‹ Zola contre ZolaChapitre 3 sur 8 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

on écrit mal : en liltéralure, il n'y a que ce crime ([iii tombe sous mes sens. Je ne vois pas où Ton peut mettre la morale lors({u'on prétend la mettre ailleurs. Une phrase bien iaile est une bonne action. Pour moi, Vignoble commence où finit le talent. Je n'ai ((u'un dégoût, la bêtise. »

C^elle profession r/c'/'o/ littéraire, est peut-être la page la plus folle, la plus orgueilleuse, ou la plus criminelle, qui jamais ait été écrite. Voltaire avait du talent, et pourtant il criait comme un beau diable quand on l'accusait d'avoir écrit la Pucelle ; de Sade possédait le génie de l'érotisme.... et néannn)ins, il se défendait, en enragé, d'être l'auteur de Justine et Juliette, ou les Malheurs de la vertu. Et, vous, qui avez ramassé, dans le ruisseau, les mots les plus orduriers et peint la débauche la plus ignoble, vous ne voyez pas où l'on peut mettre la valeur morale, si on ne la met pas là. Une phrase bien faite est une bonne action : peut-on s'amnistier du crime dinimoralité avec plus de désinvolture ? Qu'importe le salut des petites filles, des femmes chancelantes et de la société, puisque la polissonnerie a un organe et, qu'au lieu d'y avoir crime, il y aura vertu, si on le satisfait avec talent. Pour moi, Vignoblecommence oiifin.it le talent; par conséquent, si un assassin tue avec talent, avec tous les rallinemcnts du meurtre, non seulement, il est excusable, mais il est admirable: Je n'ai qu'un dégoût, c est la bêtise. Tuez, violez, trompez, volez, usez et abusez de tous les vices, de toutes les passions et de tous les cri-

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mes, mais faites-le avec talent, beaucoup de talent, et vous serez très agréable au chef des naturalistes, qui n'a de sens que pour le.... succès.

Cette page vaut un volume de commentaires ; je laisse aux lecteurs le soin de l'étudier et d'en tirer tout le venin littéraire qu'elle renferme. Il faut avoir perdu toute notion de l'honnête, ou bien mépriser son siècle, pour oser livrer à la publicité, une excuse aussi immorale^ de tous les méfaits littéraires. L'histoire des lettres, jusque dans ses scandales les plus flétris, n'a jamais fourni un document professionnel aussi coupable. Certes, il a été imprimé de nombreux ouvrages galants, obscènes et même orduriers, mais, ou l'auteur désavouait son œuvre, ou l'éditeur la vendait, sous le manteau de la cheminée, ou le règlement de police la pourchassait avec ardeur. Mais jamais on n'a sollicité les appétits sensuels du public, avec le cynisme de Zola, qui, se déclarant im homme de génie, purifie sa littérature putride, eu lui infusant son talent. Si, émule de Pasteur, il espérait enrayer le microbe de l'immoralité, en le piquant avec des microbes littéraires, graduellement sadisés, on pourrait excuser sa folie ou ses prétentions. Mais vouloir sauver la société, de la débauche, par la peinture lascive et licencieuse, d'une débauche plus outrée, sous le prétexte, qu'il le fait avec talent, n'est-ce pas renverser toute la logique psychologique, ou plutôt n'est-ce pas être.... Zola? — Zola, qui. immoralement. procède de l'Arétin. le pamphlétaire satirique, par ses virulences acerbes

cl obscènes, contre certaines classes de la société, et tlu marquis de Sade, Térotoniane fangeux, par la crudité et l'ordure de ses peintures perverses et iiuuiondes.

Eu ])roinenant nos ciseaux à travers les trilles, les arpèges orduriers et autres fioritures lascives, tpii sont le principal piment, ou plutôt le seul attrait, de ses romans naturalistes, il nons a été impossible de n'y pas voir, sous le prétexte d'études documentaires, de science expérimentale sur l'homme, le parti pris de spéculer sur les vices et les passions, et d'exploiter la curiosité voluptueuse des blasés. Lui, qui a tant abusé des manuels, a voulu, s'inspirant de tous les livres erotiques, écrire rcncyclopédie du libertinage et constituer le code de la polissonnerie, qui est un organe, dit-il, qui a ses besoins connue les autres.

