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gai'iK- ri ([lie Ton baise. inOnic malpropre, pour la chance (juil vous porlc.
Clarisse avait l'ait un si grand feu, ce jour là, qu'ils ne se mirent pas au lit, par un rallinement de rester devant les hautes flammes, sur la chaise longue. Dehors, la nuit allait se faii-e. Mais les volets étaient fermés, les rideaux soigneusement tirés; et deux grosses lampes, aux globes dépolis, sans abat-jour, les éclairaient d'une lumière crue.
A peine Saccard était-il entré, que Deleambre, à son tour, descendit de voiture. Le procureur général Deleambre, personnellement lié avec l'empereur, en passe de ilevcnir ministre, était un homme maigre etjaune de cin(iuanteans, à la haute taille solennelle, à la face rase, coupée de plis profonds, d'une austère sévérité. Son nez dur, en bec d'aigle, semblait sans défaillance comme sans pardon. Et, lorsqu'il monta le perron, de son pas ordinaire, mesuré et grave, il avait toute sa dignité, son air froid des grands jours d'audience. Personne ne le connaissait dans la maison, il n'y venait guère qu'à la nuit tombée.
Clarisse l'attendait dans l'étroite antichambre.
— Si monsieur veut me suivre, et je recommande bien à monsieur de ne pas faire de bruit.
Il hésitait, pourquoi ne pas entrer par la porte qui ouvrait directement sui* la chambi-e? Mais, à voix très basse, elle lui expliqua (lue le veri'ou était mis sûrement, qu'il faudrait briser tout et que nuidame, avertie, aurait le temps de s'arranger. Non ! ce qu'elle voulait, c'était la lui faire surprendre telle qu'elle
— •".» — l'avail viu'. uiijt)ur, eu risciuaul un njil au li'ou de la serrure. Pour cela, elle avait imaginé quelque chose de bien simple. Sa chambre, autrefois, communiquait avec le cabinet de toiletle par une porte, aujoiu'd'luii fermée à clef; et, la clef ayant été ensuite jetée au fond d'un tiroir, elle avait eu seulement à la reprendre là, puis à rouvrir; de sorte que, grâce à cette porte condamnée, oubliée, on pouvait maintenant pénétrer sans bruit dans le cabinet de toilette, qui lui-même n'était séparé de la chambre que par une portière. Certainement, madame n'attendait personne de ce côté.
— Que monsieur se confie entièrement à moi. J ai intérêt, n'est-ce pas ? à la réussite.
Elle se glissa par la porte entre-bàillée, disparut un instant, laissant Delcambre seul, dans son étroite chambre de bonne, au lit en désordre, à la cuvette d'eau savonneuse, et tlont elle avait déjà déménagé sa malle, le matin, pour iiler, dès que le coup serait fait. Puis, elle revint, referma doucement la porte sur elle.
— Il faut que mousicur attende un petit peu. Ce n'est pas encore ça. Ils causent.
Delcambre restait digne, sans un mot,, debout et immobile sous les regards vaguement blagueurs de cette fille qui le dévisageait. Cependant, il se lassait, un tic nerveux tirait toute la moitié gauche de son visage, dans la rage contenue dont le flot montait à son crâne. Le furieux mâle, aux appétits d'ogre, qu'il y avait en lui, caché derrière la glaciale
sévérité île son mas((ii(' prolessioiiiiel. coimiioïKjail à groiulor souriloiiu'iil, iri-ilé de colle eliaii- (iii'on lui volait.
— Faisons vite, faisons vile, répéta-t-il, sans savoir ce qu'il disait, les mains fiévreuses.
Mais, lorsque Clarisse, disparue de nouveau, revint un doigt sur les lèvres, elle le supplia de patienter encore.
— Je vous assure, monsieur, soyez raisonnable, autrement vous perdrez le plus beau.... Dans un moment, ça y sera en plein.
Et Delcambre, les jambes brusquement cassées, dut s'asseoir sur le petil lit de ])onne. I^a nuit tombait, il resta ainsi dans lombre, tandis que la femme de chambre, aux écoutes, ne perdait aucun des bruits légers qui venaient de la chambre, et qu'il entendait, lui, décuplés par un tel bourdonnement de ses oreilles, qu'ils lui paraissaient être le piétinement d'une armée en marche.
Enfin, il sentit la main de Clarisse tâtonnant le long de son bi-as. Il comprit, lui donna, sans une parole, une enveloppe, où il avait glissé les deux cents francs promis. Et elle marcha la première, écarta la portière du cabinet, le poussa dans la chambre, en disant :
— Tenez ! les v'ià î
Devant le grand feu, aux bi'aises ardentes, Saeeard était sur le dos, couché au bord de la chaise longue, n'ayant gardé que sa chemise, qui, roulée, remontée jusqu'aux aisselles, découvrait, de ses
pieds il SCS épaules, sa peau brune, envahie avec l'âge d'un poil de bute; tandis que la baronne, entièrement nue, toute rose des flammes qui la cuisaient, était agenouillée: et les deux grosses lampes les éclairaient dune clarté si vive, que les moindres détails s'accusaient, avec un relief d'ombre excessif.
Béant, suffoqué par ce flagrant délit anormal, Delcambre s'était arrêté, pendant que les deux autres, comme foudroyés, stupides de voir entrer cet homme par le cabinet, ne bougeaient pas, les yeux élargis et fous.
— Ah ! cochons ! bégaya enfin le procureur général, cochons ! cochons !
Il ne trouvait (jue ce mot, il le répéta sans fin, Tacccntua du même geste saccadé, pour lui donner plus de force. Cette fois, d'un bond, la femme s'était levée, éperdue de sa nudité, tournant sur elle-même, cherchant ses vêtements, qu'elle avait laissés dans le cabinet de toilette, où elle ne pouvait aller les reprendre ; et. ayant mis la main sur un jupon blanc resté là. elle s'en couvrit les épaules, garda les deux bouts de la ceinture entre les dents, afin de le serrer autour de son cou, contre sa poitrine. I/homme, qui avait quitté aussi la chaise longue, rabattit sa chemise, l'air très ennuyé.
— Cochons ! répéta encore Delcambre, cochons ! dans cette chambre que je paie !
Et, montrant le poing à Saccard, s'afTolant de plus en plus, à l'idée que ces ordures se faisaient sur un meuble acheté avec son argent, il délira.
— \ Ous ôlos ici (.'11»'/ moi, (.•ocIkmi (\\\c nous iHcs! Kt t'clle l'omino est à moi. vous êtes un cochon cl un voleur !
Saccard, ijui ne se t'àcliail pas, aurait voulu le calmer, fort embarrasse d'être ainsi eu chemise, et tout à fait contrarie de l'aventure. Mais le mol de voleur le blessa.
— Dame! monsieur, rcpondit-il, quand on veut avoir une fennnc à soi loul seul, on commence ]iar lui donner ce dont elle a besoin.
Cette allusion à son avarice acheva d'enrager Delcambre. Il était méconnaissable, effroyable, comme si le bouc humain, tout le priape caché lui sortait de la peau. Ce visage, si digne et si froid, avait brus- ((ucment rougi, et il se gonllait, se tuméfiait, s'avançait en un mufle furieux. L'emportement lâchait la brute charnelle, dans l'attreuse douleur de cette fange remuée.
— Besoin, besoin, balbutia-l-il, besoin du ruisseau.... Ah! garce!
Et il eut vers la baronne un geste si violent, (luelle prit peur. Elle était restée debout, imnu)bile, ne parveiuuit à se voiler la gorge, avec le jupon, qu'en laissant à découvert le ventre et les cuisses. Alors, ayant comjjris ([ue cette nudilé coupable, ainsi étalée, l'exaspérait davantage, elle recula jusqu'à une chaise, s'y assit en serrant les jambes, en remontant les genoux, de façon à cacher tout ce quelle pouvait. Puis, elle demeura là, sans un geste, sans un mot. la tète un peu basse, les yeux oj)liques et
souriii^is sur la halaillc. en Icnicllo tjiie les màles
se disputent, cl qui attend, pour être au vainqueur.
Saccard. courageusement, s'était jeté devant elle.
— Vous n'allez pas la battre. i)eut-ôtre !
Les deux hommes se trouvèrent lace à lace. /
— Enfin, monsieur, reprit-il, il faut en finir. Xous
ne pouvons pas nous disputer comme des cochers
(rest très vrai, je suis l'amant de madame. Et je vous répète (|ue, si vous avez payé les meubles ici, moi j'ai payé....
— (hioi ?
— Beaucoup de choses : par exemple, l'autre jour, les dix mille francs de son ancien conqite chez Mazaud. ([ue vous aviez absolument refusé [de régler.... J'ai autant de droits que vous. Lu cochon, c'est possible ! mais un voleur, ah ! non ! Vous allez retirer le mot.
Hors de lui, Delcambre cria :
— ^'ous êtes un voleur, et je vais vous casser la tète, si vous ne déguerpissez pas à l'instant.
Mais Saccard. à son tour, s'irritait. Tout en remettant son pantalon, il protesta.
— Ah ! çà, dites donc, vous m'embêtez, à la lin! Je m'en irai si je veux.... Ce n'est pas encore vous qui me ferez peur, mon bonhomme !
Et, quand il eut enlîlé ses bottines, il tapa résolument des pieds sur le tapis, en disant :
— Là. maintenant, je suis d'aplomb, je reste. Etoullant de rage, Delcambre s'était rapproché.
le mufle en avant.
— Sale cochon, vcux-lii (ilcr !
— Pas avant toi, vieille crapule !
— Et si je le flanque ma nuùu sur la ligure !
— Moi, je te plante mon pied ({uel(|uc part !
Nez à nez, les crocs dehors, ils aboyaient. Oublieux d'eux-mêmes, dans cette débâcle de leur éducation, dans ce flot de vase immonde du rut qu'ils se disputaient, le magistrat et le financier en vinrent à une querelle de charretiers ivres, à des mots abominables, qu'ils se lançaient avec un besoin croissant de l'ordure, comme des crachats. Leurs voix s'étranglaient dans leur gorge, ils écumaient de la boue.
Sur sa chaise, la baronne attendait toujours que l'un des deux eût jeté l'autre dehors. Et, calmée déjà, arrangeant l'avenir, elle n'était plus gênée que par la présence de la femme de chambre, qu'elle devinait derrière la portière du cabinet de toilette, restée là pour se faire un peu de bon sang. Cette fille, en effet, ayant allongé la tète, avec un ricanement d'aise, à entendre des messieurs se dire des choses si dégoûtantes, les deux femmes s'aperçurent, la maîtresse accroupie et nue, la servante droite et correcte, avec son petit col plat ; et elles échangèrent un flamboyant regard, la haine séculaire des rivales, dans cette égalité des duchesses et des vachères, quand elles n'ont plus de chemises.
Mais Saccard, lui aussi, avait vu Clarisse. Il achevait de s'habiller violemment, enfilait son gilet et revenait lâcher une injure dans la figure de Del-
cambre, passait la nianelie j^aiithe de sa redingote et en criait une autre, passait la manche droite et en trouvait d'autres, d'autres toujours, à pleins baquets, à la volée. Puis, tout d'un coup, pour en finir:
— Clarisse, venez doncî.... Ouvrez les j)ortes, ouvrez les leuètres. pour ipu' toute la maison et toute la rue entendent !.... Monsieur le procureur général veut qu'on sache qu'il est ici. et je vais le faire connaître, moi î
Pâlissant, Delcambre recula, en le voyant se diriger vers une des fenêtres, comme s'il voulait en tourner la crémone, (^e terrible homme était très capable d'exécuter sa menace, lui qui se moquait du scandale.
