Adolphe Brisson
embrouillées comme à plaisir. Ce ne sont là que des romans-feuilletons, où des cauchemars sinistres évoluent et se déroulent dans le verbiage et le fatras.
Quant à son style, à part dans certains morceaux plus soignés, il est quelconque : la langue est colorée, mais la phrase est lourde, peu châtiée, parfois incorrecte. Zola est artiste quelquefois, rarement. Il ne sait trier ni les idées, ni Jes images, ni les mots, ou, s'il fait un choix, c'est presque toujours le plus mauvais. Je ne sais qui disait de Lamennais qu'il raturait sur ses manuscrits le mot juste pour y substituer l'expression plus forte, et celle-ci pour y substituer le verbe ou l'adjectif le plus violent. Zola choisit toujours ce dernier vocable, comme par instinct. De là, ce langage outrancier qui vous surprend inévitablement, parce qu'il frappe trop fort.
C'est ainsi que pas un écrivain n'a plus contribué à gâter notre langue si simple, si nette, si nuancée. Sous sa plume, les mots ont perdu leur sens primitif: les
moindres choses deviennent énormes.
D'un seul trait, nos grands écrivains de jadis peignaient un tableau ou un homme : il faut à Zola des monceaux de couleurs, des entassements d'épithètes.
Enfin, le vocabulaire qu'il affectionne est celui des bas-fonds les plus bas, et tourne au plus sale argot.
Au surplus, il ne; se gêne pas pour s'approprier et s'assimiler les auteurs dont les œu\Tes peuvent entrer dans son œuvre. Dans Rome, il s'est largement inspiré de tous les guides d'Italie ; dans la Débâcle, chacune de ses batailles est une bataille déjà décrite. « Je défie qu'on ne reconnaisse pas dans la Débâcle, écrivait un critique, le Marengo, l'Austerlitz, riéna, l'Eylau et le Friedland de M. Thiers,- non pas copiés, non pas plagiés, grands dieux! mais conçus et compris, comme M. Thiers, dans sa stratégie un i>eu personnelle, les a compris
et conçus (^) ». Par ces emprunts, il al-