APRES SOUPER
Zoé ne rentra chez elle que vers les quatre heures du matin, ayant passé une partie de la nuit chez une amie, en joyeuse compagnie de soupeurs et de soupeuses émérites.
Bien que lajeune femme s'abstînt presque complètement de boire et ne mangeât guère plus qu'un oiseau, elle était fort recherchée, dans ces sortes de réunions, pour son esprit, sa gaieté et sa beauté extraordinaire.
Ce fut sa femme de chambre, la petite Reine, gentille créature, brune et dorée comme une créole, avec le nez retroussé ei des yeux pétillants de malice et de ruse, qui lui ouvrit la porte et lui enleva prestement son pardessus.
Reine, malgré sa petite taille, était certainement l'aînée de sa maîtresse. Elle pouvait avoir vingt-cinq ou vingt-six ans, et paraissait fort expérimentée et Une cumnae l'ambre, ainsi qu'on dit vulgairement.
On se serait étonné de ne point la voir maîtresse ellemême, car elle avait un charmant visage, quoiqti'elle fût un peu trop maigre, sans une légère infirmité qui expliquait son manque de succès et l'infériorité de sa position. Elle boitait légèrement, ayant une jambe plus courte que l'autre.
Le proverbe qui prétend, d'ailleurs, que tous ceux qui sont marqués au B ont beaucoup d'esprit, était vrai pour elle.
Elle comprenait à demi-mot, ne perdait jamais la carte, et pouvait rendre les plus grands services à une femme telle que Zoé Chien-Chien.
Ajoutez à cela qu'elle paraissait dévouée à sa maîtresse,
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qui, (1(1 son coié, seinblail l'iiiiiioi' l)(Miicoii|t, et la li-ailait. en [lotito lillc f^ïitée, maigre la diUerencc d'âge qui claiLà l'avantage de la soubrette.
— 11 n'est venu personne? demanda Zoo.
— rardonnez-nioi. II est là.
— Où?
— Dans le boudcnr.
— Depuis longteuips?
— Depuis minuit.
— II n'a rien dit?
— Non.
— C'est bien ! fit Zoé, avec un léger haussement de ses épaules blanches et rondelettes comme celles d'une statue grec(iue; et, précédée de Reine cpii l'éclairait, elle traversa un immense salon meublé avec tout le luxe moderne et pénétra dans la pièce plus i)etite qui lui servait de boudoir.
Cette pièce était, en efi'et, merveilleuse, tendue de satin cerise relevé d'or mat, garnie de meubles en laque du Japon npire, aux reflets miroitant comme autant de glaces polies. Des sièges bas et de formes originales jetés ck et là ; un canapé doux à l'œil et au corps qui le pressait'; des vases aux ^ riches couleurs un peu criardes ; une immense coupe en émail cloisonnée où s'épanouissait une fleur des tropiques au parfum pénétrant; une lanterne chinoise pendue au iilaibnd, et qui répandait une lumière discrète et voilée, com[)létaient, ce réduit voluptueux, où le bruit des pas se perdait dans la laine toutl'ue d'un é[)ais tapis, qui était à lui seul une merveille.
Un homme se trouvait là, assis devant une petite tal)le à thé, le front dans sa main.
Au frôlement de la longue traîne de soie de la robe de Zoé, il se retourna et se leva.
— Vous voilà enfin ! dit-il de la voix d'un homme énervé par une longue attente, mais avec un regard plein de passion charnelle qui s'accrochait inconsciemment à toutes les nudités provocantes de l'éblouissante créature.
— Bonjour, monsieur le comte, dit Zoé en riant. Elle lui tendit sa petite main blanche, qu'elle venait de
débarrasser de son gant, puis alla coquettement se jeter sur le sopha.
La lumière de la lanterne tombait ainsi d'aplomb sur ses bras nus et sa gorge naissante, jetant dans toute cette neige les reflets rosés de la tenture de soie, et faisant étinceler le cuivre doré de sa longue et luxuriante chevelure.