— Ah! canaille, canaille! murmura le magistrat. Ça fait bien la paire, vous et cette catin. Et je vous la laisse....
— C'est ça, décampez ! On n'a pas besoin de vous.... Au moins, ses factures seront payées, elle
ne pleurera plus misère Tenez! voulez-vous six
sous, pour prendre l'omnibus?
Sous l'insulte, Delcambre s'arrêta un instant, au seuil du cabinet de toilette. Il avait de nouveau sa haute taille maigre, sa face blême, coupée de plis rigides. Il étendit le bras, il fit un serment.
— Je jure que vous me paierez tout ça.... Oh ! je vous retrouverai, prenez garde !
Puis, il disparut. Tout de suite, derrière lui, on entendit la fuite d'une jupe : c'était la femme de clianibre t[ui. par crainte d'une explication, se sau-
vait, 1res égayée, à la suite de la bonne farce. Saccard, secoué encore, piétinant, alla l'ermer les portes, revint dans la chambre, où la baronne était restée, clouée sur sa chaise. Il se promena à grands pas, repoussa dans la cheminée un tison qui sécroulait ; et, la voyant seulement alors, si singulière et si peu couverte, avec ce jupon sur les épaules, il se montra très convenable.
— Ilabillez-vous donc, ma chère.... Et ne vous émotionnez pas. C'est bête, mais ce n'est rien, rien du tout.... Nous nous reverrons ici, après-demain, pour nous arranger, n'est-ce pas? Moi, il faut, (jue je file, j'ai un rendez-vous avec Huret,
Et, connue elle remettait enfin sa chemise, et qu'il partait, il lui cria de rantichambre :
— Surtout, si vous achetez de l'Italien, pas de bêtise ! ne le prenez qu'à prime. {L'Argent, p. 229.)
La Bourse et la Vie
La spéculation.... Pourquoi ce mot vous fait-il peur? Mais la spéculation, c'est l'appât même de la vie, c'est l'éternel désir qui force à lutter et à vivre.... Si j'osais une comparaison, je vous convaincrais.... Il riait, pris d'un scrupule de délicatesse. Puis il osa tout de môme, volontiers brutal devant les femmes. — Voyons, pensez-vous que sans.... comment dirai-je? sans la luxure, on ferait
beancoiip d'enfants? Sur cent enfants qu'on manque de faire, il arrive qu'on en iabri(iue un à peine. C'est l'excès qui amène le nécessaire, n'est-ce pas?.... — Certes, répondit-elle, gênée. — Violemment, faites flamber un rêve à l'horizon, promettez qu'avec un sou on en gagnera cent, olï'rez à tous ces endormis de se mettre à la chasse de l'impossible, des millions conquis en deux heures, au milieu des plus cH'royables casse-cou ; et la course commence, les énergies sont décuplées, la bousculade est telle, que, tout en suant uniquement pour leur plaisir, les gens arrivent parfois à faire des enfants, je veux dire des clioses vivantes, grandes et belles.... Ah! dame, il y a beaucoup de saletés inutiles, mais certainement le monde finirait sans elles. (U Argent, p. 143.)
Le Calcul de la prostitution
Elle (Jacqueline) espérait bien l'amener à l'épouser.... ou à faire un testament en sa faveur, quand elle aurait achevé de l'user.... Depuis des années que je mesquinte à lamuser, conclut-elle, tu ne comprends pas que ce n'est pas pour ses beaux yeux.... Dis, caporal, (;a marchait mieux avec toi, nous étions si d'accord. {La J'erre, p. 439)
Un Caprice.... de deux cent mille francs
Le choix de Saccard, tout de suite, tomba sur ]\jmc(^ç Jcumoiit, chez (jui il avait diné deux ou trois lois avec Maxime. Elle était encore fort belle à trente-six ans. d'une beauté régulière et grave de Junon, et sa grande réputation venait de ce que l'empereur lui avait i)ayé une nuit cent mille francs, sans compter la décoration pour son mari, un homme correct (jui n'avait d'autre situation que ce rôle d'être le mari de sa femme. Tous deux vivaient largement, allaient partout, dans les ministères, à la cour, alimentés par des marchés rares et choisis, se sulfisant de trois ou quatre nuits par an. On savait que ça coûtait horriblement cher, c'était tout ce qu'il y avait de plus distingué. Et Saccard, qu'excitait particulièrement l'envie de mordre à ce morceau d'empereur, alla jusqu'à deux cent mille francs, le mari ayant d'abord fait la moue sur cet ancien financier louche, le trouvant tro[) mince personnage et d'une inunoralité compromettante. (L'Arf>'en(. p. liH'i.)
Le Curé et les Filles de la Vierge
— Et puis, est-ce que c'est propre, des cérémonies avec des jeunesses sans aucun respect pour les commandements de Dieu?
— Vous ne dites jms (;a pour ma fille, j'espère? demanda Cœlina, les dents serrées. — ISi pour la mienne, bien sur? ajouta Flore. Alors, le curé s'emporta, excédé : Je le dis pour qui je dois le dire.... Ça crève les yeux. Voyez-vous ça avec des robes blanches! Je n'ai pas une procession ici, sans qu'il y en ait une d'enceinte... Non, non. vous lasseriez le bon Dieu lui-même ! {La Tei-re.)
Le dernier Coup de feu de Jésus-Christ
Pendant que la Borderie brûle et que les dernières pelletées de terre tombent sur le cadavre de son père, Jésus-C^lirist. planté entre deux tombes, se tenait immobile, ses regards se noyaient d'un rêve, sa face entière de crucifié soulard exprimait la mélancolie finale de toute philosophie. Peut-être songeait-il que l'existence s'en va en fumée. Et, cenime des idées graves l'excitaient toujours beaucoup, il finit par lever la cuisse, inconsciemment, dans le vague de sa rêverie. Il en fit un, il en fit deux, il en tit trois. — Un quatrième, pendant que lîécu passait, l'eflleura de si près, qu'il crut en sentir le tonnerre sur sa joue. Alors, il cria au camarade : Si ce vent-là continue, il va tomber de la merde. Jésus-Christ, d'ime poussée, se tàta : Tiens ! tout de même, j'ai faim de chier. {La Terre, p. Si^.)
Le dernier Voile de la pudeur
Ah! ce père, qu'il pesait doue lourd.... On ne
S imaginait pas ce quil avalait de pain, et glouton, prenant la viande à pleins doigts, renversant le vin dans sa barbe, si malpropre, qu'on avait mal au cœur rien que de le voir. Avec ça, maintenant, il s'en allait toujours déculotté, on l'avait surpris en traiu de se découvrir devant des petites filles : une manie de vieille bêle linie, une lin dégoûtante pour un homme (|ui nélait pas plus cochon ([u'un autre, dans sou temps. Vrai ! c'était à l'achever d'un coup de pioche, puisqu'il ne se décidait pas à partir de lui-même! (La Terre, ]). 494-)
Description d'une maison galante
M. Charles Badeuil, mari de Laure Fouan, couturière, de caractère très entreprenant, eut l'idée d'acheter une des maisons publicpies de la rue aux Juifs, à (Chartres, tombée en déconfiture, par suite de personnel défectueux et de saleté notoire. D'un coup d'œil, il avait jugé la situation, les besoins de Chartres, la lacune à combler dans un chef-lieu qui manquait d'un établissement honorable, où la sécul'ité et le confort fussent à la hauteur du progrès
iiioilcrno. Di's la socoixlc aniu'c. eiiellcl. le lij. resluuré, orné de rideaux et de glaces, pourvu duii personnel choisi avec goût, se fit si avantageusement connaître, ((uil fallut porter à six le nombre des femmes. Messieurs les ollicicrs, messieurs les fonctionnaires, enfin toute la société nalla plus autre part. Et ce succès se niaiutint, grâce au bras d'acier de M. Charles, à son administration paternelle et forte ; tandis que M"""" Charles se montrait d'une activité extraordinaire, l'œil ouvert partout, ne laissant rien se perdre, tout en sachant tolérer, quand il le fallait, les petits vols des clients riches.
En moins de vingt-cinq années, les Badeuil économisèrent trois cent mille francs : et ils songèrent alors à contenter le rêve de leur vie, une vieillesse idyllique en pleine nature, avec des arbres, des Qeurs, des oiseaux. Mais ce qui les retint deux ans encore, ce fut de ne pas trouver d'acheteur 'pour le ig, au prix élevé qu'ils l'estimaient. X'est-ce pas à déchirer le cœur, un établissement fait du ^meilleur d'euxmêmes, qui ra})portait plus gros qu'une ferme, et (fu'il fallait abandonner entre des mains inconnues, où il dégénérerait peut-èti*e ? — .... Sa JîUe Estelle, élevée chez les sanu's de la Visitation, se maria à un employé de l'octroi, Ernest Yaucognc, et demanda d'elle-même la préférence pour acheter le i g. Pourquoi lan'aire serait-elle sortie de la famille, puisquelle était si sûre et si belle? L'allaire fut faite et quand les Vaucogne entrèrent au ig, leur lille Elodie entra à la Visitation, où sa mère avait été
élevée dans une nioralilé rigide. {La Terre, p. \'2.)
Mou gendre AehiUe est un mollasse, il passe les journées à fumer des pipes, il laisse tout salir, tout casser. Il monte même avec celle du 5 , une grosse. — Qu est-ce que tu dis là? Oh ! j'en suis sûre, je les ai vus. M. Charles, tremblant, serra les poings dans un élan d'indignation exaspérée : Le misérable! fatiguer son personnel, manger son établissement, Ah 1 c'est la lin de tout ! {La Terre, p. 274-)
M. Charles (l'ex-tenancier) se planta au milieu de la pièce, croisa les bras, dans une indignation qui faisait trembler sa face correcte, grasse et jaune, de magistrat retiré. — Croyez- vous ça? avez- vous jamais vu une abomination pareille? J'étais à nettoyer mon rosier, je monte sur le dernier échelon, je me penche de l'autre coté machinalement et qu'est-ce que j'aperçois? Honorine, oui! ma bonne, Honorine, avec un homme, l'un sur l'autre, les jambes à l'air, en train défaire leurs saletés! Ah! les cochons, les cochons! au pied de mon mur! Il sulibquait, il se mit à marcher, avec des gestes nobles de malédiction. — Je l'attends pour la flanquer à la porte, la gueuse, la misérable! Nous n'en pouvons pas garder une. Ou nous les engrosse toutes. Au bout de six mois, c'est réglé, elles deviennent impossibles dans une famille honnête, avec leurs ventres.... Et celleci que je trouve à la besogne, et d'un cœur! Décidément, c'est la fin du monde, la débauche n'a plus de bornes.... — Sûr, ce nest pas propre, oh! non, pas
propiv I — Cctail déjà assez de tracas, dehors, d'avoir à épargner à Elodie les grossièretés des paysans et le cynisme des animaux : il perdait courage, s'il devait trouver dans sa maison un foyer constant d'immoralité. — La voici qui rentre.... \on-i allez voir. — Mademoiselle, faites voire malle, et partez tout de suite. Je vous })aierai vos huit jours. La bonne, chétive, maigrichonne, l'air pauvre et honteux, voulut s'expli({uer, bredouiller des excuses. — Inutile, toit ce que je puis faire, c'est de ne pas vous livrer aux autorités pour attentat aux mœurs. Alors, elle se révolta. — Dites donc qu'on a oublié de payer la passe ! — A t-on idée de cette putain qui déshonorait ma maison! Sur, c'en est une. ah! une vraie! (La Terre, p. 182.)
