I.E CAFE DES COMEDIENS
M. Guerreville passait ses journées à parcourir les promenades les plus élégantes de la capitale ; quelquefois il louait un cheval et poussait ses excursions dans les environs. Un tilbury , un cabriolet , le moindre équipage était souvent suivi par lui , lorsqu'il avait cru y apercevoir l'homme qu'il brûlait de retrouver; il rentrait le soir excédé de fatigue , et en se couchant se promettait de recommencer le lendemain.
Ainsi que le docteur l'avait prévu, M. Guerreville, uniquement occupé du ravisseur de sa fille, ne pensait plus ni à sa filleule, ni au fils de Maria. Mais, pendant qu'il court ou galope après tous les équipages , Jenneval fait son possible pour retrouver Jules et Agathe.
Il y a dans Paris un certain café, ou plutôt un estaminet, que l'on nomme le Cq/e des Comédiens, Tan-
dis que la plupart des établissemens de ce genre rivalisent de luxe, de glaces, de dorures, de peintures et d'élégance, le Café des Comédiens, qui est situé rue des Deux-Ecus, est resté fidèle à ses vieux quinquets , à son Imile, à sa tenture enfumée; il n'a rien de moderne, rien de gracieux; il est vrai qu'on ne va pas là pour faire admirer sa toilette et prendre des glaces... On y fait la poule et l'on fume ; souvent même la plupart de ceux qui s'y rendent n'y prennent rien, et n'y vont que pour parler de leurs affaires.
Ce café sombre, et que rien ne fait remarquer au dehors, est cependant un des plus fréquentés de Paris. \ers la dernière quinzaine de Pâques surtout, qui est l'époque où se font les engagemens des acteurs et des actrices, le Café des Comédiens reçoit tellement de monde qu'il n'est pas toujours facile d'y pénétrer. Alors des groupes nombreux se forment dans la rue, devant la porte ; souvent la foule, qui stationne et cause, ne permet que difficilement aux voitures de passer. Vous croiriez que l'on fait là , comme devant Tortoni , des affaires de Bourse , des opérations commerciales. On y traite, en effet, des affaires, mais elles sont uniquement dramatiques. C'est le tliéâtre qui fait vivre , ou du moins qui doit faire vivre tous ces personnages que vous voyez aller, venir, s'accoster et causer entre eux. Là, on fait des engagemens pour la province, quelquefois même pour l'étranger. Là , viennent ceux qui n'ont plus d'emplois , ceux qui en cherchent , ceux qui veulent rompre les leurs : et tous ces gens que vous voyez là sont des
talens du premier ordre ; ils eu sont persuadés du moins.
Jenneval se décide à aller au Café des Comédiens pour tâcher d'y avoir des nouvelles de Jules qui n'a pas reparu chez ses parens. Une après-dînée, le docteur se rend rue des Deux-Ecus ; il aperçoit quelques groupes de causeurs arrêtés presque dans le ruisseau: cela lui indique l'endroit qu'il cherche.
Il se faufile à travers un grand nombre d'individus qui s'allument mutuellement des pipes ou des cigares. Le docteur entre enfin dans le café , et le tableau qui s'offre à ses yeux est loin de réaliser ce qu'il avait pensé voir en allant au Café des Comédiens.
Lorsquel'on n'est pas initié aux mystères du théâtre, aux affaires de coulisses, ce nom de Café des Comédiens semble vous promettre une réunion gaie, aimable, séduisante, dans laquelle vous pensez que vous retrouverez une partie de tout ce qui vous a plu au théâtre ; vous vous figurez que vous allez revoir cette jeune première à peu près telle qu'elle était dans ses rôles favoris ; vous comptez retrouver la soubrette piquante , l'ingénue avec ses grâces naïves ; l'élégant amoureux , le marquis de bonne compagnie ! . . . Mais combien vous êtes surpris en entrant dans le Café des Comédiens ! Yous ne voyez rien de ce qui vous avait charmé ; dans ces messieurs qui fument ou font, la poule , vous ne retrouvez pas ces grâces , ces formes élégantes qui vous ont séduit au théâtre, et vous êtes tenté de leur dire : « Eh, mon Dieu ! messieurs, pour- » quoi donc n'avez- vous pas l'air d'artistes ? » Vous
cherchez les actrices, elles sont en petite quantité, et se tenaient autrefois dans le fond du café ; mais maintenant elles restent, comme les hommes, près du billard. Cette jeune femme que vous voyez assise à une table , où elle prend une salade de cerises , est une Gavaudan qui arrive de Nantes et va partir pour Montpellier ; celle qui mange des pommes auprès d'elle , et a Fair de se disputer avec son voisin , est une ingénue qui a changé trois fois de compagnon de route depuis qu'elle a quitté Paris. Partie avec un jeune premier, elle l'a quitté pour un colin, qui l'a cédée à une basse-taille ; enfin elle revient avec un second comique. Il s'ensuit de là que ces dames ayant l'habitude de prendre le nom de l'amant avec qui elles vivent, vous les avez connues à Paris étant madame A ; vous les voyez à Rouen madame B ; puis vous les retrouvez ailleurs madame C. Le plus sage, quand vous revoyez une de ces dames, est de dire : « Comment se » nomme-t-elle maintenant ? »
Du reste ces mutations se font presque toujours volontairement; des deux côtés on se prend, on se quitte, on se retrouve , et on n'en est pas moins bons amis. Il arrive même assez souvent que l'amant qui est en pied, rencontrant au bout de quelque temps l'ancien amoureux de sa dame, lui dise : « Mon ami, veux-tu » me faire le plaisir de donner le bras à ma femme » pour un moment ? »
Le bras est sur-le-champ offert , et madame , qui est maintenant la femme d'un autre , va se promener avec celui dont elle a porté le nom autrefois, et qui n'est plus pour elle qu'un camarade.
