II
Buteau se rua, pesa de tout le poids de son corps, pondant qu'elle, monlée sur le lit, s'asseyait, enfonçait sa croupe nue de jument hydropique. Ce fut un enragement, l'un et l'autre foulaient des poings, des épaules, des cuisses. Le père avait eu une secousse violente, ses jambes s'étaient détendues avec des l)ruits de ressorts cassés. On aurait dit qu'il sautait, pareil à un poisson jeté sur l'herbe. Mais ce ne fut pas long. Ils le maintenaient trop rudement, ils le sentirent sous eux qui s'aplatissait, qui se vidait de l'existence. Un long frisson, un dernier tressaillement, puis rien du tout, quelque chose d'aussi mou qu'une chiffe. Je crois bien que ça y est, gronda Buteau essoufflé. — Lise, toujours assise, en tas. dit : Ça y est, rien ne grouille. {La Terre, p. 497-)
Un Personnage du marquis de Sade....
reconstitué par Zola
Et, tout d'un coup, comme ils (Jacques et Philomène) passaient près d'un talus gazonné, dans un chemin désert, et qu'elle l'y entraînait, s'allongeant, le besoin monstrueux (de tuer) le reprit, il fut emporté par une rage, il chercha parmi l'herbe une arme, une pierre, pour lui en écraser la tête.... D'une secousse, il s'était relevé, et il fuyait, il galopait dans la nuit, non pour fuir Pccqueux, qu'il venait de reconnaître ; mais il se fuvait lui-même.
— iio —
fou de douleur. Eh quoi ! un meurtre n'avait pas suffi, il n'était pas rassasié du sang de Séverine. Voilà qu'il recommençait. Une autre, et puis une autre, et puis toujours une autre ! Dès qu'il se serait repu, après quelques semaines de torpeur, sa faim eflroyable se réveillerait, il lui faudrait sans cesse de la chair de femme pour le satisfaire. Même, à présent, il n'avait pas besoin de la voir, cette chair de séduction; rien qu'à la sentir tiède dans ses bras, il cédait au rut du crime, en mâle farouche qui éventre les femelles. {La Bête humaine, p. ^\o.)
Le Petit-Fils qui viole sa grand'mère
Hilarion, le petit-fils de la Grande, cette brute stupide et contrefaite, aux muscles de taureau, avait laissé sa grand'mère abuser de ses forces, sans même oser lever les yeux sur elle. Elle eut le tort, pour l'exciter, de le frapper à la nuque, du bout de sa canne. Il lâcha la cognée, il la regarda. Irritée de cette révolte, elle le cinglait aux flancs, aux cuisses, partout, lorsque, brusquement, il se rua sur elle. Alors, elle se crut renversée, piétinée, étranglée ; mais non, il avait trop jeûné depuis la mort de sa sœur Palmyre, sa colère se tournait en une rage de màlc, n'ayant conscience ni de la parenté, ni de l'âge, à peine du sexe. La brute la violait, cette aïeule de quatre-vingt-neuf ans, au corps de bâton
séché, où seule deuienrait la carcasse fendue de la femelle. Et, solide encore, inexpugnable, la vieille ne le laissa pas faire, put saisir la cognée, lui ouvrit le crâne d'un coup. A ses cris, des voisins accouraient, elle conta Ihistoire. donna des détails : un rien de plus, et elle y passait, le bougre était au bord. Hilarion ne mourut que le lendemain. {La Terre, p. 420.)
Les Restes d'un vieux
Nom de Dieu de garce! tu as couché avec!.... couché avec ! couché avec ! Il abattait les poings, chaque fois qu'il les prononçait : — Le reste d'un vieux, nom de Dieu de garce! couché avec! couché avec !.... Avoue que tu as couché avec. — Non ! Non ! — Avoue que tu as couché avec, nom de Dieu! ou je t'éventre ! — Eh bien ! oui, c'est vrai, laisse-moi m'en aller. — Ainsi, tu as couché avec, garce ! Répète, répète, que tu as couché avec ce vieux.... Et à quel âge, hein? toute petite, toute petite, n'est-ce pas ? Nom de Dieu ! veux-tu me dire ! Hein ? tu n'avais pas dix ans, que tu l'amusais, ce vieux ? C'est pour ça qu'il t'élevait à la becquée, c'est pour sa cochonnerie, dis-le donc, nom de Dieu ! ou je recommence! A quel âge, dis-le donc, garce ! dis-le donc !
Cela, pour sur, avait commencé les jours où les autres gamines s'enfuyaient, au milieu de leurs jeux, s'il venait à paraître, tandis qu'elle, souriante, le
museau en lair, attendait ([ii'il lui donnât en passant une petite tape sur la joue. Kt, plus tard, si elle osait lui palier en face, si elle obtenait tout de lui, n'était-ce pas qu'elle se sentait maîtresse, alors cjuil l'achetait par ses complaisances détrousseur de bonnes, si digne et si sévère aux autres ? Ah ! la sale chose, ce vieux se faisant baisoter comme un grand-père, regardant passer cette fillette, la tàtant, l'entamant un peu, à chaque heure, sans avoir la patience d'attendre qu'elle lût mure ! — Enfin, à quel âge, répète, à quel âge? — Seize ans et demi. — Et je veux que tu me dises, qu'est-ce qu'il t'a fait, la première fois ? — Tu ne me croirais pas. — Dis toujours, il na pu rien faire, hein ? — D'un signe de tète, elle répondit. C'était bien cela. Etalors.il s'acharna sur la scène, il voulut la connaître jusqu'au bout, il descendit aux nuits crus, aux interrogations immondes.... Des rapports normaux, complets, l'auraient hanté d'une vision moins torturante. Cette débauche pourrissait tout, enfonçait et retournait au fond de sa cliair les lames empoisonnées de sa jalousie. — Mais, nom de Dieu ! pourquoi mas-tu épousé?.... Lui. hein ? désirait te caser pour que ça continue, et vous avez continué.... Jusqu'à la fin, alors ça aurait recommencé, ces ordures ! {La Bête humaine, p. i25.)
Et, dis donc, s'il était ton père?.... Séverine, violente, protestait : non, non, pas ça ! Tout ce que tu voudras pour le l'esté.... Mais, ne dis pas ça, tu mens.
— Est-ce que tu en sais quelque chose? C'est bien parce que tu en doutes toi-même, que ça te soulève ainsi. — Pour que je ne crève pas d'aller encore avec toi, vois-tu, il faut avant ça que je crève l'autre... Il faut que je le crève, que je le crève !
.... Ça ne pense qu'à ça, les hommes. Ah! si je te répétais ce que Louisette ma raconté, le jour où elle est morte, chez Gabuche. D'ailleurs, j'en savais déjà sur le président, parce que j'avais vu des saletés, ici, lorsqu'il venait avec des jeunes filles. 11 y en a une que personne ne soupçonne, une qu'il a mariée. {La Bête humaine, p. 56.)
Le Scellement du crime.... par un baiser
Pardonne-moi, attends encore, disait Jacques.... Je te le jure, bientôt (je le tuerai ton mari), dès que je pourrai. Tout de suite, elle avait collé sa bouche à la sienne, comme pour sceller ce serment, et ils eurent un de ces baisers profonds, où ils se confondaient dans la communauté de leur chair. {La Bête humaine, p. So^.)
Une Vierge chlorotique
Élodie, lentement, dégagea sa têteret elle se leva, de son air de grand lis poussé à l'ombre, avec sa pâleur mince de vierge chlorotique, ses yeux vides.
ses cheveux incolores. Elle les regarda, elle dit tranquillement : Mon cousin a raison, on ne peut pas lâcher ça. — Mais mon petit lapin, si tu savais. — Je sais. Il y a beau temps que Victorine m'a tout dit, à cause des hommes. Je sais, j'y ai réfléchi, je vous jure qu'on ne peut lâcher ça. Une stupeur avait cloué les Charles. Leurs yeux s'étaient arrondis, ils la contemplaient dans un hébétement profond. Eh ! quoi, elle connaissait le i g, ce qu'on y faisait, ce qu'on y gagnait, le métier enfin, et elle en parlait avec cette sérénité ! Ah ! l'innocence, elle touche à tout sans rougir!.... On ne peut lâcher ça. répétât-elle. C'est trop bon, ça rapporte trop. ... Et puis, une maison que vous avez faite, où vous avez travaillé si fort, est-ce que ça doit sortir de la famille?.... Laissez-moi suivre mon idée.... Je veux être comme maman, ce qu'elle a fait, je peux le faire. Il n'y a pas de déshonneur, puisque vous l'avez fait vousmêmes.... Ça me plaît beaucoup, je vous assure. Les Charles débordaient d'émotion et dç larmes à cette pensée glorieuse que le z^. leur œuvre, leur chair, allait être sauvé de la ruine Il attira sa petitefille dans se^ bras : Ton père nous a causé bien des soucis, tu nous consoles de tout, mon ange ! {La Terre, p. 4oi.)
Un Viol dans un asile d'enfants
— Il s'est passé hier des choses terribles, continua
la princesse d'Orviedo, tout un crime que rien ne saurait réparer.
Et elle conta, de son air glacé, une épouvantable aventure. Depuis trois jours, Victor, (ils de Saccard, s'était l'ail mettre à rinfirmerie. en alléguant des douleurs de tète insupportables. Le médecin avait l)ien llairé nue simulation de paresseux ; mais l'enl'ant était réellement ravagé par des névralgies fréquentes. Or, cet après-midi-là, Alice de Beauvilliers 'se trouvait à l'Œuvre sans sa mère, venue pour aider la sunirde service à linvcntairc trimestriel de l'armoire aux remèdes. Cette armoire était dans la pièce qui séparait les deux dortoirs, celui des filles de celui des garçons, où il n'y avait en ce moment que Victor couché, occupant im des lits; et la sœur, s étant absentée quelques minutes, avait eu la surprise de ne pas retrouver Alice, si bien qu'après avoir attendu im instant, elle s'était mise à la chercher. Son étonnement avait grandi en constatant que la porte du dortoir des garçons ven;iit d'être fermée en dedans. Que se passait-il donc? Il lui avait fallu faire le tour par le couloir, et elle était restée béante, terrifiée, par le spectacle qui s'olTrait à elle : la jeune fille à demi étranglée, une serviette nouée sur son visage pour étouH'cr ses cris, ses jupes en désordre relevées, étalant sa nudité pauvre de vierge chloroticpie, violentée, souillée avec une brutalité immonde. Par terre, gisait un porte-monnaie vide. Victor avait disparu. Et la scène se reconstruisait: Alice, appelée peut-être, entrant pour donner un bol de lait
à ce gai'voH de quinze ans, velu eonnne un honnne, puis la brusque faim du nionsli'e pour cette chair l'rèle, ce cou trop long, le saut du nu\le en chemise, la fille étoullée, jetée sur le lit ainsi qu'une loque, violée, volée, et les vêtements passés à lahàte,et la fuite. Mais que de points obscurs, que de questions stupédantes et insolubles! Comment n'avait-on rien entendu, pas un bruit de lutte, pas une plainte? Comment de si ellroyables choses s'étaient-elles passées si vite, dix minutes à peine? Surtout, comment Victor avait-il pu se sauver, s'évaporer pour ainsi dire, sans laisser de traces? car, après les plus minutieuses recherches, on avait acquis la certitude qu'il n'était plus dans l'établissement. Il devait s'être enfui par la salle de bains, donnant sur le corridor, et dont une fenêtre ouvrait au-dessus d'une série de toits étages, allant juscju'au boulevard; et encore un tel chemin offrait de si grands périls, que beaucoup se refusaient à croire qu'un être humain avait pu le suivre. Ramenée chez sa mère, Alice gardait le lit, meurtrie, éperdue, sanglotante, secouée d'une intense fièvre.
Madame Caroline écoula ce récit dans un saisissement tel, qu'il lui seml)lait que tout le sang de son cœur se glaçait. Un souvenir s'était éveillé, l'épouvantait d'un affreux rapprochement : Saccard, autrefois, prenant la misérable Rosalie sur une marche, lui démettant l'épaule, au moment de la conception de cet enfant qui en avait gardé comme une joue écrasée : et, aujovu'd'hui. Victor violentant à son
tour la première fille que le sort lui livrait. Quelle inulilo cruauté ! cette jeune fille si douce, la fin désolée d'une race, qui était sur le point de se donner à Dieu, ne pouvant avoir un mari, comme toutes les autres! Avait-elle donc un sens, cette rencontre imbécile et abominable? Pourquoi avoir brisé ceci contre cela?
— Je ne veux vous adresser aucun reproche, madame, conclut la princesse, car il serait injuste de faire remonter jusqu'à vous la moindre responsabilité. Seulement, vous aviez vraiment là un protégé bien terrible. (L'Ai'gent, p. ^ji.)
Une Bonne en mal d'enfant
Ce soir-là, Adèle monta se coucher vers onze heures. La pensée de la soirée du lendemain la terrifiait : encore trimer, encore être bousculée par Julie ! et elle ne pouvait plus aller, elle avait tout le bas en compote. Cependant, les couches, pour elle, restaient lointaines et confuses ; elle aimait mieux ne pas y réfléchir, elle préférait garder ça longtemps encore, avec l'espoir que ça finirait par s'arranger. Aussi n'avait-elle fait aucun préparatif, ignorante des symptômes, incapable de se rappeler ni de calculer une date, sans idée, sans projet. Elle n'était bien que dans son lit, allongée sur les reins. Comme la gelée prenait depuis la veille, elle garda ses bas pour se coucher, souffla sa bougie, attendit
d'avoir chaud. Enfin, elle s'endormait, lorsque de légères douleurs lui firent rouvrir les yeux. C'étaient, à fleur de peau, des pincements; elle crut d'abord qu'une mouche lui piquait le ventre, autour du nombril; puis, ces piqûres cessèrent, elle ne s'en inquiéta pas, accoutumée aux choses étranges et inexplicables qui se passaient en elle. Mais, brusquement, au bout d'une demi heure à peine d'un mauvais sommeil, une tranchée sourde l'éveilla de nouveau. Cette fois, elle se mit en colère. Est-ce quelle allait avoir des coliques, maintenant? Elle serait fraîche, le lendemain, s'il lui fallait courir à son pot toute la nuit! Cette idée d'un embarras d'entrailles l'avait préoccupée dans la soirée ; elle sentait une pesanteur, elle attendait une débâcle. Pourtant, elle voulut résister, se frotta le ventre, crut avoir calmé la douleur. Un quart d'heure s'écoula, et la douleur revint, plus violente.
— Cré nom d'un chien ! dit-elle à demi-voix, en se décidant cette fois à se lever.
Dans l'obscurité, elle tira son pot, s'accroupit, s'épuisa en efforts inutiles. La chambre était glacée, elle grelottait. Au bout de dix minutes, comme les coliques se calmaient, elL" se recoucha. Mais, dix minutes plus tard, les coliques recommençaient. Elle se releva, essaya encore inutilement, et rentra toute froide dans son lit, où elle goûta im autre moment de repos. Puis, ça la tordit avec une telle force, qu'elle étouffa une première plainte. Était-ce bête à la fin ! avait-elle envie, ou n'avait-elle pas
om io ? Maintenant. Irs douleurs persistaient, pres- (juc eontinues, avec des secousses plus rudes, coumie si une main brutale, dans le ventre, la serrait (pu'hpie part. El elle comprit, elle eut un grand frisson, en bégayant sous la couve rliu'e :
— ISIon Dieu ! mon Dieu ! c'est donc ça !
Une angoisse l'envahissait, un besoin de marcher, de promener son mal. Elle ne put rester au lit davantage, ralluma la bougie, se mit à tourner autour de sa chambre. Sa langue se desséchait, une soif ardente la tourmentait, tandis cpie des phupies rouges lui brûlaient les joues. Quand une contraction la pliait bruscpiement. clic s'appuyait (;ontre le mur, saisissait le bois d'un meuble. Et les heures passaient dans ce piétinement cruel, sans qu'elle osât même se chausser, de peur de faire du bruit, garantie seulement du froid par un vieux châle jeté sur ses épaules. Deux heures sonnèrent, puis trois heures.
— Il n'y a pas de bon Dieu! se disait-elle tout bas, avec un besoin de se parler et de s'entendre. C'est trop long, ça ne finira jamais.
Pourtant, le travail de préparation s'avançait, la pesanteur descendait dans ses fesses et dans ses cuisses. Même lorsque son ventre la laissait un peu respirer, elle soullrait là, sans arrêt, d'une souffrance fixe et têtue. Et, pour se soulager, elle s'était empoigné les fesses à pleines mains, elle se les soutenait, pendant (piclle continuait à marcher en se dandinant, les jambes nues, couverte jusqu'aux ge-
noux de ses gros bas. Xoii, il n'y avait pas de bon Dieu ! Sa dévotion se révoltait, sa résignation de béte de somme (|ai lui avait (ait accepter sa grossesse comme une corvée de plus, finissait par lui échapper. Ce n'était donc pas assez de ne jamais manger à sa faim, d'être le souillon sale et gauche, sur lequel la maison entière tapait : il fallait que les maîtres lui fissent un enfant ! Ah ! les salauds ! Elle n'aurait pu dire seulement si c'était du jeune ou du vieux, car le vieux lavait encore assommée, après le mardi gras. L'un et l'autre, d'ailleurs, s'en fichaient pas mal, maintenant, qu'ils avaient eu le plaisir et qu'elle avait la peine! Elle devrait aller accoucher sur leur paillasson, pour voir leur tête. Mais sa terreur la reprenait : on la jetterait en prison, il valait mieux tout avaler. La voix étranglée, elle répétait, entre deux crises :
— Salauds!.... S'il est permis de vous coller une pareille affaire !.... Mon Dieu ! je vais mourir !
Et, de ses deux mains cinspées, elle se serrait les fesses davantage, ses pauvres fesses pitoyal>les, retenant ses cris, se dandinant toujours dans sa laideur douloureuse. Autour d'elle, on ne remuait pas, on ronflait ; elle entendait le bourdon sonore de Julie, tandis que, chez Lisa, il y avait un sifflement, une musique pointue de fifre.
Quatre heures venaient de sonner, lorsque, tout d'mi coup, elle crut que son ventre crevait. Au milieu d'une douleur, il y eut une rupture, des eaux ruisselèrent, ses bas furent trempés. Elle resta un
uioiiieiil iiiiiDubilo, leiritiéeel slapélaito, avec 1 idée qu'elle se vidait par \i\. Peut-être bien qu'elle n'avait jamais été enceinte ; et, dans la crainte d'une autre maladie, elle se regardait, elle voulait voir si tout le sang de son corps ne fuyait point. Mais elle éprouvait un soulagement, elle s'assit quelques minutes sur une malle. La chand)re salie l'inquiétait, la bougie allait s'éteindre. Puis, comme elle ne pouvait plus marcher et qu'elle sentait la fin venir, elle eut encore la force d'étaler sur le lit une vieille toile cirée ronde, que M"^* Josserand lui avait donnée, pour mettre devant sa table de toilette. Et elle était à peine recouchée, que le travail d'expulsion commença.
