Adolphe Brisson
Zola, en faisant du roman, avait aussi» on s'en souvient, prétendu faire de la science. Quiconque tenait une plume, à l'époque <dù il écrivait, était obligé de se réclamer de cette grande dame. Il n'y avait manqué. Mais s'il a promis, il n'a guère tenu parole. « Expérimentations scientifiques, ou explications techniques, tout le scientifique et tout le technique se valent chez Zola: il n'est même pas vulgarisateur comme IM. Jules Verne.
Ce n'est chez lui qu'agitation confuse, étalage incohérent de mots savants et spéciaux, qui étourdissent sans éclairer. C'est de la science en trompe-l'œil (^) »,
Sa psychologie vaut sa science. « La psychologie de M. Zola, dit un critique, est bien courte... Il ne s'est pas douté que ce n'est qu'en soi qu'on connaît les autres. Il a vu passer des gens en blouse ou en redingote, gesticuler des bras,
1. G. Lanson, Hist. de la litt. française. — Voir La Science et la littérature au XIX ^siècle, par René Douniic, J?. D. D. M., 15 déc. 1901.
étinceler des yeux, râler ou saigner des corps : et il s'est demandé ce que cela signifiait, ou plutôt il Ta demandé à sa science ; ses manuels de médecine lui ont montré des cas pathologiques; ses manuels de physiologie lui ont expliqué les fonctions deila vie animale. Persuadé qu'il tenait tout l'homme, il n'a rien cherché dans la vie humaine au-delà des accidents de la névrose et des phénof mènes de la nutrition. Des agitations de fous ou des appétits de brutes, voilà tout ce qu'il nous offre; de là, l'indi-; gence psychologique, le vide inquiétant de ses bonshommes; de là, la mécanique brutale et grossièrement conventionnelle de leurs actes. Ce sont des fous ou des brutes, de qui, au bout de quatre cents pages, après qu'ils ont étalé leur vie, on n'a rien à dire, sinon que ce sont des brutes et des fous (^) ».
En réalité, ce romancier n'est pas, quoi qu'il ait prétendu, un littérateur pro-