‹ Zola en imagesChapitre 23 sur 114 · OHE! LA LITT .RATURE · texte numérisé non relu

OHE! LA LITT .RATURE

Grand meeting littéraire. Daudet est au fauteuil pour la constitution du bureau. Toull à coup, M. Emile Zola, qui jusqu'alors s'étaiM tenu assez tranquille, s'avance dans la partiel restée libre de la salle. Ses regards sont fixes! ses traits crispés, sa démarche saccadée et vio-i lente. Il laisse échapper des sons confus.

Vignette de V-.A. Poirson (La Vie Parisienne» 1er fév.1890).

A L'ACADÉMIE {pour le fauteuil d'Emile Augier).

Au loin fume un nuage de poussière et les débats s'interrompent, et mille paires d'yeux interrogateurs consultent l'horizon. Les deux nouveaux venus, qui sont sortis du nuage lointain, se tiennent, maintenant, à une faible distance, arrogants et terribles, prêts à forcer le passage. L'inconnu porte un costume sauvage qui ne le déguise point. Son attitude fait connaître l'efTroi au cœur des plus vaillants. 11 ouvre la bouche et le silence l'écoute

Le meilleur des romans est celui que je signe. Ça, Pénélope, je te fais l'honneur insigne De briguer tes faveurs, moi, le Rougon-Macquart ! Je sais bien que mon nom sonne comme un pétard, Mais, puisque tu rancis, faut qu'on te ravigote, Et je m'en charge, moi, moi que nul ne dégote Dans l'art d'accommoder les grosses saletés. Jadis, j'ai mis leur nez dans leurs réalités

A plus d'un des tiens

Je te dis que je suis devenu débonnaire, Et le rouge ruban qui pare mon veston, Affirme assez que j'ai pris le goût du bon ton... Ton crime d'avoir dit au grand Balzac : « Holà ! » Répare-le, ma vieille, en accueillant Zola.

"Des cuis-de-jatte, des manchons, des scrofuteux et des estropiés, des infirmes et des fiévreux, la Cour des Miracles de Lourdes, clopinant, gesticulant, hurlant, se traînant et cernant M . Zola.

Au-dessous de cette légende se lisaient les paroles suivantes, sorte de monologue que Zola est censé prononcer tout en prenant la fuite : "

— Je n'y comprends plus rien et j'y perds mes Rougon. Je me suis mis tout le monde à dos ; les athées m'ont attaqué parce que je parlais de "Lourdes et les religieux m'ont attaqué parce que j'en parlais mal ; les entrepreneurs m'ont attaqué parce que je parlais de leurs bâtisses ; les cardinaux et les archevêques m'ont réfuté parce que je niais les miracles. Si la Vierge de Lourdes accomplissait des miracles, je serais académicien; et le pape qui reFuse de me voir ? Je cause avec des Rois, je tutoie des Empereurs, et un petit souverain qui règne sur une méchante colline, et dont la monnaie ne passe même pas, me dédaignerait! Qu'est-ce que le pape, après tout? Le prince de Monaco de l'Italie.

Vignette de Veber pour la "Nuit de la St-Sylvestre (le Journal, 2 janvier 1 895).

Il existe de Veber trois autres caricatures de Zola: Zola en train de labourer son champ. — Zola au milieu de la piscine de Lourdes. — Zola au dîner Goncourt. (Voir Les Veber s, E. Testard éditeur, 1895.)

précisément sur « le document »

que roulent la plupart de ces moqueries, légères ou lourdes, spirituelles ou brutales. Il y aura là, quelque jour, la matière d'un curieux volume :

Y iconographie du naturalisme. »

\J iconographie du naturalisme!

comme, sur certains points capitaux, Champfleury nous a

donné Y iconographie du romantisme. Assurément l'œuvre serait intéressante, puisque c'est là une période de l'histoire. Et quoique, pour ma part, je vise surtout ici l'iconographie zolaesque, il est certain que le naturalisme y tiendra sa place. Comment pourrait-il en être autrement, puisque Zola lut le grand maître et restera le chef incontesté de la nouvelle école littéraire ?

Ceci dit, entrons dans le vif ; — c'est-à -dire classons et faisons défiler les images.

Où est l'ancêtre, le premier germe, le premier embryon de satire graphique ?

« La première caricature de M. Zola, écrit M. Ginisty dans l'article que je viens de citer, date de 1866 et fait

Four auquel on attribue, à tort ou à raison, l'heureuse solution de la grève des boulangers.

Glanes d'hiver, par J. Baric. (Journal Amusant, 17 janvier 1880.)

Vignette relative à Nana.

PORTRAITS-CHARGES DU MAITRE

allusion au vigoureux « Salon » qu'il écrivait dans V Événement. Elle a paru dans le Journal Amusant et elle est de Stop.

« M. Zola traverse les salles, au loin deux messieurs vont le croiser.

« — Mon ami, dit l'un d'eux, cachez-moi. « — Pourquoi donc?

« — J'aperçois M. Zola, de YÉvénement. « — Oui. Eh bien?

« — Eh bien? j'ai eu le malheur d'être membre du jury et j'ai peur qu'il » yrm'injurie !

A vrai

dire , cette vignette qui fait partie d'un ensemble de satires illustrées :

La petite pièce après la grande, Menus Propos sur le Salon de 1866, n'est qu'une caricature par approximation, car si c'est bien effectivement M. Zola qu'elle vise, elle ne cherche nullement à le représenter en effigie, à donner une ca-

EMILE ZOLA Portrait-charge par Hope. N° 2 des Biographies Contemporaines .

Il ramasse sa propre image dans la rue et va la mettre dans sa hotte.

ÉMILE ZOLA

Portrait-charge par André Gill (l'Eclipsé, 1870).

Ce Zola, examinant à la loupe le personnage qu'il prend avec des pincettes et qu'il va disséquer pour en faire du document humain, n'est pas seulement la première des caricatures de Gill ; c'est en réalité le premier portraitcharge publié dans la presse sur le jeune romancier. Elle vit le jour après l'apparition de Son Excellence Eugène T^pugon.

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