‹ ZizineChapitre 4 sur 30 · BAL A LA SOUS-PREFECTURE · texte numérisé non relu

BAL A LA SOUS-PREFECTURE

La soirée au charivari avait fait événement dans Château-Thierry ; on avait réclamé la discrétion du docteur , et toutes les personnes qui se trouvaient ce soir-là chez madame Blanmignon s'étaient promis le plus rigoureux silence sur cette aventure : c'est ce qui fait que le lendemain, avant midi, toute la ville était informée de ce qui s'était passé la veille à la réunion de la dame Blanmignon.

Ceux qui n'avaient point pris part au charivari interrompu , ne manquaient pas de le critiquer sévèrement. Suivant eux , la proposition de M. Vadevant était d'une inconvenance choquante , et , loin d'y prêter les mains , madame Blanmignon devait en empêcher l'exécution.

Ensuite , comme en passant de bouche en bouche les plus petits événemens font la boule de neige , ont

en vint bientôt à dire que M. Vadcvant et plusieurs messieurs de sa société, avaient parcouru la ville, toute la nuit, en faisant un tintamarre infernal. On les avait entendus ; plusieurs vieilles femmes assuraient même les avoir vus portant des chaudrons, des marteaux, des massues et jusqu'à des armes à feu.

Et leur intention était d'assourdir le respectable M. Guerreville! ( toute la ville savait aussi que monsieur le sous-préfet avait été faire visite à l'inconnu), et la conduite des cliarivaristes était d'autant plus coupable que l'intéressant étranger venait d'être indisposé , et que le bruit horrible que l'on voulait faire autour de sa maison pouvait irriter ses nerfs, échauffer son sang et peut-être causer sa mort.

Et dès que chacun eut fait ses commentaires sur cette histoire , Vadevant ne rencontra plus que des visages sévères; ses connaissances tournaient la tête pour ne point le saluer; on semblait le fuir comme un lépreux; il avait beau chercher à s'excuser en s'écriant: « Je ne portais qu'une bassinoire , et d'ailleurs » nous ne sommes pas sortis de chez madame Blan- » mignon. »

On lui répondait : « Vous aviez mis dans votre bas- » sinoire des poids de cinquante livres... vous êtes j) sorti. .. toute la ville vous a entendu. Eh ! que vous » avait fait cet homme... un ami de M. lesous-pré- » fet! Ah! c'est impardonnable. »

Vadevant , désespéré , fut huit jours sans sortir de chez lui , n'osant pas même se mettre à sa fenêtre. Il prit de la tisane pour faire croire qu'il était malade et se rendre intéressant.

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M. Dcsboiillcanx fut réellement incommodé et obligé de se mettre , pendant quinze jours , à Teau de riz .

Madame Blanmignon suspendit ses réunions et oublia , pendant trois jours , de peindre ses cheveux , ses sourcils et ses joues.

Les autres compromis s'abstinrent de se montrer en société.

Enfin , M. Boullardin , qui avait donné le premier le sobriquet d'Ours à M. Guerreville, contremanda un habit neuf dont son tailleur venait de lui prendre mesure.

Ce qui avait surtout augmenté l'effroi des personnes impliquées dans cette affaire , c'est que l'on savait que monsieur le sous-préfet en était instruit et qu'il avait mandé près de lui le docteur Jenneval pour se faire donner, sans doute , de plus grands détails.

Bientôt une autre nouvelle vint faire travailler les esprits : monsieur le sous -préfet allait donner un grand bal. Ordinairement les personnes de la société de madame Blanmignon avaient l'honneur de recevoir des invitations de la sous - préfecture ; mais cette fois on se disait : « Il est bien certain que tous » ceux qui se sont permis de se moquer de Fhono- » rable ami du sous-préfet ne seront pas invités à son » bal. »

En effet , les invitations arrivaient aux élus , et les charivaristes n'en recevaient point.

« Nous allons au bal du sous-préfet , » répétait-on avec affectation devant M. Vadevant ou M. Desboulleaux; « ce sera superbe, dit -on, et une société

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»> choisie épurée..;., pas une seule personne qui

» fasse tache... »

Les malheureux disgracies s'éloignaient la tête basse , le nez long ; quelques-uns pleuraient en rentrant chez eux.