N'a-t-il pas, pour ainsi dire, dans Rome, provoqué la condanniation de l'Index, condamnation qui était nécessaire à la vente de son livre ?

« Enfin, pourquoi mon livre, pourquoi pas les livres des autres ? Je n'entends pas à mon tour me faire dénonciateur, mais que de livres je connais, sur lesquels Rome ferme les yeux, et qui sont singulièrement plus dangereux que le mien ! — Nous ne pouvons atteindre tous les mauvais livres, répond monsignor Eornaro, nous en sommes désolés. Vous comprenez, nous n'allons pas faire de la réclame à un tas de livres malsains, en les honorant d'une condamnation particulière. Ils sont légion

clicz tous les peuples, et nous n'aurions ni assez de papier, ni assez d'encre pour les atteindre. De temps à autre nous nous contentons d'en frapper un, lorsqu'il est signé d'un nom célèbre, qu'il fait trop de bruit.... — Mais mon livre, mon livre? s'écria Pierre, pourcjuoi cette poursuite contre mon livre ? — Je vous l'explique autant que cela m'est permis, mon cher monsieur Fromont. Vous êtes prêtre (alias chef d'école), votre livre a du succès, vous en avez publié une édition à bon marché qui se vend très bien, et je ne parle pas du mérite littéraire qui est remarquable, un souffle de réelle poésie qui m" a transporté et dont je vous fais mon sincère compliment.... Comment voulez-vous que dans ces conditions, nous formions les ye'ux sur votre œuvre.... {Rome, chapitre X.)

La cour pontilicalc a donné dans le piège et a cinglé d'un vrai coup de fouet la vente languissante de ce guide universel sur Rome. Tout s'y passe, comme dans les autres romans de Zola, en descriptions, en renseignements, et il n'y a pour couper et égayer les deux tiers de ce long défilé de monuments, de statues, de cérémonies, de ruines, etc., que le récit juteux des amours des cardinaux, des débauches des Romaines et des galanteries de certaines princesses siu' le retour.... aux désirs exigeants, qui pèchent de jeunes et vigoureux.... collaboi'ateurs sur le Corso. 11 manquait à la collection des excentricités libidineuses, servies par Zola.... une dernière fantaisie de l'amour. Rome nous la

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sert. Dario, neveu triiu earilinal. eiiipoisoimé à la plaee de sou oncle, eu niaug'eaul des ligues <jui lui étaient destinées, meurt dans îles soullrances horribles, mais avant d'expirer, sa cousine lîcnedella, qui avait le remords, ladorant, de lui avoir refusé.... les bénéfices de son capital, se dépouille de tous ses vêtements, et nue, meurt dans les bras de son amant posthume, en mêlant aux spasmes de l'amour ceux de la mort. Moiwant et Vétrelgnantde tous SCS membres nus, de toute son âme nue (une âme nue. il n'y a que Zola, qui n y croit pas, pour trouver cela). Ce dernier coup de pinceau est-il réussi? N'est-ce pas une bonne action, puisque c'est le suprême du talent erotique? Une vierge déflorée par un mort, tuée par ce rallinement de plaisir ! On me dira que cet exemple sera peu imité, je le crois, mais il n'en frappera pas moins l'imagination et l'amènera à mille insanités dangereuses. Qui frappe de l'épée périra par l'épée, mais qui frappe de l'immoralité périra sûrement par elle.

