‹ Zola contre ZolaChapitre 4 sur 8 · DE ZOLA · texte numérisé non relu

DE ZOLA

Adultère

La Levaque. plus vieille que lui de six ans, était allreuse. usée, la goi'ge sur le ventre et le ventre sur les euisses, avec un niuQe aplati aux poils grisâtres, toujours dépeignée.

Il lavait prise naturellement, sans l'éplucher davantage que sa soupe, où il trouvait des cheveux, et que son lit, dont les draps servaient trois mois. Elle entrait dans la pension, le mari aimait à répéter que les bons comptes font les bons amis,

— Alors, c'était pour te dire, qu'on a vu hier soii* la Pierronne rôder du côté des Bas-dc-Soie. Le monsieur que tu sais l'attendait derrière Rasseneur. et

.ils ont filé ensemble le long du canal.... Hein? c'est du propre, une femme mariée !

— Dame ! dit la Malieude, Pierron, avant de lépouser, donnait des lapins au porion, maintenant ça lui coûte moins cher de prêter sa femme. {Lea Romans célèbres, Germinal, p. ;8.)

Maigrat. qui leur a rerust- du pain, leur en a donné.

On sait comiiuiil il se i)aie, Maigral.

— Sur elle, oh! non! i'aiulpait du courage.... C'est sur Catherine qu'il en prend.

— Ah ! écoule donc, est-ce ([u'clle n'a pas eu le toupet, tout à rheiu'c.de me dire cpielle étranglerait Catherine si elle y passait !.... Comme si le grand Chaval, il y a beau temps, ne l'avait pas mise à cul sur le Carin! (Romans célèbres. Germinal, p. 8^.)

Sans le quitter doses yeux plaisants, elle (Jacqueline) s'était remise à brasser le blé. Lui, se trouvait reconquis, oubliait son départ de la ferme, son mariage, lenfant qui allait naître. Il lui saisit les poignets, au fond de la semence ; il remonta le long de ses bras, veloutés de farine, jusqu'à sa gorge d'enfant, que l'abus de l'honniie semblait durcir; et c'était ce qu'elle voulait , depuis qu'elle l'avait aperçu, en haut de la trappe, un regain de sa tendresse d'autrefois, le mauvais plaisir aussi de le reprendre à une autre fennne. une femme légitime. Déjà, il l'empoignait, il la renversait sur le tas de blé, pâmée, roucoulante, lorsqu'une haute et maigre figure, celle du berger Soûlas, apparut derrière les sacs, toussant violennnent et crachant. D'un bond, Jacqueline s'était relevée, tandis que Jean, essoufUé, bégayait.... Eh bien! c'est ça, je reviendrai en chercher!.... Oh! est-il gros! est-il gros! {La Terre, p. 4-39.)

Tu sais bien (disait Buteau à Françoise) que ce n'est pas fini entre nous, que je te veux, que je t'au-

rai ! — Puiscpic tes {^^rosse à présent , foutue bùtc ! qu'est-ce ([ue tu risques? Je n'eu ajouterai pas un autre, p(jur sur! Elle éclata en larmes, elle eut connue une crise, ne se tléfendant plus, les bras tordus, les jambes agitées de secousses nerveuses; et il ne pouvait la prendre, il était jeté de cùté, à chaque nouvelle tentative. Une colère le rendit brutal, il se tourna vers sa femme. — Nom de Dieu de feignante ! quand tu nous regarderas ! Aide-moi donc, tiens-lui les jambes, si tu veux que ça se fasse!.... A l'appel de son homme, elle n'eut pas une hésitation, s'avança, empoigna la jambe gauche de sa sœur, lécarta, s'assit dessus, comme si elle avait voulu la broyer. Françoise, clouée au sol, s'abandonna, les nerfs rompus, les paupières closes. Pourtant, elle avait sa connaissance, et quand Bute^u l'eut possédée, elle fut emportée à son tour dans un spasme de bonheur si aigu, qu'elle le serra de ses deux bras à rétoulfer, en poussant un long cri. Des corbeaux passaient qui s'en effrayèrent.... Buteau s'était relevé, et Lise n'avait eu quune préoccupation, sassurer s'il faisait bien les choses : et, dans le cœur qu'il y mettait, il venait d'oublier tout, les signes de croix, l'Ave à l'envers. C'était donc pour le plaisir ipi'il avait fait ça?