Alors, pendant près d'une heure et demie, se déclarèrent des douleurs dont la violence augmentait sans cesse. Les contractions intérieures avaient cessé, c'était elle maintenant qui poussait de tous les muscles de son ventre et de ses reins, dans un besoin de se délivrer du poids intolérable qui pesait sur sa chair. Deux fois encore, des envies illusoires la firent se lever, cherchant le pot d'une main égarée, tâtonnante de fièvre;. et, la seconde fois, elle faillit rester par terre. A chaque nouvel effort, un tremblement la secouait, sa face devenait brûlante, son cou se baignait de sueur, tandis qu'elle mordait les draps, pour étoulfer sa plainte, le han! terrible et involontaire du bûcheron qui fend un chêne. Quand l'effort était donné, elle balbutiait, connue si elle eût parlé à quelqu'un :
— C'est pas possible.... il sorlira pas.... il esl trop gros....
La gorge renversée, les jambes élargies, elle se crainponuait des deux mains au lit de fer, qu'elle ébranlait de ses secousses. C'étaient heureusement des couches superbes, une présentation franche du crûnc. Par moments, la tète qui sortait, semblait vouloir rentrer, repoussée pal* l'élasticité des tissus, tendus à se rompre ; et dès crampes atroces l'étreignaient à chaque reprise du travail, les grandes douleurs la bouclaient d'une ceinture de fer. Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser, elle eut la sensation épouvantée que son derrière et son devant éclataient, n'étaient plus qu'un trou par lequel coulait sa vie ; et l'enfant roula sur le lit, entre ses cuisses, au milieu d'une mare d'excréments et de glaires sanguinolentes.
Elle avait poussé un grand cri, le cri furieux et triomphant des mères. Aussitôt, on remua dans les chambres voisines, des voix empâtées de sommeil disaient : « Eh bien ! quoi donc ? on assassine ! . . . . Y en a une qu'on prend de force !.... Rêvez donc pas tout haut I » Inquiète, elle avait repris le drap entre les dents, elle serrait les jambes et ramenait la couverture en tas sur lenl'ant, qui lâchait des miaulements de petit chat. Mais elle entendit Julie ronfler de nouveau, après s'être retournée ; pendant que Lisa, rendormie, ne sifflait même plus. Alors, elle goûta pendant un quart d'heure un soulagement immense, une douceur infinie de calme et de repos.
Elle était coinine morte, elle jouissait de ne plus être.
Puis, les coliques rcpamireut. Une peur l'éveillait : est-ce quelle allait en avoir un second? Le pis était qu'en rouvrant les yeux, elle venait de se trouver en pleine obscurité. Pas même un bout de chandelle ! et être là, toute seule, dans du mouillé, avec quelque chose de gluant entre les cuisses, dont elle ne savait que faire ! Il y avait des médecins pour les chiens, mais il n'y en avait pas pour elle. Crève donc, toi et ton petit! Elle se souvenait d'avoir donné un coup de main chez M""" Piehon, la dame d'en face, quand elle était accouchée. En prenait-on des précautions, de crainte de l'abimer ! Cependant, l'enfant ne miaulait plus, elle allongea la main, chercha, rencontra un boyau qui lui sortait du ventre ; et l'idée lui revint qu'elle avait vu nouer et couper ça. Ses yeux s'accoutumaient aux ténèbres, la lune qui se levait éclairait vaguement la chambre. Alors, moitié à tâtons, moitié guidée par un instinct, elle fit, sans se lever, une besogne longue et pénible, décrocha derrière sa tète un tablier, en cassa un cordon, puis noua le boyau et le coupa avec des ciseaux pris dans la poche de sa jupe. Elle était en sueur, elle se recoucha. Ce pauvre petit, bien sur, elle n'avait pas envie de le tuer.
Mais les coliques continuaient, c'était comme une affaire qui la gênait encore et que des contractions chassaient. Elle tira sur le boyau, d'abord doucement, puis très fort. Ça se détachait, tout un pa([uet
ûuit pur tomber et elle s'en débarrassa en le jetant dans le pot. (iCtte fois, grâce à Dieu ! c'était bien fini, elle ne souHrait plus. Du sang tiède coulait seu- Icuient le long de ses jambes,
Pendant près dune heure, elle dut somuieiller. Six heures sonnaient, lorsque la conscience de sa position l'éveilla de nouveau. Le temps pressait, elle se leva péniblement, exécuta des choses qui lui venaient à mesure, sans qu'elle les eût arrêtées d'avance. Une lune l'roide éclairait en plein la chambre. Api'ès s'être habillée, elle enveloppa l'enfant de vieux linge, puis le plia dans deux journaux. Il ne disait rien, son petit cœur battait pourtant. Comme elle avait oublié de regarder si c'était un garçon ou une fille, elle déplia les papiers. C'était une fille. Encore une malheureuse ! de la viande à cocher ou à valet de chambre, comme cette Louise, trouvée sous une porte ! Les domestiques dormaient toujours, et elle put sortir, se faire tirer en bas le cordon par M. Gourd endormi, aller poser sou paquet dans le passage Choiseul dont on ouvrait les grilles. puis remonter tranquillement. Elle n'avait rencontré personne. Enfin, une fois dans sa vie, la chance était pour elle ! {Pot-Bouille, p. 47I-477')
Une Scène d'amour.... vénal
Le cordon de son jupon résistait, et elle cassa le nœud. Puis, assise au bord du lit pour ùter ses bas :
- vV, -
Ali! comiiu' je l'ogreltc ma l'aiblesse, monsieur! comme on rélléchirail. si Ion pouvail lout prévoir! Maintenant, elle était en ehemise, les jambes et les bras nus, d'une nudité douillette de petite femme jçrasse. Sa gorge, soulevée de colère, sortait des dentelles.... Elle avait posé un genou au bord du matelas, les seins tendus, la cuisse pliée, dans le joli mouvement d'une l'emme qui se couche.... — Ah ! Dieu ! si c'était à refaire ! — A'ous en prendriez un autre, n'est-ce pas? dit-il brutalement, très liant. Elle s'était allongée près de lui, sous le drap, et elle allait répondre du même ton.... quand une voix sourde dit : — Ouvrez, je vous entends bien faire vos saletés.... C'était le mari..., (La scène est assez vive pour avoir droit à une citation, mais elle est trop longue ; fmissons-la par le mot en situation de Camparden, l'architecte, qui couche avec sa cousine.) — Eh ! va te faire caramboler ailleurs ! {Pot- Douille, p. 373,) — Oui, oui, continuait la, bonne enragée, tu ne me flanquais pas dehors, quand je cachais tes chemises, derrière le dos de t^n cocu ! Et le soir où ton amant a dû remettre ses chai'^settes au milieu de mes casseroles, pendant que j'ei..pôchais ton cocu d'entrer, pour te donner le temps de te refroidir! salope, va! (P. 463.)
Une Précaution conjugale
— Enlin. que voulez-vous? dit pour conclure
M"'' Danibrevillc, on ne se marie jamais conime on vent. Le pins sage est encore de s'arranger après, le mieux possil)le. {Pot-Boiiilh\ p. 179.)
Un Galopin qui promet
— Oui , cet animal (Duveyrier) avait dabord voiilu Julie ; seulement, celle-là était trop propre, et du reste, là-bas, à la campagne, elle en tenait pour le petit Gustave (le fils de Duveyrier), un galopin de seize ans qui promettait. {Pot-Bouille, p. 336.)
Une Bonne qui ne sait rien refuser
On ne savait ni où ni comment, il (Duveyrier) sétait jeté sur Adèle : sans doute derrière une porte-, dans un courant d'air, car cette grosse souillon empochait les hommes comme les gifles, l'échiné tendue, et ce n'était certes pas au propriétaire qu elle aurait osé faire une impolitesse. {Pot-Bouille, p. 336.)
Morale.... immorale
— Dame! tel maître, tel valet. ... Quand les propriétaires donnent l'exemple , les larbins peuvent bien avoir des goûts pas honnêtes. Ah ! tout fout le
camp en France, décidément. {Pot- Bouille, p. 337-) — Croyez-moi, mon cher, laides et bêtes, pourvu qu'on en ait plein les bras ; voilà mon opinion, par principe et par goût. (P. 338.) — Maintenant, dit Victoire, Berthe (la femme d'Auguste) se fait donner un coup de plumeau par le commis de son homme.... Pas de danger qu'il y ait de la poussière ! (P. 344-) — Tenez, monsieur, je suis décoré. Eh bien ! si je vous disais que, pour ne pas salir trop de rubans, je ne porte pas ma décoration dans mon intérieur.... Alors, raisonnez : quand je nous prive, ma femme et moi, du plaisir d'être décoré chez nous, nos enfants peuvent bien se priver du plaisir de faire des filles.... Non, monsieur, il n'y a pas de petites économies. (P. 35^.) On ne peut se défendre contre un fou.... Quelle rage a-t-il donc de vouloir me saigner, ce brigand, parce que sa sœur m'a fait cocu ! (P. 4o8.) — Oui, quand on a fait une garce de sa fille, on ne la fourre pas à un honnête homme! (P. 425.) — Mon Dieu! mademoiselle, celle-ci ou celle-là, toutes les baraques se ressemblent. Au jour d'aujourd'hui, qui a fait l'une a fait l'autre. C'est cochon et compagnie. (P. 495-)
Une Leçon bien suivie
Alors, elle, comme si elle se fût souvenue d anciennes leçons, laissa tomber son mouchoir. — Oh !
pardon, dit-elle au jeune homme qui le ramassait. Leurs doigts s'cflleurèrent. ils furent rapprochés par cet attouchement d'une seconde. Maintenant, elle souriait tendrement, elle avait la taille souple, se rappelant cpic les hommes détestent les planches. On ne faisait pas la niaise, on permettait les enfantillages, sans en avoir lair, si l'on voulait en pêcher un. — Voilà la nuit qui vient, en allant pousser la fenêtre. Il la suivit, et là, dans l'ombre des rideaux, elle lui abandonna sa main.... Elle montra un cou jeune et délicat, tout gonflé de sa gaieté. Éperdu, il la baisa sous le menton. — Oh ! monsieur Octave !.... Mais il l'empoigna, la jeta sur le lit qu'elle venait d'ouvrir, et. dans son désir contenté, toute sa brutalité reparut, le dédain féroce qu'il avait de la femme sous son air d'adoration câline. Elle, .silencieuse, le subit sans bonheur.... D'un geste, elle sembla dire : « Tant pis! c'est fait. » {Pot-Bouille. p. 3i5.) Saturnin le regardait avec des yeux d'amour, comme s'il avait partagé la douceur de la faute. (P. 3i6.) — Et elle en était venue à être lasse de son amant comme de son mari, le trouvait, lui aussi, trop exigeant pour ce qu'il donnait, tâchait, avec une tranquille inconscience, de ne pas lui faire son poids de bonheur. (P. 33i.) — Qu'est-ce qu'il lui fait votre papa (à la cousine)? Faites un peu. pour voir! Alors, l'enfant se jeta au cou de la bonne, la serra de ses bras nus. l'embrassa violemment sur la bouche,, en répétant : Tiens! comme ça.... Tiens, comme ça ! (P. 3.56.) La dame a une entorse ! . . . .
— Montrez un peu comme elle a pris son entorse?
— Tiens ! comme ça ! répondait l'enfant, en se jetant au cou de la bonne, et en la baisant sur les lèvres. (P. 374.)
Une Education intime de jeune fille
Octave regardait Lisa. A la voir nerveuse, la poitrine plate, les paupières meurtries, cette pensée lui vint qu'elle devait faire une sacrée noce chez sa vieille tante. Du reste, il approuvait fortement la mère, qui continuait à lui soumettre ses idées sur l'éducation : une jeune fille est une responsabilité si lourde, il fallait écarter d'elle jusqu'aux souffles de la rue. Et, pendant ce temps, Angèle, chaque fois que Lisa se penchait près de sa chaise pour changer une assiette, lui pinçait les cuisses, dans une rage d'intimité, sans que ni l'une ni l'autre, très sérieuses, eussent seulement un liattement de paupières. (Pof-Bonille, p. 22.)
Un jeune Homme décidé à tout
Octave, pourtant, eut beaucoup de peine à s" endormir. Il se retournait fiévreusement, la cervelle occupée des figures nouvelles qu'il avait vues.... Il ne savait laquelle choisir, il s'efforçait de garder sa voix tendre, ses gestes câlins, et, brusquement.
— i39 — accable, exaspéré, il céda à son fond de brutalité, au dédain féroce qu'il avait de la femme, sous son air d'adoration amoureuse.
— Vont-elles me laisser dormir, à la fin! dit-il à voix haute, en se remettant violemment sur le dos. La première qui voudra, je m'en fiche! et toutes à la fois, si ça leur plaît ! Dormons, il fera jour demain. {Pot-BouîUe, p. 24.)
L'Honnêteté est souvent pis que la Malhonnêteté
Josserand, le caissier, marié à.... une femme qui faisait retomber sur lui toutes les prétentions trompées de sa coquetterie et toutes les ambitions rentrées de son stupide orgueil, le menaçait de le planter là avec ses deux cruches de filles.... Est-ce qu'elle était née pour cette vie de sans le sou? Toujours couper les liards en quatre, se refuser jusqu'à une paire de bottines, ne pas même pouvoir recevoir ses amis dune façon propre : et tout cela par sa faute, oui, sa faute! X"était-il pas un subalterne, un homme à gages.... Tenez ! vous manquez de cœur.... — J'ai huit mille francs, murmura l'employé. C'est un beau poste. — Un beau poste.... On vous mange, et vous êtes ravi. Savez-vous ce que j'aurais fait, moi? Eh bien! j'aurais mis vingt fois la maison dans ma poche. C'était si facile, j'avais vu ça en vous épousant, je n'ai cessé de vous y pousser de-
puis. Mais il fallait de l'initiative et de l'intelligence, il s'agissait de ne pas s'endormir sur son rond de cuir, comme un empoté. — Voyons, interrompit M. Josserand, vas-tu me reprocher maintcntant d'ùtre honnête? — Elle se leva, s'avança vers lui en brandissant son Lamartine. — Honnête! comment l'cntendez-vous? Soyez d'abord honnête envers moi. Les autres ne viennent (piensuite. j'espèi*e! Et, je vous le répète, Monsieur, ce n'est pas être honnête que de mettre une jeune fille dedans, en ayant l'air de vouloir être riche un jour, puis en sabrutissaut à garder la caisse des autres. Vrai, j'ai été filoutée d'une jolie façon! Ah! si c'était à refaire, et si j'avais seulement connu votre famille ! — Ma famille ne t'a rien fait, n'en parle pas.... — Dans la vie, finit M""* Josserand, il n'y a cpie les pins honteux qui perdent. L'argent est l'argent : quand on n'en a pas, le plus court est de se coucher.... Je porterais plutôt des jupons sales qu'une robe d'indienne. Mangez des pommes de terre, mais ayez un poulet quand vous avez du monde à dîner.... Et ceux qui disent le contraire sont des indjéciles. (Pot-Bouille, P- 4y-)
Un Moyen économique de se marier sans dot
Tout le monde connaît la dot que ton oncle doit te donner! Non. il y a autre chose, il a rompu trop
brusquement.... En dansant, vous avez passé dans le petit salon.... — Oui, maman.... et même, comme nous étions seuls, il a voulu de vilaines choses, il m'a embrassée, en m'empoignaut comme ça. Alors j'ai eu peur, je l'ai poussé contre un meuble.
Sa mère l'interrompit, reprise de fureur.... Poussé contre un meuble! Ah! la malheureuse, poussé contre un meuble! — Mais, maman, il me tenait...-
— Après?.... Il vous tenait la taille, la belle affaire! Mettez donc ces cruches-là en pension ! Qu'est-ce qu'on vous apprend, dites! Un flot de sang avait envahi les épaules et les joues de la jeune fille. Des larmes lui montaient aux yeux, dans une confusion de vierge violentée. — Ce n'est pas ma faute, il avait l'air si méchant.... Moi, j'ignore ce qu'il faut faire.
— Ce qu'il faut faire ! elle demande ce qu'il faut faire !.... Eh! ne vous ai-je pas dit cent fois le ridicule de vos effarouchements. Vous êtes appelée à vivre dans le monde. Quand un homme est brutal, c'est qu'il vous aime, et il y a toujours moyen de le remettre à sa place d'une façon gentille.... Pour un baiser, derrière une porte! en vérité, est-ce que vous devriez nous parler de ça. à nous, vos parents? Et vous poussez les gens contre un meuble, et vous ratez des mariages! Elle prit un air doctoral, elle continua : — C'est fini, je désespère, vous êtes stupide. ma fille.... Il faudrait tout vous seriner, et cela devient gênant. Puisque vous n'avez pas de fortune, comprenez donc que vous devez prendre les hommes par autre chose. On est aimable, on a
des veux tendres, on oid)lie sa main, on permet les enfantillages, sans en avoir lair; enfin, on pèche nn mari. — Voyons, essuie tes yeux, regarde-moi comme si j'étais \ni nionsieiu* en train de te faire la cour.... Tu souris, tu laisses tondjcr ton éventail, pour que le monsieur, en le ramassant, eflleure tes
doigts Ce n'est pas ça. Tu te rengorges, tu as l'air
dune poule malade.... Renverse donc la tète, dégage ton cou, il est assez jeune pour que tu le montres. — Alors, comme ça, maman? — Oui, c'est mieux.... Et ne sois pas raide, aie la taille souple. Les hommes n'aiment pas les planches.... Surtout, s'ils vont trop loin, ne fais pas la niaise. Un homme qui va trop loin est flambé, ma chère. {Pot-Bouille,
Une Tante prévoyante
J'ai été trente ans brodeuse.... Je ne faisais plus rien, les yeux perdus, lorsque ma nièce Fanny m'est tombée sur les bras. Son père, le capitaine Menu, était mort sans laisser un sou, et pas un parent.... Alors, j'aidii retirer l'enfant de sa pension, j'en ai fait une brodeuse ; un métier où il n'y a pas de l'eau à boire; mais, que voulez-vous? ça ou autre chose, les femmes crèvent toujours de faim!.... Heureusement, elle a rencontré M. Narcisse. Désormais, je puis mourir. Et, les mains jointes sur le ventre, dans son inaction d'ancienne ouvrière qui avait juré
- i43 de lie plus toucher une aiguille, elle couvait Bachelard et Fili d'un regard mouillé. Justement, le vieillard disait à la petite : — Vrai, vous avez pensé à moi ! Et que pensiez-vous ? Fili leva ses yeux limpiiles, sans cesser de tirer son fil d'or. — Mais que vous étiez un bon ami et que je vous aimais bien.... Je l'aurais mariée, disait la tante, n'est-ce pas? Un ouvrier la battrait, un employé se mettrait à lui faire des enfants par-dessus la tète.... Vaut mieux encore (juelle se conduise bien avec M. Narcisse, qui a l'air
dua honnête houunc Vllez, monsieur Narcisse, il
n'y aurait pas de ma faute si elle ne vous contentait pas.... Toujours je le répète: fais-lui plaisir, sois reconnaissante. C'est naturel, je suis si contente de la savoir enfin à l'abri. On a tant de peine à caser une jeune fille, quand on n'a pas de relations ! — Mon petit poulet, déclara enfin Bachelard en se levant, nous avons des afi'aires. A demain. Soyez toujours bien sage. (Pot-Bouille, p. 164.)