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D'après cela on voit que , parmi les gens attachés au théâtre , il y a beaucoup d'usages qui ressemblent à ceux des saint-simoniens.
Mais je n'ai pas besoin de vous dire que de tels faits sont rares parmi les artistes sédentaires, et que parmi nos grands talens, nos actrices en renom , il en est beaucoup qui ne connaissent même pas le Café des Comédiens , ce café n'ayant été établi que pour la démocratie dramatique.
Jeune val s'est placé dans un coin du café , il regarde autour de lui , il observe.
Un monsieur d'un certain âge , dont la perruque a considérablement raccourci au-dessus des oreilles et qui cache son menton et la moitié de sa bouche dans une énorme cravate, s'approche du poêle en poussant de gros sons qui imitent ceux d'un serpent d'église ; il s'interrompt fréquemment pour tousser , ce qu'il fait avec une force qui n'est point dépourvue de prétention. On voit qu'en toussant ce monsieur serait bien aise de faire autant de bruit qu'un canon.
« Selon toute apparence , ce monsieur joue les » basses-tailles, » se dit Jenneval. Et s'approchant de l'homme à la grosse voix, il lui offre une prise de tabac qui est acceptée avec beaucoup d'empressement ; le docteur a même cru remarquer qu'au lieu d'en prendre avec ses doigts , ce monsieur avait rempli de tabac la moitié de sa main , qu'il avait ensuite habilement vidée dans une poche de son gilet pour n'en porter qu'une petite pincée à son nez. Mais , sans paraître remarquer cette prévoyance à se mena-
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ger des prises de tabac , le docteur entame la conversation :
« Monsieur, est artiste, je n'en doute pas?...
» — Première basse-taille. . . 1mm ! lmn>! . . . Bary- 1' ton au besoin... hum!... Musicien jusque dans le » bout des doigts... lium! 1mm î... J'ai un graillon » dans la gorge. . . Possédant un instrument superbe. . . » hum!... qui ne m'a jamais laissé en route... J'ai
1) fait les délices de toutes les villes du midi
» pouach ! . . . pouach ! Ah ! ah !.. . c'est un f
» rhume que j 'ai a ttrapé entre deux coulisses . . .
» Ton amour , ô fille chérie !.
* M'a coDSolé de tous...
» Hum! hum!...
» — Monsieur , vient de province ?
» — Je viens de Bordeaux... J'étais engagé pour
» un an hum ! hum ! je n'y suis resté que
» quinze jours... J'ai rompu mon engagement... je )^ m'y déplaisais !... A Bordeaux, ils n'aiment que la i) danse !.. . Je leur faisais des points d'orgue super- » besî... ils étaient enchantés!... mais ils sifflaient » pour faire niche au directeur qui ne donnait pas » assez de ballets. Moi , j'ai dit au directeur : Votre » public m'adore , je le sais bien , mais ça m'ennuie )) que vous ayez des ennemis qui sifflent toujours » pendant que je chante. Je veux m'en aller , vous » me donneriez dix mille francs par représentation » que je ne resterais pas. Le directeur avait les larmes
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)) aux yeux... ïl voulait à toute force me retenir... » hum!... liumî... Mais je n'ai point voulu... et je
» vais aller finir Tannée tliéàtrale à Beaugency
» hum! Ils vont être un peu contcns de m'avoir
» dans ce pays! Ali! f ils n'ont pas encore
y> entendu de voix de mon calibre!... Je débute » dans le Déserteur.
,) — Ah !.. . vous jouez le rôle du déserteur ?. . . — » Fi donc!... un pleurard qui n'a rien à chanter... » Je fais Courchemin ! . . . je chante ce bel air : Le roi
» passait hum ! hum ! et le tambour battait. . .
» hum ! hum ! . . . battait aux champs Fichu grail-
» Ion... c'est comme une pituite!... Ah! sacrédié, le » superbe air ! . . . c'est là-dedans qu'on peut déployer
« ses moyens. Je vous demanderai une prise —
» Volontiers. — Il est excellent votre tabac. »
La basse-taille refourre sa main dans la tabatière du docteur , et exécute la même manœuvre que précédemment.