Mais Françoise ne lui laissa pas le temps de s'expliquer. Un moment, elle était demeurée par terre, comme succombant sous la violence de cette joie d'amour qu'elle ignorait. Brusquement, la vérité s'était faite : elle aimait Buteau, elle n'en avait ja-

mais aime-, elle n'en ainicrail jamais un autre. Celle découverle lemplit de houle, leiiragea eontre ellemême, dans la révollc de loules ses idées de jusliee. Un homme (|ui u'élail [)as à elle, Tliomme à cette sœur quelle détcslail, le seul homme quelle ne pouvait avoir sans être une eoquine! Et elle venait de le laisser aller jus(iu'au bout, et l'avait serré si fort, qu'il la savait à lui ! D'un bond, elle se leva, égarée, défaite, crachant toute sa peine en mots entrecoupés : — Cochons ! salauds ! oui, tous les deux des salauds, des cochons ! Vous m'avez abîmée. Y en a qu'on guillotine, et qui en ont moins fait. Je le dirai à Jean, sales cochons ! C'est lui qui réglei'a votre compte.

Cuteau haussait les épaules, content d'y être arrivé enfin. — Laisse donc! tu en mourais d'envie, je t'ai bien sentie gigoter. Nous recommencerons ça. Cette rigolade acheva d'exasjDérer Lise, sa colère qui montait contre son mari, creva contre sa cadette : « C'est vrai, putain ! je t'ai vue. ïu l'as empoigné, tu l'as forcé.... Quand je disais que tout mon malheur venait de toi ! Ose répéter maintenant (pie tu n'as pas débauché mon homme, oui ! tout de suite, au lendemain du mariage, quand je te mouchais encore ! — Tu mens ! criait Françoise. Tu sais bien que tu mens.... Moi! moi ! et, tout à l'heure, est-ce moi encore? Vache qui m'as tenue! Oui, tu m'aurais cassé la jambe! El ça, vois-tu, je ne compreiuls pas, faut (pie tu sois dégoûtante, ou l'aiil (pu" tu aies voulu m'assassiner, gueuse !

Une bataille enragée, scélérate, s'éleva entre les deux sœurs, les bonnets arrachés, les chairs meurtries, chacune fouillant des doigts où elle pourrait atteindre la vie de l'autre.... Lise vit rouge, elle eut la pensée nette, aiguë, de tuer sa sœur- Ce fut comme dans un éclaii'. elle culbuta Françoise de toute la force de ses poignets. Trébuchante . la malheureuse tourna, sal^attit à gauche, en jetant un cri terrible. La faux lui entrait dans le flanc, ^s'om de Dieu! Nom de Dieu! bégaya Buteau.... Et ce fut tout, (La Terre, p. 447)

Séverine conta son enfance chez le président Grandmorin. elle voulut mentir, ne pas confesser ses rapports avec celui-ci, puis céda à la nécessité de la franchise, trouva un soulagement, un plaisir presque, en disant tout. — Moi. ne plus taimer, pourquoi? Je me moque de ton passé, disait Jacques, ce sont des affaires qui ne me regardent pas. Tu es la lemme de Roubaud. tu as bien pu être celle dun autre. — Tous deux s'étreignaient à s'étouffer, et il sentait sa gorge ronde, gonflée et dure dans son flanc. — Ah! tu as été la maîtresse de ce vieux. Tout de même, c'est drôle. Mais elle se traîna le long de lui. jusqu'à sa bouche, balbutiant dans un baiser : Il n'y a que toi que j'aime, jamais je n'ai aimé que toi.... Oh! les autres, si tu savais! Avec eux, vois-tti, je nai pas seulement appris ce que ça pouvait être : tandis que toi, mon chéri, tu me rends si heureuse ! Elle l'enflammait de ses caresses, sof-

Irant. le voulant, le reprenant de ses mains égarées. {La Bf'te humaine. [). ajy.)