— Reine, ajouta-t-elle, donne-nous une tasse de thé. Reine sortit, puis, tout à coup, on entendit un cri stri-
(lent d'abord, accompag'né ensuite de notes sourdes et gutturales, et un petit être brun, velu, grimaçant, bondit sur l'épaule de Zoé, la saisit par le cou de ses mains noires et délicates, approchant d'un air passionné, du visage rose et blanc de la jeune femme, un petit visage olivâtre et ridé où l'on ne distinguait que des dents aiguës et deux yeux ronds, roux et mobiles.
C'était un joli petit sapajou à longue queue préhensible, gros comme un angora, la tête couverte d'une calotte de cheveux noirs, le visage entouré d'un collier de barbe courte, aux oreilles humaines et transparentes comme une feuille de papier, avec des mains de marquise et des pieds d'Auvergnat.
Il serra d'abord sa maîtresse dans ses bras avec un frisson de passion qui secouait tout son corps, puis se pencha à son oreille, et, pendant une demi-minute, lui murmura, par un claquement de lèvres particulier, une foule de choses intimes ou importantes.
Enfin, il se renversa en arrière, une main sur son cœur, et la dévisagea longuement, avec un rire silencieux, mais plein de joie, de malice et de tendresse.
Niùo (1) était visiblement enchanté, non seulement de revoir sa maîtresse, mais aussi de tout ce qu'il venait de lui raconter en son langage de singe, malheureusement en partie incompréliensible pour nous.
— Oui, mon petit chéri, fit Zoé en le caressant tendrement, tu me racontes tout ce qui s'est passé en mon absence, et tu ne me la reproches pas, toi.
— C'est qu'il est sîir d'être aimé, lui, répondit le comte d'Orsan avec un accent d'amertume.
Le comte d'Orsan, que nous n'avons fait encore qu'entrevoir, était un fort bel homme, grand, bien pris, imposant d'aspect comme tous les gens arrivés et qui se savent le bras long.
11 pouvait avoir de quarante-cinq à quarante-huit ans, et n'en portait pas davantage, malgré l'expression dure, au repos, et souvent préoccupée de son visage, lorsqu'il ne le surveillait pas.
Sa chevelure, remarquablement abondante et fournie, avait dîl être d'un noir de jais; à présent, il s'y mêlait un certain nombre de fils d'argent. L'œil était noir aussi, fuyant et d'une expression étrange, qui inquiétait, sans qu'on pût la définir.
(1) Mot espagnol qui veut dire : Petit enfant^ et se prononce :
15(i 7.0V. CIIIEN-CIIIEN
La liouclii'', Orme et IVdido, lorniait, à Tansio dos lèvres, doux plis qui reiiioiitaiciil le lony du lu;/, niinco du bout et lo^fèreincut arqué vers le milieu.
Le menton était carré, coupé d'une raie fortement accusée sinis la lèvre inlérieure qui saillait.
Le ti'ont vaste fuyait comme le regard.
]\Ialgré cela, lorsqu'il voulait se mettre en frais de plaire, <V enguirlander son monde, pour employer ses propres termes, nul homme n'était aussi souriant, aussi souple, aussi caressant, et toute la dui'cté répandue sur son visage se fondait, disparaissait, pour ne revenir que plus tard, quand l'effort cessait et faisait place à la glace de l'expression naturelle.
Le comte d'Orsan, nous l'avons déjà dit, avait été fort pauvre ; puis, en quelques années, brus(iuement, il avait gravi tous les échelons de la fortune et des honneurs.
Pour le moment, il était sénateur et confident de l'empereur.
Mais chacun savait bien que, s'il l'eût voulu, il eîit été ministre ou ambassadeur.
Chez Zoé, il n'avait point cet air important et dur, que nous avons signalé, mais, au contraire, l'air triste et un peu craintif d'un homme qui sent que, là où il est, tout ce qui lui sert ailleurs et lui assure la prédotuinance a cessé (l'exister et n'exerce aucune influence. "
C'était un homme devant une femme.
Un homme qui n'était plus jeune devant une femme qui l'était extrêmement.