Ce qu'ont pensé quelques auteurs des livres immoraux

M™* de Warens, Pensées : « Il y a de bons et de mauvais livres. Ceux qui renferment des obscénités sont les seuls qu'on doive proscrire : ils n'ont d'autre hul (jue défaire goûter le libertinage.... Une

mauvaise lecture peut donner de mauvaises mœurs. . . . Un livre n'a souvent de vogue que parée qu'il est défendu ; c'est prêter du talent à un auteur que de le persécuter : s'il a dit des sottises, il faut le laisser lire, parce qu'il sera bientôt méprisé. En bridant le livre, on lait croire au public qu'on n'étouffe ee qu'il contient que parce qu'on ne sait pas y répondre. »

Marat, Plan de la législation criminelle, 1790, p. 121-122 : « Les mœurs suffisent seules pour maintenir le bon ordre dans la société ; mais, lorsqu'elles manquent ou qu'elles sont corrompues, rien n'y supplée.... Que penser de ces vils auteurs qui s'efforcent de pervertir le genre humain et de réduire le vice en maximes !

« Quel que soit le motif qui les détermine, sordide intérêt ou sotte vanité, toujours est-il vrai qu'encourager au crime est un crime digne de blâme. Mais, serait-il plus expédient de priver de la liberté ces écrivains inépuisables, qui emploient à corrompre leur siècle les petits talents que le ciel leur a départis, jusqu'à ce qu'ils se soient corrigés euxmêmes. »

Il me serait facile de continuer ces citations sur l'immoralité littéraire, mais à quoi bon? L'influence du mauvais livre sur les mœurs est depuis longtemps connue et jugée. La prostitution littéraire est plus dangereuse que la prostitution de la rue ; celleci, surveillée par la police, se cache pour provoquer à la débauche, mais celle-là, recommandée et

l«juce par la publicitc, sétalc eoinplaisammcnl à tous les yeux, et provoque tous les appétits. Le livre obscène, c'est la faillite de la morale.

J ai choisi ces deux citations de prclérence à toutes autres, parce (pic l'une, vient dune fennne, l'aïuantc de J.-J. Rousseau, (pii se connaissait en amour, et pouvait, par cxpcricnce. en apprécier les dangers ; et tpie lautrc, est le jugement d un homme, aussi cruellement célèbre par ses mœurs corrompues que par ses crimes révolutionnaires. Ce sont d'excellents juges en la matière, j'ai tenu à citer Zola devant leur tribunal ; s'ils l'acquittent, tant mieux.

Classement des passages erotiques extraits des œuvres de Zola

Mettre de l'ordre, dans le désordre, n'est pas œuvre facile, car souvent, en plaçant, sous l'étiquette : Adullrrc. un passage qui lui convient, on pouri'ait aussi le classer dans la série : Inceste, Amour contre nature, etc. L'ensemble du livre n'y perdra rien ; il sera le même, dans son esprit général, ou plutôt, le microbe littéraire, nommé ici : Immoralité, y sera inqiartialcment étudié et nettement exposé, mais quelquefois il y aura mélange, confusion dans les espèces particulières. On m'excusera; cette analyse, faite un peu à la hâte, sera plus minutieusement passée au creuset de la critique, si le

public y prête une attention sérieuse et la juge nécessaire à Tassainissenient des mœurs et des lettres.

Certes, ce travail de sélection.... immorale pouvait être facilement augmenté, car jai passé dans la Curée, le Bonheur des dames, la Joie de vivre, le Ventre de Paris, Page damour, l'Œuvre, etc., bien des extraits qui n'eussent pas été les moins pimenteux de ces Erotika naturalistes. ^Nlais à quoi bon tirer.... à la ligne? si je tiens à justifier mon titre, je ne veux pas l'épuiser.

Au reste, devant toutes ces ordures littéraires, un scrupule arrête et fait hésiter ma plume : le mal que je signale et que je voudrais prévenir, en en montrant les dangers et l'horreur, ne lui fais-;e pas une réclame de curiosité aussi dangereuse que n'en fait l'œuvre elle-même de Zola? On le lit déjà trop, ne le lira-t-on pas davantage après?