Un Oncle.... digne de mépris
Bachelard était complètement ivre, ils se décidèrent à le soutenir. — Sacredieu ! l'oncle, tenez-vous donc ! vous nous cassez les bras. Lui , la gorge pleine de larmes, était devenu très tendre et très moral. — Va-t'en, (jueulin. bégayait-il, va-t'en ! Je ne veux pas ([ue tu voies ton oncle dans un état pa-
veil.... Mon, nioii garçon, ce n esl ^as convenable, va-f en ! — Et, comme son neveu le traitait de vieux filou : Filou, ça ne dit rien. Il faut se l'aire respecter.... Moi, j'estime les femmes. Toujours des femmes propres, et quand il n'y a pas du sentiment, ça me répugne.... Va-t'en, Gueulin, tu fais rougir ton oncle. Ces messieurs suffisent. — Alors, déclara Gueulin, vous allez me donner cent francs. — Hein? quoi'? cent francs.... Ne me fouillez pas. Je n'ai que des sous....
Us passaient dans une rue étroite, derrière l'église Saint-Gervais, où seule une lanterne blanche brûlait avec une clarté blafarde de veilleuse, détachant sur ses vitres dépolies un numéro gigantesque.... J'en ai assez, déclara Gueulin brusquement. Pardon, mon oncle, j'ai oublié là-haut mon parapluie. Et il entra dans la maison. Bachelard s'indigna, plein de dégoût : il réclamait au moins un peu de respect pour les femmes ; avec des moeurs pareilles , la France était fichue ! {Pot-Bouille, p. 1-4.)
Un Conseiller à ia Cour qui en a pour son argent
La maîtresse, la veille, avait tout déménagé, tout était nu, de cette nudité laide et glacée du plâtre dont on a arraché les tentures. Et pour comble de mélancolie, lappartement était très propre, sans
un brin de papier ni de paille, aussi net qu'une écuelle lavée à grande eau.... Mou iJic.i ! mon Die i ! bégaya Duveyrier. pouvant cnlin pleurer. — Du courage, monsieur! ré{)était liaclielard. Ça m'est arrivé et je n'en suis pas mort. Llionneur est sauf, que dial)le ! — Vingt-eiu(j[ mille francs de meubles, il y en avait pour vingt-cin<j mille Irancs ! t!li bien î non, non, ce n'est pas eux que je regrette ! Expliquez-moi où elle peut être? — C'était délicat. Pourtant lOncle prit une décision virile, et il conta tout au pauvre homme, les farces de Clarisse, ses continuelles culbutes, les amants (pielle ramassait derrière lui, à chacune de leurs soirées. Certainement, elle avait dû liler avec le dernier, le gros Payan, ce maçon dont une ville du Midi voulait faire un artiste.
— Il n'y avait plus d'honnêteté sur terre !.... Non, elle est indigne de moi. Il faut quelle me demande pardon à genoux. — Si ça vous démange, dit Trublot, je saurai l'adresse. Je connais la bonne. (Pot- Bouille, p. 25o.) — N'est-ce pas? dit Duveyrier, torturé d'angoisses, ce que j'ai de mieux à faire est encore de nie remettre avec ma femme, en attendant? (Pot- Bouille, p. 253.)
Tout ce que vous voudrez, mais pas ça
Elle lui appliqua sa main ouverte sur les lèvres. Naturellement, il dut la baiser. Alors, elle écarta
les doigts (lav;iul;ino. CM ritinl. coiiimc tliiiloiiillrc. Mais, lui, oxc-iU' pai- ce jeu, chei'clia à pousser les choses plus loin. 11 lavail saisie, la serrait eonlre sa poitrine, sans quelle lit un mouvement i)our se dégager; et très bas, dans un souille, à l'oreille : Voyons, pourquoi ne voulez-vous pas !.... — Tout ce que vous voudrez, mais pas ça! Entendez- vous, ça, jamais! jamais! J'aimerais mieux mourir.... Vous êtes donc brutal comme les autres hommes, cpie rien ne satisfait tant (pi'on leur refuse <pielque chose.... Tout ce que vous voudrez, mais pas ça, mon amour. Elle se livrait, lui permettait les caresses les plus vives et les plus secrètes , ne le repoussant d'un mouvement de brusque vigueur nerveuse que s'il tentait le seul acte tléfendu.... Elle éprouvait une savante jouissance personnelle à se faire manger de baisers partout, sans le coup de bâton de l'assouvissement linal. Elle trouvait ça meilleur, elle s'y entêtait, pas un homme ne pouvait se flatter de lavoir eue, depuis le lâche abandon de sou mari. Elle était nue fennne honnête ! — Non, monsieur, pas un ! Ah ! je puis aller la tète luuile, moi ! Que de malheureuses, dans ma j)osition. se seraient mal conduites ! Elle l'écarta avec douceur et se leva du canapé. Laissez-moi. (Pol-Bouillc. p. '2'-^.)
Et, dans rantichambre, elle ferma les yeux, lorsqu'il la baisa sur la bouche. Leurs lèvres sucrées fondaient, pareilles à des bonbons. (P. :iy5.) — Ah ! oui, la petite femme bien malheureuse.... Tout ce
([ue vous voudrez, uiais pas ga ! Lui. ne lavait pas. mais un de ses camarades. Et tous ceux, d'ailleurs, que ce grignotage amusait. (1*. 283.)
Si, encore, ellefaisait ça pourde l'argent!
Le mari, blèmc et se grandissant sur ses courtes jambes, pour dominer le ridicule, en vint à ce quil appelait la mauvaise conduite de cette malheureuse. Deux fois, il lavait soupc^-onnée.... mais, cette fois pourtant, il fallait se rendre à l'évidence. — Encore, si elle faisait ça pour de l'argent, je comprendrais. Mais on ne lui en donne pas, j'en suis sûr, je le saurais.... Mors, dites-moi ce qu'elle peut avoir dans la peau?.... Si vous comprenez, monsieur, dites-lemoi, je vous en prie. — C'est bien curieux, bien curieux, répéta Octave.... — Je commence à en avoir assez, dit madame Josserand.... Ce n est pas drôle pour ma fille, tout ce cocuage qui n'en finit plus ! (Pot-Bouille, p. 19G.)
Un Conseiller à la Cour vertueux....
après un dîner de garçon
Duveyrier buv.iit du kummel à petits coups, sa face raide de magistrat tiraillée par de courts frissons sensuels. — Moi. dit-il, je ne puis admettre le vice.
Il MU" rrvt>llt'.... N"('sl-fo pas. jiour aimer iiiic rcinmc. il l'aiil resliiiu-r? (la nu* siM-ail ini[)()ssil)le dapprochor une (le fcsmalluMircMiscs, à moins. l)ien entendu, qu'elle ne témoignât du repenlii*, (pi'oii ne l'eût tirée de sa vie de désordie pour lui refaire une honnêteté. L'amour ne saurait avoir de plus noble mission Enfin, une maîtresse honnête, vous m'entendez. Alors, je ne dis pas, je suis sans l'orée.... — Maisj'enaicu des maîtresses hoiniêtes! cria lîaehelard. Elles sont encore plus assommantes que les autres; et salopes, avec ça! Des gaillardes qui, derrière votre dos, font mie noce à vous flantiuer des malailics. Par exemple, ma dernière, une petite dame très bien, (]uc j'avais rencontrée à la porte dune église. Je lui loue, aux Ternes, un commerce démodes, histoire de la poser; pas luic cliente, d'ailleurs. Eh bien! monsieur, vous me croirez si vous voulez, mais elle couchait avec toute la rue.... Toutes, l'oncle, toutes, disait Gueulin, elles se sont fichues de vous ! — Mon petit, tu peux toutes les prendre. J'ai mieux que ça.... Imaginez-vous quelque chose de bêtement chaste ! Un hasard. Je l'ai eue connue ça. Elle ne s'en doute pas encore, positivement.... Enlin, j'ai un coin gentil où je me repose de toutes ces roulures.... Et, si vous saviez, c'est poli, c'est frais, ça vous a une peau de (leur, avec des épaules, des cuisses, pas maigres du tout, monsieur, rondes et i'ermes comme des pcches! Les taches rouges du conseiller saignaient dans le Ilot de sang qui gonflait son visage.... — Après tout, mon seul
- 1^9rève est do la rendir heureuse, cette enfant. Mais voilà, le ventre pousse, je suis un j)aj)a poui- elle. Pai'ole iriiouneur! si je trouve unj^arron bien sage, je la lui donne, oh! en mariage, pas autrement.
— Vous ferez deux heureux, murmura Duveyrier avec sensibilité. {Pot-Bouille. j>. '2^^).)
La Mouquette... avait fait mouche dès 10 ans
La Mouquette. la fdle du père Mouque. dès dix ans avait fait la culbute dans tous les coins des décombres, non en galopine ell'arouchée et encore verte comme Lydie, mais en fille déjà grasse, bonne pour des garçons barbus. Le père Mouque n'avait rien à dire, car elle se montrait respectueuse, jamais elle n'introduisait un galant chez lui. Puis, il était habitué à ces accidents-là. Ouand il se rendait au Voreux, ou quil en revenait, chacpie fois quil sortait de son trou, il ne pouvait risquer un pied, sans le mettre sur un couple, dans l'herbe ; et c'était pis, s'il voulait ramasser du bois pour sa soupe, ou chercher des glaiterons pour sou lapin, à l'autre bord du clos : alors, il voyait se lever, un à un, les nez gourmands de toutes les filles de Mentsou, tandis qu'il devait se méfier de ne pas butter contre les jambes, tendues au ras des sentiers. D'ailleurs, peu à peu, ces rencontres-là n'avaient plus dérangé personne,
ni lui qui veillait tout siinplonicnl à no pas loniber, ni les filles quil laissait achever leur aflaire, s'éloignant à petits pas discrets, en brave homme paisible (levant les choses de la nature. Senlenicnt, de mCme ([ii'elles le connaissaient à celte heure, lui, avait également (ini \)i\v les connaître, ainsi que l'on connaît les pies polissonnes qui se dél)auchent dans les poiriers des jardins. Ah ! cette jeunesse, connnc elle en prenait, comme elle se bonrrait! Parfois, il hochait le menton avec des regrets silencieux, en se détournant des gaillardes bruyantes, souillant trop haut au fond des ténèbres. Une seule chose lui causait de riunneur : deux amoureux avaient pris la mauvaise habitude de s'embrasser contre le mur de sa chambre. Ce n'était pas que ça l'empêchât de dormir, mais ils poussaient si fort qu'à la longue ils dégradaient le mur. Chaque soir, le vieux Mouque recevait la visite de son ami le père lîonnemort;... autour d'eux, des galants troussaient leurs amoureuses, des baisers et des rires chuchotaient, une odeur chaude de filles montait, dans la fraîcheur des herbes écrasées. {Romans cclibrcs, Germinal, p. loo.)
Nana.... actrice
— Si votre Nana ne chante ni ne joue, vous aurez un four, voilà tout. — Un four! un four! cria le directeur, dont la face s'empourprait. Est-ce qu'une
ItMiime a hrsoin de savoir jouci" et chanter? Ah ! mon petit, tu es trop hète.... Nana a autre chose, parbleu ! et <inel((uc chose qui remplace tout. Je l'ai flairée, c'est joliment fort chez elle, ou je n'ai plus (jue le nez d'un imbécile.... Tu verras, tu verras, elle n'a qu'à paraître, toute la salle tirera la lan-
f(ue Oui, elle ira loin, ah! sacredié ! oui. elle ira
loin.... Une peau, oh ! une peau ! (iVana, p. G.)
Elle était drôle tout de même, cette belle fille. Son rire lui creusait un amour de petit trou dans le menton.... Son rire éclairait sa petite bouche roufi^o, et luisait dans ses grands yeux, d'un bleu très clair. A certains vers un peu vifs, une friandise retroussait son nez, dont les ailes roses battaient, pendant (piune llamme passait sur ses joues.... Comme la voix lui man(piait complètement, alors, sans sinquiéter, elle donna un coup de hanche qui dessina une rondeur sous la mince tunique, tandis que. la taille pliée, la gorge renversée, elle tendait les bras. Tout de suite, elle s'était tournée, faisant voir sa nuque, où des cheveux roux mettaient comme une toison de bête. (Nana, p. 18-19.)
— Parbleu ! pour sur, je l'ai vue quelque part.... — Dans un sale endroit. C'est dégoûtant que le public accueille comme ça la première salope venue. Il n'y aura bientôt plus d'honnêtes femmes au théâtre.... (Xana, p. 20.)
Dès le second acte, tout lui fut permis.... elle n'a-
— i.Vï —
vail (|\i"à se loiiriKT cl à rire, pdiii' enlever les ])i-i»vos. Quand elle donuiiil son Canienx coup de hanche, Toreheslre s'allumait, luie chaleur montait, de ii^alerie en galerie. jus(|n"au cintre : aussi l'iit-ce un trioniphc, lors([u'cllc mena le haslriiiii^ue. l'allé clail là chez elle, le ])oing à la taille, as.scyant Vénus dans le ruisseau, au bord du trottoir. (IVann. p. 20.)
La Nymphomanie
Bcrthe, elle non plus, n'était guère (;atholi(pie, malgré ses grands airs de demoiselle élevée en ville. Oui, elle avait beau porter des jupes à volants, des corsages de velours, et se grossir le derrière avec des serviettes, le par-dessous n'en était pas meilleur, au contraire, car elle en savait long, et en apprenait davantage en s'éduquant à la pension de Cloyes, qu'en restant chez soi à garder des vaches. Pas de danger (pie celle-là se laissât de sitôt coller un enfant : elle aimait mieux se détruire toute seule la santé! — Commentera? demanda Françoise qui ne comprenait point. Il eut un geste, elle devint sérieuse, et dit sans gène : (^est donc ça quelle vous lâche toujours des saletés et qu'elle se pousse sur vous!
— Puis, tu sais, N'en-a-pas. — Hein? — Berthe, pardi! N'en-a-pas, c'est le petit nom que les garçons lui donnent, à cause ([uil ne lui en a pas poussé. —
— lÔ'i —
De quoi? — Des cheveux partout.... Elle a ça, comme une gamine, aussi lisse (\uo la main 1 — Allons donc. nuMitcur ! — Quand je le dis! — Tu l'as vue, toi? — Non, pas moi, d'autres. — Qui, d'autres? — Ali! des garçons qui l'ont juré à des garçons que je connais. — Et où l'ont-ils vue? Comment?— Dame! comme on voit quand on a le nez sur la chose, ou quand on la moucharde, par une fente. Est-ce ([ue je sais.... S'ils n'ont pas couché avec, il y a des moments et des endroits où l'on se trousse, pas vrai ? — Bien sur que s'ils sont allés la guetter ! — Enfin, n'importe ! paraît que c'est d'un bête, que c'est d'un laid, tout nu ! Comme qui dirait le plus vilain de ces vilains petits moigneaux sans plumes, (|ui ouvrent le bec dans les nids, oh! mais vilain, vilain, à en dégobiller dessus ! Françoise, du coup, fut secouée d'un nouvel accès de gaieté, tellement l'idée de ce moigneau sans plumes lui paraissait farce. (La Terre, p. i3i.)
— Peut-être bien que ?S 'en-a-pas se faisait chatouiller à distance avec une paille, et puis, le maître d'école pouvait enfourner, ce n'était pas pour lui que cuirait la galette. — Est-il sale! répéta Palmyrc, qui ne savait jias rire et qui étouffait. — Avec ça que vous êtes arrivée à l'âge de trente-deux ans sans avoir vu la leuille à l'envers! — Moi, jamais! — Comment! pas un garçon ne vous l'a pris. Vous n'avez pas d'amoureux? — Non. non. (La Terre, p. i36.)
Et. dailleurs, à ce qu'on raconte, celle-là se tue le tempérament avec ses mauvaises habitudes. {La Tcn-c. p. 3'}.'>.)
— Dis donc, est-ce qu'il lui en est venu? — Ah! je n'y ai pas mis le nez.... j)ossiblc <juc ça lui ait poussé au printemps. — Ce n'est pas moi qui l'arroserai, conclut Victor avec une moue répugnée. Autant se payer luie grenouille.... et puis, ce n'est guère sain.... ça doit s'enrhumer, cet endroit-là, sans perruque. {La Terre, p. S/JG.)
Pédérastie et....
La Lcvacpu' poussa la poi'te en coup de vent, hors d'elle, criant dès le seuil à la Maheude : Alors, c'est toi qui as dit que je forçais mon logeur à me donner vingt sous, quand il couchait avec moi ! L'autre haussa les épaules. — Tu m'embêtes, je n'ai rien dit.... D'abord, qui t'a dit ça? — On m'a dit que tu l'as dit, tu nas pas besoin de savoir.... Même (]ue tu as dit que tu nous entendais bien faire nos saletés derrière ta cloison, et que la crasse s'amassait chez nous, parce que j'étais toujours sur le dos.... Dis encore que tu ne l'as pas dit, hein!
.... Justement, Levaque arrivait à son tour, en amenant de force Bouteloup. — Voici le camarade, (pi'il dise un peu s'il a donné vingt sous à ma feunne pour coucher avec. Le logeur, cachant sa doucem'
effarée dans sa grande barbe, protestait, bégayait. — Oh! ça, non, jamais rieh, jamais! Du coup, Levaque devint menaçant, le poing sous le nez de Maheu.... Tu sais, ça ne me va pas.... Mais nom de Dieu! s'écria Maheu.... qui a dit que ma femme l'avait dit? — Qui la dit?.... C'est la Pierronne qui l'a dit. La Maheude éclata d'un rire aigu ; et, revenant vers la Levaque : — Ah! c'est la Pierronne.... Eh bien ! je puis te dire ce qu'elle m'a dit, à moi. Oui ! elle m'a dit que tu couchais avec tes deux hommes, l'un dessous et l'autre dessus!.... — Elle a dit ça, elle a dit ça, hurla Maheu. C'est bon, j'y vais, moi, et si elle dit qu'elle l'a dit. je lui colle ma main sur la gueule.
