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ÉMILE ZOLA AU PÈLERINAGE DE LOURDES

Dessin de Steinlen. (Gil Blas illustré, 22 avril 1894.)

Cette composition de Steinlen, bien des fois reproduite, servit en quelque sorte de réclame pour la publication de Lourdes dans le Gil Blas quotidien. Dans le Gil Blas illustré elle accompagnait la reproduction d'un article publié en août 1892 parle Gaulois, article du reportage qui suivait Zola prenant des notes à Lourdes pour la préparation de son œuvre.

Le croquis de Steinlen mettait en image' les lignes qui suivent :

« M. Zola observe tous les détails avec un soin minutieux et, hâtons-nous de l'ajouter, avec une tenue parfaite. Le chapeau à la main, il va de groupe en groupe, s'informant auprès des malades, interrogeant ceux qui ont été guéris, écoutant ceux qui ont foi dans la guérison... M. Zola ne manque aucune des cérémonies... il suit la procession, marche derrière le dais ! Au reste, tout l'intéresse, tout le passionne, tout lui est sujet d'admiration. »

ZOLA EN IMAfiES

Je me résume.

« Bien bâti, sa carrure large, sa poitrine bombée, sa charpente fortement osseuse, sa barbe et ses cheveux noirs, plantés drus et coupés ras, lui donnent enfin un aspect de virilité et d'ascétisme qui dénote une grande puissance de volonté et indique suffisamment l'amour de la solitude, le goût de la réflexion et le sens le plus large de l'observation. »

De M. Paul Alexis, en 1882 (volume : Émile Zola. Notes d'un Ami) « Grand, un peu gros de ceinture, il a cette finesse d'extrémités que l'on considère comme un signe de race : les pieds et les mains sont petits. Brun, le teint mat, myope, mais pas au point de recourir au binocle pour lire ou pour écrire, il porte les cheveux coupés courts. Ces cheveux, restés châtain foncé, se sont seulement raréfiés au sommet du crâne, de manière à laisser voir une petite tonsure large comme une pièce de cent sous. Au-dessous d'un front haut et perpendiculaire, un front qui, selon l'expression d'un de nos amis, M. Paul Bourget, « ressemble à une tour », les yeux ont un regard doux et réfléchi ; ce qu'il y a de plus caractéristique dans ce visage, c'est le nez, un nez fouilleur et avisé, fendu en deux au bout, comme était, dit-on, le nez de Balzac. Les joues pleines, le bas du visage un peu court, à-la fois carré et arrondi, avec la barbe taillée ras. L'ensemble rappelle assez la physionomie d'un de ces soldats romains qui conquirent le monde, le tout, solidement emmanché sur un cou puissant. En somme, nous nous trouvons en présence d'un mâle solide et râblé, d'un gaillard ayant un fond de beau sang latin coupé par le croisement, troublé par des sensibilités nerveuses. »

Du libraire-bouquiniste, Antoine Laporte, l'ennemi particulièrement acharné de Zola et du naturalisme, en 1894 (volume : Emile Zola; l'homme et l'œuvre) :

« Emile Zola n'est ni grand, ni petit, il est moyen; la tête est forte, massive, beaucoup du faune antique, moins les oreilles ; le front droit, carré ; l'œil profond et dur ; les sourcils, deux accents graves, sur un nez large ; la lèvre lourde, sensuelle, nerveuse, plus prompte à l'ironie qu'au sourire, la barbe courte, épaisse, aiguillonnante, zébrée de fils blancs sur fond noir ; les épaules larges ; la poitrine bombée et provocante ; l'estomac haut ; en un mot, un ensemble viril, mais sombre et taciturne. C'est une de ces figures qui, sans éloigner la sympathie, la déconcertent et la refroidissent : on ne le hait pas, mais on sent qu'on ne peut l'aimer. Il a la physionomie de l'orgueil ; peut-être vaudrait-il mieux être orgueilleux que de le paraître : l'orgueilleux de caractère n'irrite que lorsqu'il se fait connaître, celui de physionomie irrite toujours. »

M. et Mme ÉM1LE ZOLA

Esquisse d'après nature prise à l'hôtel Savoy, à Londres, lors du Congrès de la Presse, et publiée par le Daily Graphie (1895).

De tousj les nombreux portraits qui parurent, alors, dans les journaux anglais, celui-ci se trouve être assurément le plus personnel et le plus vivant.

En leur éloquence graphique, qu'ils soient photographiés, peints ou gravés, ces portraits nous disent et enregistrent sur tous les tons la volonté, l'énergie, l'esprit de lutte et de résistance, l'observation profonde et je ne sais quelle soui-

ÉVENTA1L DISTRIBUÉ AUX DAMES LORS DE LA CENTIÈME DE JVAT4A (1881) Pièce obligeamment communiquée par Mmo Emile Zola.

france intime qui sont les caractéristiques de l'homme et de l'œuvre.

Le Zola qui se recueille, le Zola qui se montre face au public, le Zola qui s'affirme, le Zola qui rentre en lui-même et qui, sur son front comme par les yeux, crie sa souffrance ; tous sont là vivants.

Et d'une façon merveilleuse, avec une rare virtuosité dans le rendu des moindres effets, des moindres plis de la peau, les lithographies de de Groux nous montrent le Zola aux épaules massives, aux mains larges et comme molles, prêtes

PORTRAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS 3j

à pétrir on ne sait quelle humanité nouvelle ; au front éloquemment inspiré, aux joues à la fois creuses et pendantes, avec la moue si lasse de la bouche, et je ne sais quel sarcasme sur l'ensemble de la portraiture. Portraits dignes du

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