Les donls serrres, n'ayant plus (iniin bégaiement, Jacques, cette iois lavait prise ; et Séverine aussi le prenait. Ils se possédèrent, retrouvant l'amour au fond de la mort, dans la même volupté douloureuse des bètes qui s'éventreut dans le rut. Leur souflle rauque, seul, s'entendit. (La Bête hninainc\ p. i2G3.)

Il y a bien des choses (ju'un honnête homme ferait à ma place, et que je ne fais pas. D'abord, je devrais te flanquera la porte, avec mon pied au derrière. Elle était devenue toute pâle, car elle aussi avait souvent pensé qne, lorsqu'un homme, un jaloux, est ravagé pu* un nuil intérieur, au point de tolérer un amant à sa femme, il y a l'indice d'une gangrène morale, à marche envahissante, tuant les autres scrupules, désorganisant la conscience entière. Mais elle se débattait, elle refusait d'être responsable. {La Bête humaine, p. 'i"]^-)

Jacques et Séverine. A son tour, Jacques déshabillé se coucha, ce fut un brusque enlacement, ime possession enqjortée, qui les étoufl'a tous les deux, hors d'haleine. Dans l'air mort de la chambre, il n'y eut pas un cri, pas un bruit, rien qu'un grand tressaillement éperdu, un spasme profond jusqu'à l'épanouissement.

Jaciines, déjà, ne reconnaissait plus en Séverine la femme des premiers rendez-vous, si douce, si passive. îivec la limpidité de ses yeux bleus. Elle semblait s'être passionnée chaque jour, sous le casque sombre de ses cheveux noirs; et il l'avait sentie peu à peu s'éveiller, dans ses bras, de cette longue virginité froide, dont ni les px'atiques séniles de Grandinorin, ni la brutalité conjugale de Roubaud n'avaient pu la tirer. La créature d'amour, simplement docile autrefois, aimait à cette heure, et se donnait sans réserve, et gardait du plaisir une reconnaissance brûlante. Elle en était arrivée à une violente passion, à de l'adoration pour cet homme qui lui avait révélé ses sens. C'était ce grand bonheur, de le tenir enfin à elle, librement, de le garder contre sa gorge, lié de ses deux bras, qui venait ainsi de serrer ses dents, à ne pas laisser échapper un soupir.... Elle le reprit tout de suite dans ses bras, se pelotonna contre lui, enfonça le nez dans son cou. Et, soupirant d'aise : Mon Dieu ! qu'on est bien! {La Bcte humaine, p. 345.)

L'Amour à la campagne

Une seule chose (Françoise) l'emplissait, était restée dans sa chair, matérielle, aiguë : l'attaque de cet homme (Buteau) au bord du champ, là-bas, ses mains chaudes dont elle se sentait encore l'étau aux

cuisses, son odiMii- (jiii l:i siiivail. son appi'ocho de iiiàle(nrelle alloiulail toujours, riuileinecoupée, dans une angoisse île désir combattu. Elle fermait les yeux, elle sutloquait.... Jean, alors, ne parla plus, le sang de ses veines frappait à grands coups, il résistait, dans une idée cjue ce serait mal d'abuser de cette eni'ant. Mais le bruit de son cœur létoui'dissait, il l'avait tant désirée ! et l'image de la possession l'aflolait. comme dans ses nuits de (ièvre. Il se coucha près d'elle, il se contenta d'abord de sa main, puis de ses deux mains, qu'il serrait à les broyer, en n'osant même les porter à sa bouche. Elle ne les retirait pas, elle rouvrit ses yeux vagues, aux paupières loui'des, elle le regarda sans un soul'ire, sans une honte, la face nerveusement allongée. Et ce fut ce regard muet, presque douloureux, qui le rendit tout d'un coup brutal. Il se rua sous les jupes, l'enqDoigna aux cuisses, comme l'autre.... Non, non, balbutia-t-elle, je t'en prie.... C'est sale.... Mais elle ne se défendit point. Elle n'eut qu'un cri de douleur. Il lui semblait que le sol fuyait sous elle ; et, dans ce vertige, elle ne savait plus : étaitce l'autre qui revenait? elle retrouvait la même rudesse, la nu''me àcreté du mâle, fumant de gros travail au soleil. La confusion d(;vint telle, dans le noir incendié de ses paupières obstinément closes, cpi'il lui échappa des mots, bégayés, involontaires. — Pas d'enfants.... Ote-toi. Il lit un saut brusque, et cette semence humaine, ainsi détournée et perdue, tomba dans le blé mi'ir, sur la terre, cpii. elle, ne se refuse

jamais, le flanc ouvert à tous les germes, cteraelleinent fécoiule. (La Terre, p. 2|i.)