L'érotisme, comme la morphine, l'opium et tous les stupéfiants mortels, ferait moins de victimes, s'il ne les attirait par ses ivresses empoisonnées. On sait qu'on en mourra; mais qu'importe la mort, si elle ne vient, que lorsqu'on aura épuisé.... jusqu'à la lie, la coupe des plaisirs ! L'homme blase, et toute nation arrivée aux extrêmes d'une civilisation, tarie par l'excès des jouissances, n'offre plus que des jouisseurs lassés mais non rassasiés, est ainsi fait : ne pouvant et ne sachant plus satisfaire ses plaisirs, il cherche du nouveau, et ce nouveau, par une ironie sanglante de la nature outragée, il le cherche

tlaus ce <[u"il y a de pis. Il méprise les lois tle la pudeur, les droits de Ihonneur et de la laniille, et renverse toutes les règles de la eréation. « Le débordement et le succès, dit le doelem" Ilayès. d'une littérature pornographique, particulièrement ordurièrc, produisent dans la société actuelle les anomalies et les inversions de l'instinct sexuel, et accentuent la perturbation d'un système nerveux mal équilibré. »

Oui, la corruption tient à la sensibilité aniative blasée, à l'abus étrange et exagéré de tous les plaisirs, et pousse les ctmdanniés.... à l'impuissance, à la recherche désespérée de sensations nouvelles, à une sorte de rage de satisfactions monstrueuses et aux rêves fous de voluptés aiguës, violentes et grossières.

Si. cette corruption, toute dangereuse et infâme quelle soit, ne réunissait que (pielques adeptes, on pourrait ne pas s'en eflrayer et tracer, pour ainsi dire, en la signalant, un cordon sanitaire autour d'elle, mais le livre, la gravure, le tableau, la statue, etc.. sollicitent tellement tous les yeux et agitent avec tant de persistance nos passions toujours en arrôt, qu'elle ne fait que fouailler et violer, en quelque sorte, toutes les consciences. Comme dit Zola : « En politique, en littérature, en art, où est donc la feuille qui se plante au milieu de la route et (|ui résiste au grand courant de la sottise et de l'ordure humaines? Puisque toutes les folies, puisque tons les appétits ont des organes, pourquoi donc la

volissonneric n'anrait-ello pas le sien? « Et, conséquent avec lui-inèine, après l'exposé de cette circonstance ottcnuante, le gi'and érotomane Zola, a servi aux détraqués, aux déséquilibrés, aux névropathes de cette lin de siècle, toutes les variétés crudités et savantes de la pornoi;;raphic la plus ordurière. Jusqu'à lui les écrivains sa liques ont respecté la langue, sinon les mœurs, niais lui, recueillant avec soin, et au besoin, aiguisant ce qu'elle a de plus vil et de plus ordurier, l'a faite la complice de sa débauche littéraire. N'y cherchez ni sel, ni poivre, ni piment, c'est un ragoût étrange et monstrueux qui, viciant jusqu'à ce sixième sens.... imnioraL dont on a tant abusé, cherche à l'exciter et à le galvaniser. « Dans l'assouvissement de ses passions, Saccard aurait voulu se découvrir im sixième sens pour le satisfaire. » (L'Argent, p. 281.)

Les fous erotiques portent en eux non seulement le feu incandescent de la curiosité impure, le besoin des rêves hystériques et l'emballement des passions les plus outrées, mais ils ont l'instinct de la perversion et usent de tous les moyens pour la répandre. Il leur faut des victimes ou des complices. Le livre est incontestablement, en raison des facilités de pro pagande qu'il réunit, l'instrument le plus dangereux de la perversion des mœurs. Indiquer ces vérités psychologiques et littéraires, c'est juger à son juste point d'immoralité, l'œuvre de Zola. Aussi, le chef naturaliste, dans la préface de Thérèse Raquin. un de ses romans le moins ol)scène. a-t-il jugé néces-

