ZOLA SUR UNE LOCOMOTIVE
Dessir d'après nature, fait durant son voyage de Paris à Mantes, sur une locomotive, alors qu'il cherchait du « document vécu » pour son roman ta Bête Tfumaine, {l'Jllustration, 8 mars 1890,)
De tout temps, « les observateurs ont pensé que les hommes supérieurs devaient avoir des cerveaux plus grands que la moyenne ». Dès i843, Réveillé-Parise, dans sa Physiologie des hommes livrés aux travaux de V esprit, affirmait que
M. ET Mme EMILE ZOLA D'après une photographie inédite de l'éditeur Georges Charpentier.
(L' Illustration, n octobre 1902.)
l'homme supérieur destiné à faire époque est remarquable, en général, par une configuration de la tête qui annonce que le cerveau est volumineux et très développé.
C'est cette idée vulgarisée et devenue parole d'Evangile, qui nous valut les fameux croquis de Victor Hugo au crâne colossal, et presque difforme, à force de rechercher la <r vastitude », soi-disant signe de génie.
Cette exagération ne se rencontrera point dans les portraits de Zola, mais l'on peut dire que sur tous ces visages, le front apparaît magnifiquement grandiose et triomphant; le front, avec ses plis, avec ses rides qui se creusent toujours plus, et deviennent des sillons; le front, large et pensif qui, d'oeuvre en œuvre, selon la remarque de Duranty, semble s'agrandir sans cesse et porter un monde en lui.
Le front de Zola, ce front qui, encore vierge d'hiéroglyphes sur le portrait de Manet, se montre déjà marqué sur la photographie de Carjat et qui, d'année en année, à partir de ce moment, portant sur lui les signes indestructibles et profondément creusés de tout un trava'l de pensée, apparaîtra sur les deux belles lithographies
Portrait dessiné par Leroux, gravé par Froment, pour Vers les temps meilleurs, d'Anatole France.
(Edouard teur, i<
Pelletan, 06.)
édi-
de Henry de Groux, comme un livre ouvert; — le livre de la vie, de la passion, des souffrances intimes du penseur, de l'homme de sincérité et de vérité.
Les Zola de de Groux, nous allons en parler, mais, auparavant, deux mots sur les mains du maître, car les mains, plus que le front, peut-être encore, c'est l'homme. Je veux dire que si tous les fronts^hauts et larges, ont une sorte de configuration générale qui les fait se ressembler les uns aux autres — les plis creusés et tour-
EMILE ZOLA
Portrait dessiné par Bellery- Desfontaines, gravé par Perrichon. D'après une photographie prise par Mme Emile Zola, l'avantveille de la mort du grand citoyen.
( Vers les temps meilleurs, d'Anatole France. Ed.
Pelletan, éditeur, 1906.}
EMILE ZOLA EN 1892 D'après une photographie appartenant à M. Henry Céard.
(La Vie illustrée, 10 octobre 1902.)
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mentés contribuent, seuls, à les individualiser, — les mains, elles, — indice de race, de profession, de goûts — ont une structure et une physionomie bien plus personnelles.
N'est-ce pas un des portraitistes de Zola, le maître Mar cellin Desboutin, celui dont je m'honore d'avoir été l'ami, qui aimait à tenir cette théorie : « Il n'y a dans le monde que deux classes d'hommes ; les hommes aux mains blanches, douces, longues et effilées; les hommes aux mains noires et calleuses, courtes et pattues. »
Les mains ! on n'ignore pas le rôle qu'elles jouent dans la psychologie; on sait la place qu'elles tiennent dans les portraits des peintres ,
de tous les artistes, en un mot, qui eurent à tâche de donner non des mannequins quelconques, reproduits en un décor pictural suivant des signes conventionnels, mais bien des êtres de sélection, des individualités vraiment vivantes et personnelles.