Un monsieur , d'une quarantaine d'années , qui a une perruque blonde à l'enfant , du coton dans les oreilles, deux chaînes de chrysocal passées autour du cou , une chaîne en cheveux par-dessus son gilet, de grosses breloques à sa montre, des bagues en faux bi-illans à tous les doigts , un habit bleu râpé , un pantalon noisette , avec des ficelles pour sous-pieds , des souliers , des bas bleus, et un jabot , s'avance en sautillant et vient frapper sur l'épaule de la bassetaille :
« Bonjour, vieux!... — Bonjour, bonjour... » hum!... 1mm!,.. — Dis donc , c'est fini, j'ai signé
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n ce matin... — Quoi? — Eli! parbleu, mon enga- » gement pour Perpi(]nan... Les premiers amoureux, )' et les premiers rôles, et les marquis, et les premiers h comiques... sans partage. — Ha çà , tu joueras » donc tout... ça ressemble bigrement à des utilités » que tu vas faire là?... — Utilité!... mais tu ne » comprends donc pas... un engagement superbe, » je choisis les rôles que je veux , et quatre mille » francs d'appointemens , sans compter un béi> néfice... — lîum!... hum!... oui, ils sont jolis » les bénéfices à Perpignan! J'y ai joué quelque » temps... c'est une ville où il n'y a rien à faire pour » les artistes. — Batli I tu plaisantes. . . le théâtre y est » très-suivi, au contraire. — On m'y donnerait vingt » mille francs que je n'en voudrais pas... — Tu es » bien difficile... Ah ! j'ai appris avec peine que tu » avais eu du désagrément à Bordeaux... — Du dé- » sagrément... moi!... qui est-ce qui t'a dit cette » bêtise-là. . . — Dame. . . c'est hier. . . au bureau , chez » Daudel ; il y avait quelqu'un qui disait que tu
» avais été sifflé — Sifflé, moi! ah!
» je te souhaite de n'avoir jamais que des sifflets y> comme ceux-là..... écrasé d'applaudissemens ,
» mon cher, écrasé! au point que dans mes
» (grands airs ils ne me laissaient pas finir
D hum ! . . . hum î ... ah ! sacrebleu ! . . . c'était un bruit » étourdissant quand j'entrais en scène... — Pour- » quoi donc as-tu quitté , alors ? — Ah ! pourquoi » le directeur avait-il des ennemis?... Ceci, c'est » autre chose!... affaires particulières... et puis je » m'enrhumais trop souvent à Bordeaux!,,, J'ai dit:
p une minute! je ne veux pas , pour le plaisir de ces » gaillards-là, laisser ici mon instrument!... Mon- » sieur, je vous demanderai encore une prise. — Avec » grand plaisir. »
Jenneval présente sa tabatière ; après la troisième prise il ne reste plus rien dedans.
« Monsieur va donc partir pour Perpignan ? »» dit le docteur en s'adressant au second personnage.
€ — Oui , Monsieur , dans dix jours il faut que n je sois rendu... J'ai touché cinq cents francs d'a- » vance...
» — Hum! hum!... pouach... »
Cette fois la basse-taille semble tousser d'un air moqueur , et en faisant un léger mouvement d'épaules qui annoncerait qu'elle n'ajoute pas foi à ce que vient de dire son camarade. Jenneval lui-même trouve assez singulier qu'ayant reçu cinq cents francs d'a- A^ance, le colin ne se soit pas acheté une paire de sous-pieds en cuir pour remplacer ses ficelles. Mais cela ne l'empêche pas de continuer la conversation.
t Yous devez connaître beaucoup de directeurs de » province? — Presque tous. . . j'ai tant roulé de ville » en ville; j'aime changer, moi, je ne suis pas sé- » dentaire : et puis , ça fait voir du pays , c'est amu- » sant et instructif pour la manière de se mettre... >i J'ai du goût , et uiie garde-robe des plus complè- » tes. . . je ne la donnerais pas pour six mille francs. . . » Âh! je crois que je vois ma femme!... »
Le colin s'éloigne en sautillant , et le vieux tousseur dit alors au docteur : « Yoilà un gaillard que je vous » donne pour un blagueur de première force!...