saire de se détendre de Taccusation de littérature putride, dont on l'accusait déjà. Il lui serait dillicile aujourd'hui, après vin^-t-huit ans d'exploitation d'un érolisme, de plus eu plus accentué, de se réfugier derrière ses arguments vieillis et rouilles. Jugez-en : préface de la deuxième édition de llivt'ùse Raqiiin : « La critique a accueilli ce livre d'une voix brutale et indignée. Certaines gens vertueux, dans des journaux non moins vertueux, ont fait une grimace de dégoût, en le prenant avec des pincettes pour le jeter au feu. Les petites feuilles littéraires elles-mêmes, ces petites feuilles qui donnent cha([ue soir la gazette des alcôves et des cabinets particuliers, se sont bouché le nez en parlant d'ordure et de puanteur. Je ne me plains nullement de cet accueil ; au contraire, je suis charmé de constater que mes confrères ont des nerfs sensibles de jeune fille. 11 est bien évident (|ue mon œuvre apportient à mes Juges, et qu'ils peuvent la trouver nauséabonde sans que j'aie le droit de réclamer.... Rien n'est plus irritant que d'entendre d'honnêtes écrivains crier à la dépravation, lorsqu'on est intimement persuadé qu'ils crient cela sans savoir à propos de quoi ils crient.... Il est dur, quand on sort d'un pareil travail, tout entier aux grâces jouissances de la recherr/w du vrai, d'entendre des gens vous accuser d'aVoir eu pour unique but la peinture de tableaux obscènes. Je me suis trouvé dans le cas de ces peintres qui copient des nudités, sans quun seul désir les ejjleure (eux peut-être, mais les autres (pii

voient), et (pii restent profoiulénicnt surpris lorsqu'un eritiijue se déclare scandalisé par les chairs vivantes de leur OMivre.... Aussi ma stu'prise a-t-elle été j;rande quand j'ai entendu traiter mon o-uvre de flaque de boue et de sany. dégoût, d'imuioudice. que sais-je? Je connais le joli jeu de la crilifjue.yt' l'ai joué moi-même, mais j'avoue que l'ensendile de l'attaciue m'a nn peu déconcerté. Quoi! parmi le concert de voix qui criaient : « L'auteur de Tlicrèse Baqiiin est un misérable hystérique qui se plaît à étaler des porno^-raphies. «j'ai vainement attendu mie voix (pii répondit : « Eh! non, cet écrivain est un simple analyste qui a pu s'oidjlier dans la pourriture humaine, mais (pii s'y est oublié comme un médecin s'oublie dans \\n amphithéâtre. » (Pardon ! entre un simple analyste qui tartine la pourriture humaine dans un livre, lu par tous, et un médecin qui fouille, à l'amphithéâtre, dans la décomposition cadavérique, les secrets bienfaisants de la science, il y a la même diflerence qu'entre le monsieur qui inocule son virus honteux à ses victimes et le savant qui les guérit.)

« Remarquez que je ne demande nullement la sympathie de la presse pour une œuvre qui répugne, dit-elle, à ses sens délicats. Je m'étonne seulement que mes confrères aient fait de moi une sorte d'cgoutier littéraire, eux dont les yeux exercés devraient reconnaître en dix pages les intentions d'un romancier, et je me contente de les supplier huml)lement de s'onloir bien à l'avenir me voir tel ((ue

je suis et nie discuter pour ce que je suis. Il était lacile.... tic nie nionlrci" mes fautes véritables, sans allci' ramasser une j)t)igncc de boue et me la jeter à la l'ace au nom de la morale. Le reproclie dimmoralilé. en matière de science (toujours sa prétention de savant), ne prouve absolument rien. Je ne sais si mon roman est immoral (([uellc naïve candeur!), j'avoue (pic je ne me suis jamais inquiété de le rendre plus ou moins chaste. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais songé un instant à y mettre les saletés qu'y découvrent les gens moraux (ce qui veut dire : l'immoralité naît si naturellement sous ma plume, que je n'ai pas même le soupçon d'être immoral) ; c'est que j'en ai écrit chaque scène, même les plus fiévreuses, avec la seule curiosité du savant ; c'est (jue je défie mes juges d'y trouver une page réellement licencieuse —