.... Dansacrt, trouvant la Pierronne seule, était resté chez elle à boire un verre de genièvre devant le bon feu. — Chut! taisez-vous, faut les voir! murmura Levaque, avec un rire de paillardise.... Va-ten, toi, petite garce! Lydie recula de quelques pas, pendant qu'il mettait un odl à la fente du volet. Il étouH'a de petits cris, son échine se renflait dans un frémissement. A son tour, la Levaque regarda, mais elle dit, comme prise de coliques, que ça la dégoûtait. Maheu, (jui l'avait poussée, voulant voir aussi, déclara qu'on en avait pour son argent. Et ils recommencèrent, à la lile. chacun un coup d'œil, ainsi qu'à la comédie.... Quelle se fit bourrer jusqu'à la gorge, les jupes en l'air, c'était drôle. Mais, nom de Dieu ! est-ce que ce n'était pas cochon de se payer ça devant un si grand feu. et de se donner des forces
avec des biscuits, lorsque les camarades n'avaient ni une lichetle de pain ni une escarbille de houille.
— Vlà papa, cria Lytlie en se sauvant. — Tout de suite, Maheu linterpella. — Dis donc, on m'a dit (jue javais vendu Catherine et que nous étions tous pourris à la maison.... Et, chez toi, qu'est-ce qu'il te la paie, ta femme, le monsieur qui est en train de lui user la peau? — Etourdi, Pierron ne comprenait pas, lorsque la Pierronnc, prise de peur en entendant le tumulte des voix, perdit la tète au point dentre-bàiller la porte i)Our se rendre compte. On l'aperçut toute rouge, le corsage ouvert, la jupe remontée, accrochée à la ceinture ; tandis (jue, dans \e fond, Dansaert se reculottait éperdùment.... Toi, qui dis toujours des autres qu'elles sont sales, cria la Le vaque à la Pierronne, ce n'est pas étonnant que tu sois propre, si tu te fais récurer par les chefs. — Ah! (;a lui va de parler! reprenait Levaque. En voilà une salope qui a dit que ma fennnc couchait avec moi et le logeur, l'un dessus et l'autre dessous!.... Oui, oui, on me dit que tu las dit.
.... La Brûlé, arrivant du lavoir, dit de Pierron, son gendre : Ce cochon-là me déshonore! » (Romans célèbres. Germinal, p. 349.)
La Poésie des.... champs
Il faisait très chaud, ime chaleur humide et vivante, accentuée par la forte odeur de la litière.
— i5- — Une des deux vaches, qui s'était mise debout, fientait. et Von entendit le l)iMiit doux et rvthmicjue des boiises étalées... (La Terre, p. ;;i.)
Qu'est-ce que je vais donc en faire, de son enfant? dit Lise. — Dame ! laut bien qu'il sorte, murmura Françoise. {La Terre, p. 83.)
La Clrandc. brusquement, furibonde, ramassa des cailloux, les lança en l'air pour crever le ciel, qu'on ne distinguait pas. Et elle gueulait : Sacré cochon, là-haut! tu ne jjcux donc pas nous loutre la paix? (//« Terre, p. 112.)
La semaine tlernière, n'est-ce pas? dit la Frimât, vous avez fait cadeau à l'une et à l'autre de foulards, qu'on leur a vus dimanche à la messe.... C'est trop sale, ils allirment «pic vous couchez avec les deux (sœurs)! (La Terre, p. la'j.)
La Promiscuité dans la passion
Cette nuit, lors([ue Ailéle est rentrée, j'ai entendu un pas d'homme avec le sien. Alors j'ai voulu savoir, j'ai regardé dans l'escalier. Le particulier était déjà au deuxième étage, mais j'ai l)ien reconnu la redingote de ^L Lantier (tétait Adèle, vous entendez. Virginie a maintenant un monsieur chez lequel elle va deux fois par semaine. Seulement, ce n'est guère propre tout de même, car elles n'ont
— io8 — ([u une chambre et une alcôve, et je ne sais trop ou Virginie a pu coucher. (Assommoi/-, p. uj.)
Un Pucel... enlevé
Un couple descendait de Mentsou. La fille, une pucellc, bien sur, se débattait, résistait avec des supplications basses, chuchotées ; tandis que le garçon, muet, la poussait quand même vers les ténèbres d'un coin de hangar, demeuré debout, sous lequel d'anciens cordages moisis s'entassaient. C'était Catherine et le grand Chaval.... Il les suivait des yeux, il guettait la fin de Tliistoii'e, pris d'une sensualité qui changeait le cours de ses réflexions. Pourquoi serait-il intervenu? Lorsque les filles disent non, c'est qu'elles aiment à être bourrées d'abord.
.... Elle neut pas le temps de se fâcher : déjà, il la tenait à la taille, il l'étourdissait d'une caresse de mots continue, liltait-ellc bête d'avoir ])eur? est-ce qu'il voulait du mal à un petit mignon comme elle, aussi douce que la cire, si tendre qu'il l'aurait mangée ? Et il lui soufflait derrière l'oreille, dans le cou, il lui faisait passer un frisson sur toute la peau du corps. Elle, étouffée, ne trouvait rien à répondre. C'était vrai qu'il semblait l'aimer....
— Oh ! non, oh ! non, murmura-t-elle, je t'en prie, laisse-moi ! La peur du mâle l'affolait, cette
— i59 — peur qui raidit les muscles dans un instinct de dél'ense, même lorsque les filles veulent bien, et quelles sentent l'approche conquérante de l'homme. Sa virginité, qui n'avait rien à apprendre pourlant. s'épouvantait, comme à la menace d'un coup, dune blessure dont elle redoutait la douleur encore inconnue.
— Non, non. je ne veux pas ! Je te dis que je suis trop jeune.... Vrai, plus tard, quand je serai faite au moins.
Il grogna sourdement : Bète \ rien à craindre alors.... Qu'est-ce que ça te fiche?
Mais il ne parla pas davantage. Il lavait empoignée solidement, il la jetait sous le hangar. Et elle tomba à la renverse sur les vieux cordages, elle cessa de se défendre, subissant le mâle avant làge; avec cette soumission héréditaire qui, dès l'enfance, culbutait en plein vent les filles de sa race. Les bégaiements etïrayés s'éteignirent, on n'entendit plus que le souflle ardent de lliomme. (Romans célèbres. Germinal, p. 1012.)
La Religion du paysan d'après Zola
On ne sait quelle avanie l'aire à Dieu dans ma personne, dit le curé, c'est un nouveau soufflet chaque fois que je viens à Rognes. Vous allez vivre sans prêtre, comme dqs bêtes.... — Craindre un Dieu de châtiment et de colère.... c'était bien sur du temps
perdu, valait mieux garder son respect })Our les gendarmes du gouvernement, (jui étaient les plus forts. L'abbé Ciodard les vit goguenards : Je sais bien que vos vaches ont plus de religion (|ue vous. Adieu! et trempez-le dans le marc, pour le baptiser, votre enlanl de sauvages! — Faut courir a[)rès le curé, dit Lise. Il u y a ([uc les chiens (pTon ne baptise pas....
ISI'"« Charles sortit six boîtes de bonbons jiour l'acouchée. — Ça vient de la confiserie de maman? demanda Elodie. — Non, ma mignonne, répondit la grandinèrc, inie seconde cnd)arrassée, ta mère n'a pas cette spécialité. {La Terre, p. 272.)
— Nom de Dieu de nom de Dieu! jura entre ses dents Buteau. Sacré cochon de bon Dieu. {La Terre, p. i8(;.)
Buteau, exaspéré que Jean demandât Françoise en mariage, gueula, en menaçant du poing sa femme et sa belle-soiur. — Nom de Dieu de vaches! Oui, toutes les deux, des vaches, des salopes! Voulezvous savoir? Je couche avec les deux et si c'est pour ça qu'elles se foutent de moi! Avec les deux, je vous dis, les putains! M""" Charles, couvrant de son corps Elodie, et la poussant vers le potager, cria très fort: — Viens voir les salades, viens voir les choux.... Oh ! les beaux choux! {La Terre, p. 27S.)
Toute l'oiuvre de Zola devrait se passer au potager, ((ue de salades, de choux, il faudrait admirer et
— Ihl —
(HIC (le pois il l'aiulrait raiiici'.... pour échapper à ses gaillardises!....
(^cst moi. àcette heure, qui vas vous faire marcher toutes les deux, garces (pie vous êtes!.... ¥A toi, bougre, avise-loi de venir encore m'emmerder dans mon ménage.... D'ahord. tu vas loutre le camp tout de suite. — Lire la lutte homérique aux (léaux, de Buteau et de Jean, pour une nouvelle Hélène de — village. (La Terre, p. uSo.)
Une Restitution.... peu ordinaire
Buteau s"était satisfait (piand même, au petit bonheur, n'importe où Franj-oise. triomphante, avait
pris une poignée dherbes, et elle s'en essuyait la jambe, dans un tremblement de tout son corps, comme si elle se fût contentée elle-même, un peu, à cette obstination de refus. D'un geste de bravade, elle jeta la poignée d'herbe aux pieds de sa sœur. — Tiens! c'est à toi. Ce n'est pas la faute si je te le rends. — Bougres de saligauds, tous les deux ! Voulez-V(jus bien la laisseï- tranquille.... En v'ià assez, hein? (La Terre, p. "iio.)
Une Scène d'amour
Elles étaient pressées (les repasseuses), eh bien !
([uoi? co n\Hail ]>ns sa l'autc. Il ne l'aisail rien do mal. Il ne touchait pas, il regardait seulement. Estce ([uil nétait pas permis de rej^arder les belles choses que le bon J)ieu a laites? Elle avait tout de même de sacrés ailerons, cette dessalée de Clémence ! l'allé pouvait se montrer pour deux sous et laisser tàter. personne ne regretterait son argent. L'ouvrière, cependant, ne se délendait plus, riait de ces compliments tout crus d'homme en ribote. Et elle en venait à plaisantci* avec lui. Il la l)laguait sur les chemises d'honnnc. Alors, elle était toujours dans les chemises dhonnue. Mais oui? elle vivait là dedans. Ah! Dieu de Dieu! elle les connaissait joliment, elle savait comment cétait fait. Il lui en eu avait i)assé par les mains, et des centaines et des centaines ! Tous les blonds et tous les bruns du ([uartier portaient de son ouvrage siu* le corps — Et Clémence, ai)puyée l'orteuicnt sur l'établi, les poignets retournés, les coudes on l'air et écartés, pliait le cou dans un cdbrt ; et toute sa chair nue avait un gonflement, ses épaules remontaient avec le jeu lent des muscles mettant des battements sous la peau line, la gorge s'enflait moite de sueur, dans l'ombre rose de la chemise béante. Alors il envoya les mains, il voulut toucher. — Madame! madame! cria Clémence, faites-le tenir tranquille à la fin !.... Je m'en vais, si ça continue. Je ne veux pas être insultée.... — Décidément, Coupeau, tun'espas raisonnable, dit Gcrvaise d'un air d'ennui, comme si elle avaitgrondé un enfant s'entêtant à manger des confitures sans
— KVi —
paiu. Tu vas venir te coiu'Iht. — Ali bien, votis êtes
encore joliment toc On ne peut plus rigoler alors?
Les fennnes, ça nie conuait, je ne leur ai jamais rien cassé. On pince une dame, n'est-ce pas? mais on ne va pas plus loin; on honore simplement le sexe.... Et puis, quand on étale sa marchandise, cesl pour (pion fasse son choix, pas vrai? Pourcpioi la grande blonde montre-l-cUc tout ce qu'elle a?.... Tu sais, ma biche, tu as tort de l'aire [a\)oive.... (Assoninioir, p. i85-i8;.)
Ce que Zola pense des prêtres
Certes, il n aimait pas les corbeaux, ça lui crevait le cœur de porter ses six francs à ces galfatres-là. qui n'en avaient pas besoin pour se tenir le gosier frais. Mais un mariage sans messe, on avait beau dire, ce n'était pas un mariage. Il alla lui-même à l'église pour marchander ; et, pendant une heure, il s'attrapa avec un vieux petit prêtre, en soutane sale, voleur comme une fruitière. Il avait envie de lui ficher des calottes. Puis par blague, il lui demanda s'il ne trouverait pas, dans sa boutique, une messe d'occasion, point trop détériorée, et dont un couple bon enfant ferait encore son beurre. Le vieux petit prêtre, tout en grognantque Dieu n'aurait aucun plaisir à bénir son union, finit par lui laisser sa messe àcinq francs. C'était toujours vingt sous d'économie. Il lui restait vingt sous. (Assommoir, p. 79-80.)
- uv^ -
— In prrti'o (pour la messe de niuriagc) vint à grandes enjambées, l'air maussade, la face pùle de faim, précédé pai' un clerc en surj)lis sale qui trottinait. Il (.lépccha sa messe, manjçcant les phrases latines, se lournant. se baissant, élarg-issant les bras, en hâte, avec des rej^ards obli((ues sur les maries et sur les témoins.,.. Et, au fond de la chapelle perdue, dans la poussière d'un coup de balai donné par le bedeau, le prêtre à l'air maussade promenait vivement ses mains sèches sur les tètes iiiclinées de (iervaisc et de C^oupeau, et semblait les luiir au milieu d'un déménagement, pendant une absence du bon Dieu, entre deux messes sérieuses. Quand la noce se retrouva en plein soleil, sous le porche, elle resta là, ahurie, essoufflée d'avoir été menée au galop. — Voilà, dit Coupeau, avec un rire gcné. Il se dandinait, il ne trouvait rien là de rigolo. Pourtant il ajouta : Ah bien! ça ne traîne pas. Ils vous envoient va en quatre mouvements.... C'est comme chez les dentistes ; on n'a pas le temps de crier ouf! ils marient sans douleur. — Oui, oui, de la belle ouvrage, murmura Lorilleux en ricanant. Ça se bâcle en cin(i minutes et ça tient bon toute la vie.... Ah! ce pauvre Cadet-Cassis, va! (Assommoir, p. 81-82.)
L'obscénité dans le crime
La bande venait d'apercevoir Maigrat (l'épicier), sur la toiture du hangar.... Et brusquement ses deux
mains lâchèrent à la lois, il roula comme une houle, sursauta à la gouttière, tomha en travers du mur mitoyen, si malhciU'eusemenl. qu'il rehondit du côté de la route, où il s'ouvrit le crâne, à l'angle d'une borne. La cervelle avait jailli. Il était mort. Sa iemme en haut, \k\\c et brouillée ilerrière les vitres. regardait toujoiu's. D'abord, ce l'ut une stupeur.... Tout de suite les huées recommencèrent. C'étaient les l'emmes (|ui se précipitaient, prises de l'ivresse du sang.
— Il y a donc un bon Dieu ! Ah ! cochon, c'est fini ! Elles entouraient le cailavre encore chaud, elles l'insultaient avec des rires, traitant de sale gueule sa tète fracassée, hurlant à la face de la mort la longue rancune de leur vie sans pain.
— Je te devais soixante francs, te voilà payé, voleur ! dit la Maheude, enragée parmi les autres. Tu ne me refuseras plus crédit.... Attends! attends! Il faut que je t'engraisse encore. De ses dix doigts elle grattait la terre, elle en prit deux poignées, do .t elle lui emplit la bouche, violemment. — Tiens ! mange donc! Tiens! mange, mange, toi qui nous mangeais! Les injures redoublaient, pendant que le mort, étendu sur le sol, regardait immobile, de ses grands yeux fixes, le ciel immense d'où tombait la nuit. Cette terre, tassée dans sa bouche, c'était le pain qu'il avait refusé. Et il ne mangerait plus que de ce pain-là maintenant. Ça ne lui avait pas porté bonheur d'all'amer le pauvre monde. Mais les femmes avaient à tirer de lui d'autres vengeances.
Kllrs louniaicnl vu \c llairanl. pareilles à clos louves. Toutes elierehaient un oulrage. une sauvagerie (|ui les soulageât. Ou cuteudil la voix aigre de la Brûlé. — Faut le couper comme uu matou ! — Oui, oui! au chat! au chat!.... Il en a trop fait, le salaud ! Déjà la Moucfuelte le déculottait, tirait le pantalon, taudis que la Lcvaqiie soulevait les jambes. Et la Brûlé, de ses mains de vieille, écarta les cuisses nues, empoigna cette virilité morte. Elle tenait tout, arrachant, dans un efl'ort qui tendait sa maigre échine et faisait craquer ses grands bras. Les peaux molles résistaient, elle dut s'y reprendre, elle finit par emporter le lambeau, un pac[uet de cliair velue et sanglante qu'elle agita avec un rire de triomphe.
— Je l'ai ! je l'ai ! Des voix aiguës saluèrent d'imprécations l'abominable trophée.
— Ah! bougre, tu n'empliras plus nos lilles ! — Oui ! c'est fini de te payer sur la bête, nous n'y passerons plus toutes, à tendre le derrière pour avoir un pain. — Tiens ! je te dois six francs, veux-tu prendre un acompte? Moi, je veux bien, si tu peux encore ! Cette plaisanterie les secoua d'une gaieté terrible. Elles se montraient le lambeau sanglant, comme uue bête mauvaise, dont chacune avait eu à soutii'ir, et qu'elles venaient d'écraser enQn, qu'elles voyaient là, inerte, en leur pouvoir. Elles crachaient dessus, elles avanvaieut leurs mâchoires, en répétant dans un furieux éclat de mépris : Il ne peut plus ! Il ne peut plus ! Ce n'est plus un homme qu'on
— ni; —
va l'outre ilaiis la lerro.... \ a ihmc i)oiiiM'ir. hoii à rien!.... La Brûlé alors planta tout le paquet au bout de son bâton ; et, le portant en l'air, le promenant ainsi qu'un drapeau, elle se lança sur la route, suivie de la débandade hurlante des femmes. Des gouttes de sang pleuraient, cette chair lamentable pendait, comme un déchet de viande à létal d un boucher!.... Et peut-être M"'" Maigrat, battue, trahie à chaque heure, riait-elle quand la bande des femmes galopa, avec la bête mauvaise, la bête écrasée, au bout du bâton.
Cette mutilation alfreuse s'était accomplie dans une horreur glacée. — Qu'ont-ellcs donc au bout de ce bâton ? demanda Cécile qui s'était enhardie jusqu'à regarder. Lucie et Jeanne déclarèrent que ce devait être une peau de lapin. — Non, non, murmura M™*" Hennebeau, ils auront pillé la charcuterie, on dirait un débris de porc. A ce moment, elle tressaillit et elle se tut. M"'*' Grégoire lui avait donné un coup de genou. Toutes les deux restèrent béantes. Ces demoiselles, très pâles, ne questionnaient plus, suivaient de leurs grands yeux cette vision rouge, du fond des ténèbres. (Romans célèbres. Germinal, p. Sig.)