Le Dévouement conjugal
Si elle accouchait, n'est-ce pas? ce n'était point une raison pour laisser Coupeau sans manger. P^nlin le ragoût mijota sur un feu couvert de cendre. Elle revint dans la chaml)re, crut avoir le temps de mettre un couvert à un bout de la table. Et il lui fallut reposer bien vite le litre de vin; elle n'eut plus la force d'arriver au lit, elle tomba et accoucha par terre, sur un paillasson. Lorsque la sa::;;e-femme arriva, un quart d'heure plus tard, ce fut là qu'elle la délivra.... Quand le zingueur rentra, à sept heures, il la trouva
couchée, bien enveloppée, très pâle sur l'oreiller. — Ah! ma pauvre feinnie! dit (loiipeau en embrassant Gervaise h^t moi qui rigolais, il n'y a pas une heure, pendant que tu criais aux petits pâtés ! Dis donc, tu n'es pas embarrassée, tu vous lâches ça, le temps d'éternuer.... Cette pauvre poule ! elle a eu bien du bobo! Ces erapoussins-là, quand ça vient au monde, ça ne se doute guère du mal (jue ça l'ait. Vrai, ça doit être connue si on vous ouvrait les reins.... Où est-il le bobo, que je l'embrasse? Il lui avait glissé délicatement sous le dos une de ses grosses mains, et il l'attirait, il lui baisait le ventre à travers le drap, pris d'un attendrissement d'honnue rude pour cette fécondité endolorie encore. (Assommoir, p. i3o, i3i.)
Un Électeur réaliste
Lengaigne, enragé, ce soir-là, posa culotte à la porte de son rival victorieux. Et il gueula : Je fais où ça me dit, maintenant que les cochons gouvernent! (La Terre, p. SyG.)
Une Femme qui accouche et une vache qui vêle
Pourvu que la (!loliche (la vache) ne vêle pas en
môme temps que moi! répétait, à chaque matin. Lise.
Et, traînant son ventre énorme, Lise s'oubliait dans létable, à rejçardcr d'un œil inquiet la vache, dont le ventre, lui aussi, avait grossi démesurément. Jamais bète ne s'était enllée à ce point, dnnc rondeur de futaille sur ses jambes devenues grêles. Les neuf mois tombaient juste le jour de la Saint- Fiacre, car Françoise avait eu le soin d'inscrire la date où elle l'avait menée au taureau. Malheureusement, c'était Lise qui. pour son compte, n'était pas certaine, à qucl({ues jours près. Cet enfant-là avait pousse si drôlement, sans qu'on le voulût, quelle ne pouvait savoir. Mais ça taperait bien sûr dans les environs de la Saint-Fiacre, peut-être la veille, peut-être le lendemain. Et elle répétait, désolée :
— Pourvu que la Coliche ne vêle pas en même temps que moi!.... Ça en ferait, une affaire! Ah! bon sang ! nous serions propres !
On -gâtait beaucoup la Coliche, qui était depuis dix ans dans la maison. îllle avait fini par être une personne de la famille. Les Buteau se réfugiaient près d'elle, l'hiver, n'avaient pas d'autre chauflage que l'exhalaison chaude de ses flancs. Et elle-même se montrait très aifectueuse, surtout à l'égard de Françoise. Elle la léchait de sa langue rude, à la faire saigner, elle lui prenait, du bout des dents, des morceaux de sa jupe, pour l'attirer et la garder toute à elle. Aussi la soignait-on davantage, à mesure que le vêlage approchait : des soupes chaudes.
(les sorties aux bons inoiucnls de la journée, mic surveillance de cliaiiiic heure, (le n"tHait pas seulement <|u'on l'aiinàl, ('('■laicnt aussi les ein([uantc pisloles qu'elle re[)résenlail. le lait, le beurre, les fromages, une vraie fortune. (juOn pouvait perdre en la perdant.
Depuis la moisson, une quinzaine venait de séeouler. Dans le ménage, Françoise avait repris sa vie habituelle, comme s'il ne .se fut rien passé entre elle et lîuteau. 11 semblait avoir oublié, elle-même évitait de songer à ces choses, ([ui la troublaient. Jean, rencontré et averti par elle, n'était pas revenu. Il la guettait au coin des haies, il la suppliait de s'échapper, de le rejoindre le soir, dans des fossés qu'il indiquait. Mais elle refusait, effrayée, cachant sa froideur sous des airs de grande prudence. Plus tard, quand on aurait moins besoin d'elle à la maison. Et, un soir qu'il l'avait surprise descendant chez Macqueron acheter du sucre, elle s'obstina à ne pas le suivre derrière rég;lise, elle lui parla tout le temps de la Coliche, des os qui commençaient à se casser, du derrière qui s'ouvrait, signes certains auxquels lui-même déclara que ça ne pouvait pas aller bien loin, maintenant.
Et voilà que, juste la veille de la Saint-Fiacre, Lise, le soir, après le dhier, fut prise de grosses coliques, au moment où elle était dans l'étable avec sa sœur, à regarder la vache, qui, les cuisses écartées par l'enflure de son ventre, souffrait, elle aussi, en meuglant doucement.
— Quand je le disais! cria-t-clle. l'urieuse. Ah! nous sommes propres !
Pliée en deux, tenant à j)leins bras son ventre à elle, le brutalisant pour le punir, elle récriminait, elle lui parlait : est-ce cpiil n'allait pas lui l'outre la paix? il pouvait bien attendre! C'étaient comme des mouches cpii la piquaient aux flancs, et les coliques lui partaient des reins, pour lui descendre jusi[ue dans les genoux. Elle refusait de se mettre au lit, elle piétinait, en répétant quelle voulait faire rentrer ça.
Vers dix heures, lorsqu'on eut couché le petit Jules, Buteau, ennuyé de voir que rien n'arrivait, décidé à dormir, laissa Lise et Françoise s'entêter dans retable, autour de la Coliche, dont les souffrances grandissaient. Toutes deux commençaient à être inquiètes, ça ne marchait guère, bien que le travail, du côté des os. parût fini. Le passage y était, pourquoi le veau ne sortait-il pas ? Elles flattaient la bète, l'encourageaient, lui apportaient des friandises, du sucre, que celle-ci refusait, la tète basse, la croupe agitée de secousses profondes. A minuit. Lise, qui jusque-là s'était tordue, se trouva brusquement soulagée : ce n'était encore, pour elle, qu'une fausse alerte, des douleurs errantes ; mais elle fut persuadée qu'elle avait rentré ça, comme elle aurait réprimé un besoin. Et, la nuit entière, elle et sa sœur veillèrent la Coliche, la soignant, faisant chauffer des torchons, qu'elles lui appliquaient brûlants sur la peau; tandis que l'autre vache, Rou-
.^•elto. la (It'niiî're achclée au iiiarc-hc de Cloycs, ôtounéc (le celle ehaudelle (jni brûlait, les suivait de ses gros yeux bleuâtres, eusouinieillés.
Au soleil levant, Françoise, voyant <ju"il n'y avait toujours rien, se déeida à eourir ehereher leur voisine, la Friniat. Celle-ci était réi)ulée pour ses connaissanecs, elle avait aidé lant de vaches, (|u'ou recourait volontiers à elle dans les cas dillieiles, a(in de s'éviter la visite du vétérinaire. Dès qu'elle arriva, elle eut une moue.
— Elle n'a pas bon air, niurnuira-t-elle. Depuis ({uaïul est-elle connue ça?
— INIais depuis douze heures.
La vieille l'eninie continua de tourner derrière la bète, mit son nez partout, avec de petils hochements de menton, des mines maussades, qui efl'ray aient les deux autres.
— Pourtant, conclut-elle, v'ià la bouteille qui vient.... Faut attendre pour voir.
Alors, loutc la matinée l'ut enqiloyce à regarder se former la bouteille, la poche que les eaux gonflent et poussent au dehors. On l'étudiait, on la mesurait, on la jugeait : une bouteille tout de même qui en valait une autre, bien qu'elle s'allongeât, trop grosse. Mais, dès neuf heures, le travail s'arrêta de nouveau, la bouteille pendit, stationnaire, lamentable, agitée d'un balancement régulier, par les frissons convulsifs de la vache, dont la situation empirait à vue d'œil.
Lorsque Buteau rentra des champs pour déjeuner,
il prit peur à son tour, il parla d'aller chercher Patoir, tout eu frémissant à lidée de l'argent que ça coûterait.
— Un vétérinaire! dit aigrement la Frimât, pour qu'il te la tue, hein? Celle au père Saucisse lui a bien claqué sous le nez.... Non, vois-tu, je vas crever la bouteille, et je lirai chercher, moi, ton veau !
— Mais, lit remarquer Françoise, M. Patoir défend de la crever. Il dit que ça aide, l'eau dont elle est pleine.
La Frimât eut un haussement d'épaules exaspéré. Un bel âne, Patoir! Et, d'un coup de ciseaux, elle fendit la poche. Les eaux ruisselèrent avec un bruit décluse, tous s'écartèrent, trop tard, éclaboussés. Un instant, la Coliche souffla plus à l'aise, la vieille femme triompha. Elle avait frotté sa main droite de beurre, elle l'introduisit, tâcha d'aller reconnaiti'e la position du veau; et elle fouillait là dedans, sans hâte. Lise et Françoise la regardaient faire, les paupières battantes d'anxiété. Buteau lui-même, qui n'était pas j'etourné aux champs, attendait, immobile et ne respirant plus.
— Je sens les pieds, murmura-t-elle, mais la tête n'est pas là.... Ce n'est guère bon, quand on ne trouve pas la tête..,.
Elle dut ôter sa main. La Coliche, secouée d'une tranchée violente, poussait si fort, que les pieds parurent. C'était toujours ça, les Buteau eurent un soupir de soulagement : ils ci'oyaient tenir déjà un peu de leur veau, en voyant ces pieds qui passaient ;
ol, dès loi's. ils l'iirriil travaillôs d'une pensée uni({uc, tiror, pour lavoir loul de suite, eoinnie s'ils avaient eu pcui' (piil ne rentrât et (pi'il ne ressortît plus.
— Vaudrait mieux ne pas le bousculer, dit sagement la Friniat. Il finira bien par sortir.
Françoise était de eet avis. Mais lîuteau sagilait, venait touebcr les pieds à toutes niinules, en se fâchant de ce qu'ils ne s'allongeaient pas. Brusquement, il prit une corde, qu'il y noua d'un nœud solide, aide de sa fennne, aussi frémissante que lui ; et, comme justement la Bécu entrait, amenée par son flair, on tira, tous attelés à la corde, lîuteau d'abord, puis la Frimât, la Bécu, Françoise, Lise elle-même, accroupie, avec son gros ventre.
