LA DOUBLE RÉVÉLATION
Elle se tut.
René s'était levé comme si le fauteuil sur lequel il était assis le brûlait.
— Clair'e, dit-il enlin, il y a des choses que je ne saisis pas bien dans ton récit. Ainsi, cet homme qui passe pour ton amant, qui t'entretient, puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, serait celui-là même sur la dénonciation duquel tu aurais été renfermée à Saint-Lazare et qui aurait causé indirectement mon propre emprisonnement?
-- Oui.
— En es-tu certaine?
— J'en suis certaine.
— Il n'a pas dû livrer son nom pourtant, en accoinplissant cet acte infâme...
— Non, Mais on savait en haut lieu, au cabinet du préfet, de qui venait la dénonciation. Cela a été diflicile à découvrir, et il serait trop long que je te donne tous les détails, que je te dise comment je m'en suis assurée, grâce à la i)ersonne... dont je disposais, à cet instant. Cependant, je ne me suis pas contentée de cette preuve. Plus tard, j'ai mis son écriture sous les yeux de l'agent de \tolice qui avait accompagné le commissaire, M. Leroux, lors de la première enquête qui nous l'évéia de quelle mort était morte notre mère. Cet agent reconnut l'écriture pour être celle de la dénonciation anonyme classée à la préfecture, dans mon dossier. Donc, pas de doute possible.
— Tu as raison, Claire, il faut punir cet homme... mais
pourquoi parlais-tu en même temps de l'autre meurtrier, de cefui qui nous a faits orphelins ?
— Parce que c'est le même !
— Le même ! s'écria René. Kon, tu te trompes, Claire. Celui-là, je le connais, et tu le connaîtras aussi quand je t'aurai dit qui nous sommes, quel est notre père, car je le sais...
— Je le sais aussi...
— Toi?
— Nous sommes les enfants de Louis-René de Penhoôl et d'Anne-Dcsirée de la Villepreux !
René regarda sa sœur avec une stupeur profonde.
— Qui te l'a appris? Comment le sais-tu? s'écria-t-il enfin d'une voix palpitante.
— J'ai les papiers de notre mère ! L'histoire de sa vie et de notre naissance, écrite de sa main...
— Que dis-tu là? Où les as-tu retrouvés?
— Chez l'assassin !
— Voyons, sœur, explique-toi mieux, car je m'y perds ! Tu te seras trompée, ou l'on t'aura trompée .. tu ne peux...
Claire alla au petit meuble que nous connaissons, en tira le cahier que nous avons vu lire à Zoé, une nuit, la nuit où elle sortait de chez le comte d'Orsan.
— Connais-tu l'écriture de notre mère, René ? Regarde, alors.
Il saisit les papiers d'une main tremblante, y jeta les yeux et lut :
A mes enfants RENÉ ET CLAIRE