Mais quelques jours api^ès , tous ceux qui n'osaient plus se montrer, de crainte qu'on ne se moquât d'eux, reparurent radieux , rayonnans , le front haut et le sourire sur les lèvres comme autrefois.

Ils pouvaient se faire voir maintenant : ils avaient reçu aussi leur invitation au bal de la sous-préfecture ; ils couraient le dire partout, ils ne parlaient plus que de cela, en répétant, d'un air malin : « Ce sera

» parfaitement composé société choisie épu-

» rée. »

Les autres étaient surpris , interdits ; ils se disaient entre eux : « C'est singulier... comment, monsieur » le sous-préfet daigne les inviter!... Mais il faut » voir. . . peut-être à son bal leur réserve-t-il quelque » bonne leçon. »

En attendant on faisait de grands préparatifs de toilette ; les derniers invités surtout voulaient être magnifiques pour faire honneur au bal du sous-préfet. M. Boullardin avait de nouveau commandé son habit neuf , et il avait voulu avoir aussi une culotte de velours , malgré les représentations de sa femme qui trouvait que cela dissimulait trop ses avantages. ^

Ce qui piquait aussi la curiosité, c'est que l'on pensait que M. Guerreville , malgré son goût pour la solitude, viendrait peut-être au bal de son ami le gous-préfet. Jamais jour ne fut attendu avec plus

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d'impatience, jamais fête n'avait causé d'avance autant d'émotion , donné lieu à tant de conjectures.

Enfin cette grande soirée arrive : on se rend en superbe tenue à la sous-préfecture; quelques-ims des invités n'ont pas le cœur tranquille , et l'on doit deviner que ce sont les cliarivaristes ; cependant ils font bonne contenance et affectent d'avoir toujours le sourire sur les lèvres. Monsieur le sous-préfet fait les honneurs de son bal avec beaucoup d'aménité , il est aimable avec tout le monde ; les esprits craintifs se rassurent , et puis , celui que l'on redoutait , l'étranger mystérieux , M. Guerreville, n'est point là.

Les danses commencent : Yadevant se met en place et ne la quitte pas ; il invite les dames les plus laides et saute devant elles comme un pantin ; tout cela afin de se mettre dans les bonnes grâces du sous-préfet. M. Boullardin croit qu'il y va de son intérêt de ne point laisser passer un plateau de glaces ou de gâteaux sans en accepter ; enfin , le timide Desboulleaux a fait aussi un effort sur lui-même, il a voulu s'essayer dans un galop , et il a tellement marché sur les pieds de sa danseuse, qu'elle en a eu assez avant d'avoir fait le tour d'un salon.

Le docteur Jenneval est de la fête ; il ne danse pas , mais il se promène , il observe ; il sourit souvent, surtout en regardant danser M. \adevant.

Tout s'était bien passé , le bal avait été fort animé et promettait de l'être encore ; mais on avait suspendu les danses pour conduire et placer les dames à une table immense, sur laquelle le souper était servi avec profusion de suxHouts et de bougies. Tou-

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tes les daines étaient assises; les messieurs, debout derrière elles, admiraient le coup-d'œil, en attendant que le départ de ces dames leur permit de faire mieux encore que d'admirer le souper. Monsieur le sous-préfet faisait les honneurs de sa table, et n'entendait de tous côtés que des complimens sur l'élégance de sa fête.

Mais un petit monsieur bien laid , bien maussade, et qui s'était flatté de voir mystifier la société de madame Blanmignon , se glissa alors derrière la chaise de l'amphitryon , et , saisissant un moment de silence , qui n'était troublé que par le bruit des fourchettes et des couteaux , se mit à dire à haute voix :

« Monsieur le sous-préfet... votre soirée est déli- » cieuse , mais je m'attendais à y rencontrer M. de » Guerreville... car on m'a dit que ce monsieur » avait l'honneur d'être de vos amis... »

Ces mots ont produit une vive sensation parmi la société: les uns lèvent la tête, regardent, attendent avec curiosité la réponse de M. le sous-préfet; les autres baissent les yeux, rougissent et ne savent plus quelle contenance tenir. Yadevant rentre son menton dans sa cravate , il voudrait pouvoir y cacher tout son visage ; Boullardin renverse sa tabatière sur les épaules de sa femme , derrière laquelle il se tenait constamment ; madame Blanmignon porte à son nez une cuillerée de charlotte russe , au lieu de la mettre dans sa bouche; enfin, Desboulleaux laisse tomber sur la robe d'une dame une part de compote qu'elle l'avait chargé de lui faire passer.