Le Paysan en rut
Buteau sautait sur elle dans tous les coins de la maison, certain (jne s'il lavait une fois, elle serait
ensuito à lui tant (juil voudrait. Il (Hait assez boa co(j \ionv tloux i)oiilcs.... VA, clc là, tlans Tétable, dans la ciisine, partout, dos ([u'ils étaient seuls une minute, l'allaquo et la défense brus([ues, Buteau se ruant. Françoise enj^nant. Et toujours la même seène eourte et exaspérée ; lui, envoyant la main sous la jupe, l'empoignant là, à nu, en un paquet Je peau et de crinière, ainsi qu'une bète qu'on veut monter ; elle, les dents serrées, les yeux noirs, le formant à lâcher prise, d'un grand coup de poing entre les jambes, en plein. Et pas un mot, rien que leur haleine brûlante, un souflle étouflé, le bruit amorti de la lutte : il retenait un cri de douleur, elle rabattait sa robe, s'en allait en boitant, le basventre tiré et meurtri, avec la sensation de garder à cette place les cinq doigts qui la trouaient. (La Terre, p. 299.)
Furieuse, enragée des coups dont l'assommait Buteau, Lise dit à sa sœur : Salope, couche avec, à la lin ! J'en ai assez, je iile, moi ! si tu t'obstines, pour me faire battre ! Aussi vrai que Dieu m'entend, j'aime mieux ça! Il nous fichera la paix, peut-être ! Voyons, pourquoi ne veux-tu pas? Révoltée, étranglée. Françoise ne trouva (jue ce cri de colère : Tu es plus dégoûtante (|uc lui ! (La Terre, p.. 3o2.)
Sacrée cateau, faut cette fois que j'y passe à mon tour. Quand le tonnerre de Dieu y serait, je vas y passer après l'autre ! Alors une lutte furieuse s'engagea. Le père Fouan distinguait mal, dans la
— !*>!> — nuit. Mais il vit pourtant Lise debout, (jui regardait et laissait faire ; pendant que son homme, vautré, jeté de coté à chaque seconde, s'épuisait en vain, se satisfaisait quand même au petit bonheur, niniportc oîi. Françoise put se dégager, râlante, bégayante.— Cochon! cochon! cochon! Tu n'as pas pu, ça ne compte pas.... je m'en fiche de ça ! jamais tu n'y arriveras, jamais! {La Terre, p. 3io.)
Françoise n'avait point bougé, dans la torpeur qui l'engourdissait, ses yeux vagues, toujours en l'air, ses jambes restées nues. Il n'y avait pas à nier, elle ne l'essaya pas. — Ah ! garce ! Ah ! salope ! C'est avec ce gueux que tu couches (disait Buteau), et tu me flanques des coups de pied dans le ventre, à moi ! Nom de Dieu ! nous allons bien voir. Il la tenait déjà, elle lut clairement sur sa face congestionnée qu'il voulait profiter de l'occasion. Pourquoi pas lui maintenant, puisque l'autre venait d'y passer? Dès qu'elle sentit de nouveau la brûlure de ses mains, elle fut reprise de sa révolte première. — Veux-tu me laisser, cochon ! Je te mords ! Une seconde fois, il dut y renoncer, enragé de ce plaisir qu'on avait pris sans lui — Ah! je m'en doutais que vous fricassiez ensemble ! j'aurais dû le foutre dehors depuis longtemps. — Nom de Dieu de cateau ! qui te fais tanner le cuir par ce vilain bougre ! Et le flot d'or lures continua, il lâcha tous les mots abominables, parla de l'acte avec une crudité, (pii la remettait nue. honteusement. Elle, enragée
;uissi. raidir cl |>àl»'. allcclait un i;raiitl câline. i'(''pondait à c'ha(|uo salclc. dune voix l»rc\ c : (^)u"cstce que ça te liche ? Si V'i "i*^' i»laîl. Ksl-ce (jnc je ne suis pas libre? — Kh l)icn ! je vas te (lan([uer à
la porte, moi! Oui. lonl à riicnrc. en rcnlranl le
vas dire la chose à Lise, coninicnt je t'ai trouvée, ta chemise sur la tète ; et tu iras te faire tamponner ailleurs, puisque ça t'amuse. — Dis-le à Lise, je m'en irai si je veux. — Si tu veux, ah ! c'est ce que nous allons voir! à coups de pied au cul ! {La Terre. p. 243.)
Françoise etButeau. ■ — Est-ce qu'il était à elle, cet homme ? Est-ce qu'elle voulait les restes d'une autre ? Va donc avec ma sœur, cochon! Crève-la, si ça l'amuse ! fais-lui un enfant tous les soirs ! Buteau, sous les coups, commençait à se fâcher, grondait, croyait qu'elle avait seulement ])eur des suites. — Foutue béte! Quand je te jure (pie je m'ôterai, cpie je ne t'en ferai pas d'enfant ! D'un coup de pied, elle l'atteignit au bas-ventre, et il dut la lâcher; il la poussa si brutalement, qu'elle étouffa un cri de douleur.... Alors, Buteau tomba sur sa femme qui venait d'arriver. — Qu'est-ce qu'elle foutait encore là, étendue comme une truie, à chauU'er son ventre au soleil? Ah! quelque chose de propre, une fameuse courge à faire mûrir ! Elle s'égaya de ce mot, ayant gardé sa gaieté de grosse commère : c'était peut-être bien vrai {[ue ça le mûrissait, que ça le poussait, le petiot: et, sous le ciel de flamme, elle arrondissait
— IJl —
ce ventre ('norme, qui semblait lu bosse d'un g^crmc, soulevée de la terre ieeontle. {La Terre, p. aig.)
Françoise sentait (jue lîuteau voulait d'elle, depuis (piil l'avait vue ])Oussci' et qu'elle ('-tait une vraie l'emmc. Cette idée la bouleversait : oserait-il, le cochon, que toutes les nuits elle entendait s'en donner avec sa sœur? Jamais ce rut hennissant de cheval ne l'avait irritée à ce point. Oserait-il? et elle l'attendait, le désirant sans le savoir, décidée, s'il la touchait, à l'étrangler. Brusquement, comme elle serrait les yeux, Buteau l'empoigna. — Cochon ! cochon ! bégaya-t-elle en le repoussant. — Bête 1 laisse-toi faire ! Je te dis qu'ils dorment, peisonne ne regarde. — Bète ! goùtes-y donc, Lise n'en saura rien.... Mais elle ne céda pas, tapant des deux poings, ruant de ses deux jambes nues, qu'il avait découvertes jus([u'aux hanches. (La Terre, p. '2^\).)
Réflexions d'une lesbienne
Ensuite, elle (Xana) s'était fâchée en apprenant la maladie de Satin, disparue depuis quinze jours, et en train de crever à Lariboisière, tellement madame Robert l'avait mise dans un lichu état. Connue elle faisait atteler pour voir encore une fois cette petite ordure, Zoé venait tranquillement de lui donner ses huit jours.... {Nana. p. 5oo.)
— Je suis bien malheureuse. . . . Oh ! je c<»mprends.
va! ils vont eiieoiv dire qiu- je suis une ecxpiinc... C'est ça, tapez sur Nana, tapez sur la bète! Oli! j'ai bon dos, je les entends aoniinc si j'y étais: eette sale lille (jui cout'hc avec tout le monde, qui nettoie les uns. qui lait crever les autres, ([ui cause de la peine à un tas de personnes.... Eh l)icn ! non, ils diront ce qu'ils voudront, ce n'est pas ma faute ! Est-ce ([ue je suis méchante, moi?.... Ce sont eux, oui, ce sont eux! Jamais je n'ai voulu leur être désagréable. Et ils étaient pendus après mes jupes, et aujourd'hui, les voilà, qui claquent, qui mendient, qui posent tous pour le désespoir.... N'étaient-ils pas toujours une douzaine à se battre pour inventer la plus grosse saleté? Ils me dégoûtaient, moi!.... Ah ! je leur en ai évité des ordures et des crimes! Ils auraient volé, assassiné, tué père et mère.... Aujourd'hui, tu vois
ma récompense C'est comme Daguenet que j'ai
marié, celui-là, un meurt-de-faim dont j'ai fait la position, après l'avoir gardé gratis, pendant des semaines. Hier, je le rencontre, il tourne la tète. Eh! va donc, cochon! je suis moins sale que toi!.... Nom de Dieu! ce n'est pas juste ! La société est mal faite. On tombe sur les femmes, quand ce sont les hommes qui exigent des choses.... Tiens! je puis te dire ça, maintenant : lors([ue j'allais avec eux, n'est-ce pas? eh bien ! ça ne me faisait pas plaisir, mais pas plaisir du tout. Ça m'embêtait, parole d'honneur!.... Et zut! après tout, s'ils y ont laissé leur monnaie et leur peau. C'est leur faute ! Moi, je n'y suis pour rien. {Nana, p. 5o3.)
Muffat, un petit mufe qui ne comprend pas les femmes
Un matin (juil vit sortir Foucarinont de chez elle, à une heure singulière, il lui fit une scène. Du coup, elle se fjicha. fatiguée de sa jalousie.... Mais, à la fin, il l'assoniniait avec son entêtement à ne pas comprendre les femmes: et elle fut brutale. — Eh bien ! oui. j'ai couché avec Foucarmont. Après ? Hein ! ça te défrise, mon petit mufe! C'était la première fois quelle lui jetait mon petit mufe à la figure.... En voilà assez, hein? Si ça ne te convient pas, tu vas me faire le ])Iaisir de sortir.... Mets bien dans ta caboche cpie jentends être libre. Quand un homme me plaît, je couche avec... Parfaitement, c'est comme ça.... Et il faut te décider tout de suite; oui ou non. tu peux sortir. {Xana , p. 475-)
— Hein? tu nas pas la monnaie.... Alors, mon petit mufe, retourne d'où tu viens, et plus vite que ça! En voilà un chameau, il voulait ra'embrasser encore! ! Plus d'argent, plus rien, tu entends ! (P. ^'jô.)
Alors, continuellement, les scènes recommencèrent pour l'argent. Elle en exigeait avec brutalité, c'étaient des engueulades au sujet de sommes misérables; une avidité odieuse de chaque minute, une cruauté à lui répéter qu'elle couchait avec lui pour son argent, paspoju^ autre chose, et ([ue cane lamu-
sait pas, cl quCUo vn aimail iiu autre, et qu'elle était bien nialheurcusc d'avoir besoin d'un idiot de son espèce!.... L'iuii)ératrice avait dit : Il est trop dégoûtant. Ça c'était bien vrai. (P. 477-)
Tous les joiu's, elle faisait son tour du lac, ébauchant là des connaissances, qui se dénouaientailleurs. C'était la p^rande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres, étalées dans le sourire de tolérance et dans le luxe éclatant de Paris. (P. 478.)
Un jour de règlement, comme elle l'accusait do la voler, Charles (son cocher) s'emporta et l'appela salope, crûment; ])ien sûr, ses chevaux valaient mieux qu'elle, ils ne couchaient pas avec tout 1(> monde (P. 479-)
Le Paiement d'une commission matrimoniale
Qui est-ce? dit Nana, qui se levait maintenant. Daguenet, forçant l'entrée, s'annonça lui-môme. Du coup, elle s'accouda sur l'oreiller, et, renvoyant la femme de chambre : — Comment, c'est toi ! le jour qu'on te marie? Qu'y a-t-il donc?.... Lui, avançait, cravaté et ganté de blanc. Et il répétait : Eh bien! oui, c'est moi.... Tu ne te souviens pas? — Non, elle ne se souvenait de rien. Il dut s'odrir carrément de son air de blague. — Voyons, ton courtage.... Je
t'apporte Iptrcnnc de mon innocence. Alors, comme il était an bord du lit, elle l'enipoia^na de ses bras nus. secouée d'un l)eau rire, et i)leurant presque, tant elle trouvait ça gentil de sa pari : — Ah! ce Mimi, est-il drôle ! Il y a pensé pourtant ! Et moi qui ne savais plus! Alors, tu t'es écliapi)é. tu sors de l'église. C'est vrai, tu as une odeur d'encens.... Mais baise-moi donc! oh! plus fort que ça. mon Mimi! Va. c'est peut-être la dernière fois. {Xaiia, p. 4"^i)
Un Amant trompé par un autre
Le comte, ayant aperçu Nana renversée, aux bras de Georges, assis, les mains sur les genoux, regardait par terre, dans l'hébétement de ce qu'il venait de voir.... Cette douleur muette toucha la jeune femme. Elle essayait de le consoler. — Eh bien! oui, j'ai eu
tort C'est très mal. ce (pie j'ai fait.... Tu vois, je
regrette ma faute. J'en ai beaucoup de chagrin, puisque ça te contrarie.... Allons, sois gentil de ton côté, pardonne-moi. ?]lle s'était accroupie à ses pieds, cherchant son regard d'un air de tendresse soumise, pour savoir s'il lui en voulait beaucoup; puis, comme il se remettait, en soupirant longuement, elle se fit plus câline, elle donna une dernière raison, avec une l)(>nté grave : Vois-tu, chéri, il faut comprendre.... Je ne puis refuse?' ça à mes amis pauvres. (P. 4-54)
Une femme complaisante par charité! Une Xana offrant ses faveurs par amour des pauvres !
Un Monsieur Alphonse.... scatologique
Un soir. Nana, en rentrant vers onzA' heures, trouva la porte fermée au verrou. Elle tapa une première fois, pas de réponse; une seconde fois, toujours pas de réponse. (Cependant, elle voyait de la lumière sous la porte, et Fontan, à l'intérieur, ne se gênait pas pour marcher. VAic tapa encore sans se lasser, appelant, se fâchant. Enfni, la voix de Fontan s'éleva, lente et grasse, et ne lâcha (piun mot : — Merde! Elle tapa des deux poings. — Merde! Elle tapa plus fort, à fendre le bois. — Merde !
Et, pendant un quart d'heure, la même ordure la souflleta, répondit comme un écho goguenard à chacun des coups dont elle ébranlait la porte. Puis, voyant qu'elle ne se lassait pas, il ouvrit brusquement, il se campa sur le seuil, les bras croisés, et dit de la même voix froidement brutale : Nom de Dieu ! avez-vous fini? Qu'est-ce que vous voulez? Hein? allez-vous nous laisser dormir? Vous voyez bien que j'ai du monde. Il n'était pas seul, en eflet. Nana aperçut la petite femme des Boudes, déjà en chemise, avec ses cheveux filasse ébouridés et ses yeux en trous de vrille, qui rigolait au milieu de ces nu'ubles qu'elle avait payés. Mais Fontan faisait un pas sur le carré, l'air terrible, ouvrant ses gros doigts comme des pinces. — File, ou je t'étrangle ! Nana eut peur et se sauva. (Xann. y>. 3oa.)
Une Femme.... chic
N'ana ilevint une rciuine chic, rcnticre de la bêtise et de rordmc des mâles, marquise des hauts trottoirs. Ce l'ut un hinçage brusque et définitif, une montée dans hi célébrité de la galanterie, dans le plein jour des folies de l'argent et d'S audaces gâcheuses de la beauté. Elle régna tout de suite parmi les plus chères. Ses photograpliics s'étalaient aux vitrines, on la citait dans les journaux. Ouand elle passait en voiture sur les boulevards, la foule se retournait et la nommait, avec l'émotion d'un peuple saluant sa souveraine ; tandis ([ue. familière, allongée dans ses toilettes flottantes, elle souriait d'un air gai, sous la pluie de petites frisures blondes, que noyaient le bleu cerné de ses yeux et le rouge peint de ses lèvres.... Elle donnait le ton. «le grandes dames limitaient. {Xana, p. 340.)
L'Immoralité jugée et condamnée par Nana
Xana causa avec les quatre honnnes, en maîtresse de maison pleine de charme. Elle avait lu dans la journée un romau qui faisait grand bruit, lliistoire dune fille; et elle se révoltait, elle disait que tout cela était faux, témoignant d'ailleurs une répugnance indignée contre cette littérature immonde, dont la
prétention élait de rendre la naluro : coninic si l'on pouvait tout montrer! eoninie si un roman ne devait ])as èlre éci'il pour passer une heure agréable! En matière de livres et de drauies. Nana avait des opinions très arrêtées : elle voulait des œuvres tendres et nobles, des choses pour la l'aire rêver et lui grandir lame.... Puis, elle s'emporta contre les républicains. ()ue voulaient-ils donc, ces sales gens qui ne se lavaient jauuiis? Est-ce qu'on n'était pas heureux, est-ce que l'enq^ereur n'avait pas tout l'ait pour le peuple? Une jolie ordure, le peuple ! Elle le connaissait, elle pouvait en parler ; et, ouljliant les respects qu'elle venait d'exiger à table pour son petit monde de la rue de la (loutte-d'Or. elle lapait sur les siens avec des dégoûts cl des peurs de l'cmme arrivée.... Oh! ces ivrognes! dit-elle d'un aii' répugné. Non, voyez-vous, ce serait un grand malheur pour tout le monde, leur républi<{ue.... Ah ! que Dieu nous conserve l'empereur le plus longtemps possible! — Dieu vous entendra, ma chère, répondit gravement M ud'at. {Nana, p. 36(j.)
Cette critique, pleine d'ironie, contre le naturalisme, mise dans la bouche de Nana, la natiiralislemodèle, non seulement ne réhabilite pas les tendances de cette école, mais elle prouve combien Zola redoute l'accusation d'immoralité. Passant rapidement sur les ridicules de ces romans tendres et nobles qui font rêver de douces choses et grandissent l'àme. il commet l'indélicatesse littéraire d'ensevelir
ccgriin- W'aUcaii sons Ifs ti-iulilcs do celle liUér;iliire iininonde et sous les cruautés bêtes et crapuleuses lie la i)oliti([ue inii)ériale. Tu ricanes, donc tuas tort, peut-on dire à un auteur ([ui na pas d'autres raisons en laveur de ses livres, fpic de s'en nio(pier.
L'Étrenne d'un mariage
Ah! je suis une cocpiine ! dit Xana. Ecoute, tu te marieras si je veux, mon petit!.... Alors. Daguenet (sentant que son mariage avec la fille de Mufiat dépendait d'elle), après avoir mis ses gants, lui demanda, avec les formes strictes, la main de mademoiselle Estelle de Beuville. Elle finit par rire, connue chatouillée. Oh! ce Mimi! il n'y avait pas moyen de luigarder rancune.... Quand ils quittèrent la table d'hôte, elle était toute rose, vibrante à son bras, reconquise.... Elle l'accompagna à pied jusque chez lui, puis, monta, naturellement. Deux heures plus tard, elle dit, en se rhabillant : — Alors, Mimi, tu ytieas, àce mariage? — Dame ! murmura-t-il, c'est encore ce qnc je ferais de mieux.... Tu sais que je n'ai plus le sac. Elle l'appela pf)ur boutonner ses bottines. Et au bout d'un silence : Mon Dieu ! moi je veux bien. Je te pistonnerai.... Oh ! je vais te bâcler ça. Puis, se mettant à rire, la gorge nue encore : — Seulement, qu'est-ce que tu me donnes? 11 l'avait saisie, il lui baisait les épaules, dans un élan de reconnaissance.
— iS,. —
Kilo. Irôs '^nii'. IVcMuissanU'. so dt'hallail, se i-ciiviM'sait. — Ah ! jr sais, oria-t-elle, excitée par ce jeu.