Un homme riche devant une femme jolie et capricieuse, ([u'il aimait, et à qui il offrait sa fortune comme on demande presqu'une aumône.
En entendant sa réponse, Zoé haussa légèrement les épaules et souleva ses longues paupières pour le regarder bien en face.
— Allons ! dit-elle, vous voilà encore mélancolique, monsieur le comte.
— Je vous attends depuis quatre heures, répondit-il.
— Je soupais, répliqua la jeune femme.
— Et peut-on savoir avec qui ?
— Vous serez donc toujours jaloux? Avec des femmes adorables et des hommes charmants.
— Aussi n'avez-vous guère pensé à moi ! murmura le comte.
— C'est ce qui vous trompe. Au contraire, j'ai pensé à vous toute la nuit, et je ne vous ai pour ainsi dire pas quitté.
— Si je pouvais le croire...
— J'étais avec votre flls, M. le vicomte : un ravissant bébé qui ressemble à un homme à s'y tromper ! continua la malicieuse créature en souriant de toutes ses dents blanches.
Le comte tressaillit et son œil noir s'alkima.
— Ah ! s'écina-t-il. Vous étiez avec mon fils ! Zoé eut un petit rire moqueur.
— Mon Dieu, oui...
— C'est la troisième fois que vous vous rencontrez avec lui !
— Juste. Vous tenez fort bien cette petite comptabilité... C'est un jeune homme qui promet beaucoup. Ce sera un bourreau des cœurs.
— Je vois qu'il vous plaît... énormément. Mais sa place, à son âge, n'est pas dans de semblables réunions, et j'y mettrai ordre.
— Que craignez-vous ?
— Qu'il vous aime !
— C'est déjà fait.
Le comte se leva brusquement. Il était fort pâle !
— Zoé, Zoé, dit-il d'un ton sourd et quelque peu menaçant, vous abusez de ma faiblesse et de mon amour pour vous... Vous êtes cruelle !
— En quoi ? Et que vous importe ? Vous savez bien que je n'aime personne !
— Je sais que vous ne m'aimez pas, voilà tout.
— Qui vous l'a dit ?
Un éclair de joie et d'espérance passa sur le visage assombri de M. d'Orsan; mais, avant qu'il pût répondre, Reine entra, portant sur un plateau la théière bouillante, deux tasses avec leur sucrier et le petit vase plein de crème froide.
— Merci, mon enfant, fit Zoé; mais laisse-nous : c'est moi qui aurai l'honneur de servir M. le comte.
Reine posa le plateau sur la table et se retira discrètement.
Nifio était déjà installé.
Il avait ouvert le sucrier, saisi un morceau de sucre, et le plongeait dans la crème avec un air de satisfaction parfaite, et la certitude d'accomplir l'acte le plus conforme aux convenances.
Zoé se souleva, vint se placer debout devant la table, et, de ses mains d'enfant aux ongles roses, commença à verser le thé.
Ses bras nus allaient et venaient avec des mouvements gr«i^ieux, passant de l'ombre à la lumière, presque à portée
tles lèvres du comte, dont elle était ù [h'Ïwo séparée de quelques centimètres, la tête légèrement penchée, ses Idujîues paupières abaissées, noyée dans ses flots do dentelle c\ do soie, avec une expression sérieuse (jui donnait ;\ sa tète quelque chose de vir^^inal et presque d'ani;'élique.
Le comte la dévorait du ref^ai'd, le visa{,'e empourin'é, et l'on entendait souiller sa respiration.
Zoé, ealin, leva les yeux, s'approcha de lui, le frôlant de sa robe, penchant le corsage eu avant, ei lui tendit, sa tasse.
Une minute, il la regarda, immobile, dans un silence chargé de l'électricité de tous les désirs.
Zoé lixait sur les siens ses grands yeux noirs, sans rougir, ni sans se troubler sous ce regard si expressif et si ardent.
— Eh bien, monsieur le comte, lui dit-elle en riant, prenez-vous mon bras pour une enseigne ?