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» Elle est jolie sa garde-robe!... d'ailleurs, vous en » avez vu un échantillon sur lui... il a tout faux, de- )' puis sa voix jusqu'à ses mollets. . . luim !. . . Figurez- » vous que pour faire de l'embarras dans les villes » où il arrive , il traîne avec lui trois ou quatre » malles vides; mais , que fait mon colin pour donner > de la confiance à son hôte , et obtenir du crédit ? » A peine logé dans une auberge , il cloue ses malles » en dedans , et les fixe au plancher , puis les referme » avec soin. Or , la première chose que fait un auber- » giste , quand il loge un acteur , c'est d'aller peser » ses malles pour juger par leur poids s'il y a de quoi » répondre pour la dépense qu'on fait chez lui. On » ne manque pas d'en faire autant aux malles du co- » lin ; mais quand on veut essayer de les soulever , » impossible! pas moyen de les faire bouger. Alors y> mon imbécille d'aubergiste est bien tranquille ; il ï) se dit : Oh ! il y a là-dedans de quoi me garantir » mes dépenses , et il continue de faire crédit : voilà » une des mille espiègleries de ce gaillard-là. . . hum ! « hum!... Assez bon enfant du reste, et passable » dans les Trial , mais il ne faut pas qu'il aborde les » amoureux . . . Oh ! je le lui défends ! ... il y serait abî- » mé... Je vous demanderai une prise... — Je suis » désolé, mais je n'en ai plus... — Ah! c'est juste, » c'est par habitude... »
Un petit homme maigre, jaune, laid, et fortement marqué de petite vérole , s'approche en déclamant , les deux mains dans les poches de sa redingote , et roulant les yeux autour de lui comme un conspirateur . La basse-taille lui fait un salut de tête, le mon^
sieur y répond en murmurant d'une voix caverneuse :
« Ah! que l'inccrlitude est un cruel lourmciil! « Et qu'une heure d'allenle expire lenlementî
» — Superbe!... » dit la basse- taille. — « Tu re- » viens de Lyon?... — Oui. — Comment t'ont-ils M traité?... — Couronné!... — Tu as reçu une cou-
» ronne? — Toutes les fois que j'ai joué cou-
j» ronné. . . — C'est comme moi à Bordeaux. . . hum. . . » hum ! et as-tu donné des représentations à Châlons? » — Trois de suite... c'est-à-dire, trois pièces dans * la même soirée. — Avec succès? — Couronné! — » Peste , il parait que la tragédie est goûtée en pro- » vince cette année... On m'avait dit pourtant qu'ils » ne voulaient plus que de Fopéra-comique et du » vaudeville. — Ah! oui!... ils ne font pas un sou
» avec leur opéra — Parce qu'ils n'ont pas de
w basse - taille. . . — C'est possible!... Je cherche le » directeur de Douai... c'est-à-dire, son régisseur, » qui est à Paris et qui veut à toute force m'avoir. . . » — S'il veut à toute force t'avoir, il me semble que « c'est à lui de te chercher. — Aussi, te dis-je qu'il )) m'a prié de l'attendre ici...
a Pour qui sont ces serpeus qui sifflent sur ma tête...
» — Est-ce que tu as déjà joué à Douai?... — Oui, » vraiment I c'est pour cela qu'ils brûlent de m'y
» revoir... J'y ai ']Ouô îlamlet, Néron y Agamemnon,,, » le Misanthrope.., AntonL.. Trente ans. — Ali! ils » aiment le drame là... — C'est-à-dire qu'ils le dé- » vorent... Ils veuaient me cliercher dans ma loge... » ils m'emportaient en triomphe!... j'étais couronné » tous les soirs... — Hum!... hum!... j'ai la gorge j> sèche comme une amande ! . . .
» — Si vous vouliez accepter un verre de bière? » dit Jenneval, en s'approchant d'une table.
Le père-noble-opéra semble aussi touché que ravi de cette proposition ; il s'incline en répondant : « — Avec le plus grand plaisir. »
Le tragédien suit ces messieurs, en s'écriant : « Ma » foi! oui, un verre de bière ne me sera pas dcsa- » gréable... »
On se met à une table : il y en a beaucoup d'occupées, mais on n'y prend en général que des jeux de dominos; aussi tous les regards se tournent-ils vers l'endroit où l'on débouche une bouteille.
Jenneval a demandé trois verres, et il est en train de verser aux deux artistes, lorsque le colin accourt , s'empare d'un tabouret et s'assied à la table en s'écriant : « Tiens ! vous buvez de la bière ah !
» ben , j'en suis ! . . . Un verre , garçon ! . . .
» — Monsieur nous a fait l'honneur de nous invi- » ter, « dit le tragédien, en lançant un regard sévère au nouveau venu.
« — -Et qu'importe I » dit le docteur, « monsieur )) ne sera pas de trop!... Garçon, un verre et de la » 'bière. »
37G ziziNK.
Le colin ne se fait pus prier, il tend siir-le-chanip çon verre en chantant :
« Plus on est de fous, plus on rit « Plus on est de fous...
» Ne faites pas mousser, s'il vous plaît.
» — Excellente bière! n dit la basse -taille. « — J'en boirai de meilleure à Douai ! » dit le tragédien.
» —Ah! tu vas à Douai, toi, » dit le colin
« Ah! ah! il m'est arrivé là de drôles d'aventures... » J'étais un peu à sec... j'avais mangé mes avances w en arrivant... je me rappelle que je jouais un mar- » quis; j'ai été obligé de prendre les petits rideaux )) de ma fenêtre pour me faire une cravate et un » mouchoir... Ah! ah!... avons-nous ri! avons-nous » ri ! — Messieurs , » dit le docteur, « vous êtes tous y> les trois artistes, et très-répandus par vos talens , je » le vois...»