Ecoute ce tiuc je veux pour ma eoniuiission Le
jour (.le ton niai'iage, tu mapporteras rétreniie de ton inuoceucc... Avant ta Icuiine, entends-tu! — C'est ça, c'est ça! dit-il. riant plus f<n't qu'elle. Ce marché les amusa. Ils trouvaient l'histoire bien bonne. {Nana, p. 362.)
La Nostalgie de la boue
Bien sur (dit Nana) que je m'amusais davantage, quand je n'avais pas le son. — N'est-ce pas, mon chat? répétait-elle à Satin.... Les deux femmes se lancèrent dans leurs souvenirs. Ça les prenait par crises bavardes ; elles avaient un brusque besoin de remuer cette boue de leur jeunesse; et c'était toujours quand il y avait là des hommes, comme si elles cédaient à une rage de leur inqioser le fumier où elles avaient grandi. Ces messieurs pâlissaient, avec des regards gcnés.... — Tu te souviens de Victor? dit Nana. En voilà un enfant vicieux, qui menait les petites lilles dans les caves ! — Parlaitcmcnt, répondit Satin.... Un soir ton père est rentré pochard, mais pochard !....
Mais Salin, qiii aVait pelé une poire, était venue la manger derrière sa chérie, appuyée à ses épaules, lui disaut dans le cou des choses dont elles riaient très fort; puis, elle voulut partager son dernier nior-
— iSi —
ceau do [joirc. elle le lui prcseiitti entre les dents ; et toutes deux se uioi'dillaient les lèvres, achevaient le fruit dans un baiser.... Au milieu de ces messieurs, de ces grands noms, de ces vieilles honnêtetés, les deux femmes, face à face, échangeant un regard tendre, s'imposaient et régnaient, avec le tranquille abus de leur sexe et leur mépris avoué de l'homme. Ils applaudirent. (Xana, p. '3G-.)
L'Adultère patriotique
Oli! ma eliérie (disait M""' Delahcrehe), si tu savais.... Jamais je n oserais te dire.... Et pourtant je n'aicpie toi, tu peux seule me donner peut-être un bon conseil.... J'étais avec Edmond, alors, à l'instant
madame Delaherche vient de me surprendre —
Comment de te surprendre? — Oui, nous étions là, il me tenait; il m'embrassait.... Et. baisant Henriette, la serrant dans ses bras tremblants, elle lui dit tout. — Oh! ma chérie, ne me juge pas trop mal, ça me ferait tant de peine!.... Je sais bien, je t'avais juré que ça ne recommencerait jamais. Mais tu as vu Edmond, il est si brave, et il est si joli! Puis, songe donc, ce pauvre jeune homme, blessé, malade, loin de sa mère ! Avec ça il n'a jamais été riche, on a tout mangé chez lui, pour le faire instruire. Je t'assure, je n'ai pas pu refuser.
Henriette l'écoutait. efTarée. ne revenant pas de sa
— uS-j — surpi'is(\ — (lommciit! e'ôlait avec le petit sci'f^ent ! Mais, ma chère, tout le iiKJiule te i-roit la luaitressc du Prussien! Du coup, (iilbcrte se releva, s'essuya les yeux, protestant. — La niaitrcsse du Prussien.... Ah! non,parcxcmplc îllcstaflrcux,!! me répugne... Pour qui me prend-on? Comment peut-on me croire capable d'une pareille infamie? Non, non, jamais! Jaimerais n)ieux mourir! {La Débâcle, p. 50r.)
Un Amour de trois jours
Madame Volmar conta la douloureuse histoire de sa vie, son mariage avec le marchand de diamants, désastreux dans son apparent coup de fortune, sa belle-mère une àme dure de bourreau et de geôlier, son mari un monstre de laideur physique, de vilenie morale.... On l'avait battue, on s'était acharné contre ses goiits, ses envies, ses faiblesses de femme. Elle savait qu'au dehors son mari entretenait des (lUcs.... Pendant des années, elle avait vécu dans cet enfer, espérant cpiand môme, ayant en elle un tel flot de vie, un si ardent besoin de tendresse, qu'elle attendait le bonheur, croyant toujours le voir entrer, au moindre souille. Monsieur l'abbé, je vous jure que je n'ai pas pu ne pas faire ce ({ue j'ai fait. J'étais trop malheureuse, tout mon être brûlait de se donner.... Quand mon ami, la première fois, ma dit qu'il maimait, j'ai laissé tomber ma tête sur son épaule;
et c'était fini, j'étais sa chose pour toujours. Il faut comprenilre ces délices, rlro aimée, ne trouver cliez son ami que des gestes de caresse, des paroles de douceur, la continuelle préoccupation de se montrer prévenant et aimable ; et savoir qu'il pense à vous, qu'il y a (pielque part un cœur où vous vivez; et n'être que vous deux, n'ôti'c plus qu'un, s'oublier dans une étreinte où tout se fond, les corps et les âmes !.... Ah ! si c'est un crime, monsieur l'abbé, je ne puis en avoir le remoi'ds. Je ne dis même pas qu'on m'y a poussée, je dis que je lai commis aussi naturellement que je respire, parce qu'il était nécessaire à ma vie.... .Non, je ne suis pas une croyante, la religion ne m'a passufii. On prétend que des femmes s'y contentent, ([ii'elles y trouvent une protection solide contre la faute. Moi, j'ai toujours eu froid dans les églises, j'y meurs de néant.... Si vous me trouvez ici. à Lourdes, c'est que de toute l'année, je n'ai que ces trois jours de liberté absolue, d'absolu bonheur. .... Ah ! ces trois jours! vous ne pouvez pas savoir avec quelle ardeur je les attends, avec quelle flamme je les vis, avec quelle rage j'en emporte le souvenir! {Lourdes, p. 474-)
Lourdes est peut-être un pèlerinage, mais il est une ville malhonnête
— Et si je vous disais (de Guersaint), monsieur, ce qu'ils ont fait ^\c notre pauvre ville! Les filles y
élaieut li'ès sages, je vous assure, il y a (jiiaranle ans. Je me souviens <iue. dans ma jeunesse, lorsqu'un garçon voulait rire, il n'y avait pas ici plus de trois ou quatre dévergondées pour le satisfaire; si bien que, les jours de loire, j'ai vu des honnnes faire ((ueue à
leur porte, ma parole d'honneur! Ah bien! les
temps sont ehangés, les nueurs ne sont plus les mêmes. Miiinlenant, les (illes du pays se livrent jn'es(pie toutes à la vente des cierges et des bouquets; et vous les avez vues raccrocher les passants, leur mettre de force leur marchandise dans les mains. C'est une vraie honte que des efl'rontées pareilles ! Elles gagnent beaucoup, se donnent des habitudes de paresse, ne font plus rien, l'hiver, en attendant le retour de la saison (.les grands pèlerinages. Et je vous assure que les garçons coureurs trouvent aujourd'hui à qui parler....
Pierre, très frappé, avait laissé tomber son journal. 11 écoutait, il avait pour la première fois l'intuition des deux Lourdes, lancien Lourdes si honnête, si pieux dans sa tranquille solitude ; le nouveau Lourdes gâté, démoralisé par tantde millions renmés, tant de richesses provoquées et accrues, par le Ilot croissant d'étrangers qui traversaient la ville au galop, par la pourriture fatale de l'entassement, la contagion des mauvais exemples. {Lourdes, p. a^8.)
L'Amour qui tue
Alors, ce fut pitoyable. Angélique aima eu désespérée, se débattit dans eet amour sans espoir, qu'elle ne pouvait tuer. Toujours elle voulait courir à Félicien, le reconquérir en se jetant à son cou, et toujours la bataille recommençait. Parfois, elle croyait avoir vaincu, il se faisait un grand silence en elle, il lui semblait se voir, connne elle aurait vu une étrangère, toute petite, toute froide, agenouillée en fille obéissante, dans lliumilité du renoncement; ce n'était plus elle, c'était la fille sage c[u"elle devenait, que le milieu et l'éducation avaient faite. Puis, un flot de sang montait, l'étourdissait; sa belle santé, sa jeunesse ardente, galopaient en cavales écliappées; et elle se retrouvait avec son orgueil et sa passion, toute à l'inconnu violent de son origine. Pourquoi donc aurait-elle obéi? Il n'y avait pas de devoir, il n'y avait que le libre désir. Déjà elle apprêtait sa fuite.... Mais, déjà aussi, l'angoisse revenait, un sourd malaise, le tourment du doute. Si elle cédait au mal, elle aurait l'éternel remords. Des heures, des lieures abominables se passaient, au milieu de cette incertitude du parti à prendre, sous ce vent de tempête qiu. sans cesse, la rejetait de la révolte de son amour à Ihorreur de la faute
Puisqu'ils s'aiment, ils sont les maîtres.... Il n'y a rien au delà, quand on aime et qu'on est aimé
Oui! par tous les moyens, le bonheur est légitime. (/.(' Iirrr. p. '20 1.)
Toul nesl ([ur l'rve. l^t. au sommet du bonheur. Anj^éli(iuc avait disparu, dans le petit souille d'un baiser. (Le Rêve, p.3io.)
Une Idylle d'adultère la nuit de la débâcle de Sedan
Mais les regards d" Henriette venaient de tomber sur une paire de gants d'ordonnance, des gants d'homme oubliés sur un guéridon.... (îilberte rougit beauecnip. l'attira au bord du lit, d'un geste confus et câlin.... — Oui, j'ai bien senti ([ue tu savais, que tu l'avais su.... (Chérie, il ne faut pas me juger sévèrement. C'est un ami ancien, je t'avais avoué ma faiblesse, à Charleville, autrefois, tu te souviens.... Elle baissa encore la voix, continua avec un attendrissement où il y avait un petit rire : — Hier, il m'a tant suppliée, quand je l'ai revu. Songe donc, il se bat ce matin, on va le tuer peut-être?.... Est-ce que je pouvais refuser? Et cela était héroïque et charmant, dans sa gaieté attendrie, ce dernier cadeaude i)laisir, celte nuit heureuse donnée à la veille dune bataille. C'était de cela quelle souriait, malgré sa confusion,
avec son étourderie d'oiseau Est-ce quetumecon-
daumes? Elle était sans méchanceté perverse, adorant simplement le plaisir; et il semblait bien cer-
tain f[u"on prenant un amant, elle avait cédé à son irrésistible besoin (rèlre belle et gaie.
— C/est trè»-nial d'avoirrenoué, dit enfin Henriette de son air sérieux. Déjà, Gilbertc lui fermait la bouche, d'un de ses jolis gestes caressants. — Oh ! chérie, puisque je ne pouvais pas faire autrement et que c'était pour une seule fois.... Tu le sais, j'aimerais mieux mourir, maintenant, que de Iromper mon nouveau mari. {La Débâcle, p. 2C2.)
Devant le capitaine Beaudoin (rapporté blessé), Gilberte avait frémi. Mon Dieu! qu'il était pâle, couché sur ce matelas, la face toute blanche sous la saleté qui la souillait! Et la pensée que, quelques heures auparavant, il l'avait tenu entre ses bras, plein de vie et sentant bon, la glaçait defl'roi. Elle s'était agenouillée.... — Quel malheur, mon ami! Mais ce n'est rien, n'est-ce pas?.... Ce n'est rien, ce n'est que votre jambe. (P. 336.)
Les Paysans vivent comme leurs coch....
Le frère Archangias. J'avais à vous dire ce cjue je vous ai dit. Les Artaud vivent comme leurs cochons. J'ai encore appris hier que Rosalie, l'aînée du père Bambousse, est grosse. Tous attendent ça pour se marier. Depuis quinze ans, je n'en ai pas connu une qui ne soit allée dans les blés avant de passer à lé-
jil'lise.... El elles prétendent en rianl (|U(' c'est laeonhime du pays!
.... Celle Rosalie! poursuivit le frère. elle ajusle dix-huit ans. Case perdsurlesbanes de léeole. Il n'y a pas quatre ans, je l'avais encore. Elle était déjà vicieuse. J'ai maintenant sa sœur (Catherine, une gamine de onze ans, qui promet d'être pluséliontéc que son aînée. On la trouve dans tous les trous avec ce petit misérable de Vincent.... Les femmes ont la damnation dans leurs jupes. Des créatures bonnes à jeter au fumier, avec leiu's saletés qui empoisonnent. {La Faute de Vabbé Moiirct, p. 46.)
.... L'abbé Mouret dit à Rosalie qu'en attendant, elle devait obéir, cesser tout rapport avec Fortuné, ne pas aggraver son péché davantage. — Oh ! maintenant, rnurnuira-t-elle en souriant de son air effronté, il n'y a plus de risque, puisque ça y est. (P. 58.)
.... Elles ont le diable dans le corps. Elles puent le diable, elles le puent aux jambes, aux bras, au ventre, partout.... C'est ce qui ensorcelle les imbéciles. (P. 121.)
Il n'y a qu'ordure.... C'est une honte de souffrir que des femmes promènent leurs robes si près des saintes reliques. Je m'en vais, reprit frère Archangias, la religion n'est pas une lille, pour qu'on la mette dans les fleurs et dans les dentelles.,.. Méfiezvous (monsieur l'abbé) de votre dévotion à la Vierge. (P. 124.)
Le Mois de mai, le mois des amours
L'autel de la Vierge était un bosquet, un enfoncement de taillis, avec une pelouse verte sur le devant. — Mesdemoiselles, dit l'abbé Mourct, nous continuerons demain les exercices du mois de Marie.... Les paysannes suivaient son oraison d'un marmottement confus, où perdaient des rires. Une d'elles, se sentant pincée par derrière, laissa échapper un cri. qu'elle tâcha d'étoulTer dans un accès de toux ; ce qui égaya tellement les autres, qu elles restèrent un instant à se tordre, le nez sur les dalles, sans pouvoir se relever.
LaTeuze renvoya ces effrontées. — Allons, déguerpissez maintenant. Vous êtes un tas de propres à rien, qui ne savez même pas respecter le bon Dieu.... C'est une honte, ça ne s'est jamais vu, des filles qui se roulent par terre dans une église, comme des bètes dans un pré. {La Faute de l'abbé Moiiret, p. i3i.)
Elle avait réussi à les faire sortir jusqu'à la dernière, lorsqu'elle aperçut Catherine tranquillement installée dans le confessionnal avec Vincent : ils mangeaient quelque chose d'un air ravi. Elle les chassa. Et comme elle allongeait le cou hors de l'église, avant de fermer la porte, elle vit la Rosalie se pendre aux épaules du grand Fortuné qui l'attendait; tous deux se perdirent dans le noir, du côté du cimetière, avec un bruit affaibli de baisers.... Les autres ne
valcnl pas mieux, je le sais bien. Toutes des gourgandines qui sont venues ce soir, avee leurs fagots, histoire de rire et de se faire embrasser par lesgarçons, à la sortie. Demain, pas une ne se dérangera.... On n'apercevra plus que les gueuses (|ui auront des rendez-vous. (P. i33.)
La passion n"a qu'un mot. En disant à la file
les cent cinquante Ai'C, Serge ne les avait pas répétés une seule fois. Ce murmure monotone, cette parole sans cesse la même qui revenait, pareille au : Je t'aime des amants, prenait chaque fois une signification plus [)rofonde ; il s'y attartlait, causant sans fin à laide de l'unique phrase latine, connaissait Marie tout entière, juscpi'à ce que, le dernier grain du Rosaire séchappantde ses mains, il se sentit défaillir à la pensée de la séparation. (P. i^G-)
Bouquet de pensées, de maximes, etc.
Ma fille, où il y a des femmes, il y a des claques. C'est Napoléon qui a dit ça, je crois.... Va, tu en recevras d'autres, et ne te plains pas, tant que tu n'auras rien de cassé. (Xana. p. 28S.)
Il napas le sentiment des moindres convenances. Sa mère devait être commune; ne dis |)as non, ça se sent! (Nana, p. u88.)
Satin se contentait de répondre que, lorsciu'onnai-
— igi maitpas une chose, ce n'était pas une raison pour en vouloir dégoûter les autres. (Nana, p. 292.)
Satin guettait les mieux mis, elle voyait ^a à leurs yeux pâles. C'était comme un coup de folie charnelle passant sur la ville. Elle avait bien un peu peur, car les plus comme il faut étaient les plus sales. Tout le vernis craquait, la bête se montrait, exigeante dans ses goûts monstrueux, raftinaut sa perversion. (Xnna, p. 29.5.)
Depuis qu'elle (Nana) allait avec d'autres pour le (un amant) nourrir, elle l'aimait davantage, de toute la fatigue et de tous les dégoûts quelle rapportait. Il devenait un vice qu'elle payait, un besoin dont elle ne pouvait se passer, sous l'aiguillon des gifles. Lui, en voyant la bonne bète. finissait par abuser. Elle lui donnait sur les nerfs, il se prenait d'une haine féroce, au point de ne plus tenir compte de ses intérêts. {Nana, p. Soi.)
Satin l'écoutait avec complaisance, la consolait, s'indignait plus fort qu'elle (Nana), tapant sur les hommes. — Oh! les cochons, oh ! les cochons! Voistu, n'en faut plus de ces cochons-là!.... Ah ! que tu es bète de te faire de la bile ! Je te dis que ce sont des salauds ! Ne penseplusàeux.... Moi, jet'aimebien.... Et, dans le lit, elle prit tout de suite Nana entre ses bras, afin de la calmer.... Chaque fois que le nom de Fontan revenait sur les lèvres de son amie, elle l'y arrêtait d'un baiser, avec une jolie moue de colère, les cheveux dénoués, dune beauté enfantine etnovéc
If)2
iralloiulnsseiuciil. Alors, peu à peu. dans cette étreinle si douce, Nana essuya ses larmes. Elle était touchée, elle rendait à Satin ses caresses. (Nano, p. 3o3.)
Voyons, as-tu lini domc tripoter? Je suis bonne tille, je veux bien un moment, puisque ça te rend si malade ; mais en voilà assez, ncst-ce pas? Laisse-moi me lever. Tu me fatigues.... Non, non, non, je ne veux pas.... Ah! l'argent ! mon pauvre chien, je l'ai (pielque part! Vois-tu, je danse dessus, l'argent! Je crache dessus!.... Ah! si Ton me donnait ce que je désire.... Enfin, nous causons.... Je voudrais avoir le rôle de la femme honnête, dans leur machine. — Quelle femme honnête? murmura-t-il étonné. — Leur duchesse Hélène, donc!.... J'ai assez des cocottes. Toujours des cocottes, on dirait vraiment que j'ai des cocottes dans le ventre....
Quand je veux être distinguée, je suis d'un chic! Quand je te dis que je tiens la femme honnête.... Et, puis je veux jouer une femme honnête ; j'en rêve, j'en suis malheureuse, il me faut le rôle, tu entends!