Ohé hisse ! criait Butcau. tous ensemble !.... Ah ! le chameau, il n'a pas grouillé d'un pouce, il est collé là dedans !.... Aie donc! a'ie donc! bougre!
Les femmes, suantes, essoufflées, répétaient :
— Ohé hisse !.... Aïe donc ! bougre !
Mais il y eut une catastrophe. La corde, vieille, à demi pourrie, cassa, et toutes furent culbutées dans la litière, au milieu de cris et de jurons.
— Ça ne fait rien, il n'y a pas de mal! déclara Lise, qui avait roulé jusqu'au mur et qu'on se hâtait de relever.
Cependant, à peine debout, elle eut un éblouissemcnt, il lui fallut s'asseoir. Un quart d'heure plus tard, elle se tenait le ventre, les douleurs de la veille recommençaient, profondes, à des intervalles régu-
liers. Et elle qui croyait avoir rentré ça ! Quel fichu giiignon tout do même que la vache naUàt pas phis vite, et qu'elle, maintenant, lût reprise, à ce point qu'elle était bien capable de la rattraper! On n'évitait pas le sort, c'était dit que toutes les deux vêleraient ensemble. Elle poussait de grands soupirs, une querelle éclata entre elle et son homme. Aussi, nom de Dieu ! pourtfuoi avait-elle tiré ? est-ce que ça la regardait, le sac des autres ? qu'elle vidât donc le sien, d'abord ! Elle répondit par des injures, tellement elle soufTrait : cochon! salaud! s'il ne le lui avait pas empli, son sac, il ne la gênerait pas tant!
— Tout ça, fit remarquer la Frimât, c'est des paroles, ça n'avance à rien.
Et la Bécu ajouta :
— Ça soulage tout de même.
On avait heureusement envoyé le petit Jules chez le cousin Delhomme, pour s'en débarrasser. Il était trois heures, on attendit jusqu'à sept. Rien ne vint, la maison était un enfer : d'un côté. Lise qui s'entêtait sur une vieille chaise, à se tortiller, en geignant ; de l'autre, la Goliche qui ne jetait qu'un cri, dans des frissons et des sueurs, dun caractère de plus en plus grave. La seconde vache. Rougette, s'était mise à meugler de peur. Françoise alors perdit la tête, et Buteau, jurant, gueulant, voulut tirer encore. Il appela deux voisins, on tira à six, comme pour déraciner un chêne, avec une corde neuve, qui ne cassa pas. cette fois. Mais la Goliche, ébranlée,
tomba sur le flanc et resta dans la paille, allongée, soufflante, pitoyable.
— Le bougre, nous ne l'aurons pas! déclara Buteau en nage, et la garce y passera avec lui !
Françoise joignit les mains, suppliante.
— Oh! va chercher monsieur Patoir!.... Ça coûtera ce {pie ça coûte l'a, va chercher monsieur Patoir !
Il était devenii sombre. Après un dernier combat, sans répontlre un mot, il sortit la carriole.
La Frimât, qui afîectait de ne plus s'occuper de la vache, depuis qu'on reparlait du vétérinaire, s'inquiétait maintenant de Lise. Elle était bonne aussi pour les accouchements, toutes les voisines lui passaient par les mains. Et elle semblait soucieuse, elle ne cachait point ses craintes à la Bécu, qui rappela Buteau, en train d'atteler.
— Écoutez.... Elle souffre beaucoup, votre femme. Si vous rameniez aussi un médecin?
Il demeura muet, les yeux arrondis. Quoi donc? encore une qui voulait se faire dorloter ! Bien sûr qu'il ne jjaierait pas pour tout le monde !
— Mais non! mais non! cria Lise entre deux coliques. Ça ira toujours, moi ! On n"a pas d'argent à jeter par les fenêtres.
Buteau se hâta de fouetter son cheval, et la carriole se perdit sur la route de Cloyes, dans la nuit tombante.
Lorsque, deux heures plus tard, Patoir arriva enfin, il trouva tout au même point, la Colichc rà-
lant sur le flanc, et Lise se tordant comme un ver, à moitié glissée de sa chaise. Il y avait vingt-quatre heures que les choses duraient.
— Pour laquelle, voyons? demanda le vétérinaire, qui était desprit jovial.
Et, tout de suite, tutoyant Lise :
— Alors, ma grosse, si ce n'est pas pour toi, faismoi le plaisir de te coller dans ton lit. Tu en as besoin.
Elle ne répondit pas, elle ne sen alla pas. Déjà, il examinait la vache.
— Fichtre ! elle est dans un foutu état, votre bête. Vous venez toujours me chercher trop tard.... Et vous avez tiré, je vois ça. Hein ? vous lauriez plutôt fendue en deux que d'attendre, sacrés maladroits !
Tous l'écoutaient, la mine basse, l'air respectueux et désespéré; et, seule, la Frimât pinçait les lèvres, pleine de mépris. Lui, ôtant son paletot, retroussant ses manches, rentrait les pieds, après les avoir noués d'une ficelle, pour les ravoir: puis, il plongea la main droite.
— Pardi ! reprit-il au bout d'un instant, c'est bien ce que je pensais : la tète se trouve repliée à gauche, vous auriez pu tirer jusqu'à demain, jamais il ne serait sorti.... Et, vous savez, mes enfants, il est fichu, votre veau. Je n'ai pas envie de me couper les doigts à ses quenottes, pour le retoui-ner. D'ailleurs, je ne l'aurais pas davantage, et j'al>imerais la mère.
Françoise éclata en sanglots.
— Monsieur Patoir, je vous en prie, sauvez notre vache.... cette pauvre Coliche (jui m'aime....
Et Lise, cprune tranchée verdissait, et Buteau, l)icn portant, si dur au mal des autres, se lamentaient, sattendrissaicut. dans la mcuie supplication.
— Sauvez notre vache, notre vieille vache qui nous donne de si bon lait, depuis des années et des années.... Sauvez-la, monsieur Patoir....
— Mais, enlendons-nousbien, je vas être forcé de découper le veau.
— Ah ! le veau, on s'en fout du veau !.... Sauvez notre vache, monsieur Patoir, sauvez-la !
Alors, le vétérinaire, qui avait apporté un grand tablier bleu, se fit prêter un pantalon de toile ; et, s'étanl mis tout nu dans un coin, deiu-icrc la Rougcttc, il cnlila simplement le pantalon, puis attacha le tablier à ses reins. Quand il reparut, avec sa bonne face de dogue, gros et court dans ce costume léger, la Coliche souleva la tète, s'arrêta de se plaindre, étonnée sans doute. Mais personne n'eut un sourire, tellement l'attente serrait les cœurs.
— Allumez des chandelles!
Il en lit planter quatre par terre, et il s'allongea sur le ventre, dans la paille, derrière la vache, qui ne pouvait plus se lever. Un instant, il resta aplati, le nez entre les cuisses de la bête. Ensuite, il se décida à tirer sur la ficelle, pour ramener les pieds, qu'il examina attentivement. Près de lui, il avait
posé une petite boîte longue, et il se redressait sur un coude, il en sortait un l)istouri, lorsqu'un géiuissenient rauque Tétonna et le fit s'asseoir.
— Comment! ma grosse, tu es encore là?.... Aussi, je me disais : ce n'est pas la vache !
C'était Lise, prise des grandes douleurs, qui poussait, les llaucs arradiés.
— Mais, nom de Dieu ! va donc faire ton all'aire chez toi, et laisse-moi faire la mienne ici! Ça me dérange, ça me tape sur les nerfs, parole d'honneur! de t'entendre pousser derrière moi.... Voyons, estce qu'il y a du bon sens? emmenez-la, vous autres !
La Frimât et la Bécu se décidèrent à prendre chacune Lise sous un bras et à la conduire dans sa chambre. Elle s'abandonnait, elle n'avait plus la force de résister. Mais, en traversant la cuisine, où brûlait une chandelle solitaire, elle exigea pourtant qu'on laissât toutes les portes ouvertes, dans l'idée quelle serait ainsi moins loin. Déjà, la Frimât avait préparé le lit de misère, selon 1" usage des campagnes : un simple drap jeté au milieu de la pièce, sur une botte de paille, et trois chaises renversées. Lise s'accroupit, s'écartela, adossée aune des chaises, la jambe droite contre la seconde, la gauche contre la troisième. Elle ne s'était pas même déshabillée, ses pieds sarc-boutaient dans leurs savates, ses bas bleus montaient à ses genoux; et sa jupe, rejetée sur sa gorge, découvrait son ventre monstrueux, ses cuisses grasses, très blanches, si élargies, qu'on lui voyait jusqu'au cœur.
Dans retable, Butcau et Françoise étaient restés pour éclairer Patoir, tous les deux assis sur leurs talons, approchant chacun une chandelle, tandis que le vétérinaire, allongé de nouveau, pratiquait au bistouri une section autour du jarret de gauche. II décolla la peau, tira sur Tépaule qui se dépouilla et s'arracha. Mais Françoise, pâlissante, défaillante, laissa tomber sa chandelle et s'euluit en criant :
— Ma pauvre vieille Coliche.... Je ne veux pas voir ça ! je ne veux pas voir ça!
Patoir s'emporta, d'autant plus qu'il dut se relever, pour éteindre un commencement d'incendie, déterminé dai s la paille par la chute de la chandelle.
— Nom de Dieu de gamine ! ça vous a des nerfs de princesse !.... Elle nous fumerait comme des jambons.
Toujours courant, Françoise était allée se jeter sur une chaise, dans la pièce où accouchait sa sœur, dont l'écarteraent béant ne l'émotionna pas, comme s'il se fût agi d'une chose naturelle et ordinaire, après ce qu'elle venait de voir. D'un geste, elle chassait cette vision de chairs découpées toutes vives ; et elle raconta en bégayant ce qu'on faisait à la vacjie.
— Ça ne peut pas marcher, faut que j'y retourne, dit soudain Lise, qui, malgré ses douleurs, se souleva pour quitter ses trois chaises.
Mais déjà la Frimât et la Bécu, se fâchant, la maintenaient en place.
— Ah ! çà, voulez-vous bien rester tranquille ! Qu'est-ce que vous avez donc dans le corps ?
Et la Frimât ajouta ;
— Bon ! voilà que vous crevez la bouteille, vous aussi !
En effet, les eaux étaient parties d'un jet brusque, que la paille, sous le drap, but tout de suite ; et les derniers eilorts de l'expulsion commencèrent. Le ventre nu poussait malgré lui. s'enflait à éclater, pendant que les jambes, avec leurs bas bleus, se repliaient et s'ouvraient, d'un mouvement inconscient de grenouille (jui plonge.
— Voyons, reprit la Bécu, pour vous tranquilliser, j'y vas aller, moi, et je vous donnerai des nouvelles.
Dès lors, elle ne fit que courir de la chambre à l'étable. Même, pour s'épargner du chemin, elle finit par crier les nouvelles, du milieu de la cuisine. Le vétérinaire continuait son dépeçage, dans la litière trempée de sang et de glaires, une pénible et sale besogne, dont il sortait abominable, souillé de haut en bas.
— Ça va bien. Lise, criait la Bécu. Poussez sans regret.... Nous avons l'autre épaule. Et, maintenant, c'est la tète qu'on arrache.... Il la tient, la tête, oh! une tète!.... Et c'est fini, de ce coup, le corps est venu d'un paquet,
Lise accueillait chaque phase de l'opération d'un soupir déchirant ; et l'on ne savait si elle soufl'rait pour elle ou pour le veau. Mais, brusquement. Bu-
teau apporta la trio, voulant la lui montrer. Ce fut une exehunation j^énéi-ale.