Que vient faire ici la icvvc féconde poétisant Unfécondité criminelle de l'homme ?

L'Amour du changement

Tu regrettes quil soit parti, hein? — J'ai fini par me rappeler ce que disait ton mari, que tu coucherais un beau soir avec ce garçon, sans plaisir, uniquement pour recommencer autre chose. — Recommencer^ recommencer.... Eh! bien, écoute, c'est vrai.... Xous pouvons nous dire tout, nous autres. Il y a assez de choses <jui nous lient. Depuis des mois, il me poursuivait, cet homme. Il savait que j'étais à toi, il pensait ([ue ça ne me coûterait pas davantage d'être à lui. ¥a, quand je l'ai retrouvé en bas, il m'a parlé encore, il ma répété qu'il m'aimait à en mourir c'est vrai, j'ai lait un moment le rêve de

l'aimer aussi, de recommencer autre chose, quelque chose de meilleur, de très doux. Oui, (juelque chose sans plaisir peut-être, nuiis qui m'aurait calmée. Car, devant nous deux, maintenant c'est barré, nous n'irons pas plus loin.... — Et c'est pour ça que tu as couché avec l'autre? — Xon, je n'ai pas couché avec

lui Xon, je n'ai pas pu, pas davantage que tu n'as

pu toi-même, pour l'autre aflaire (l'assassinat de son mari). Hein? ça t'étonne qu'une femme ne puisse se

doniior à un liommc, (luand elle raisonne le cas, eu trouvant (juelle y aurait intéi'èt. .. Eh bien ! je n'ai pas pu celte lois-là ! Il m'a baisé les mains, pas môme les lèvres, je te le jure.... — Mais laulre encore, il y en a un autre, ce Caboche? — Ah! tu t'es aperçu, tu sais cela aussi; oui, c'est vrai, il y a celui-là encore. Je me demande ce (pi'ils ont tous.... Seulement, tu ne vas pas t'imaginer (jue je suis capable de céder à ce sauvage. Il est trop gros, il me ferait peur.... Avant loi, je n'ai été à personne. Je suis tienne et je resterai tienne, môme si tu ne veux pas, môme si je ne le voulais pas moi-même. Avec les autres ça me fait peur, ça me répugne ; tandis que toi, tu as fait de ça un plaisir délicieux, un vrai bonheur du ciel!.... Alors il l'emporta, ils se couchèrent Ce fut une de leurs plus ardentes nuits d'amour, la meilleure, la seule oii ils se sentirent confondus, disparus l'un dans l'autre. Brisés de ce bonheur, anéantis au point de ne plus sentir leur corps, ils ne s'endormirent pourtant pas, ils restèrent liés d'une étreinte.... Mais lui, ce soir-là, lorsqu'il la retrouvait fidèle, d'une passion élargie et fidèle, pourquoi voulait-il la tuer? Etait-ce donc ((ue plus elle l'aimait, plus il la voulait posséder, jusqu'à la détruire, dans ces ténèbi'es effrayantes de l'égoïsme du nulle?.... Elle cherchait, elle, le moyen de tuer son mari, suiloquée un peu, parce qu'il lui ramassait la gorge sous les lèvres, pour la baiser toute.... Et, cette fois, emportés jusqu'à l'évanouissement, ils s'aimèrent.... Oh! embrasse-moi, si fort, si fort!

embrasse-moi comme si tu me mangeais, pour quil ne reste plus rien de moi en dehors de toi !.... embrasse-moi, embrasse-moi.... Mais il tenait le couteau, les dents serrées, il ne disait pas un mot..,, il abattit le poing et le couteau lui cloua.... son amour dans la gorge. Le mari avait tué l'amant; le second amant tuait sa maîtresse ; le second crime n'était-il pas la logique du premier? {La Bête humaine, p. 3:5.)