— Je ne peux pas! dit-il, plein d'angoisse. Tout ce que tu voudras, mais pas ça, mon amour, oh! je t'en prie. Alors, elle ne s'attarda pas à discuter. De ses petites mains, elle lui renversa la tête, puis, se penchant, colla sa bouche sur sa bouche, dans un long baiser. Un frisson le secoua, il tressaillait sous elle, éperdu, les yeux clos. Elle le mit debout. Va, dit-elle simplement. (Nona, p. 328.)
- i03 - Puisque maiutcuaut lu compreuds ce qu il laul ;i une femme. Tu donnes tout, n'est-ce pas? Alors je n'ai l)esoin de personne.... Tiens! il ny en a plus fpie pour toi ! Ça. et ça, et encore ça ! Quand elle l'eut poussé dehors, après Tavoir chaulled une pluie de baisers sur les mains et sur la figure, elle souflïa un moment. (P. 3i28.)
La Maîtresse qui ne compte plus ses amants.... et le reste
Mull'at (laniant banquier) lut force de tout connaître. Xana. toquée dun baryton de café-concert et quittée par lui, rêva de suicide, dans une crise de sentimentalité noire; elle avala un verre deau où elle avait fait tremper une poignée d'allumettes, ce qui la rendit horriblenu'ut malade, sans la tuer. Le comte dut la soigner et subir l'histoire de sa passion, avec des larmes, des serments de ne plus s'attacher aux hommes. Dans son mépris de ces cochons, comme elle les nommait, elle ne pouvait pourtant rester le cœur libre, ayant toujours quelque amant de cœur sous ses jupes, roulant aux béguins inexplicables, aux goûts pervers des lassitudes de son corps. . . Muffat n'osait pousser une porte, tirer un rideau, ouvrir une armoire : les trucs ne fonctionnaient plus, des messieurs traînaient partout, on se cognait à chaque instant les uns dans les autres.... C'étaient
des abandons brusques derrière son dos. du plaisir pris dans tous les eoins, vivement, en chemise ou eu grande toilette, avec le premier venu. Elle le rejoignait toute rouge, heureuse de ce vol. Avec lui, ça lassommait, une corvée aliominable !
Dans l'angoisse de sa jalousie, le malheureux en arrivait à être tran(iuille, lorsqu'il laissait Nana et Satin ensemble. Il l'aurait poussée à ce vice, pour écarter les hommes. Mais, de ce côté encore, tout se gâtait. Nana trompait Satin comme elle trompait le comte, s'cnrageant dans des toquades monstrueuses, ramassant des filles au coin des bornes. Quand elle rentrait en voiture, elle s'amourachait parfois d'un souillon, aperçu sur le pavé, les sens pris, l'imagination lâchée ; et elle faisait monter le souillon, le payait et le renvoyait. Puis, sous im déguisement d'homme, c'étaient des parties dans des maisons infâmes, des spectacles de débauche, dont elle amusait son ennui. Et Satin, irritée d'être lâchée continuellement, bouleversait l'hôtel de feeènes atroces; elle avait fini par prendre un empire absolu .sur Nana, qui la respectait. Muffat rêva même une alliance. Quand il n'osait pas, il déchaînait Satin. (Nana. p. 48i-)
Un Boursier vidé
Un homme ruiné tombait de ses mains comme im fruit mûr, pour se poiwrir à terre de lui-même. Nana
se mit sur Steiaer, sans dégoût mais sans tendresse. Toutes ses entreprises ne pouvaient suflire aux plaisirs de Xana. Elle dévorait tout comme un grand feu, les vols de l'agio, les gains du travail. Cette fois, elle finit Steiner, elle le rendit au pavé, sucé jusqu'aux moelles, si vidé, qu'il resta même incapable d'inventer une coquincrie nouvelle.... Un soir, chez elle, il se mit à pleurer, il lui demanda un emprunt de cent francs, pour payer sa bonne. Et Nana, attendrie et égayée par cette fin du terrible bonhomme qui écumait la place de Paris depuis vingt années, les lui apporta, en disant: Tu sais, je te les donne, parce que c'est drôle.... Mais, écoute, mon petit, tu n'as plus l'âge pour que je t'entretienne. Faut chercher une autre occupation. (Xana. p. 4^+)
Le Mariage! une machine
La Faloise dit un soir à Xana, après avoir reçu des calottes, très allumé : Tu ne sais pas, tu devrais m'épouser.... Hein? nous serions rigolos tous les deux! Le mari de Xana. hein? quel cliic! Une apothéose un peu crâne! Mais Xana le moucha dune belle façon. — Moi t'épouser ! . . . . Eh ! non, je ne veux pas! Est-ce que je suis faite pour cette machine? Regarde-moi un peu, je ne serais plus Xana si je me collais un homme sur le dos.... Et, d'ailleurs, c'est trop sale.... Et elle crachait, elle avait un hoquet
tlo dégoût, comme si elle avait vu sélarjî^ir sous elle la saleté tle toute la terre. (P. /jH^.)
.... Ali ! si la femme (la comtesse Mullat) claquait, comnu' lu vieudrais vite, comme tu te jetterais par lerre. comme lu moll'rirais <;a, aveclegrautl jeu, les soupirs, les larmes, les seruieuls! Ileiu? chéri, ce serait si bon! Elle avait pris une voix douce, elle le blaguait d'un air de càlinerie féroce. Lui, très ému, se mit à roug^ir. en lui rendant ses baisers. Alors, elle cria: Nom de Dieu! dire (pic j'ai deviné! Il y a songé, il attend que sa lenime crève.... Ali bien! c'est le comble, il est encore plus coquin que les autres! (P. /Î88.)
La Galanterie et la richesse ne font pas le bonheur
Cependant, dans son luxe, au milieu de cette cour, Nana s'ennuyait à crever. Elle avait des hommes pour toutes les minutes de la nuit, et de l'argent jusque dans les tiroirs de sa toilette, mêle aux peignes et aux brosses; mais ça ne la contentait plus, elle sentait comme un vide quelque part, un trou qui la faisait bâiller.... Elle était comme enfermée dans un mélier de fille. Ne sortant qu'en voiture, elle perdait l'usage de ses jambes. Elle retournait à des goûts de gamine, baisait Bijou du matin au soir, tuait le temj)s à des plaisirs bétes, dans son unique attente de l'homme, ([u'clle subissait d'unairdclassi-
- lo:
tude ccmiplaisanle: et. au milieu de cet abandon dcllc-niènie. elle ne gardait guère que le souci de sa beauté, un soin continuel do se visiter, de se laver, de se parlniner partout, avec l'orgueil de pouvoir se mettre nue, à charpie instant et devant n'importe ([ui, sans avoir à en rougir. (Nana. p. 35').)
Très gaie par métier et par nature, elle devenait alors lugubre, résumant sa vie dans ce cri cpii revenait sans cesse, entre deux bâillements : Oh ! que les hommes ni*enil>ètent! (P. 35;.)
Satin.... satine le vice féminin
Dès lors, Nana eut une passion qui l'occupa. Satin fut son vice. Installée dans l'hôtel de l'avenue de Villicrs, débarbouillée, nippée, pendant trois jours elle raconta Saint-Lazare, et les embêtements avec les sœurs, et ces salauds de la police qui l'avaient mise en carte.... Des après-midi de tendresse commencèrent entre les deux femmes, des mots caressants, des baisers coupés de rire. C'était le petit jeu, interrompu par l'arrivée des agents rue de Laval, qui reprenait sur im ton de plaisanterie. Puis, un beau soir, ça devint sérieux. Xana, si dégoûtée chez Laure. comprenait maintenant. Elle en fut l^ouleversée. enragée; d'autant plus que, justement, le matin du quatrième jour, Satin disparut. . . . Elle avait filé, avec sa robe neuve, prise d'un besoin d'air.
ayant la nostalgie de son trottoir.... Brusquement, le soir, Nana demanda sa voiture et se fit conduire chez Laure. L'idée lui était venue qu'elle trouverait Salin à la lable d'hùle de la rue des Martyrs, (le n'était pas pour la ravoir, e'était pour lui coller la main sur lafig-ure. Kn edet, Satin dînait à une petite table, avec M"^'" Robert. Eu apercevant Nana, elle se mit à rire. Celle-ci, frappée au cœur, ne fit pas de scène, très douce et très sou[)le au contraire. Elle paya du Champagne, grisa cinq ou six tables, puis enleva Satin, comme INI'"" Robert était aux cabinets. Dans la voiture seulement, elle la mordit, elle la menaça, une autre fois, de la tuer. Alors, continuellement, le même tour recommença. A vingt reprises, tragique dans ses fureurs de femme trompée, Nana courut à la poursuite de cette gueuse, qui s'envolait par toquade, ennuyée du bien-être de l'hôtel. Elle parlait de soullleter M""*^ Robert; un jour même, elle rêva de duel; il y en avait inie de trop.... Laure, sanglée et luisante, baisait tout son monde d'un air de maternité plus large. Satin, au milieu de ces histoires, gardait son calme, avec ses yeux bleus et son pur visage de vierge ; mordue, battue, tiraillée entre les deux femmes, elle disait simplement que c'était drôle, qu'elles auraient bien mieux fait de s'entendre. Ça n'avançait à rien de la gifler; elle ne pouvait se couper en deux, malgré sa bonne volonté d'être gentille pour tout le monde. A la fin, ce futNîinaqui l'emporta, tellement elle combla Satin de tendresses et de cadeaux : et. pour se
venger, M""" Robert écrivit aux amants de sa rivale des lettres anonymes abominables. (P. 35r).)
Une au comte Miiflat était lonjifiie. Ses rapports avec Satin s "y trouvaient racontés en termes dune cruilité ignoble. . . . Gomme Mufl'at voulait un démenti : Ça, mon loup, c'est une chosequine te regarde pas.... Qu'est-ce (pie ça peut te faire? Elle ne niait point. Il eut des paroles révoltées. Alors, elle haussa les épaules. D'où .sortait-il? Ça se faisait partout, et elle nomma ses amies, elle jura que les dames du monde en étaient. Knlin, à l'entendre, il n'y avait rien de plus commun ni de plus naturel.... A ({uoi bon lui mentir sur une chose sans conséquence? — Qu'estce que ça peut te faire, voyons ? Des lors, Satin fut installée dans la maison, ouvertement, sur le même pied que ces messieurs. (P. 36o.)
Un Mariage... après l'enfant
Fortuné et Rosalie baissaient le menton, un peu émus, bien qu'ils se fussent poussés du coude en s'agcnouillant, pour se faire rire.... Eh ! le petit est là, dit la Rousse. L'enfant pleurait tout haut, se débattait comme un diable. — Mets-le sur le ventre, faisle teter, souffla Bal)et à Catherine (la soîur de la mariée). Celle-ci, avec son effronterie de gueuse de dix ans, leva la tète et se prit à rire. — Ça ne m'anmse pas. dit-elle, en secouant l'enfant! Veux-tu te taire,
pclil cochon ! Ma so-nr me Ta lâche sur les genoux.
— .Te crois bien, reprit niéchaniinent Babet. Elle ne pouvait pas le donner à j^artler à monsieur le cure. peut-être!.... S;uisle petit, eontinua-t-elle, mousieur le curé perdait son eau bénite.... — Coquines! béaava la Teu7.e, vous venez encore dire vos saletés ici! Tu n'as pas honte, toi, la Rousse! Ta place serait là-bas, îi genoux devant l'autel, comme la Rosalie.... L'eni'ant riait, Rosalie le baisa, elle rattacha son maillot, tout en menaçant du poing Catherine.
— S'il était tombé, je t'aurais allongé une belle paire de soufïlets. — Le voilà fier, maintenant, le grand Fortuné, murmura Babet à l'oreille des deux autres. Ce gueux-là, il a gagné les écus du père Bamboussc dans le foin, derrière le moulin....
On aimerait mieux marier des bètes que cette Rosalie et son gueux, avec leur mioche qui a pisse sur une chaise, disait la Teuze. {La Faute de l'abbé Moiiret, p. 4ii')
Mais j'y songe! cria tout d'un coup la Teuze, monsieur le curé a promis au grand Fortuné et à la Rosalie d'aller bénir leur chambre, comme il est d'usage.... Vite, monsieur le curé ! Le frère vous accompagnera. L'aJjbé Mouret était debout, mais frère Archangias, sans lâcher ses cartes, se fâchait. — Laissez donc! est-ce que ça a besoin d'être bénit, ce trou à cochons! Pour ce qu'ils vont y faire de propre, dans leur chambre ! Encore un usage que vous devriez abolir. Fn prêtre n'a pas à mettre son nez dans les draps
des nouveaux mariés.... Mli Ijieu! oui. je reste. C'est trop bète!.... Mais il suivit labbé, ce prêtre qui lavait trompé, tout souillé de son adultère divin, ayant trahi ses serments, rapportant sur lui des caresses défendues, dont la senteur lointaine suUisait à exaspérer sa continence de l>ouc qui ne s'était jamais satisfait. (P. 4"33.)
De rébus venereis ad usum confessarjorum
On lui avait fait lire cet ouvrage de lahbé Craisson, supérieur du grand séminaire de^ alence. Il en était sorti épouvanté, sanglotant de cette lecture. Cette casuistique savante du vice, étalant l'abomination de l'homme, descendant jusqu'aux cas les plus monstrueux des passions hors nature, vidait brutalement sa virginité de corps et d'esprit. Il restait à jamais sali, comme une épousée, initiée d'une heure à l'autre aux violences de l'amour. Et il revenait fatalement à ce questionnaire de honte, chaque fois qu'il confessait. Si les obscurités du dogme, les devoirs du sacerdoce, la mort de tout libre arbitre, le laissaient serein, heureux de n'être que l'enfant de Dieu, il gardait malgré lui l'ébranlement charnel de ces saletés qu'il devait remuer, il avait conscience d'une tache inellaçable. quel(|ue part, au fond de son être, qui pouvait grandir un jour et le couvrir de boue. {La Faute de l'abbé Mouret, p. i;6.)
« Zola, en jugeant aussi sévÎToinciil les Diaconales, guide secret du eonlesseur, ne se doute pas qu'il prononce contre son œuvre, entre les mains de tous les lecteurs, la criti(iue la plus juste et la mieux justiliée. 11 n'estaucun mol île réprobation, lancé contre celte encyclopédie du vice, (pii ne puisse s'appliipier à cet al)us savant des cas monstrueux des passions iiuniaines, dont il étale complaisamment l'abomination dans tous ses livres. Il est aussi moral dans son verdict contre cet ouvrage : De rébus veneveis, (pi'il est immoral dans Texploitation littéraire qu'il fait de ces choses vénériennes, (^u'on lise Bouvier, Carrière, Gousset, Craisson, etc., et Emile Zola; et, à part quelques fantaisies théologit[ues, qu'on peut appeler les fioritures du vice charnel, on verra si le chef naturaliste ne mérite pas, par sa science mœchialogiqae, de figurer à côté de ces éducateurs du crime. »
Le Paradis dans le paradou
Serge s'était soulevé lentement. Il la (Albine) regardait, frappé d'étonnemcnt, comme eflrayé de la trouver là. Il lui demanda : Qui es-tu, d'où vienstu, que fais-tu à mon côté? Elle souriait toujours, l'avic de le voir ainsi s'éveiller. Alors, il parut se souvenir, il reprit avec un geste de confiance heureuse : — Je sais, tu es mon amour, tu viens de ma chair, tu attends que je te prenne entre mes bras,
pour (HIC nous ne fassions plus qu'un.... Je rôvais de toi. Tu élais clans ma poitrine, et je te donnais mon sang, mes muscles, mes os. Je ne soullrais pas. Tu me prenais la moitié de mon eœur, si doucement qae c'était en moi une volupté de me partager ainsi.... Comment ai-jc fait pour vivre sans toi? murmurat-il. Mais je ne vivais pas. j'étais pareil à une bète ensommeillée.... Ette voilà à moi maintenant! et tu n'es autre que moi-même! Ecoute, il ne faut jamais me quitter, car tu es mon souille, tu emporteras ma vie. Nous resterons en nous. Tu seras dans ma chair, comme je serai dans la tienne.... Il lui prit les mains en répétant d'une voix frémissante d'admiration : Comme tu es belle! {La Faute de l'abbé Moiiret, p. 23S.)
— Et que je t'aime ! dit Serge (l'abbé Mouret) en l'attirant à lui. Ils restèrent l'un à l'autre, dans leurs bras. Ils ne se baisaient point, ils s'étaient pris par la taille, mettant la joue contre la joue, unis, muets, charmés de n'être plus qu'un.... Je t'aime, je t'aime, répétait Serge à voix basse.... Et Serge la respirait, la mettait à sa })oitriue. — Oh! dit-elle, tu ne me fais pas mal, tu peux me prendre tout entière. (P. 242.) ,... Elle laissa tomber les nattes lourdes de son chignon. Ce fut comme une étoffe d'or dépliée. Ses cheveux la vêtirent jusqu'aux reins. Des mèches qui lui coulèrent sur la poitrine achevèrent de l'habiller royalement. Serge, à ce flamboiement brusque, avait poussé un léger cri. Il baisait chaque mèche, il se
Jtrùlail les K-vri's à ce rayoniu'ini'iil lU- sideil c«»iichant — Mon. je ne me souviens pas. Tes eheveiix sont une pluie line. Jamais je n'avais baisé tes cheveux— Aiijoui'iriiui, tes elle veux sont la douceur nu'Mne de ta personne. Ce sont eux qui gardent Ion parlum, qui me livrent ta beauté assouplie, tout entière entre mes doigts. Quand je les l)aise, quand j'enlonce ainsi mon visage, je bois la vie. Il roulail les longues boucles dans ses mains, les pressant sur ses lèvres conime pour en l'aire sortir tout le sang d'Albine.
Veux-tu être mon mari? Je serai ta femme
Veux-tu être mon nuiri? Je serai ta l'enune.... Je suis ta femme, répondait-elle sérieusement à toutes les révoltes qu'il tentait.... Tu comprends maintenant, nous allons dormir.... Tu dois te coucher à
côté de moi, tout contre moi Vois-tu, murmurait
Albine, quand on est marié, on a chaud.... Tu ne me sens pas? Au milieu du grand silence, Serge ajouta cette seule parole : Moi, je taime bien. C'était 1 amour avant le sexe, l'instinct d'aimer qui plante les petits hommes de dix ans sur le passage des bambines enrobes blanches.... Voilà, c'est fini, dit Albine en se levant. Nous avons dormi. Lui, resta un peu surpris que cela lut fini si vite. Il allongea le bras, la tira par la jupe, comme pour la ramener contre lui.
■Jih)
Kt elle tomba sur les genoux, riaut. répétant : Quoi donc? Quoi donc? Il ne savait pas. Il la regardait, lui prenait les coudes. Un instant, il la saisit par les cheveux, ce qui la fit crier.... ^'oilà, c'est lini, dit-il en se levant à son tour. (Ld Faute de l'abbé Moiirel.