11 frissonna sous cette voix comme sous une décharge électrique, saisit la tasse, la posa sur la table, prit la main, l'attira violemment vers lui pour déposer ses lèvres brûlantes sur ce bi'as frais et jeune, n'osant peut-être aller plus loin, jusqu'aux épaules de neige, jusqu'aux lèvres de corail.
Mais, au moment où sa bouche allait se poser sur cette chair douce et satinée, il se rejeta en arrière en poussant un grand cri.
INiho, qui le guettait du coin de l'œil en grignotant son morceau de sucre amplement imbibé de crème, avait bondi sur lui, avec la rapidité vertigineuse de sa race, et venait de lui enfoncer deux dents aiguës dans le pouce de la main qui tenait et attirait Zoé.
Le comte se redressa furieux sous la douleur et la surprise. Il eût broyé le petit être, s'il l'avait tenu; mais Nino était déjà loin, perché sur le dos du canapé, où, la ligure convulsée de colère, les lèvres et les joues pâles, les yeux agrandis et pleins de flammes, montrant toutes' ses dents, le poil hérissé, il regardait le comte en poussant un hoîc! hou! sinistre, prolongé, semblable à un cri de mort.
— La misérable bête ! hurla M. d'Orsan exaspéré, pendant que le sang coulait violemment de sa main iDlessée.
— 11 est jaloux, lui aussi ! répliqua Zoé en regardant froidement couler le sang du comte.
— Ah ! vous me haïssez ! dit le comte avec une rage conteruie.
Il prit son mouchoir pour étancher la plaie.
— Allez-vous vous en prendre à moi des caprices de Niuo? Voyons, monsieur le comte, je vous croyais un homme de bon sens, de raison.
— Vous savez bien que je perds tout cela auprès do vous !
— C'est un malheur, mais je n'y peux rien. Est-ce moi qui suis allée vous cherclier? Vous m'avez vue, je vous ai plu. Vous m'avez offert votre cœur et votre fortune... Je vous ai répondu que je ne vous aimais point, que je n'aimais, que je n'avais jamais aimé personne...
— Oui, mais vous m'avez autorisé à essayer de vous plaire.
— Eh bien, plaisez !
— On ne plaît pas à du marbre, et votre cœur est de marbre. J'ai obéi à tous vos caprices... j'ai entamé pour vous ma fortune personnelle. .. Je me suis fait votre esclave. Qu'ai-je reçu en échange de tout cela? Les morsures de cet animal, et vos rires ou vos duretés !
— Baste ! Vous n'êtes qu'un ingrat !
— Moi, ingrat ? Ah ! Zoé ! l'ingratitude n'est pas de mon côté.
— J'ai été parfaitement honnête /lomme avec vous, monsieur le comte. Je n'ai rien promis de plus que ce que je tiens. Vous m'avez demandé le secret et la discrétion, et tout le monde ignore que vous êtes mon entre teneur... Je vous ai prévenu que j'étais capricieuse et dépensière... Si je vous cofite trop... dites-le. J'en trouverai un autre, aussi riche, ou plus riche que vous.
Le comte serra les poings.
— Tenez ! reprit Zoé de son ton demi-moqueur, demi-sérieux, vous devriez me remercier à deux genoux... do toutes les preuves d'amitié que je vous donne... Je pourrais parfaitement vous ridiculiser en deux mots... et je me tais. Je n'aurais qu'à dire que, depuis trois mois, le comte d'Orsan, le noble comte, le viveur émérite, le séducteur connu, l'homme puissant devant qui tant de gens tremblent, ou que tant de gens sollicitent, a dépensé plus d'un million pour la petite Chien-Chien, une fille, comme on dit !... que, depuis trois mois, il a passé des nuits entières près d'elle, et^ qu'il n'a encore baisé que le bout de ses doigts... quand Niiio le permet... Et vous entendriez l'éclat de rire de tout Paris, et je décuplerais de valeur, et ce n'est pas un pauvre million en un trimestre que je trouverais à croquer, mais trois millions par mois.