— Oh ! le beau veau !
Elle, saus ecsser le travail, poiis?ant plus rude, les muselés tendus, les cuisses gonflées, parut prise d'un iuconsolablc désespoir.
— Mou Dieu! est-ce uialheureux!.... Oh! le beau veau. uu)n Dieu !.... Est-ce malheureux, vm si beau veau, nu veau si beau, (ju'ou uen a jauiais vu de si beau !
Françoise égaleuient se lamentait, et les regrets de tous devinrent si agressifs, si pleins de sous-entendus hostiles, que Patoir s'en blessa. Il accourut, il s'arrêta pourtant à la porte, par décence.
— Dites donc, je vous avais avertis.... Vous m'avez supplié de sauver votre vache.... C'est que je vous connais, mes bougres ! Faut pas aller raconter partout que je vous ai tué votre veau, hein?
— Bien sur, bien sur, murmura Buteau, en retournant dans retable avec lui. Tout de même, c'est vous qui l'avez coupé.
Parterre, Lise, entre ses trois chaises, était parcourue dune houle, qui lui descendait des flancs, sous la peau, pour aboutir, au fond des cuisses, en un élargissement continu des chairs. Et Françoise, (pii jusque là n'avait pas vu, dans sa désolation, deuieura tout d'un coup stupéfaite, debout devant sa sœur, dont la nudité lui apparaissait en raccourci, rien que les angles relevés des genoux, à droite et à gauclie de la boule du ventre, (jue creusait une
cavili' rniulc. ('ela était si inattendu, si défiguri', si énorme, ([uelle n'en l'ut pas gênée. Jamais elle ne se serait imaj^iné une chose pareille, le trou bâillant il'un tonneau délbncé, la lucarne grande ouvei'te du lenil. par oii Ton jetait le loin, et (pi un lierre toudu hérissait de noir. Puis, quand elle remarqua qu'une autre boule, plus [)etite, la tète de leniant, sortait et rentrait à chaque cllort, dans un perpétuel jeu de cache- cache, elle fut prise d'une si violente envie de rire, qu'elle dut tousser, pour qu'on ne la soiq)çoniu'it pas d'avoir mauvais cœur.
— Un peu de patience encore, déclara la Frimât. Ça va y être.
Elle s'était agenouillée entre les jandjes, guettant l'enfant, prête à le recevoir. Mais il faisait des fa- (,'ons. comme disait la Bécu ; même, un moment, il s'en alla, on put le croire rentré chez lui. Alors seulement, Françoise s'arracha à la fascination de cette gueule de four braquée sur elle ; et un endjarras la saisit aussitôt, elle vint prendre la main de sa sœur, s'apitoyant, depuis qu'elle détournait les yeux.
— Ma pauvre Lise, va ! t'as de la peine.
— Oh! oui, oh ! oui, et personne ne me plaint.... Si l'on me plaignait.... Oh ! là, là, ça recommence, il ne sortira donc pas !
Ça })ouvait durer longtenqjs, lorsque des exclamations vinrent de létable. C'était Patoir, qui, étonné de voir la Coliche s'agiter et meugler encore, avait soupçonné la présence d'un second veau ; et
en ciret. l'cplongeanl la main, il en avait tire un, sans (lillic'ullé aucune cette l'ois, connue il aurait sorti un mouchoir de sa poche. Sa gaieté de gros lionune farceur fut telle, qu'il oublia la décence, au point de courir dans la chambre de raccouchée, portant le veau, suivi de linteau ((ui plaisantait aussi.
— Hein! ma grosse, t'en voulais un.... Le v'ià !
Et il était à crever de rire, tout nu dans son tablier, les bras, le visage, le corps entier barbouillé de fiente, avec son veau mouillé encore, qui semblait ivre, la tète trop lourde et étonnée.
Au milieu de l'acclamation générale. Lise, à le Aoir, fut prise dun accès de fou rire, irrésistible, interminable.
— Oh ! qu'il est drôle ! oh ! que c'est bête de me faire rire comme ça!.... Oh! là, là, que je soufl're, ça me fend!.... Non, non! ne me faites donc plus rire, je vas y rester !
Les rires ronflaient au fond de sa poitrine grasse, descendaient dans son ventre, où ils poussaient d'un soufllede tempête. Elle en était ballonnée, et la tête de l'enfant avait repris son jeu de pompe, comme un boulet près de partir.
Mais ce fut le comble, lorsque le vétérinaire, ayant posé le veau devant lui, voulut essuyer d'un revers de main la sueur ([ui lui coulait du front. Il se balafra d'une large traînée de bouse, tous se tordirent, raccouchée suffoqua, pouffa avec des cris aigus de poule qui pond.
— Je meurs, finissez ! Foutu rigolo qui nie l'ait rire à ela([uer dans ma [»eau !.... Ali ! mon Dieu! ah! mon Dieu, ya erève —
Le trou béant s arrondit eneore, à eroire que la Frimât, toujours à genoux, allait y disparaître ; et, d'un eoup, comme d'ime femme canon, l'enfant sortit, tout rou2;e. avec ses extrémités détrempées et blêmes. On entendit simplement le glouglou d'un goulot géant cpii se vidait. Puis, le petit miaula, tandis cpie la mère, secouée comme une outre dont la peau se dégonfle, riait plus fort- Ça criait d'un bout, ça riait de l'autre. Et Bateau se tapait sur les cuisses, la Bécu se tenait les côtes, Patoir éclatait en notes sonores, Françoise elle-même , dont sa sœur avait broyé la main dans sa dernière poussée, se soulageait enlin de son envie contenue, voyant toujours ça. une vraie cathédrale où le mari devait loger tout entier..
— C'est une fille, déclara la Frima.
— Non. non, dit Lise, je n'en veux pas, je veux un garçon.
— Alors, je la renfile, ma belle, et tu feras un garçon demain.
Les rires redoublèrent, on en fut malade. Puis, comme le veau était resté devant elle, l'accouchée, qui finissait par se calmer, eut cette parole de regret :
— L'autre était si beau.... Tout de même, ça nous en ferait deux !
Patoir s'en alla, après qu'on eut donné à la Co-
liehc trois litres de vin suc rr. Dans la chambre, la l'rimal (U''slial)illa et coucha Lise, lanilis que la Hccu, aidcc tU' r'rançoisc. enlevait la pallie et balayait, lùi ilix niinules. loul lui en ordre, on ne se serait pas douté qu'un accouciienienl venait ilavoir lieu, sans les miaulements continus de la petite, (]u"on lavait à l'eau tiède. Mais, emmaillotée, couchée dans son berceau, elle se tul |)cu à \)vn ; et la mère, anéanlie niaiulenant. s'endormit d'un sommeil de plomb, la iacc congestionnée, [)resque noire, au milieu des gros draps de toile bise.
Vers onze heures, lorsque les deux voisines furent parties, Françoise dit à Buteau qu'il ferait mieux de monter se reposer au fcnil. Elle, pour la nuit, avait jeté par terre un matelas, où elle eonq^tait s'étendre, de façon à ne pas (juitter sa sonir. Il ne répondit point, il acheva silencieusement sa pipe. Un grand calme s'était fait, on n'entendait que la respiration forte de Lise endormie. Puis, comme Françoise s'agenouillait sur son n)atelas, au pied même du lit, dans un coin d'ombre, Buteau, toujours muet, vint brusquement la culbuter par derrière. Elle se retourna, comprit aussitôt, à son visage contracté et rouge. Ça le reprenait, il n'avait pas lâché son idée de l'avoir ; et fallait croire que ça le travaillait rudement fort, tout d'un coup, pour qu'il voulîit d'elle ainsi, à côté de sa femme, après des choses qui n'étaient guère engageantes. Elle le repoussa, le renversa. Il y eut une lutte sourde, haletante.
Lui, ricanait, la voix étranglée.
— Voyons, quesl-cc (pie (;a te fout? Je suis
l)oii pour vous deux.
Il la connaissait bien, il savait qu'elle ne crierait pas. En ellet, elle résistait sans une parole, trop fière pour appeler sa sœur, ne voulant mettre personne dans ses affaires, pas même celle-ci. Il rétoulfait, il était sur le point de la vaincre.
— Ça irait si bien.... Puisqu'on vit ensemble, on ne se quitterait pas....
Mais il retint un cri de douleur. Silencieusement, elle lui avait enl'oucé les ongles dans le cou ; et il s'enragea alors, il fit allusion à Jean.
— Si tu crois que tu l'épouseras, ton salaud.... Jamais, tant que tu ne seras pas majeure !
(À'tte fois, comme il la violentait, sous la jupe, à pleine main brutale, elle lui envoya un tel coup de pied entre les jambes, qu'il hurla. D'un bond, il s'était remis debout, effrayé, regardant le lit. Sa femme dormait toujours, du même souffle tranquille. Il s'en alla pourtant, avec un geste de terrible menace.
Lorsque Françoise se fut allongée sur le matelas, dans la grande paix de la chambre, elle demeura les yeux ouverts. Elle ne voulait point, jamais elle ne le laisserait faire, même si elle en avait l'envie. Et elle s'étonnait, car l'idée qu'elle pourrait épouser Jean ne lui était pas encore venue. {La Terre, p. 248-2rxj.)
Une Femme.... à convictions
La Moiiqucllc sclranglait tle riirciii", en pensant que des soldats voulaionl trouer la peau à des femmes. Elle leur avait craché tous ses gros mots, elle ne trouvait pas d'injure assez basse, lorsque, brusquement, n'ayant plus que cette mortelle oll'ense à bombarder au nez de la troupe, elle montra son cul. Des deux mains, elle relevait ses jupes, tendait les reins, élargissait la rondeur énorme. — Tenez, v'ià pour vous, et il est encore trop propre, tas de salauds! Elle plongeait, culbutait, se tournait pour que chacun en eût sa part, s'y reprenait à chaque poussée qu'elle envoyait. — V'ià pour l'olUcicr! Vlà pour le sergent! V'ià pour les militaires!
Un rire de tempête s'éleva. Bébert et Lydie se tordaient. (Romans célèbres. Germinal, p. 374-)
La Gamme... pornographique
Mon cher, vous allez voir le costume de ma femme au second acte.... 11 est d'un cochon ! (Xana, p. 21.)
Une jolie femme, mise avec modestie.... une femme honnête qui avait un amant, pas plus, et un homme toujours respectable. (Nana, p. 3o.)
Nana était nue. Elle était nue avec une tranquille audace, certaine de la toute-puissance de sa chair. Une simple gaze l'enveloppait : ses épaules rondes, sa gorge d'amazone, dont les pointes roses se tenaient levées et rigides comme des lances, ses larges hanches qui roulaient dans un balancement voluptueux, ses cuisses de blonde grasse, tout son corps se devinait, se voyait sous le tissu léger, d'une blancheur d'écume. C'était Vénus naissant des flots, n'ayant pour voile que ses cheveux. Et, lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or de ses aisselles. Il n'y eut pas d'applaudissements. Personne ne riait plus, les faces des hommes, sérieuses, se tendaient, avec le nez aminci, la bouche irritée et sans salive. Un vent semblait avoir passé, très doux, chargé d'une sourde menace. Tout d'un coup, dans la bonne enfant, la femme se dressait, inquiétante, apportant le coup de folie de son sexe, ouvrant l'inconnu du désir. Nana souriait toujours, mais d'un sourire aigu de mangeuse d'hommes.