Je t'aime! disait Serge dune voix légère qui soulevait les petits cheveux dorés des tempes d'Albine. Il voulait trouver une autre parole, il répétait: Je t'aime! je t'aime! — Je t'aime! Je t'aime! soupirait Albine plus délicieusement, de sa voix perlée déjeune fille. Puis, levant ses yeux bleus, où une aube de lumière grandissait, elle demanda : Comment m'aimes-tu? — Je t'aime plus que tout, répondit-il.... Je t'aime, conlinua-t-il. Je ne te connais pas, je ne sais qui tu es, je ne sais d'où tu viens; tu n'es ni ma mère, ni ma sœur; et je t'aime, à te donner tout mon cœur, à n'en rien garder pour le reste du monde.... Écoute, j'aime tes joues soyeuses comme un satin, j'aime ta bouche qui a une odeur de rose, j aime tes yeux dans lesquels je me vois avec mon amour, j'aime jusqu'à tes cils, jusqu'à ces petites veines qui bleuissent la pâleur de tes tempes.... C'est pour te dire que je t'aime, que je t'aime. Albine. — Oui, je t'aime, reprit-elle, lu as une barbe très fine qui ne me fait pas mal, lorsque j'appuie mon front sur ton cou. Tu es fort, tu es grand, tu es beau. Je t'aime, Serge.(P.3i8.)
ao6
La première Faute... d'amour
Dans rélonnlissemcnt de la chalonr, Albinc chancela, se tourna vers Serge : — IM'cnds-nioi, dit-elle, d'une voix mourante. Dès qu'ils se touchèrent, ils s'abattirent, les lèvres sur les lèvres, sans un cri. Il leur semblait tomber toujours, comme si le roc se fût enfoncé sous eux, indéfiniment. Leurs mains errantes cherchaient sur leur visage, sur leur nuque, descendaient le long de leurs vêtements. Mais c'était une approche si pleine d'angoisse, qu'ils se relevèrent presque aussitôt, exaspérés, ne pouvant aller plus loin dans le contentemeut de leurs désirs. Et ils s'enfuirent, chacun par un sentier dillereut.... Pendant trois jours, ils se boudèrent. Ils étaient horriblement malheureux. {La Faute de Vabbé Moiiret, p. 334.)
Albine faisait des mines, se renversait, riait de la figure sotte que Serge avait à ses pieds. — Gros bèta. prends-moi la taille, dis-moi des choses aimables, puisque tu es censé mon amoureux.... Tu ne sais donc pas m'aimer? Mais dès qu'il la tenait, qu'il la soulevait brutalement, elle se débattait, elle s'échappait toute fâchée. — Non, laisse-moi. je ne veux pas!.... Il claqiuiit des dents paribis, en la regardant à la voir si désirable.... Tous ses sens la buvaient. Et il se défendait désespérément contre cette lente possession de sou être.
Non, ce nVsl pasdc'fcndii.ditAlbinc... Dis-toi
que. cU'sque tu scrasassissur ce tapistlhcrbe. tu seras parfaitement heureux. Alors seulement nous connaîtrons tout, nous serons les vrais maîtres.... Oh! tu viendras. C'est un arbre de vie, un arbre sous lequel nous serons plus forts, plus sains, plus parfaits. Tu verras, tout nous deviendra aisé. Tu pourras me prendre, ainsi que tu rêvais de le faire, si étroitement, que pas un bout de mon corps ne sera hors de toi. Alors, jimagine quelque chose de céleste qui descendra en nous....
Elle alla, la première, se coucher au pied même de l'arbre. Elle lui tendit les mains avec un sourire, tandis que lui, debout, souriait aussi en lui donnant les siennes. Lorsqu'elle les tint, elle l'attira à elle, lentement. Il tomba à son côté, il la prit tout de suite contre
sa poitrine. Cette étreinte les laissa pleins d'aise
Maintenant, je te sens, il n'y a plus rien entre nous.... Tu ne soullres pas? — Non, non, répondit-elle, il fait bon.... Une émotion délicieuse sans secousse, douce comme une nappe de lait répandue, les envahissait. Puis, Serge promena les mains le long du corps d'Albine. Il répétait : Ton visage est à moi, tes yeux, ta bouche, tes joues.... tes bras sont à moi, depuis tes ongles jusqu'à tes épaules.... Tes pieds sont à moi. tes genoux sont à moi, toute ta personne est à moi. Et il luibaisaitle visage, sur les yeux, sur la bouche, sur les joues. Il lui baisait les bras, à petits baisers rapides, remontant des doigts jusqu'aux épaules.... Il lui baisait les pieds, il lui baisait les
genoux. Il la baignait d'une pluio do baisers, tombant à larges gouttes, tièdes comme les gouttes d'une averse d'été, partout, lui battant le cou, les seins, les lianclies, les flancs. (Tétait une prise de possession sans eniporleinent, continue, contpiérant les plus petites veines bleues sous la peau rose. — C'est pour me donner que je te prends, reprit-il. Je veux me donner à toi tout entier, à jamais; car, je le sais bien à cette heure, tu es ma maîtresse, ma souveraine, celle que je dois adorera genoux. (Suivent trois pages d'adorations l)rùlantes, dincandcscenls soupirs, de folies amoureuses.)
Les parcelles de vie invisibles qui peuplent la matière, les atomes de la matière eux-mêmes, aimaient, s'accouplaient, donnaient au sol un branle voluptueux, faisaient du parc une grande fornication. Alors, Albine et Serge entendirent. Il ne dit rien, il la lia de ses bras, toujours plus étroitement. La fatalité de la génération les entourait. Ils cédèrent aux exigences du jardin,... Albine se livra, Serge la posséda.... Le parc applaudissait formidablement. (P. 3;o.)
Le premier Baiser
M'aimes-tu? m'aimes-tu? balbutiait Albine sans ouvrir les yeux. — Lui (l'abbé) aurait voulu donner tout son être dans le mot qu'il sentait sur ses lèvres, sans pouvoir le prononcer. Alors lise pencha encore,
parut chercher à quelle place exquise de ce visage il poserait le mot suprême. Puis, il ne dit rien, il n'eut ([u'un petit souflle. Il baisa les lèvres d'Albine. — Albine, je taime! — Je t'aime, Serge! Et ils s'arrêtèrent frémissants de ce premier baiser.... Jusqu'à la nuit, ils vécurent de ce mot aimer qui, sans cesse, revenait avec une douceur nouvelle.... Serge ne songea pas à mettre un second baiser sur les lèvres d'Albine. Ça sufQsait à leur ignorance de garder l'odeur du premier. {La Faute de l'abbé Mouret,
Le Mal d'amour
Allaient-ils mourir là, de ce mal inconnu?.... La chaleur avait un sommeil voluptueux. L'air dormait, sans un souflle. dans une moiteur d'alcôve. Un parfum d'amour oriental, le parfum des lèvres peintes de la Sulamite, s'exhalait des bois odorants. — Tu ne t'assois pas? dit Albine. — Non, j'ai plus de fièvre que toi, je te brûlerais.... Ecoute, si je n'avais pas peur de te faire du mal, je te prendrais dans mes bras, si fort, si fort, que nous ne sentirions plus nos soutlrances. Oh ! t'avoir dans mes bras, tavoir dans ma chair.... Je ne pense qu'à cela. La nuit, je m'éveille, serrant le vide, serrant ton rêve. Je voudrais ne te prendre d'abord que par le bout du petit doigt: puis, je t'aurais tout entière, lentement, jusqu'à ce qu'il ne reste rien de toi. jusqu'à ce que tu
sois devenue mienne, de tes pieds au dernier de tes cils. Je le garderais toujours. Ce doit èlrc un bien délicieux, de posséder ainsi ce «pi'on aime. Mon cœur foiulrail dans ton conir.... ^lais, je ne sais pas, je me sens loin de toi.... Où es-tu donc tout entière, pour que j'aille t'y chercher?.... Dans une attitude écrasée d'admiration, il posa un baiser au bord de la jupe d'AlJjine. Alors, comme si elle avait reçu ce baiser sur la peau, elle se leva toute droite. Elle portait les mains à ses tempes, afTolée, balbutiante. (P. 3'3i.)
La Folie de l'amour
Grande enfant, as-tu donc peur que je ne te garde rancune du don que tu m'as fait ? Va. ce ne peut être une faute. Nous nous sommes aimés comme nous devions nous aimer.... Je voudrais baiser les empreintes que tes pas ont laissées, lorsque tu m'as amené ici, de même que je baise tes lèvres qui m'ont tenté, de même que je baise tes seins qui viennent d'achever la cure, commencée, tu te souviens? par tes petites mains fraîches.... Il voulait la reprendre, la calmer d'une caresse; mais elle s'écarta.... Et, hâtant le pas de plus en plus, elle cueillait, le long des haies, des verdures dont elle cachait sa nudité.... Tu vas au bal? demanda Serge. Mais elle lui jeta les feuillages qu'elle continuait de cueillir. Elle lui dit à voix basse, d'un air d'alarme : Ne vois-tu pas
que nous sommes nus?.... Lui aussi se souvint et il eut peur. La caresse de sa barbe sur ses mains jointes lui fil j)eui-. Il iic se connaissait pas ce poil l()ni(. ce poil soyeux ([iii lui donnait une beauté de bête. Il lonlit sa barbe, il prit ses cbevcux à deux mains, cherchant la nudité de la tonsure ; mais ses cheveux avaient poussé ])uissamment. la tonsure était noyée sous un Ilot viril de grandes boucles rejetées du front jusqu'à la nuque. Toute sa chair, jadis rasée, avait un hérissement fauve. — Ah! tu avais raison, dit-il. en jetant im regard désespéré à Allnne : nous avons péché, nous méritons quelque châtiment terrible....
Frère Archangiasre?ta debout au seuildelabrcclie, il regardait lecoiq")le, Albine réfugiée au coude Serge, avec un dégoût d'homme rencontrant une ordure au bord d'un fossé. — Je m'en doutais, màcha-t-il entre ses dents.... Je vous vois, je sais que vous êtes nus. C'estune abomination. Ktes-vous une bète, pour courir les bois avec cette femelle? Elle vous a mené loin, dites! elle vous a traîné dans la pourriture, et vous voilà tout couvert de poils comme un bouc. Arrachez donc une branche pour la lui casser sur les reins ! Albine. dune voix ardente, disait tout bas : M*aimcs-tu ? m'aimes-tu? — Toujours, disait le frère, la tentation vous mordra de sa dent de flamme, et désormais vous n'aurez plus votre ignorance pour la combattre.... Elle a des épaules dont la vue seule donne des vomissements.... elle est le commencement de l'enfer....
— zia —
M'ninies-tu? m'aimcs-tu ? répétait Albine.
Scrj^e. iiivincil)lenicnt, marcliait vers la hréehe. Quand frère Archangias, (l'un geste brutal, l'eut tire hors (lu Paradou, Albine, glissée à terre, les mains l'oUcnient tendues vers son amour qui s'en allait, se releva, la gorge brisée de sanglots. (La Faute de rahbé Mouret, p. 38(3.)
Un Curé et son compagnon
Ehî curé, attendez-moi. Je vous fais donc peur? — .... La petite croit que c'est moi qui vous empêche de revenir. Je lui ai répondu : le curé est une bète.
Et ça, je le pense Frère Archangias ayant poussé
un grognement plus menaçant, il reprit: Eh! curé, vous promenez donc votre cochon avec vous? — Attends, brigand ! hurla le frère, les poings fermés. Jeanbernat, le bâton levé, feignit de le reconnaître. Bas les pattes ! cria-t-il. Ah! c'est toi, calotin! J'aurais dû te flairer à l'odeur de ton cuir.... Nous avons im compte à régler ensemble. J'ai juré d'aller te couper les oreilles au milieu de ta classe. Ça amusera les gamins que tu empoisonnes. — Je t'enverrai les gendarmes, balbutia le frère, assassin ! Tu as craché sur l'église, je t'ai vu !.... A Saint-Eutrope, tu as fait avorter ime fille ctI la forçant à mâcher mie hostie consacrée (pie tu avais volée. Au Béage, tu es allé déterrer des enfants que tu as emportés sur ton dos
pour tes abominations. Tout le monde sait cela, misérable! Tu es le scandale du pays. Celui qui t'étranglerait gagnerait du couple pai-adis. Le vieux écoutait, ricanant, faisant le nicjulinet avec son bâton. Entre deux injuresdi' laulre, ilrépétaità demi-voix : Va, va, soulage-loi, serpent! Tout à llieure, je te casserai les reins. Labbé Mourct voulut intervenir. Mais frère Arcliangias le repoussa en disant : Vous êtes avec lui, vous! Est-ce qu'il ne vous a pas fait ^marcher sur la croix? dites le contraire. Et se tournant vers Jeanbernat : Ah! Satan, tu as dû bien rire, quand tu as tenu un prêtre ! — Tu lui soufflais dans la bouche la rage dun chien, tu le mettais en rut.... Et c'est ainsi que tu lavais changé en bête, Satan!
— Il est stupiile, dit Jeanbernat, en reposant son bâton sur lépaule. 11 m'ennuie. Le frère, enhardi, vint lui allonger ses deux poings sous le nez. — Et ta gueuse! cria-t-il. C'est toi qui l'as fourrée toute nue dans le lit du prêtre !
Mais il poussa lui hurlement en faisant un bond en arrière. Le ])àton du vieux, lancé à toute volée, venait de se casser sur son échine. (Ici une lutte homéri(|ue à coupsdecailloux entre le vieux et le frère.) — Oui, tu l'as fourrée dans son lit! Et tu avais mis un christ sous le matelas, pour que l'ordure tombât sur lui !.... Tu attends quelque monstre de cet accouplement-là. Tu fais chaque matin les treize signes de l'enfer sur le ventre de ta gueuse, pour qu'elle accouche de l'Antéchrist. Tu veux l'Antéchrist, ban-
— 2l4 — dit!.... Tiens, que ce caillou t'cborgne ! — Et que celui-ci le l'ermc le bec, calotiu! répondit Jeaubernat.... Je vais t'aiipreudrc ton catcdiisiue. Ceci est pour le Père, et ceci ixmrlc b'ils, et ceci pour le Saint- Esprit.... Ah! tu es encore ilcbout. Attends, attends! Ainsi soit-il ! Il lui jeta une volée de petites pierres en façon de mitraille.... Je t'extermine! C'est Dieu qui le veut. — Dieu est dans mon bras, bégaya frère Archangias. — Te tairas-tu, dit le vieux, en l'cmpoignanl à la nuque. — J'ai envie, dil-il en le tenant renversé sous lui, de te casser un bras pour casser ton bon Dieu. Tu vois bien qu'il n'est pas le plus fort, ton bon Dieu. C'est moi qui l'extermine. Maintenant, je vais te couiner les oreilles. Tu m'as trop ennuyé. L'abbé intervint. — Vous avez tort, curé, dit le vieux. Ce gaillard a besoin d'une saignée. J'attendrai.... Il n'y a (jue des imbéciles comme ce calolin-là pour voir le mal.... Où as-tu vu le mal, coquin? C'est toi qui as inventé le nud, brute! (La Faute de Vabbé Mouret, p. 44o-)
Un Frère qui prêche la morale à son curé
Le frère Arcbangias, de sa voix dure, dit à l'abbé Mouret : Irez-vous? Et l'abbé ne répondant pas, il continua : Prenez garde, vous retournez au péché.... Il a sulli (jue cet honnne passât pour que toute votre chair eût un tressaillement. Je vous ai vu sous la
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lune, pâle comme nue lille. Prenez garde, entendezvous! Celte fois Dieu ne pardonnerait pas. Vous tondjeriez dans la pourriture dernière. Ali! misérable bouc, c'est la saleté qui vous emporte! Le prêtre leva enfin la face. Il pleurait à grosses larmes, silencieusement. Il dit avec une douceur navrée : Pourquoi me parlez- vous ainsi? Ne doutez pas de moi, laissez-moi la force de me vaincre.... Le frère Archangias, devant cette douleur sublime, malgré sa rudesse, se sentit trouldé. Il s'assit sur la caisse renversée d'une vieille charrette, où il attendit avec une patience de dogue. (La Faute de l'abbé Moiiret. p. 4^3.)
.... Monsieur le euré, riez un peu. Il vaut mieux se traîner sur le dos, que de souhaiter pour matelas la peau dune coquine. Vous m'entendez, hein? On est une bète pour un moment, on se frotte, on laisse sa vermine. Ça repose. Moi, lorsque je me frotte, je m'imagine être le chien de Dieu, et c'est ça qui me fait dire que tout le paradis se met aux fenêtres, riant de me voir. Vous pouvez rire aussi, monsieur le curé. C'est pour les saints et pour vous. Tenez, voici une culbute pour saint Joseph , en voici une autre pour saint Jean, une autre pour saint Michel, une pour saiut Marc, une pour saint Mathieu.... et il continua, délilant tout un chapelet de saints, culbutant autour île la pièce. (P. 5a8.)
(Zola, inventeur d'un chapelet de saints, dont chaque nom est représenté et sanctifié par une culbute
sur rrchine, les pieds en Tair — ce serait diideruiei* eomi([ue, ou plutôt de la farce bui'lesiiue — si vraiuuM\l ee n'était aussi naïf! Mais, le comble, eestque \o chapelet se termine par une dcvolion.... aussi imj)rcvue ([ue.... peu sainte.) — Frère Arcliaui^ias sciait niis à quatre pattes. Il marchait droit à la Tcuze. Taisant le loup. Lorsqu'il l'eut atteinte, il enfonça la tète sous ses jupons, il lui mordit le genou droit. — Voulez-vous bien me lâcher! criait-elle. Est-ce que vous rcvez des saletés, maintenant. — Moi! — Eh ! regarde, j'étrangle rien que d'avoir goûté à ton genou. Il est trop salé, ton genou.... Je mords les femmes, puis je les crache, tu vois. Il la tutoyait, il crachait sur ses jupons. (P. 529.)
. . . .Frère Archangias, réveillé, debout sur labrèche, jurait abominablement. — Que le diable leur casse les cuisses! qu'il les cloue au derrière l'iui de l'autre comme des chiens ! qu'il les traîne par les pieds, le nez dans leur ordure.... Adieu, la gueuse! Retourne forniquer avec tes loups.... Ah! tu n'as pas assez d'un saint. Il te faut des reins autrement solides. Il te faut des ehônes. (P. 558.)
.... Dieu vous ditpar ma bouche, monsieur le curé, que lenfer n"a pas de tourments assez ellVoyables pour les prêtres enfoncés dans la chair. S'il daigne vous pardonner, il sera trop bou, il gâtera sa justice. (P. 558.)
— Voyez-vous, quand un prêtre fait ce que vous avez fait, il scandalise tous les autres prêtres.... Moimême, je ne me sentais pas chaste, à marcher à coté
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devons. Vous empoisonniez le sexe.... Allez, vous n'avez pas besoin de vous confesser, je connais ce coupdebi\ton-là. Le ciel vois a cassé les reins comme aux autres. Tant mieux ! tant mieux ! Est-ce fini, cette fois? (P. 559.)