Ces messieurs s'inclinent ; la . basse - taille tousse plus fort.
ï) Eh bien ! » reprend Jenneval , « vous pourriez » peut-être me rendre un grand service...
» — Tout ce que vous voudrez, » répond le colin; et il ajoute en frappant sur son gousset : « Pourvu » qu'il ne s'agisse pas d'argent... — Oh ! ce n'est pas » de cela non plus qu'il s'agit , » dit Jenneval en souriant. « — Aussi , je plaisantais. — D'ailleurs , tu » ne dois pas être à court, toi, puisque tu as reçu
» cinq cents francs d'avance... » dit la baisse-taille au colin. — « Je les ai donnés à ma femme pour ac- )> coucher. — A ta femme !. . . et elle a fait un enfant » il y a trois mois. — Eh bien , si elle veut encore » en faire un autre, est-ce que ça te regarde?... — î^ Silence donc , messieurs , vous empêchez monsieur » de parler. — Nous vous écoutons, monsieur. «
Le docteur reprend :
« Un jeune homme , fils d'une personne qui m'in- * téresse , s'est pris de belle passion pour le théâtre ; » ses parens sont commerçons , ils désiraient voir » leur fils continuer leur profession. Cependant j» si ce jeune homme avait des dispositions pour le » théâtre , je leur aurais conseillé de le laisser suivre » une carrière qui offre tant d'attraits. Mais, bien » loin de là , je crois que celui dont je vous parle ne » fera jamais qu'un très-mauvais acteur ; et alors ne » pensez-vous pas, comme moi, qu'il ferait mieux de » renoncer au théâtre ?
» — Oh î oui , sans doute , monsieur î — Pauvre » garçon, s'il savait ce que c'est que le tliéàtre en » province î . . . — Quelle galère ! . . . — Les trois quarts » du temps on ne nous paie pas! — Des fatigues, des » injustices, des dégoûts, et pas de quoi souper... » Voilà ce qui lui pend au nezî... — Ah ! monsieur , » si vous avez quelque empire sur lui, empéchez-le » de se mettre au théâtre. »
Jenneval voyait avec surprise ces trois hommes qui, quelques instans auparavant, ne parlaient que de leurs succès , de leurs triomj)he8 , être si bien d'accord pour l'engager à détourner quelqu'un de suivre
378 ziziiNK.
leur carrière ; il pense alors que les acteurs conservent presque toujours daîis le monde l'iiahitude de jouer la comédie , mais qu'il y a aussi des momens où ils parlent d'après leur cœur et cessent d'être comédiens.
« Et qu'a fait votre jeune homme? » demande le
tragédien. « — Ce qu'il a fait : eli mon Dieu! il a
» quitté ses parens , il y a huit jours , en leur disant
» qu'il s'engageait pour la province. . . — Oh ! . . . oh ! . . .
» un coup de tête... c'est dans mon genre, » dit le
colin , « mais moi , j'étouffais de vocation. — Et quel
» emploi prend-il? — Oh! je pense qu'il jouera tout
» ce qu'on voudra... mais il est joli garçon , n'a pas
» encore vingt ans ; on en fera sans doute un amou-
» reux. . . — Ou une queue rouge , )> dit la basse- taille,
« ce qui signifie un jeannot , un jocrisse. . . Encore s'il
» avait de la voix ; hum ! hum ! . .. — 11 n'en a pas du
» tout... — Se mettre au théâtre sans voix!... Ces
I) jeunes gens sont étonnans, ils ne doutent de rien...
M et il est capable de s'être engagé pour l'opéra!...
» — C'est très-possible. — Et pour quelle ville a-t-il
» pris un emploi? — Yoilà justement ce que je ne
> sais pas... — Comment se nomme-t-il? — Jules...
» Gallet. — Oh ! il aura sans doute pris un nom de
» théâtre... — Son signalement? — Pas encore vingt
» ans, blond, grand, teint rose, joli garçon, mais
n un peu délicat. — Attendez , nous allons prendre
» des informations-, voilà justement le second Laïs qui
» sait toutes les nouvelles... il court toujours chez
» les agens des théâtres... Holà, eh! Gros-Amour! »
L'artiste que ses camarades appellent Gros-Amour est un homme d'un fort embonpoint et qui a bien
la cinquantaine , mais encore joli garçon , mis avec beaucoup de coquetterie et extrêmement serre dans ses habits ; son accent annonce un enfant de la Garonne. Il s'approche en souriant , fait voir trentedeux dents fort blanches, et roucoule, en se balançant sur ses hanches :
« Quand on attend sa belle !
« Que l'attente est cruelle!
«Bonjour, mes enfans... Monsieur, j'ai l'hon- » neur... Tiens, te voilà, tragédie... je te croyais à » Lyon.
» — Couronné ! » murmure le petit homme maigre et jaune, en avalant sa bière. « — C'est comme moi à )) Toulouse...