« Ah! vous savez que M, Guerreville est de mes

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» amis ? ') répond enfin le sous-préfet , en jetant un coup-d'œil malin sur ses convives.

Le petit vilain monsieur craint aussi d'avoir dit ime bêtise , et il marmotte entre ses dents :

« Je sais... c'est-à-dire, monsieur le sous-préfet, » on m'a dit... on a cru savoir... du reste, je ne me » permets pas de rien affirmer. . .

» — Eli bien , monsieur , on ne s'est pas trompé ; » oui, je connais M. Guerre ville depuis fort long- I) temps... J'ignorais son séjour dans notre ville; je » fus charmé de l'y retrouver; j'aurais été flatté , je » l'avoue, de le posséder à cette réunion... mais » M. Guerreville a résisté à mes instances. . . et d'après r> le peu qu'il m'a dit , j'ai senti que je ne devais pas » insister. Du reste, j'ai appris qu'il avait couru sur » son compte , dans notre ville , quelques mauvai- » ses plaisanteries... »

Ici , Boullardin appuie ses mains sur les épaules de sa femme, n'ayant plus la force de se soutenir, et Vadevant parvient à rentrer toute sa bouche dans sa cravate.

Le sous-préfet continue : « Je ne vois pas pourquoi » un homme serait en butte aux sarcasmes de la so- » ciété , parce qu'il désire , lui , vivre dans la soli- )) tude... Nous avons eu des hommes de beaucoup » de mérite qui n'aimaient pas le monde...

» — Jean-Jacques Rousseau ne pouvait pas le souf- » frir ! » murmure Vadevant , en sortant un peu de sa cravate.

M — Et on n'est pas toujours un méchant homme, » répond monsieur le sous-préfet, « parce qu'on fuit la

>^ société ; mais il y a des personnes qui , pour un bon » mot , médiraient de leur père. »

Boullardin tire les oreilles de sa femme, il ne sait plus ce qu'il fait.

a On a même été jusqu'à me dire... qu'il y avait V eu un charivari de propose pour engager mon ami » Guerre ville à quitter notre ville... »

Ici tous les yeux se portent sur les personnes qui se sont trouvées chez madame Blanmignon. Yadevant ne laisse plus voir que son nez ; il se fait un silence général , les fourchettes , les cuillères et les bouches restent inactives.

Le sous-préfet reprend d'un ton presque sévère : « Mais je n'ai point voulu croire à de tels propos. y» Comment supposer en effet que des gens comme il » faut , des personnes bien élevées , aient eu le projet » de commettre une action... qui est toujours blà- » mable!... et d'en rendre victime un homme qui » ne leur a rien fait, qui leur est inconnu... et qui , » peut-être , par sa position dans le monde , a droit

» à leurs égards à leur considération, à leur

» respect ? »

Le sous-préfet appuyait avec emphase sur ces mots; le docteur Jenneval se mordait les lèvres pour ne point éclater de rire , et autour de la table on se disait à demi-voix : « L'inconnu est un grand personnage... w — un ancien ministre -, — un agent plénipotentiaire; » — un gros capitaliste ; — un général ; — un ambas- )) sadeur; — un comte, un duc, un prince.

» — Je le répète , je n'ai rien cru de tout cela , » dit le sous-préfet en reprenant un air aimable ; « d'une

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)^ sini|île plaisanlerie ou aura fait uu moustrc ; mais » je déteste la médisance : union et oubli , c'est ma » devise; et comme je désire surtout voir l'union et » la paix régner dans notre petite ville, j'espère qu'il » ne sera plus question de cette affaire. »

Ces paroles font renaître la gaité sur les visages. Vadcvant sort entièrement son menton de sa cravate : Boullardin lâche les oreilles de sa femme en lui promettant de lui aclieter une belle paire de pendans , pour la dédommager du mal qu'il lui a fait, et Desboulieaux se promet de risquer un second galop, s'il trouve une danseuse qui consente à galoper avec lui.