« Un écrivain de grand talent, auquel je me plaignais du peu de sympathie que je rencontre, m'a répondu cette parole profonde : « Vous avez un immense défaut, qui vous fermera toutes les portes; vous ne pouvez causer deux minutes avec un imbécile sans lui faire comprendre qu'il est imbécile. » Cela doit être.... (Oh! Emile, Emile ! vous ne le faites pas, certes, exprès, mais vous ne prouvez pas plus, en mettant ces lignes complaisantes sur le compte d'un grand.... encenseur, que vous êtes spirituel, que vos anivres ne prouveront que vous êtes un moral, doublé d'un savant.)

« .... 11 (^st exaspéraul d'être battu pour une faute

dont on n'est point coupable. Par moments, je regrette de n'avoir pas écrit des obscénités ; il me semble que je serais heureux de recevoir une bourrade méritée, au milieu de cette grêle de coups qui tombent bêtement sur ma tête, comme des tuiles, sans que je sache pourquoi.... L'étude sincère purifie tout, connne le feu.... Si j'avais eu la volonté et le loisir d'écrire un manifeste, peut-être aurais-je essayé de défendre ce qu'un journaliste, en parlant de Thérèse Raqiiin, a nommé la littérature putride. Mais à quoi bon? » (Préface de Thérèse Raqiiin, i5 avril 18G8.)

J'ai, impartialement, présenté l'accusation et la défense ; il ne me reste plus qu'à reproduire les pièces justificatives, ou. comme on dit, les pièces à conviction. Le public, constitué en jury de cour d'assises, n'a plus qu'à prononcer son jugement.

Zola, auteur naturaliste du prétendu roman expérimental, est-il, sous prétexte de documentation humaine et d'analyse psychologique, coupable d'immoralité littéraire ? Son amour du succès et son orgueil littéraire peuvent-ils lui constituer des circonstances atténuantes? En attendant le verdict impartial du jury, nous livrons ces pièces documentaires à l'appréciation de l'Académie française. Tant pis pour elle, si elle les accepte comme un titi'e à son admission académique. Au reste, elle a peutêtre besoin pour son dictionnaire d'un collaborateur scatologique et erotique. Et alors, il n'y a qu'à attendre le jugement de la postérité. Néanmoins,

Unissons tout cela par un mot lire de VArg'cnt, page 2*38 :

« Et cela (ses livres), il les éc-i-il en honinie inconscient et supérieur, car il est vraiment le poète (du naturalisme, ou si Ton veut, de rimmoralité), lelloment l'argent le rend fou et canaille, oh! canaille dans le très grand ! II a (,'a dans le sang.

l-';uil voir ça au déhallage. Plus d(> res[)ecl ! lini le respect! Saleté en has, saleté en haut, c'esl toujours saleté et compagnie. {iS'ana, p. 3<j3.)

Il apportait d'instinct la rage d'avilir. Il ne lui sullisait pas de détruire les choses, il les salissait. Sa plume, infatigahlc mais peu scrupuleuse, laissait des traces ahoniinables el décomposait tout ce qu'elle touchait.

Julie, la cuisinière, qui, dans Pot-Bouille, les bras nus, tout saignants d'un turbot quelle vide pour le soir, répond à Lisa, qui la félicite de quitter une pareille baraque de maison, où on y devient malhonnête, malgré soi : «Mon Dieu! mademoiselle, celleci ou celle-là, toutes les baraques se ressemblent. Au jour d'aujourd'hui, (jui a fait l'une a fait l'autre. C'est cochon et compagnie, » nous fournit le mot de la fin de cette étude préliminaire. En fait, des livres de Zola, celui-ci ou celui là, tous se ressemblent. Qui a fait l'un a fait l'aulrc. C'est C... et C'*.

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LES ElïOTlKA NATURALISTES

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