L'Amour et la Mort

Etienne et Catherine au fond de la mine, agonisants. — Hein! fait-il chaud! Prends-moi donc, restons ensemble, oh! toujours, toujours! Il la serrait, elle se caressait contre lui, longuement, continuant dans un bavardage de fille heureuse : Avons-nous été bêtes d'attendre si longtemps ! Tout de suite j'aurais bien voulu de toi, et tu n'as pas compris, tu as boudé.... Puis, tu te rappelles, chez nous, la nuit, quand nous ne dormions pas, le nez en l'air, à nous écouter respirer, avec la grosse envie de nous prendre?.... — Tu mas battu une fois, oui, oui! des soufflets sur les deux joues! — C'est que je t'aimais, murmura-t-elle. — Rien n'est jamais fini, il suffit d'un peu de bonheur pour que tout recommence. — Alors, tu me gardes, c'est le bon coup cette fois!.... Oh! garde-moi, garde-moi tout entière ! D'un élan, elle s'était pendue à lui. elle chercha sa bouche et y

colla passionnônionl la sienne. Les ténèbres s'éclairèrent, elle revit le soleil, elle retrouva un rire calmé cVamourense. Lui, Irénii-ssant de la sentir ainsi contre sa chair, demi-nue, sous la veste et la culotte en lambeaux, l'empoigna, dans un réveil de sa virilité. Et ce fut enfin leur nuit de noces, au fond de cette tombe, sur ce lit de boue, le besoin de ne i)as mourir avant d'avoir eu leur bonheur, l'obstiné besoin de vivre, de faire de la vie une dernière fois. Ils s'aimèrent dans le désespoir de tout, dans la mort. (Romans célèbres. Germinal, p. ^>f\.)

L'Amour filial

CiOninu-nl lu t'appelles? rcpi'it Fouan. je le sais trop, je t'ai fait. Buteau ricana. Fallait j)as me faire. Ah ! mais oui, ça y est, chacun son tour. Je suis de votre sang, je n'aime pas qu'on me taquine.... Et encore un coup, foutez-moi la paix, ou ça tournera mal ! — Pour toi, bien sûr!.... Jamais je n'ai parlé ainsi à mon père. — Oh! là là, en voilà une raide ! Votre père, vous l'auriez crevé s'il n'était pas mort ! — Sale cochon, tu mens! Et, nom de Dieu de nom de Dieu ! tu vas ravaler ça tout de suite. — Dis que tu as menti, sale cochon, dis (pie tu as menti, ou je vas te faire danser, aussi vrai que cette chandelle nous éclaire! Je suis le maître, le père! — Allons donc. \icu\ farceur, vous n'êtes rien du tout!

Lorsqu'on a fait sou temps et qu'on a passé la terre aux autres, ou avale sa chicpie, sans les emmerder davantage. {La Ten-e. p. '3io.)

Amour précoce

Lydie, tremblante, ear elle éprouvait, devant .Teanlin (lo ans), une peur et une tendresse de petite i'eunne ]>attue.... Pour lui fermer la bouche, il lavait eni])oignée en riant, il se roulait avec elle sui- le terri. C/était sa petite ienjuie, ils essayaient ensemble, dans les coins noirs, l'amour qu'ils entendaient et ([uils voyaient chez eux, derrière les cloisons, par les fentes des portes. Ils savaient tout, mais ils ne ])ouvaient guère, trop jeunes, tâtonnant, jouant, pendant des heures, à des jeux de petits chiens vicieux. Lui appelait ça « faire papa et maman: » et, quand il l'eunnenait, elle galopait, elle se laissait prendre avec le tremblement délicieux de l'instinct, souvent fâchée, mais cédant toujours, dans laltentc de ([uelque chose qui ne venait point.

(Connue lîébert n'était pas admis à ces parlies-là. et (ju'il recevait une Ijoiu-radc. des qu'il voulait tàter de Lyilie. il restait gêné, travaillé de colère et de malaise, quand les deux autres sannisaient, ce dont ils ne se gênaient nullement en sa présence. Aussi n'avait-il qu'une idée, les effrayer, les déranger, en leur criant qu'on les voyait.

— C'est Ibutu, v'ià un homme qui regarde. (Romans célèbres, Gei'niiiial, j). V)(j.)