« 0 Richard ! ô mou roi !
«Tiens, en veux-tu des couronnes? j'en ai plein » mes poches! »
Et M. Gros-Amour tire un paquet de feuillages, dont quelques branches vont se fixer sur la tête de la basse-taille.
« Elle est à son adresse!... mon vieux... — Ilam! » hum Tmerci , Gros-Amour. . . — Nous avons un ren- » seignement à te demander, » dit le colin. « — Un » renseignement... parlez, je suis comme le soli- » taire... je vois , je sais tout... je... vous prenez de » la bière?...
380 ZIZINK.
» — Si monsieur voulait me faire le |)lai8ir d'en » accepter un verre, dit Jenneval en saluant d\m air aimable M. Gros-Amour.
« — Un verre,» vous êtes bien bon... cependant
» j'aimerais mieux autre chose la bière est bien
» froide pour un gosier du midi.
» — Garçon , un bol de puncli ! » crie aussitôt le docteur.
Alors M. Gros-Amour se précipite contre la table , et manque de renverser le colin et la basse-taille. Mais l'annonce d'un bol de punch a produit un mouvement général dans le café ; le garçon craint d'avoir mal entendu , il fait répéter trois fois le docteur, il a l'air tout surpris qu'on lui demande un bol en une fois , et il court au comptoir annoncer cette grande nouvelle à sa maîtresse.
Cependant on a questionné le dernier venu pour avoir des nouvelles de Jules. Après avoir réfléchi quelque temps, M. Gros-Amour se frappe le front, et s'écrie:
« La petite Dugazon de Limoges m'a parlé d'un j) joli amoureux c^u'elle avait vu à je ne sais quel
» bureau d'agence dramatique Attendez, nous
» pouvons la questionner Youlez-vous que je la
» fasse venir ?
» — Très- volontiers , »> dit Jenneval , qui est décidé à rafraîchir toute une troupe, s'il le faut , pour être sur les traces de Jules.
« ^Ho! hé! ho! ho! Mimie!... hé! hé!...
» Mimie ! ho ! ho !.. . »
Cet appel est fait en roulades par M. Gros-Amour, et une jeune femme assez gentille , mais dont la toi^
lette est extrêmement chiffonnée , accourt du fond du café en mangeant une énorme flûte, et dit à l'artiste méridional , d'une voix de contralto :
^ — Eli ben! qu'est-ce qu'il a donc toujours à >' m'appeler , cet animal - là ? est - ce pour me payer » du cidre?... paies-tu du cidre?...
» — Monsieur vous offre un verre de puncli
» je crois, sirène, que cela vaut bien votre cidre...
« Tous ses plaisirs étaient les miens... » Je m'en souviens !
» Je m'en souviens î »
En ce moment on apporte le bol de punch , dont la flamme bleuâtre produit un très-beau mouvement parmi tous les habitués du café. La Dugazon ne s'est pas fait prier ; elle s'assied , et Jenneval dit encore au garçon : « un verre de j)lus.
« Où es-tu cette année , Mimie? » dit le colin à la jeune femme qui vient d'arriver.
« — Où je suis? je ne sais pas je me pro-
» mène... je me donne de l'air... tous les directeurs » m'embêtent ! il y en a un qui me propose un enr> gagement de première amoureuse , à condition )^ que je chanterai aussi dans les chœurs, quand on « aura besoin de monde... et puis, que je danserai i» ddns les divertissemens. J'ai dit : Merci ! Vous de- » vriez me faire aussi battre la caisse devant votre » porte , en criant : Entrez ! entrez ! messieurs , mesn dames ! . . . prenez vos billets. . . on va commencer! . . . » prrrrr . . . enez vos billets ! ... »
382 • ziziM,.
Tous les artistes se mettent à rire, et le docteur ne peut s'empêcher de les imiter , parce que la Dugazon a terminé son discours en imitant, d'une manière tout-à-fait originale , les gestes et la voix d'un bateleur. Ensuite elle avale son verre de puncli d'un trait, puis s'écrie :
« Ah ! qu'il est chaud ! . . . C'est égal , j'en veux bien » encore... ça guérira mon enrouement!... »
Pendant que Jenneval verse du punch , une femme d'une cinquantaine d'années , couverte de rouge , de mouches , et affectant de parler et de marcher trèsvite pour faire voir qu'elle joue les soubrettes et les caractères , s'arrête contre la table , et dit à demi-voix au tragédien :
« Peste!... plus que ça de volupté!... est-ce que » c'est le directeur du Pérou qui est avec vous?... »
Le tragédien, qui était à moitié assoupi par le punch qu'il buvait contre son habitude , relève la tête , en murmurant :
« — Couronné !