Fichtre ! dit simplement Fauchery. (Nana, p. Sa.)
Peu à peu, Xana avait pris possession du public, et maintenant chaque homme la subissait. Le rut qui montait d'elle, ainsi que dune bète en folie, s'était épandu toujours davantage, emplissant la salle. A cette heure, ses moindres mouvements soufflaient le désir, elle retournait la chair d'un geste de son petit doigt.
.... Cette salle, ainsi allmnéc. est bien un hoi-ck-l, comme dit Bordenave, ce bou;»i'e crenliHé de directeur. {Xnna. p. 33.)
(!lent pas ])lus loin, il loml)a encore sur des couples.... Autour de la vieille lossc en ruines, toutes
les filles de Montsou rôdaient avec leurs amoureux
Une végétation drue reconquérail ce coin dv terre, elle s'étalait en herbe épaisse, jaillissait en jeunes arbres déjà forts. Aussi ehatpie fille s'y trouvaitelle chez elle, il y avait des trous perdus pour toutes, les galants les culbutaient sur les poutres, derrière les bois, dans les berlines. On se logeait ([uand mcme, coudes à coudes, sans s'occuper des voisins. Et il semblait que ce lût, autour de la machine éteinte, près de ce puits las de dégorger de la houille, une revanche de la création, le libre amour qui, sous le coup de fouet de l'instinct, plantait des enfants dans les ventres de ces filles à peine femmes. (Romans célèbres, Germinal, p. 99.)
Vous êtes l)ète! Vous ne songez (pi'à la saleté! disait Gervaise à Goupeau.... Ainsi, quand elle aimait un homme, elle ne songeait pas aux bêtises, elle rêvait uniqueujent de vivre toujours ensemble, très heure.ix. VA, comme (Goupeau ricanait et lui parlait de ses deux enfants, qii'elle n'avait certainement pas mis couver sous le traversin, elle lui allongea des tapes sur les doigts, elle ajouta que, bien sur, elle était bâtie sur le patron des autres femmes: seule-
ment on avait tort de croire les femmes toujours acharnées après ça.... (Assommoir, p. 44-45-)
Catherine reçut dans le derrière, à toute volée, un coup de pied dont la violence l'étourdit de surprise et de douleur. C'était Chaval qui lui allongeait nnc ruade de bète mauvaise.
— Ah ! salope, hurla-t-il, je t'ai suivie, je savais bien que tu revenais ici t'en faire foutre jusqu'au nez! Et c'est toi qui le paies, hein? Tu l'arroses de café avec mon argent! — Sortiras-tu, nom de Dieu! Un joli métier de garder la maison, craclia-t-il à la mère, pendant que ta putain de fille est là-haul les jambes en l'air!
.... A la porte, il se retourna de nouveau vers la Maheude, clouée sur sa chaise. Elle en avait oublié de rentrer son sein. Estelle s'était endormie, le nez. glissé en avant, dans la jupe de laine, et le sein énorme pendait libre et nu. comme une mamelle de vache puissante.
— Quand la fille n'y est pas, c'est la mère qui se fait tamponner, cria Chaval. Va, montre-lui ta viande! Il n'est pas dégoûté, ton salaud de logeur! (Romans célèbres, Germinal, p. 182.)
Malgré son effort (Etienne), il revenait quand même à sa gorge, à cette coulée de chair blanche, dont l'éclat maintenant le gênait. Sans doute, elle avait quarante ans et elle était déformée, comme ime bonne femelle qui produisait trop : mais beau-
coup la ilésiraicnl encore, large, solide, avec sa i^rosse (igui'c longue crauciciine belle (ille. Lcntcmeut, d'un air tran(|uille. elle avait pris à deux mains sa mamelle et la rentrait. Un coin rose s'obstinait, elle le renfom^a ilu doigt, puis se déboutonna, toute noire à présent, avachiedans son vieux caraco. — C'est un cochon, dit-elle enlin. Il n'y a qu'ini sale cochon pour avoir des idées si dégoûtantes.... Moi, je m'en (iche! Ça ne méritait pas de réponse.... J'ai mes défauts, bien sûr, mais je nai pas celui-là.... 11 n'y a eu que deux hounnes qui m'ont touchée, vm herscheur autrelbis à quinze ans, et Maheu ensuite. (Romans célèbres, Ger/ninal, p. i88.)
Une Femme qui aime l'amour....
pour l'amour
Saccard pointa ses vues sur la petite ^1"^*= Conin, mais elle refusa carrément de prendre du plaisir avec lui. Il était très séduit par cette adorable blonde, rose et potelée, aux cheveux de soie pâle, en neige, un petit mouton frisé, et gracieuse, et c;\line, toujours gaie. — Non, je ne veux pas, jamais avec vous! Non, non! elle n'avait pas d'amant. Pas un homme ne pouvait se vanter de l'avoir eue deux fois. Pour ([ui la prenait-il? Une fois, oui! par hasard, par plaisir, sans que ça tirât autrement à conséquence! El tous restaient ses amis, très reconnais-
sants, ti'('s discrets. — C'est donc parce que je ne suis plus jeune? Mais d "un nouveau g'cste, avec son continuel rire, elle sembla dire ({u'elle s'en moquait bien, qu'on lût jeune ! Elle avait cédé à des moins jeunes, à des moins beaux encore, à de pauvres diables souvent. — Pourquoi, alors, dites pourquoi? — Mon Dieu! c'est simple, parce que vous ne me plaisez pas. Avec vous, jamais!.... — Voyons, reprit-il brutalement, ce sera ce que vous voudrez.... Voulez-vous mille, voulez-vous deux mille, pour ime fois, une seule fois? — Voulez-vous.... Voyons, voulez-vous dix mille, voulez-vous vingt mille? — Pas dix. pas cinquante, pas cent mille! Vous poui'riez monter longtemps comme ça, ce serait non, toujours non.... Ah! on m'en a offert, des choses, de l'argent, et de tout! Je ne veux rien, est-ce que ça ne suffît pas ((uand ça fait plaisir?.... Non, non! pas poiu' un million ! — Il s'acharna pendant près d'un mois.... Comment, l'argent ne donnait donc pas tout? Voilà une femme que d'autres avaient pour rien, et qu'il ne pouvait avoir, lui, en y mettant un prix fou! Elle disait non, c'était sa volonté. (L'Argent, p. 283.)
Gervaise rêvant d'être.... honnête
Son rcve était de vivre dans une société honnête, parce que la mauvaise société, disait Gervaise, c'était comme un coup d'assoiiu»*uii', ra-^imis cassait le
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crâne, ça vous casse une femme eu moins »le rien.... Mais Coupcau la i)laisautail de ses idées noires, la rameuait à lout sou coura^'-c, en essayant de lui piucer les hanches. {Assonunoi/', p. ô^.)
Vous ignorez (Gervaise à Coupeau) vous-même ce que vous éprouvez pour moi. Si vous ne me rencontriez pas de huit jours, ça vous passerait, je parie. Les hommes, souvent, se marient pour une nuit, la première, et puis les nuits se suivent, les joints s'allongent, toute la vie, et ils sont joliment embêtés
Mais je vous veux, répétait-il, en tapant son poing sur son genou d'un martèlement continu. Vous entendez bien, je vous veux. ... II n'y a rien à dire à ça. je pense? (Assommoir, p. 60-61.)
Inceste fraternel
L'autre semaine, il y avait eu un scandale, dont tout Roy nés causait encore, une telle batterie, que les voisins étaient accourus et l'avaient trouvé se livrant sur elle à des abominations. — Dis, ma fille, demanda Rose, pour provoquer ses confidences, c'est donc ([u'il voulait te forcer, le brutal? — Est-ce que ça les regardait, les autres? est-ce qu'ils avaient besoin d'entrer espionner chez nous ? Nous ne volons personne. — Dame, reprit la vieille, poui'tant si vous couchez ensemble, comme on le raconte.
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c'est très mal. — Ah! très mal, est-ce qu'on sait? Le curé m'a fait demantler, pour me dire que nous irions en enl'er. Pas le pauvre chéri, toujours.... {La Terre, \). 204.)
C'est donc des menteries, ce qu'on raconte, que vous couchez avec votre frère? De blême qu'il était, le visage de Palmyre s"euq)Ourpra.... Oh! les n)écliants.... si l'on peut croire.... Leurs paillasses se touchaient par terre, bien sur (ju'ils se trompaient la nuit. — Voyons, c'est vrai, dis que c'est vrai. D'ailleurs, on le sait. Toute droite, Palmyre, ahurie, s'empoi'ta douloureusement : Et quand ce serait vrai, qu'est-ce que ça vous fiche? Le pauvre petit n'a déjà pas tant de plaisir. Je suis sa sœur, je pourrais bien être sa femme, puisque toutes les filles le rebutent. Deux larmes coulèrent sur ses joues à cet aveu, dans le déchirement de sa maternité pour l'infirme, qui allait jusqu'à l'inceste. Après lui avoir gagné du pain, elle pouvait encore, le soir, lui donner ça, ce que les autres lui refusaient, un régal qui ne leur coûtait rien.... — Elle a raison, qu'est-ce que ça nous fiche ? reprit Jean de son air bonhomme, touché de la voir si bouleversée : ça les regarde, ça ne fait du tort à personne. (La Terre, p. iS^.)
infanticide
Lise, en se mettant au lit et en soufflant la chan-
dcUe, eut un rire singulier, elle dit que tant que les mioches ne sont pas venus, ils peuvent ne pas venir.... Collée eontre lui, la bouche à son oreille, elle lui (il un aveu : le mois dernier, elle avait eu Tembètemenl de s'apercevoir qu'elle se trouvait de nouveau pincée; si bien que, sans le prévenir, clic avait filé chez la Sapin, vme vieille de INIagnoUes qui était sorcière. Encore enceinte, merci! il l'aurait bien reçue! La Sapin, avec une aiguille, tout simplement, l'avait débarrassée. Il l'écoutait sans approuver, sans désapprouver, et son contentement ne perça que dans la façon goguenarde dont il exprima l'idée qu'elle aurait dû se procurer l'aiguille pour Françoise. Elle s'égaya aussi, le saisit à pleins bras, lui souffla que la Sapin enseignait une autre manière. Oh! une manière si drôle! — Ilein? laquelle donc? Eh bien ! un homme pouvait défaire ce qu'un homme avait fait : il n'avait qu'à prendre la femme en lui traçant trois signes de croix sur le ventre et en récitant un Ave à l'euAcrs. Le petit, s'il y en avait un, s'en allait comme un vent. Enfin, Lise désira, très câline, qu'il essayât sur elle VAve à l'envers et les trois signes de croix, voulant se rendre compte si elle ne sentirait rien. Non, rien ! (7était que l'aiguille avait suffi. Sur Françoise, ça en aurait fait, du ravage! Il rigola, est-ce qu'il pouvait? Tiens! pourquoi pas, puisqu'il l'avait déjà eue? Jamais. (La Terre, p. 442')
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Jésus-Christ ou la Parodie scatologique du Christ
Un grand gaillard entra, dans toute la force musculaire de ses (juarante ans. les cheveux bouclés, la barbe en pointe, longue et inculte, avec une face de Christ ravagé, un Christ soulard. violeur de filles et détrousseur de grandes routes. Depuis le matin, à Cloyes, il était gris déjà, le pantalon boueux, la blouse ignoble de taches, une casquette en loques renversée sur la nuque ; et il fumait un cigare d'un sou, humide et noir, qui empestait. Cependant, au fond de ses beaux yeux noyés, il y avait de la goguenardise pas méchante, le cœur ouvert d'une bonne crapule. {La Terre, p. i6.)