— Zoé, vous êtes odieuse, impitoyable! murmura le comte. Que vous ai-je fait pour que vous me traitiez ainsi ? Ah! je ferais mieux de partir, de vous luir; sans cela, vous me rendrez fou !
— Partez ! fit Zoé en éclatant de rire. — Eh bien, vous restez ?
160 /OK ClUKN-CllIEN
Le comte s'était laissé tomber sur un lUuttMtil et une larme l)rillait dans ses yeux.
— Vous savez bien que je vous aime trop, que je vous aime jusqu'à la lâcheté... moi, qui ai toujours brisé tous les obstacles, ajouta-t-il ;\ voix basse, d'un ton sinistre
Zoé le contempla un instant. Il soutirait visiblement beaucoup.
Alors, elle se leva doucement, s'approcha de lui, avec des mouvements félins et des ondulations de corps dont elle avait le secret, et mit sa main sur l'épaule du comte.
— Pardoimez-moi, lui dit-elle doucement; je suis une lille singulière et capricieuse, vous le savez bien, mais je ne suis pas si méchante que j'en ai l'air. Je vous ai fait de la peine. Je le regrette. Voyons, ([ue voulez-vous ?
— Toi ! murmura M. d'Orsan avec une intensité de passion prodigieuse.
Zoé sauta légèrement en arrière, et fronça ses fins sourcils.
— Si ce n'est que cela qu'il vous faut, reprit-elle ironiquement,, je suis prête. Vous me payez, c'est votre droit. Prenez la tille, elle vous appartient... Seulement, elle ne vous aimera janjais, elle vous trompera, et se moquera de VOUS'. Vous avez payé, vous voulez la livraison. Eh bien, prenez, mais prenez donc ! Je vous attends !
Elle restait raide, glacée, impertinente et ennuyée devant lui, les bras pendants, le buste en saillie.
— Non ! non ! pas ainsi, répondit le comte après un moment d'hésitation.
— Je vous l'ai dit, lorsque nous nous sommes connus, pûursuivit-elle tranquillement: ou la fille ou la femme. Vous avez le choix. La lille est achetée, et même achetée trop cher. La voilà. En voulez-vous ? Non ! Vous m'aimez trop, n'est-ce pas? C'est la femme qu'il vous faut ? Alors à attendez qu'elle vous aime ou que cela lui plaise ! ■
^- J'attends toujours, j'attends en vain. ■
— Vous avez attendu trois mois La belle affaire! Il y a des amants qui attendent des années, et qui bénissent leur martyre, comme on dit dans les romans.
— C'est qu'ils espèrent !
— Qui vous empêche d'espérer? Je vous assure qu'un moment, ce soir, j'ai cru que j'allais vous aimer...
— Oh ! si j'espérais ! si j'espérais !
— Vous êtes trop modeste, monsieur le comte. Regardezvous donc. Quand on est fait comme vous, quand on a votre esprit, votre nom, votre fortune, et tant de succès passés, la victoire n'est pas douteuse : — mais il laut la mériter:
C'est respérance En ravenii" !
Sans espérance Mieux vaut mourir !
fredonna Zoé, d'une voix douce et fraîche, en lui po&'ant la main sur les lèvres, avec un sourire charmant.
— Vite ! vite ! lui dit-elle, pendant que Nino ne nous voit pas.
Il saisit cette main et la couvrit de baisers ardents.
— Maintenant partez, continua-t-elle. Le jour approche, et, puisque vous tenez au secret, il ne faut pas qu'on vous voie sortir d'ici.
— Zoé ! murmura-t-il, dis-moi encore d'espérer.
— Parbleu ! fit-elle avec un geste provocant de fllle.
A peine le comte avait-il quitté le boudoir que Zoé sonna sa femme de chambre.
Reine entra aussitôt.
— Lave ça, lui dit Zoé, en montrant des taches brunes sur le plateau et la table.
— Qu'est-ce que c'est que ça ? fit la soubrette étonnée.
— Ça, ma fille, répondit Zoé le sourire aux lèvres, c'est du sang de M. le comte d'Orsan !