» — Qu'est-ce qu'il a donc avec son couronné
y> est-ce que tu crois que je te parle du cheval qui » nous a amenés quatorze dans une charrette depuis » Moulins... ah ! c'est celui-là qui est drôlement cou- » ronné, va... pauvre Trompe-la-morl ! il aurait joli- » mient joué Rossinante. »
Pendant ce colloque , on avait questionné la Dugazon sur le jeune homme qu'elle avait vu signer un engagement , et la Dugazon écoutait et tendait son verre en disant :
« Attendez..... encore un peu de puncli.,..» il
j» faut que je me rappelle versez toujours
>► Un blond fade... il n'est pas assez fort!... assez » gentil pourtant... on devrait y remettre un peu » d'eau-de-vie !... Âli î je le tiens , il est engagé pour » Moulins.
» — Pour Moulins ?. . . vous croyez ? — J'en suis sûre, » il doit jouer les jeunes-premiers en tous genres... » et les pères-nobles au besoin... — Quel nom a-t-il » donné en signant? — Il a dit se nommer Jules... » Gale...gaga. — Gallet? — Oui, Gallet ou Galette..^ » On lui a demandé s'il prenait un nom de théâtre , » et il a signé Jules Galette, dit Florival. — Oh ! » c'est bien cela, et c'est pour Moulins?. . .est-il parti? — » Je ne sais pas. . . je crois qu'il ne part que demain. . . » Vous pourrez le savoir aux diligences... il devait » prendre la voiture de La ffitte et Gaillard... — ïnfi- » niment obligé, madame. Messieurs, enchanté d'a- » voir eu le plaisir de faire votre connaissance. — » Nous pareillement, monsieur. >
Quatre mains se présentent pour presser celle du docteur, qui les serre toutes cordialement ; puis, après avoir payé la dépense, sort du café, poursuivi par les révérences du garçon et par les œillades de la Dugazon et de la soubrette. ^
« A Moulins , » se dit Jenneval, en s'acheminant vers le bureau des voitures. « C'est pour cette ville » que Jules est engagé. Mais il n'est pas encore parti; D je l'attendrai, je lui parlerai, je tâcherai de le guérir » de sa manie dramatique ; je verrai l'agent, jepaie- » rai le dédit de l'engagement et je ramènerai ce » jeune homme à sa mère. Il ne me restera plus alors
ziznsE.
^ >^ qu'à m'occuper de mademoiselle Agathe Grillon , » que j'aurai peut-être plus de peine à rattraper ou » à empêcher de s'enfuir. »
Le docteur est arrivé dans la cour des voitures publiques ; il est nuit, mais les lanternes, placées de dislance en distance, permettent encore de distinguer les voyageurs.
En cherchant les voitures de Moulins, Jenneval se trouve enveloppé par plusieurs voyageurs des deux sexes qui viennent de descendre et cherchent à se reconnaître, à s'orienter. #
Un monsieur qui a un spencer par-dessus son habit, puis une redingote par-dessus son spencer , puis un manteau par-dessus sa redingote , et sur la tête un foulard , un bonnet de coton , et une casquette , se jette à travers les malles, les valises et les paquets en criant :
» Eh ben... personne ne m'attendait... personne » n'est là pour me recevoir à ma descente de la voi- )> ture... Comme c'est aimable !... ayez donc une » femme, une bonne, et une sœur ! . . . Pour un rien, je n repartirais pour Lyon... Et moi qui ai la bonté de » leur rapporter un énorme saucisson dont mon » épouse est folle... et des marrons pour ma sœur.
» — Le rue de Révolé ? » dit un grand voyageur qu'à son accent on reconnaît pour un Anglais.
« — L'hôtel le meilleur et le moins cher? » dit un jeune homme en s'adressant à un commissionnaire.
» — Je voulais loger moi, dans le hôtel de la rueRé- » volé, où vont tous les Anglais fashionables.
» — Un fiacre , s'il vous plaît ; procurez-nous un » fiacre, » disent deux dames cachées par de grands cliapeaux à voiles verts.
» — Je veux aller tout de suite au Palais-Royal, » dit un petit monsieur en trébuchant par-dessus les paquets , et regardant tout autour de lui , comme s'il eût espéré trouver le Palais-Royal dans la cour des (Idigences.
Le docteur parvient à se faire jour à travers tout ce monde ; il s'informe , il demande la voiture de Moulins. On lui apprend qu'elle est partie depuis une lieure; il se fait donner les noms des voyageurs qui s'y trouvaient, il voit sur la liste Jides Gallet, ditFlolival.
« Je suis arrivé trop tard , » se dit Jenneval , « il » est parti... je ne puis courir après lui jusqu'à Mou- » lins... D'ailleurs, là, il ne m'écouterait plus , il no »' voudrait pas rompre son engagement... Qu'il joue >i donc. . . qu'il soit acteur. . . Mais s'il n'a pas de talent, )^ qu'on le siffle assez pour qu'il revienne vite près de » sa mère... »
Et le docteur allait quitter la cour des diligences , lorsqu'il se trouve nez à nez avec un petit monsieur qu'à sa tournure sautillante il a bientôt reconnu pour son ami Vadevant.
