier de me laisser partir , de renoncer à leur géné- » reuse résolution, c'eût été inutile, je le sentais. » C'est alors que je formai le projet de les abuser, » que je cessai de travailler, que je courus les' cafés, y> les estaminets ; que, n'écoutant plus leurs remon-

» trances, j'osai même leur parler avec insolence. Ils > furent trompés , ils me crurent incapable de me » corriger ; le moment de tirer au sort était arrivé , y) et ils me laissèrent partir. Je leur ai dit adieu. . . mais » sans les détromper encore. . . car ils seraient capables » 'de vouloir me racheter. Cependant, monsieur... » si j'étais tué en Espagne, où l'on dit qu'on va se » battre, il me serait bien cruel d'emporter au tom- » beau le mépris de mes parens. Alors... oh! mais » alors, seulement, dites-leur ce que j'ai fait, et qu'ils i> sachent que leur fils n'était pas indigne de leur ten- » dresse. » Le pauvre garçon pleurait en prononçant » ces mots : je lui ouvris mes bras et le pressai longy> temps sur mon cœur; car, moi aussi, je lui devais » une réparation; nioi aussi, je l'avais cru , d'après sa » conduite, un fort mauvais sujet.

)) — Voilà un exemple qui console de l'autre, » dît monsieur Guerreville ; « mais, malheureusement , je » crois que les premiers sont les moins rares. »

En ce moment on ouvre la porte du salon ; un grand gaillard, de trente ans au plus, coiffé d'une casquette de toile cirée, et habillé avec un pantalon à la hussarde et une veste de chasse boutonnée jusqu'au menton, s'avance vers le maître de la maison et s'arrête devant lui en pointant le revers de sa main à sa casquette, ainsi qu'un soldat qui salue un officier.

C'était Georges, le domestique de M. Guerrevilk : ce garçon avait été soldat , il en avait conservé cette habitude d'obéissance prompte et passive qui devient rare chez les domestiques ; il était aussi d'une extrême propreté , qualité de rigueur chez les militaires ; en-

fin il n'était ni bavard , ni curieux : tout cela faisait pardonner le peu de capacité de son esprit et sa médiocre intelligence dans tout autre partie du service.

« Eh bien! Georges, avez-vous été à la poste? » demande M. Guerreville , en voyant paraître son domestique.

<c — Oui, monsieur ; mais il n'y a pas de lettres » pour vous.

» — Plus de nouvelles!... plus rien... voilà six » ans bientôt... et cependant quelquefois j'espère en- » core. Mais je vois bien que tout est fini. . . Oh ! c'est » cruel pourtant , de vivre dans cette attente conti- » nuelle... et d'être toujours déçu dans ses espé- » rances! »

M. Guerreville avait prononcé ces mots à demivoix, mais avec un accent si malheureux, que le docteur s'était senti prêt à voler dans ses bras pour tâcher de le consoler ; mais il n'avait pas osé , car les regards de son nouvel ami étaient devenus si sombres, si pensifs , qu'il avait craint de troubler ses méditations.

Georges était toujours au milieu du salon, et debout devant son maître.

« Que faites-vous là? » s'écrie bientôt M. Guerreville , en regardant son domestique avec impatience.

« — C'est que j'ai quelque chose à remettre à Mon- « sieur. ." . encore des cartes qu'on m'a données pour » lui, » et Georges présente plusieurs cartes à sou maître, puis sort du salon au pas accéléré..

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M. Gucrrcville a pris les cartes avec liiimciir, il porte les yeux dessus, puis les jette au feu, en disant : a Vadevant.*. BoiiUardin.., Besboulleaux.., est-ce que » je connais tout cela, moi !... est-ce que ces gcns-Li » ne me laisseront pas tranquille!... quelle fureur « ont-ils , depuis quelques jours ,. de m'envoyer, à » chaque instant, leurs cartes ! . . . »

Le docteur Jenneval ne peut retenir im éclat de rire, en voyant brûler les noms des principaux membres de la société qui se réunissait chez madame Blanmignon. M. Guerreville se tourne vers lui, en disant :

« — Cela vous fait rire de me voir brûler ces car- » tes?...

» — Oui... car je me rappelle... oh! mais je ne » dois pas vous dire cela ! — Parlez donc, docteur. » Oh! si vous saviez combien maintenant je suis in- » différent à tous les propos du monde! — Eh bien, » il y a quelque temps on ne vous appelait que » l'Ours , dans toute la ville , parce que chacun était » piqué de vous voir préférer la solitude à la so- » ciété. Mais depuis que l'on a su que monsieur le » sous-préfet était de vos amis , oh ! les dispositions » ont bien changé à votre égard!... Vous le voyez, « on fait les premiers pas , on dépose la carte chez y> vous... iph ! vous êtes en faveur ! »

M. Guerreville essaie de sourire en répondant :

« Heureux les gens qui peuvent s'occuper de tous » ces petits propos de société !... c'est que ceux-là » sans doute n'ont pas une grande peine dans le » cœur ! Au reste, docteur, dans quelques jours j 'au-

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» rai cessé d'être un objet de curiosité pour les liabi- » tans de cette ville.

» — Comment ! auriez -vous le dessein de la » quitter?

» — Oui... je vais aller habiter Paris... — Pour » long-temps ? — Oh ! probablement. — Cela me » fâche... car j'avais du plaisir à vous voir... et je » me flatte que vous me jugez assez bien pour croire » que ce plaisir était désintéressé. »

M. Guerreville prend la main de M. Jenneval et la serre affectueusement, en répondant : « — Oui, cer- » tes, je vous crois ; et moi aussi j'aimais à me trou- » ver avec vous.

» — Et puis, » dit le docteur , « vous savez que » l'état perce toujours ; et je vous avoue que je me » flattais de pouvoir. . . à la longue , vous guérir de » votre mélancolie.

» — Oh! jamais... jamais!... Il y a des peines qui » ne peuvent s'oublier; eh! d'ailleurs... ce n'est pas » chez moi mélancolie... haine du monde... c'est... » que j'aime mieux penser à ce qui cause ma souf- » france que d'essayer de m'en distraire.

» — Mais il serait possible que j'allasse aussi m'é- » tablir à Paris. Yous savez que je vous ai dit sou- » vent que le séjour de cette petite ville me conve- » nait peu. Dans le cas où j'irai à Paris, me permet- » tez-vous de vous aller voir.

» — Je vous en prie même. Comme je n'aime pas » le séjour des hôtels garnis, je me hâterai de prendre » un logement ; dès que j'en aurai arrêté un, je vou » enverrai mon adresse.

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1) — . Vous me le promettez ? — Je vous le pro- » mets. »

Le docteur s'est levé ; il serre de nouveau la main à M. Guerreville , et ne tarde pas à prendre congé de lui.

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