Les dames ont quitté la table ; les hommes les remplacent et font honneur au souper, en faisant assaut de tout Fesprit dont ils sont capables. Ils fêtent le Champagne de la sous-préfecture ; et j\I. Boullardin , qui désire se remettre tout-à-fait en faveur, lève son verre en s'éOriant :

« A la santé de monsieur le sous-préfet et de son » auguste famille! »

Ce toast est répété avec tout Fenthousiasme que peut causer le-Champagne ; ensuite ces messieurs retournent dans la salle du bal ; et les danses , les valses, les galops recommencent : on est d'une gaîté folle , qu'aucune crainte ne vient plus troubler depuis que le sous-préfet a prononcé ces mots : union et oubli. Paroles superbes, en effet, que tous les hommes devraient méditer et mettre en pratique; mais il y a comme cela tant de choses qu'on devrait faire et qu'on ne fait pas! Cette brillante et joyeuse nuit a fini pourtant, puisqu'il faut que tout ait une fui. C'est dom-

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ma(je lorsque Ton s'amuse. Après cela , si l'on s'amusait continuellement , cela finirait peut-être par ennuyer. Le mal est à côté du bien , la tristesse pr( s de la gaîté, l'ennui à côté du plaisir ; tout cela est j)Our faire ombre au tableau. Ce doit être une bien monotone existence que celle où l'on n'a rien à désirer.

Chacun avait regagné sa demeure ; les jeunes personnes en calculant le nombre de contredanses qu'elles avaient dansées : pour le lendemain d'un bal, c'est une grande satisfaction de pouvoir dire à ses amies : « J'en ai dansé plus que toi. »

Les dames se rappellent l'effet produit par leur toilette, puis certains regards , ou quelques petits mots dont il était inutile de faire confidence à leurs maris ; ceux-ci , de leur côté , se rappelaient peut-être avec complaisance l'effet de leur galanterie près de quelques dames. Chacun enfin amusait sa marotte , son penchant favori.

Or, le penchant favori de Vadevant était la curiosité, et tout en rentrant chez lui, et se fourrant dans son lit pour y chercher le repos nécessaire après une nuit au bal, il ne cessait de penser à ce que monsieur le sous-préfet avait dit en parlant de M. Guerre ville. Il se répétait ces mots : « C'est un homme qui , par )î sa position dans le monde, a droit à nos égards, à » notre considération, à notre respect. »

Et Vadevant se creusait la tête pour deviner quel pouvait être le rang de ce mystérieux personnage. Le docteur Jenneval semblait instruit ; mais le doctem^ était fort discret, et d'ailleurs, dans plusieurs occasions, il avait plaisanté aux dépens de la curiosité de Vade-

vant , il n'y avait donc pas espoir de rien savoir par lui.

Vadevant ne dormit presque pas, et le lendemain, dans la journée , il fît porter sa carte chez M. Guerreville , en se disant : « Cela ne peut pas faire de » mal. »

Au bout de quelques jours, nouvelle carte ; mais cela ne l'avançait à rien. M. Guerreville ne lui avait même point fait mettre la sienne.

Vadevant n'est pas homme à se rebuter, il veut absolument faire la connaissance de l'ami du soUs-préfet. Il se promène pendant plusieurs jours devant la maison habitée par M. Guerreville ; il se flatte que celui-ci sortira, et alors il trouvera bien moyen d'entrer en conversation. Cet espoir est encore déçu. M. Guerreville ne sort plus, et Vadevant en est pour ses factions.

Enfîn il se décide à tenter un grand moyen! Un matin, après son déjeûner, il s'habille avec beaucoup de soin et se met en route pour aller lui-même faire une visite à cet homme mystérieux , chez lequel il brûle d'être admis.