« — Eh! c'est vous , docteur. — Oui, moi-même. » Mais que faites-vous donc dans cette cour?... il me » semble que vous riez. — Oui , vraiment. Oh î c'est » très-drôle... Je suis enchanté que le hasard m'ait » fait voir... Oh ! c'est délicieux, hi! lu. — Pouvez- » vous me mettre de moitié dans votre joie ? — C'est
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» très-facile... et je {]n{>c que vous ririez comme moi » si votiS connaissiez les personnages. Vous saurez « d'abord que j'étais venu ici pour mettre en dili-
)) gence mes cousines Devaux. Vous savez vos
» clientes ? — Comment ! elles quittent Paris ? — Mo- )) mcntanément... mais on a écrit à la maman De- )) vaux qu'd y aA^ait à Coulommiers deux jeunes gens » à marier qui pourraient parfaitement convenir à « ses filles. Aussitôt ma cousine a dit : « Allons faire ' » un tour à Coulommiers. . . nous y avons des parens ; )) mes filles y déploieront leurs talens , leurs grâces. . . » et il est probable qu'elles en reviendront avec le » titre de dames. » — Je croyais qu'elles devaient se » marier à Paris... — Ali! oui... il y avait des pour- » parlers, des propositions de la part d'un certain » M. Delaberge... un jeune roué à la mode; mais « j'ai rompu tout cela , moi !. .. J'ai été aux informa- » tions... j'ai su que ce Delaberge était un très-maîi-
y> vais sujet! Il aurait rendu mes jeunes cousines
» malheureuses. Je suis allé cliezlui et je lui ai dit : « Monsieur, je vous défends de songer encore à mes » jeunes cousines. »
,> — Est-ce qu'il devait les épouser toutes les deux?
» — Non , mais il flottait indécis. . . Oli î quel abo- » minable jeune homme que ce Delaberge. . . un petit » impertinent... qui a voulu essayer de prendre un ;» ton avec moi ! mais je lui ai bien vite dit son fait ! . . . » Je ne crois pas qu'il ait envie de me revoir. Malgré » cela , c'est un peu pour distraire mes jeunes cou- » sincs que leur mère les emmène à Coulommiers. » Mais j'arrive à ce qui me faisait rire. Après avoir
« mis mes cousines Devaux dans la voitiii^e, je flânais » im peu dans cette cour. . . J'observais. . . Vous savez, » je suis assez observateur... Je vois une voiture qui » va partir... je ne sais plus pour où ! C'est égal ; je » je m'approche pour examiner les voyageurs ; j'a- » perçois dans un coin, sur un banc, une femme » assise près d'un monsieur... ils étaient tout près « l'un de Fautre , la jeune femme avait l'air de se ^ cacher... de détourner la tête quand, il passait du )» monde , tout cela piquait ma curiosité. Je me cache » derrière une voiture, j'examine plus attentivement
» mon jeune couple Jugez de ma surprisse!... je
1) reconnais mademoiselle Agathe Grillon... Âh! mais « vous ne la connaissez pas, vous... — Pardonnez- » moi... pardonnez-moi , jela connais beaucoup, au » contraire. — Alors vous allez rire avec moi... — )> Et le jeune homme? — Le jeune homme?... Ma foi , )> je ne sais pas son nom... mais je me suis fort bien » rappelé l'avoir vu chez madame Grillon , le jour » où ma cousine Devaux m'y présenta. C'est un beau » fds... un petit maître. — Eh bien ! où sont-ils! — » Où ils sont?... Ah! bien loin maintenant, ils sont » montés tous deux dans une voiture où il y avait * encore deux places, et fouette, cocher ! . . . Cela m'a- » vait tout Fair d'un enlèvement. — Et vous les avez )) laissés partir ? — Pourquoi pa^ ? je ne suis ni leur ») mère, ni leur tante; je n'avais pas mission pour » m'opposer au départ de ce jeune couple... Mais je )) riais ! ... oh 1 je riais beaucoup ; je suis seulement fà- » ché qu'ils ne se soient pas trouvés dans la même voi- » ture que mes cousines Devaux : c'eût été plus di^ôle*.
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» — Enfin clans quelle voilure sont-ils partis? — » ]3ans quelle voiture ?.. . Ah ! j'en ai tant vu arriver » et partir ce soir, que je ne sais plus laquelle ils » ont prise. »
Jenneval va au bureau , il s'informe de M. Adal- (>i8, de mademoiselle Agatiie, mais aucun emplové n'a écrit ces noms, que sans doute les fugitifs n'auront point pris en partant.
« Ma foi » se dit le docteur , « que mademoiselle » Agathe voyage un peu avec M. Adalgis. Je crois » qu'il est trop tard pour les arrêter... Ils revien- » dront quand ils n'auront plus d'argent. J'ai fait » ce que j'ai pu, et mes efforts ont été inutiles!... » Retournons près de Guerreville , et puissé-je être )^ plus heureux avec lui ! «
Jenneval quitte alors la cour des diligences , % laissant Yadevant qui vient de se cacher sous une voiture pour observer un nouveau couple.