Un Amour.... vaste

La veuve Désir pai'ut tellement vaste à Etienne, que, malgré son inquiétude, il ne put s'empêcher de sourire en la regardant, avec une paire de seins dont un seul rét'lanuiit un honnuo pour être embrassé ; ce qui faisait dire que, maintenant, sur les six galants de la semaine, elle en prenait deux chaque soir à cause de la besogne. (Ilomans cclcb/'cs, Germinal, p. 195.)

Un Bain.... en famille

La Maheude lavait Moheu dans le dos et les parties qu'il lui était mal commode d'atteindre. D'ailleurs, il aimait qu'elle le savonnât, qu'elle le frottût partout, à se casser les poignets.... Du dos, elle passa aux fesses, et lancée, elle poussait ailleurs, dans les plis, ne laissant pas une place du corps sans y passer, lé faisant reluire comme ses trois casseroles, les samedis de grand nettoyage.... Maintenant, elle l'essuyait, le tamponnait avec un torchon, aux endroits où ça ne voulait pas sécher. Lui, heureux, sans songer au lendemain de la dette, éclatait d'un gros rire et l'empoignait à pleins bras.

— Laisse donc, bête ! tu es trempe, tu me mouilles.

— Il renipoi;^na de nouveau et cette fois ne la lâcha plus. Toujours le baiu linirsait ainsi, elle le ragaillardissait à le frotter si fort, puis à lui pa^rser partout des linges <pii lui chatouillaient les poils des bras et de la poitrine. D'ailleurs, c'était également, chez les camarades du coron, l'heure des bêtises, où l'on plantait plus d'eufants qu'on n'en voulait. La nuit on avait sur le dos la famille. Il la poussait vers la table, goguenardant en brave honnne qui jouit du seul moment de la journée, appelant ça prendre son dessert, et un dessert qui ne coûtait rien. Elle, avec sa taille et sa gorge roulantes, se débattait un peu pour rire.

— Es-tu bête, mon Dieu! es-tu bête!.... Et Estelle qui nous regarde ! Attends que je lui tourne la tète.

— Ah ! ouichc ! à trois mois, est-ce que ça comprend? (Romans célèbres, Germinal, p. 92.)

Amours innocents de la campagne

Ce sacré Buteau. nous étions camarades.... Ah! ça ne lui coûte guère de uicutir aux filles ! Il lui en faut quand même, il les prend à coups de poing, lors({u'elles ne veulent pas par gentillesse. — Bien sûr que c'est un cochon ! déclara Françoise d'un air convaincu. On ne fait pas à une cousine la cochonnerie de la planter là, le ventre gros. — Attends.

— oa —

la (]oliclie ! (une vache) Je vais te iairc danser!.... La voilà qui reconnnenee. elle est enragée, cette l)cle, quand (,a la lient!

.... Et comme Jean se décidait à entrer dans la cuisine, la Goguette le prit par la taille, se frottant à lui dunair de rire, sans s'inquiéter d'être vue, en amoureuse gourmande qui ne se contentait pas du maître.

.... La Coljche prolongea son meuglement désespéré de désir ; et un souille rauque vint de la vacherie, dont la porte était fermée. — Tiens ! cria Jean, ce bougre de César l'a entendue ! Ecoute, il cause là dedans. (Jh ! il connaît son alfaire, on ne peut en faire entrer dans la cour, sans qu'il la sente et qu'il sache ce qu'on lui veut. Si tu voulais, je t'amènerais le taureau. Nous ferions bien ça à nous deux? — Oui, c'est une idée, dit Françoise (i4 ans) qui se leva.... César s'avança, se colla contre la Coliehe, posa la tète sur la croupe, d'une courte et rude pression ; sa langue pendait, il écarta la queue, lécha jusqu'aux cuisses.... Jean et Françoise, gravement, les mains ballantes, attendaient.

(^uand il fut prêt. César monta sur la Colichc, d'un saut brusque, avec une lourdeur puissante qui ébranla le sol. Elle n'avait pas plié, il la serrait aux (lancs de ses deux jambes. Mais elle, une cotentine de grand taille, était si haute, si large ])our lui, de race moins lorte, qu'il n'arrivait i)as. 11 le sentit, voidul se remonlei' inutilement.