Chemin faisant, Vadevant se disait: « Après tout, » ce monsieur est trop bien élevé pour ne point me » recevoir; je vais me présenter à lui... souslepré- » texte... diable! quel prétexte?... Ah!... j'ai en- » tendu dire qu'il cherche à acheter une maison... » et j'en connais beaucoup à vendre... Je n'ai rien » entendu dire de tout cela ; mais une fois en préî) sence de ce monsieur, la conversation s'engage... » je me flatte d'être bien aussi aimable que le doc-

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» teiir Jeune val... Cet inconnu estcliarmé de ma po- )i litesse , de mes manières , et il m'engage à revenir » le voir... cela ira tout seul ; frappons. » Vadevant frappe, car il était arrivé devant la demeure de M. Guerreville ; une grosse (ille , rouge et joufflue , vient lui ouvrir...

« Tiens ! je ne lui connaissais pas cette servantelà, » se dit Vadevant ; « mais je la préfère à son grand )^ escogriffe de domestique. »

Et, souriant d'un air aimable à la grosse fdle, Vadevant fait un pas en avant, en lui disant :

« Pourrais-je avoir l'honneur de parler à votre

r> maître? c'est pour une affaire qui l'inté-

» ï*esse et si je ne suis pas indiscret en ce mort ment...

» — Oli! oui, monsieur, c'est Len facile, » répond la servante ; « monsieur est là-haut qui dé-

» jeûne mais vous pouvez monter tout de

» même . . .

» — Il déjeûne? » dit Vadevant, c^ je crains alors )) d'avoir mal pris mon temps... et je n'ose me per- » mettre...

» — Allez donc... allez donc... monsieur n'est pas » gêné pour manger devant le monde ; montez au » premier, vous le trouverez. »

Vadevant ne se foit pas répéter ces mots ; il monte l'escalier, charmé de la facilité avec laquelle M. Guerreville se laisse aborder , et regrettant de n'être pas venu plus tôt. Arrivé au premier, il se trouve sur un palier, et ne sait par quelle porte entrer; il écoute un moment : un bruit de bouteilles le guide ; il se re-

dresse, arrange sa cravate, son col, 6te son chapeau , et ouvre une porte en s'inclinant presque jusqu'à terre et murmurant : « Un million d'excuses , monsieur , » si je suis importun !

» — Eli ben ! ... à qui donc en a-t-il avec ses mil- » lions d'excuses, celui-là? » répond d'une voix enrouée un gros père à la figure noircie par le charbon, et qui, assis devant une table, vidait sa troisième bouteille.

Yadevant lève les yeux, il regarde la personne qui est devant lui , et devient rouge de colère en voyant qu'il a salué jusqu'à terre un homme auquel dans la rue il ne parlerait pas ; un gros rustre connu dans la ville pour son ivrognerie, et qui a amassé en portant du charbon la fortune qu'il boit.

« C'est M. Guerreville que je demande ! » s'écrie le petit homme , en se redressant avec insolence ; et remettant son chapeau , « et certainement ce n'est » pas à vous que j'ai affaire.

» —Eh ben... pourquoi venez-vous chez moi?... » C'est égal , voulez-vous boire un coup?. . . — M. Guer- )) reville ne demeure donc plus ici ? — Qu'est-ce que » c'est que ce monsieur-là?... »

Vadevant impatienté quitte la chambre , descend et va dire à la servante : « Pourquoi me laissez-vous » monter?... c'est M. Guerreville que je demande... » je n'ai pas besoin de charbon, moi ! — Vousnem'a- » vez pas dit cela. . . vous m'avez demandé mon bour- »" geois. . . — Son bourgeois ! . . . Mais enfin , savez- vou> j> où est allée demeurer la personne qui habitait cette » maison avant vous ? — Ah ! le monsieur qui était

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» ici... avec son domestique ? — Oui... cli bien! — » Ils sont partis pour Paris... d'après ce que j'ai en- » tendu dire du moins.

» — Partis pour Paris ! » s'écrie Vadevant en s'éloignant, « je me suis présenté trop tard!... C'est » égal... j'irai encore à Paris... j'y ferai un voyage » d'agrément pour tàclier d'y trouver ce M. Guer- » reville . »

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