‹ Zoé Chien-ChienChapitre 59 sur 68 · SAINT-LAZARE · texte numérisé non relu

SAINT-LAZARE

que tout le monde les voyait, les lisait, que j'étais un objet d'horreur pour les autres comme pour moi-même!... Je n'avais qu'une idée : fuir, me cacher !

— Ah ! ce fut une fatalité, une. horrible fatalité, interrompit René, Ma pauvre Claire ! Oui, je comprends. Pauvre enfant ! Oh ! certes, tu as souffert plus que moi, cent fois, mille fois plus. Moi, j'avais un viatique...

— L'amour de mademoiselle Dartois.

— Qui t'a dit... ?

— Je sais tout, te dis-je, car, de loin, je n'ai cessé de veiller sur toi, de vivre de ta vie, et de bénir ceux qui te sauvaient, qui jouaient près de toi le rôle que tu aurais joué près de moi, si les murs d'une prison ne nous avaient séparés.

— Et pourquoi ne m'as-tu pas écrit ? fait savoir où tu étais ?

— Quand je sortis de Saint-Lazare, tu étais à Poissy, encore une fois... et plus tard... il était trop tard !

— Mais M. Dartois, mais Caroline t'attendaient, te cherchaient, te faisaient chercher, te font chercher encore...

— Oui, mais quand je l'ai su, il était trop tard ! répétât-elle sourdement. Et je serais morte plutôt que de me faire connaitre à eux, que de me faire connaître à toi !

— Et tu m'as laissé cette horrible douleur de croire à ta mort... de te pleurer...

— Il valait mieux me pleurer morte que vivante !

— Pourtant, aujourd'hui...

— Aujourd'hui, j'ai accompli mon œuvre... Du moins, je l'aurai accomplie dans quelques heures, et j'ai voulu te revoir une fois, t'appeler une fois encore : Mon frère !

— Oh ! nous ne nous séparerons plus. J'ai retrouvé ma Claire.

— Tu oublies Zoé Chien- Chien !

— Eh ! que m'importe !

— Tu es bon, oui, et tu me fais du bien. Merci, René ; merci frère, encore une fois. Mais je ne faillirai pas.

— Expliqiie-toi mieux... je ne te comprends pas bien.

— Penser! poursuivit-il avec une rage désespérée, que si l'on T'avait voni\6 les Ictires de M Dartois, (juc s'il éiait arrive un quart-d'lionre plus tôt, tome ta viocliaiigeait... cai' c'est grâce à lui ([ue t,u as éié relâchée .. Oh ! inlàmie ! inlaniie ! t' avoir arrêtée, t'avoir jetée- là !

— J'ai aiipris l'iniervention de M. Dartois, après, longtemps après... lorsque cela ne pouvait plus nie servir de rien... Tant que je suis restée dans cet enfer, je n'ai point entendu prononcer son nom, et, quand on m'a jetée seule sur le pavé... j'ignorais que qui que ce soit se lîit occuiié de m(»i...

René se rongeait les poings avec fureur.

— Maintenant, écoute mon histoire... Je ne t'en dirai que l'indispensable. Je passerai rapidement sur les détails qui te feraient trop sourtVir. Inutile de te décrire Saint-Lazare, la vie qu'on mène lù-dedans, les créatures avec lesquelles on est confondu... cela serait trop horrible... Quand j'y arrivai, je n'avais plus la tête à moi: et, quelles que fussent mes craintes, b'en que je connusse le nom de cette maison, j'étais alors si innocente, si candide, que je ne me faisais une idée exacte de rien... que je mis quelque temps avant de bien comprendre tout. Ou m'avait placée dans le quartier des... prostituées...

— Les misérables!... murmurait René. Oui, je sais, je devine... mais entin l'erreur ne pouvait durer... On devait bien voir, bien constater que tu étais une honnête liile.

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