Jésus-Christ surtout répétait une histoire qui enflait de rires énormes les ventres des paysans : une grande cavale de femme, jaune comme un citron, qu'on avait fait courir toute nue, avec une pipe dans le derrière. (La Terre, p. 69.)
Jésus-Christ appelait la Trouille à pleins poumons, jurant, gueulant.... — Ta fille, lui cria Jean, elle est sous les saules, à regarder la lune avec Victor. — Nom de Dieu de bougresse, qui me déshonore ! Je vas chercher mon fouet.
Jésus-Christ n'était sévère que sur un point, la morale. Aussi entra-t-il dans une grande colère, quand
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un paysan ondinianché, qui passait en bas, sur la route, le héla. — Jésus-Christ! ohé! Jésus-Christ! — Quoi? — C'est ta fille qui est sur le dos. — Et puis? — Et puis, il y a un homme dessus. — Où ça donc? — Là, dans le fossé, au coin de la pièce à Guillaume. Alors, il leva ses deux poings au ciel, furieusement. — Bon! merci! je prends mou fouet! Ah! nom de Dieu de salope qui me déshonore. C était Delphin qui était sur la Trouille. Nénesse faisait le guet, chacun son tour d'ailleurs, Tun en sentinelle avancée, lorsque l'autre rigolait. — Méfiance ! cria Nénesse, v'ià Jésus-Christ ! Dans le fossé herbu, la Trouille, d'une secousse, avait jeté Delphin de côté. Ah ! fichu sort, son père ! — Ah! salope, ah ! catin, tu vas la danser !.... Elle, empêtrée, la jupe en l'air, ne pouvait nier. D'un coup, qui cingla les cuisses, il la mit debout. Et la chasse commença. — Tiens, lille de putain ! Tiens, vois si ça te le bouche ! {La Terre, p. 219.)
INI. Charles, emprisonné dans ce cercle abominable de coups de fouet, claquant à la volée, devint grossier : Mais, sale trou, veux-tu bien nous lâcher ! Mais qui est-ce qui m'a foutu cette famille dans ce bordel de pays ! — Donne tes cent sous, dit le père. C'est pour te punir. Elle jura qu'elle les avait perdus en courant.... Il la fouilla. Comme il ne trouvait rien, il s'emporta de nouveau. — Hein? tu les a donnés à ton galant. Nom de Dieu de bête ! qui leur fout du plaisir et qui les paie. Il partit, elle dévissa
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la serrure, sortit et rejoignit Delphin et Nénesse.... et ce fut le tour tle son cousin Néncsse.
Jésus-(]lirist rencontra Bien, la plaque asti(|uée sur une blouse neuve. — Dis-donc, toi, si c'est connue ça (pie tu ftùs ta tournée ! sais-tu où j'ai trouvé ton Delphin? — Où ça? — Sur ma fille. Je vas écrire au prclet pour ((uil te casse, père de cochon, cochon toi-niènie 1 Du coup, Bécu se fâcha. — Ta fille, je ne vois cpie ses jambes en lair. Ah 1 elle a débauché Delphin. Du tonnerre de Dieu si je ne la fais pas emljaller par les gendarmes! — Essaie donc, brigand ! Les deux hommes, nez à nez, se mangeaient. Et, brusquement, il y eut une détente, leur fureur tomba. — Faut s'expliquer, entrons boire un verre, dit Jésus-Christ. — Pas le sou, dit Bécu. Alors, lautre. très gai, sortit une première pièce de cinq francs, la fit sauter, se la planta dans lœil. — Hein? cassons-la, père la Joie. Entre donc, vieille tripe ! C'est mon tour, tu paies assez souvent. {La Terre, p. 221.)
Dites donc, la Bécu, répéta à dix reprises Jésus- Christ en mangeant, si Bécu veut, nous couchons ensemble. Ça va-t-il? Elle était très sale, ne sachant pas, disait-elle, quelle resterait à la fête : et elle riait, chafouine, noire, dune maigreur rouillée de vieille aiguille ; tandis que le gaillard, sans tarder, lui empoignait les cuisses à nu sous la table. Le mari, ivre-mort, buvait, ricanait, gueulait cpie la garce n'en aurait pas trop de deux. {La Terre, p. 224.)
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Mais Bécu intervint, ricanant et llalté au souvenir des gaillardises précoces de son lils. Làche-le donc ! le v'ià (|ui pousse. Alors, vermines, vous Iricassez ensemble! Ah! le bougre, ah! le bougre!.... {La Terre, p. l'xô.)
Lengaigne s'étant avancé, Jésus-Christ le harponna. Hein? lui avait-il lAché son afTaire à ce chieur d'encre ! On lui en donnerait des filles riches ! Ce n'était point que N*en-a-pas lût si chic ; car elle n'avait de cheveux que sur la tête, et, très allumé, il aflirma la chose comme s'il l'avait vue. Ça se disait de Cloyes à (^hàteaudun, les garçons en rigolaient. Pas un poil, parole d'honneur ! La place aussi nue qu'un menton de curé. Tous alors, stupéfiés du phénomène, se haussèrent pour contempler Berthe, en la suivant avec une légère grimace de répugnance, chaque fois que la danse la ramenait, très blanche dans le vol de ses jupes. Vieux filou, reprit Jésus-Christ, qui se mit à tutoyer Lengaigne, ce n'est pas comme ta fille, elle en a ! Celui-ci répondit d'un air de vanité : Ah! pour sûr! {La Terre, p. 22O.)
La Lutte de deux femmes pour un amant
(Parodie des combats d'Homère)
Gervaisc et Virginie au lavoir. — Gervaise, les bras en avant, cherchant à terre, tournant sur elle-
iiirino. dans un tremblement de tous ses membres, marcha quelques pas, rencontra un seau plein, le saisit à deux mains, le vida à toute volée.
— Chameau, va ! cria la grande Virginie.
Elle avait fait un saut en arrière, ses bottines seules étaient mouillées. Cependant, le lavoir, (jue les larmes de la jeune l'emme révolutionnaient depuis un instant, se bousculait pour voir la bataille. Des laveuses, qui achevaient leur pain, montèreat sur des baquets. D'autres accoururent, les mains pleines de savon. Un cercle se forma.
— Ah! le chameau! répétait la grande Virginie. Qu'est-ce qui lui prend, à cette enragée-là?
Gervaise en arrêt, le menton tendu, la face convulsée, ne répondait pas, n'ayant point encore le coup de gosier de Paris. L'autre continua :
— Va donc ! C'est las de rouler la province, ça n'avait pas douze ans que ça servait de paillasse à soldats, ça a laissé une jambe dans son pays.... elle est tombée de pourriture, sa jambe
Un rire courut. Virginie, voyant son succès, s'approcha de deux pas, redressant sa haute taille, criant plus fort :
— Hein ! avance un peu, pour voir, que je te fasse ton afl'aire ! Tu sais, il ne faut pas venir nous embêter ici.... Est-ce que je la connais, moi, cette peau ! Si elle m'avait attrapée, je lui aurais joliment retroussé ses jupons ; vous auriez vu ça. Qu'elle dise seulement ce que je lui ai fait.... Dis, rouchie, qu'estce qu'on t'a fait ?
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— Ne causez pas taul. bégaya Gervaise. Vous savez bien. On a vu mon uiari, hier soir.... Et taisez-vous, parce que je vous étranglerais, bien sur.
— Son mari! Ah! elle est bonne, celle-là!.... Le mari à madame ! Comme si on avait des maris avec cette dégaine!.... Ce n'est i)as ma faute s'il t'a lâchée. Je ne te Tai pas volé, peut-être. On peut me fouiller. Veux-tu que je te dise, tu l'cmijoisonnais, cet homme ! Il était trop gentil pour toi... Avait-il son collier, au moins ? Qui est-ce qui a trouvé le mari à madame?.... Il y aura récompense....
Les rires recommencèrent. Gervaise, à voix presque basse, se contentait toujours de murmurer :
— Vous savez bien, vous savez bien.... C'est votre sœur, je l'étranglerai, votre sœur —
— Oui, va te frotter à ma sœur, reprit Virginie en ricanant. Ah ! c'est ma sœur ! C'est bien possible, ma sœur a un autre chic que toi.... Mais est-ce que (;a me regarde ? est-ce qu'on ne peut plus laver son linge tranquillement ? Flanque-moi la paix, entendstu, parce qu'en voilà assez !
Et ce fut elle qui revint, après avoir donné cinq ou six coups de battoir, grisée par les injures, emportée. Elle se tut et recommença ainsi trois fois :
— Eh bien! oui, c'est ma sœur. Là, es-tu contente? Ils s'adorent tous les deux. Il faut les voir se bécoter!.... Et il ta lâchée avec tes bâtards! De jolis mômes qui ont des croûtes plein la figure ! Il y en a un duu gendarme, n'est-ce pas? et tu en as fait cre-
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ver trois autres, parce que lu ne voulais pas de surci'oit de bagages pour venir.... C'est ton Lantier qui nous a raeouté ça. Ah ! il en dit de belles, il en avait assez de ta carcasse !
— Salope ! salope! salope! hurla Gervaise, hors d'elle, reprise par un ti'emblement furieux.
Elle tourna, chercha une fois encore par terre; et, ne trouvant que le petit baciuet, elle le prit par les pieds, lança l'eau du bleu à la figure de Virginie.
— Rosse ! elle m'a perdu ma robe î cria celle-ci, qui avait toute une épaule mouillée et sa main gauche teinte en bleu. Attends, gadoue !
A son tour, elle saisit un seau, le vida sur la jeune femme. Alors, une bataille formidable s'engagea. Elles couraient toutes deux le long des baquets, s'emparant de seaux pleins, revenant se les jeter à la tête. Et chaque déluge était accouipagné d'un éclat de voix. Gervaise elle-même répondait, à présent.
— Tiens! saleté!.... Tu las reçu, celui-là. Ça te calmera le derrière.
— Ah ! la carne ! Voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois en ta vie.
— Oui, oui. je vas te dessaler, grande morue !
— Encore un!.... llince-toi les dents, fais ta toilette pour ton quart de ce soir, au coin de la rue Belhomnie.