— Il est trop petiot, dit Fi-ançoise. — Oui. un peu.

(lit Jfuu. Ça ne l'ail rien, il ciiliora tout de même. Elle hocha la tète : et. César, tâtonnant encore, s'épuisant. elle se décida.

— Non. faut laider.... S'il entre mal. ce sera perdu, elle ne retiendra pas. D'un air calme et attentif, comme pour une besogne sérieuse, elle s'était avancée. Le soin qu'elle y mettait fonçait le noir de ses yeux, entrouvrait ses lèvres rouges, dans sa face immobile. Elle dut lever le bras d'un grand geste, elle saisit à pleine main le membre du taureau, qu'elle redressa. Et lui, (piand il se sentit au bord, ramassé dans sa force, il pénétra d'un seul tour de reins, à fond. Puis il ressortit. C'était fait : le coup de plantoir qui enfonce une graine. Solide, avec la fertilité impassible de la terre qu'on ensemence, la vache avait reçu, sans mi uu)uvement. ce jet fécondant du mâle. Elle n'avait même pas frémi dans la secousse. Lui, déjà, était retombé, ébranlant de nouveau le sol. — Ça y est, dit Françoise. — Et raide ! répondit Jean. Jacqueline se tenait sur la porte, après la saillie, ils partirent ensemlile. elle leur cria de sa voix chaude de farceuse : Pas de danger, hein ! si vous vous perdez ensemble : la petite connaît le bon chemin. — Si la (]oliche recommençait.... A'eux-tu que je t'accompagne chez toi ! — Non. non, inutile, plus de danger ! elle a le sac plein ! {La Terre, p. 10.)

Et voilà qu'un mâle l'habitait, un mâle brutal, habitué à trousser les filles au fond des fossés, et

dont les rigolades secouaient les cloisons, haletaient à travers les fentes des boiseries ; elle savait tout, instruite par les bêtes, elle en était dégoûtée et exaspérée. Dans la journée, elle préférait sortir, pour les laisser l'aire leur cochoniirrie à l'aise. Le soir, ils coiunien«;aieut à rire (mi (pilllanlla table, elle leur criait d'attendre au moins quelle eût fini la vaisselle. Et elle gagnait sa chambre, fermant les portes violemment, bégayant des insultes : Salauds ! salauds ! entre ses dents serrées. Malgré tout, elle croyait entendre encore ce qui se passait en bas. La tète enfoncée dans l'oreiller, le drap tiré jusqu'aux yeux, elle brûlait de (iévi-e, l'ouie et la vue hantées d'hallucinations, soullrant des révoltes de sa puberté.

Le pis était que Iîuteau,en la voyant si occupée de ça, la plaisantait par farce. Eh bien! quoi donc? qu'est-ce qu'elle dirait, quand il lui faudrait y passer ? Lise aussi riait, ne trouvant là aucun mal. Et lui, alors. expli(puiit son idée sur la bagatelle : puisque le bon Dieu avait donné à chacun ce plaisir qui ne coûtait rien, il était permis de s'en payer tant qu'on pouvait, jusqu'aux oreilles ; mais pas d'enfants, ah ! pour ça, non ! N'en fallait plus ! On en faisait toujours trop, lorsqu'on n'était pas marié, par bêtise. Ainsi Jules, une fichue surprise tout de même, qu'il avait bien dû accepter. Mais, lorsqu'on élaitmarié, on devenait sérieux, et il se seraitplutôt coupé comme un chat que d'en recommencer un autre. Merci ! pour qu'il y eût une bouche encore à

la maison, où le pain déjà filait si raidc ! Aussi ouvi*ait-il l'œil, se surveillant avec sa l'einiiie, signasse, la mutine, (luellc goberait la chose du coup, disaitil, en ajoutant, pour rire, qu'il labourait dur et ne semait pas. Du blé, oh! du blé, tant que le ventre enflé de la terre pouvait on lAcher ! Mais des mioches, c'était fini, jamais !

.... Il faisait chaud, Buteau était resté la chemise ouverte, la culotte déboutonnée, près de lui tomber des fesses, après s'être lavé au puits; et, comme il s'asseyait pour manger sa soupe, Françoise, qui le servait, tourna un instant derrière lui. Enfin, elle éclata toute rouge. — Dis, rentre ta chemise, c'est dégoiitant. 11 était mal planté, il s'emporta. — Nom de Dieu! as-tu fini de mcplucher! Ne regarde pas si ça toll'usque.... ï' as donc bien envie d'en tàter, morveuse, que t'es toujours là-dessus? — lia raison, dit Lise, tu nous embêtes à la fin.... Ya-t'en, si l'on n'est plus libre chez soi. {La Terre, p. 199.)

Un soir, le tourment de Jean fut tel que, se glissant dans la bergerie , il vint tirer par les pieds une femme mariée avec un des faucheurs, et qu'il avait culbutée, deux ans auparavant, jeune fille encore. Elle céda sans défense. Ce fut une gloutonnerie muette, dans les ténèbres embrasées, sur le sol battu.... Et, depuis vingt jours, il revenait toutes les nuits. (La Terre, p. •23\.)

Dis? murmura tout d'un coup la Mouquette, en

venant prondrc gentiment (Etienne) par la taille, pour(|uoi ne veux-tu pas niainier? Il ne put s'enipi^eher de rire, lui aussi, tellement elle avait lancé ça d'un air mignon. — Mais je t'aime bien, répondit-il. — \on. non. pas comme je veux.... Tu sais que j'en meurs denvie. Dis? (;a me ferait tant plaisir !.... Il la regardait toujours, se collant à lui, l'étreignanl de ses deux bras frissonnants, la face levée dans une lelle supplication d'amour, qu'il en était très touché. Sa grosse ligure ronde n'avait rien de beau, avec son teint jauni, mangé par le charbon, mais ses yeux luisaient d'une flamme, il lui sortait de la peau un cliarme. un tremblement de désir, qui la rendait rose et toute jeune. Alors, devant ce don si humble, si ardent, iln'osaplus refuser. — Oh! tu veux bien, balbutia-t-elle ravie. Oh ! tu veux bien !

Et elle se livra dans une maladresse et un évanouissement de vierge, comme si c'était la première fois, et qu'elle n'eût jamais connu d'homme. Puis, (piand il la quitta, ce fut elle qui déborda de reconnaissance ; elle lui disait merci, elle lui baisait les mains. {Romans célèbres. Germinal, p. •na.)

Déjà Zacharie poussait Philomène dans ce même chemin écarté, malgré sa résistance. Elle était pressée, une autre fois. Ça n'avait rien de drôle, de ne se voir que dehors, surtout l'hiver, lorsque la terre est mouillée, et qu'on n'a pas les blés pour se coucher dedans. (Romans célèbres. Germinal, p. 9^.)

Une Baronne qui s'immole sur l'autel de la Bourse

Saccard s'était mis galamineut à la disposition de la baronne Sandorll" pour tons les renseignements qu'elle désirait, en l'emmenant dans la pièce réservée, au fond du corridor. Et lèi. à la première attaque brutale, elle céda sur le divan, ainsi cpiune jeune lille, d'avance résignée à l'aventure. (U Argent. p. 220.)

A quatre heures, lorsque Saccard arriva, la baronne Sandorff était déjà là. allongée sur la chaise longue, devant le feu. Elle se moulrail d'iiabitude très exacte, en femme d'affaires qui sait le prix du temps. Les premières fois, il avait eu la désillusion de ne pas ti'ouver l'ardente amoureuse qu'il espérait, chez cette femme si brune, aux paupières bleues, à la provocante allure de bacchante en folie. Elle était de marbre, lasse de son inutile effort à la recherche d'une sensation qui ne venait point, tout entière prise par le jeu, dont l'angoisse au moins lui chaulî'ait le sang. Puis l'ayant sentie curieuse, sans dégoût, résignée à la nausée, si elle croyait y découvrir un frisson nouveau, il l'avait dépravée, obtenant d'elle toutes les caresses. Elle causait Bourse, lui tirait des renseignements; et comme, le hasard aidant sans doute, elle gagnait depuis sa liaison, elle traitait un peu Saccard en fétiche, l'objet ramassé que l'on

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