Elles finirent par emplir les seaux aux robinets. Et, en attendant qu'ils fussent pleins, elles continuaient leurs ordures. Les i)reuiiers seaux, mal lancés, les touchaient à peine. Mais elles se faisaient la
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main. Ce lui \ irifiiiic qui. la preiuièrt'. en rci-ul un en pleine ligure ; Ican, entrant par son cou, coula dans son dos et dans sa gorge, pissa par-dessous sa robe. Elle était encore tout étourdie, quand un second la prit de biais, lui donna une Ibrte claque contre l'oreille gauche, en trempant son chignon, qui se déroula comme une ficelle. Gervaise fut d'abord atteinte aux jambes; un seau lui emplit ses souliers, j'cjaillit jusqu'à ses cuisses: deux autres l'inondèrent aux hanches. Bientôt, d'ailleurs, il ne fut plus possible de juger les coups. Elles étaient l'une et l'autre ruisselantes de la tête aux pieds, les corsages plaqués aux épaules, les jupes collant sur les reins, maigries, raidies, grelottantes, s'égouttant de tous les côtés, ainsi que des parapluies pendant une averse.
— Elles sont rien drôles! dit la voix enrouée d'une laveuse. Le lavoir samusait énormément.... Toutes les laveuses parlaient ensemble. — Elle lui a cassé une patte ! — Dame ! l'autre a bien voulu la faire cuire! — Elle a raison, après tout, la blonde, si on lui a pris son homme ! — Voyons, allez- vous-en ! disait madame Boche, soyez raisonnable.... j'ai les sangs tournés, ma parole ! On n'a jamais vu une tuerie pareille.... La bataille recommença muette, sans un cri, sans une injure.... Par terre, la lutte continuait. Tout d'un coup, Virginie se redressa sur es genoux. Elle venait de ramasser un battoir, elle le brandissait. Elle râlait, la voix changée : Voilà du chien, attends ! Apprête ton linge sale ! Gervaise.
vivement, allongea la main, prit également un battoir, le tint levé comme nne massue. Et elle avait, elle aussi, une voix rauque. — Ah ! tu veux la grande lessive.... Donne ta peau que jeu fasse des torchons !.... Alors, mises en train, elles se tapèrent comme les laveuses tapent leur linge, rudement, en cadence.... Mais Gervaise, brusquement, hurla. Virginie venait de l'atteindre à toute volée sur son bras nu. au-dessus du coude : ime plaque rouge parut, la chair enfla tout de suite. Alors, elle se rua. Ou ernt (fu'elle voulait assommer l'autre.
— Assez ! assez ! cria-t-on.
Elle avait un visage si terrible, que personne n'osa approcher. Les forces décuplées, elle saisit Virginie par la taille, la plia, lui colla la figure sur les dalles, lesreins en l'air; et, malgré les secousses, elle lui releva les jupes, largement. Dessous, il y avait un pantalon. Elle passa la main dans la fente, l'arracha, montra tout, les cuisses nues, les fesses nues. Puis le battoir levé, elle se mita battre, comme elle battait autrefois à Plassans.... Le bois mollissait dans les chairs avec un bruit mouillé. A chaque tape, une bande rouge marbrait la peau blanche.
— Oh ! oh ! murmurait le garçon Charles, émerveillé, les yeux agrandis.... Gervaise n'entendait pas, ne se lassait pas. Elle voulait toute cette peau battue, couverte de confusion. Et elle causait, prise d'une gaieté féroce :
— Ça c'est pour toi, ça c'est pour ta sœur, ça c'est pour Lantier.... Quand tu les verras, tu leur donne-
ras (;i\. AUention ! Je rccoinnience. Ça c'est pour Lantier, ça c'est pour ta sœur, ça c'est pour toi. Pau ! Pan ! Marg^ot au lavoir.... Pan ! Pan ! à coups de battoir.... {L'Assommoir, p. 35.)
Plus de luxe que de vertu
^|me Ilcnnebeau et son amie, elles en ont pour de l'argent sur la peau, ça vaut plus cher qu'elles, peut-être !
— Ah! sur.... Je ne connais pas l'autre, mais celle d'ici je n'en donnerais pas quatre sous, si grosse qu'elle soit. On raconte des histoires....
— Hein ! quelles histoires ?
— Elle aurait des hommes, donc !.... D'abord l'ingénieur....
— Ce petiot maigre!.... Oh! il est trop mince, elle le perdrait dans les draps....
— Qu'est-ce que ça fiche, si ça l'amuse? (Romans célèbres, Gei'minal, p. 84-)
La Maîtresse villageoise
La veille encore, (Hourde({uin) l'avait giflée, à la suite d'une scène qu'elle lui faisait, pour coucher dans le lit où était morte sa femme: et, toute la nuit.
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elle sétait refusée, lui allongeaut des tapes, dès qu'il s'approchait ; car, si elle continuait à se donner le régal des jj^arçons de la rernie. elle le rationnait, lui, le fouettait d'abstinences, alîn d'augmenter son pouvoir.... Depuis longtemps, il flairait ses continuelles trahisons : Ah! bougresse, si je te pince!.... Jac(iucline avait lilé à travers la maison muette; son envie la tenait si fort, que frissonnante, essoufflée, elle alla aii fond, dans la soupente qui servait de lit, l'embrassa tout endoi*mi, lui fermant la bouche d'un baiser, lui dit à voix très basse : C'est moi, grosse bête, aie pas peur.... Vite, vite, dépêchons!.... Mais il ne voulut jamais, ils grimpèrent dans le fenil. laissèrent la trappe ouAerte, se culbutèrent au milieu du foin. — Oh! grosse bête, grosse bête! répétait Jacqueline pâmée, avec son roucoulement de gorge, qui semblait lui monter des flancs. Dans le foin, Jean et Jacqueline étoufl'aient leur souffle.... La tête de Hourdequin apparut au ras de la trappe. Il vit du même regard l'ombre de l'homme, qui fuyait, et le ventre de la fennne encore vautrée, les jambes ouvertes.... D'une gifle à tuer un bœuf, il rejeta par terre Jacqueline, qui se l'elevait sur les genoux. Ah ! putain! Elle hurla, elle nia l'évidence d'un cri de rage. — Ce n'est pas vrai ! Il se retenait de défoncer à coups de talon ce ventre qu'il avait vu, cette niulité étalée de bête en folie.
— Je l'ai vu! Disque c'est vrai ou je te crève! — Non, non. non, pas vrai ! Et, d'ailleurs, qu'estce que ça te fiche? Est-ce que je suis ta femme?
- ii4 - Puisque tu ue veux pas que je couche dans ton lit, je suis bien libre de coucher où ça me plaît. Elle eut son roucoulement de colombe comme une moquerie lascive. Allons, ole-toi de là. que je descende.... Je m'en irai ce soir. — Tout de suite ! — Non, ce soir. . . . Attends donc de réfléchir. {La Terre, p. 93.)
Cette nuit même, au lieu dêtre partie le soir, Jacqueline coucha dans la chambre de feu M"^» Houdequin. La Cognette, en chemise, monta dans le lit conjugal, elle s'y étala, y écarta les bras et les cuisses, pour le tenir tout entier, riant de son rire de toiu'terelle. {La Terre, p. loi.)
La Concubine
Ah! si ma garce de femme, dit Soûlas, le berger, avant d'en crever, n'avait pas bu tout mon saintfrusquin, à mesure que je le gagnais, c'est moi qui aurais décampé de la ferme pour ne pas y voir tant de saletés.... Cette Cognette, en voilà une dont les fesses ont plus travaillé que les mains ! et ce n'est pas, bien sûr, à son mérite, c'est à sa peau qu'elle la doit, sa position! Quand on pense que le maître la laisse coucher dans le lit de sa défunte et qu'elle a fini par l'amener à manger seul avec elle, comme si elle était sa vraie femme !.... Une salope qui a traîné avec le dernier des cochons!.... Jeannot, va! grand serin ! tu es aussi bête qu'elle est maligne ! Ah ! elle
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te le montrera sous verre, son pucelage I Quand je te dis que tout le pays lui a traîné sur le ventre î Moi, je me promène, je n'ai qu'à regarder, et j'en vois sans le vouloir, de ces filles qu'on bouche ! Mais, elle, ce que je l'ai vue bouchée de fois, non! c'est trop! Tiens! elle avait quatorze ans à peine, dans l'écurie, avec le père Mathias, un bossu qui est mort; pliistard, un jour quelle pétrissait, contre le pétrin même, avecun galopin, le petit porcher Guillaume.... et dans tous les coins, sur de la paille, sur des sacs, parterre.... D'ailleurs, pas besoin de chercher si loin. Si tu veux en causer, il y en a un là que j'ai aperçu un matin dans le fenil en train de la recoudre solidement. {La Terre, p. 288.)
Le Marlou
Ah! sacré marlou, j'aurai ton nez! C'est tonnez que je veux me foutre quelque part!..,. Donne donc ta gueule, miroir à putains, que j'en fasse de la bouillie pour les cochons, et nous verrons aprèssi les garces de femmes courront après toi ! — Touché ! hurla Chaval, atout sur ta carcasse! — Tiens! à tes tripes ! bégaya-t-il de sa voix étranglée! Faut que je les dévide au soleil! — Ah! non, ah! non, puisque c'est lui que tu veux, couche avec lui, sale rosse! Et ne refous pas les pieds chez moi, si tu tiens à ta peau! (Romans célèbres. Germinal, p. 356.)
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Mépris de la Religion
Dites donc, reprit brusquement la Friniat, si l'on ne va pas chercher nuùtre Sourdeau (le sorcier), on pourrait tout de même faire venir monsieur le curé. La Grande pinça les lèvres. — En v'ià une idée ! Qu'est-ce qu'il y ficherait, monsieur le curé ? — Ce qu'il y fiche donc ! Il apporterait le bon Dieu, ce n'est pas mauvais, des fois ! Elle haussa les épaules, comme pour dire qu'on n'était plus dans ces idéeslà: chacun chez soi, le bon Dieu chez lui. les gens chez eux.... {La Terre, p. 456.)
Un Monsieur à succès
Sabatani, le levantin, était avantageusement coté à la Bourse et près des dames. Saccard le plaisanta sur Germaine Cœur, avec laquelle il l'avait rencontré la veille, faisant allusion crûment au bruit qui le douait d'un véritable prodige, une exception géante, dont rêvaient les filles du monde de la Bourse, tourmentées de curiosité. Et Sabatani ne niait pas, riait de son rire équivoque sur ce sujet scabreux : oui, oui ! ces dames étaient très drôles à courir après lui, elles voulaient voir. {L'Argent, p. I2'3.)
La Morale de l'argent
De l'argent à putains, ça se dépense comme ça se gagne, ricana Jésus-Christ, en parlantde M">Klharles, l'ancienne tenancière du 7^, qui dépensait six francs de consultation pour un chat qui ne valait pas la corde pour le foutre à l'eau!.... — îs'empêchc, dit Delhommc, Ihomme sage, qu'on n'est ni un feignant, ni une bête, lorsqu'on a su mettre de côté douze mille livres de rente. {La Terre, p. 4^.)
Lise était enceinte de huit mois. Cette grossesse exaspérait Buteau. Lui qui prenait tant de précautions! comment ce bougre d'enfant se trouvait-il là? Il bousculait sa femme, l'accusait de l'avoir fait exprès, geignait pendant des heures, comme si un pauvre, un animal errant, se lut introduit chez lui pour manger tout: et, après huit mois, il en était à ne pouvoir regarder le ventre de Lise sans linsulter : foutu ventre ! plus bète qu'une oie! la ruine de la maison! {La Terre, p. .235.)
Le Parricide
Brusquement, Lise, exaspérée empoigna l'oreiller, le tapa sur la face du père. — Bougre de lâche ! Il faut donc que ce soient toujours les femmes ! Alors