POINT DE VUE MORAL ET RELIGIEUX
Je terminerai cette étude par une appréciation de l'œuvre de Zola au point de vue des idées que cette oeuvre a semées dans le peuple et de l'influence qu'elle a pu exercer chez nous ou ailleurs. L'œuvre de cet écrivain est-elle saine et bonne? A-t-elle fait du bien?
A-t-elle élevé les âmes ? Les a-t-elle poussées plus avant dans la voie de la civilisation et du progrès? Rendre les hommes meilleurs et plus heureux, tel est le but que doit se proposer tout homme qui se voue aux Lettres. Quiconque en poursuit un autre n'écrit que pour sa propre gloire ou que pour le plaisir du public, et celui-là n'est plus qu'im égoïste ou un charlatan; s'il s'avisait de n'écrire que pour l'argent, il serait au-dessous du charlatan lui-même.
Tout écrivain digne de ce nom est donc un apôtre : s'il n'est cela, il est moins que rien. Écrit-il pour le bien, il écrit pour le genre humain, et se revêt d'une espèce de sacerdoce, et la noble mission qu'il s'impose fait son honneur et le rend vraiment digne du respect et de l'admiration du monde. Mais, que voilà un principe bien oublié ! Parmi ceux qui ont laissé un nom dans les Lettres au XIX^ siècle, parmi ceux qui s'illustrent plus ou moins au commencement du siècle nouveau, combien en trouverait-on qui n'aient exploité les plus viles passions, les plus bas instincts de l'humanité ? Poètes, romanciers, historiens, philosophes même, cherchant le succès avant tout, ont employé leur talent à démoraliser la foule, à la pousser à l'incrédulité, au vice et à la révolte, à l'abrutir. On a appelé ces écrivains des malfaiteurs littéraires; le mot est trop doux : il faut, pour être juste, les stigmatiser du nom de malfaiteurs publics.
Parmi tant de corrupteurs, le plus har-
di est à coup sûr Zola. Je crois déjà l'avoir dit: cet homme n'a pas écrit un seul livre où il n'ait jeté l'insulte à quelque chose de sacré. Son œuvre est immorale, antisociale, antireligieuse, antipatriotique. Et c'est là peut-être ce qui explique son incompréhensible succès.
Comme l'a écrit Chateaubriand, dans son Histoire de la littérature anglaise: « Il faut im. phis grand effort de talent en restant dans l'ordre que pour plaire en passant toute mesure, et il est moins facile de régler le cœur que de le troubler. »
L'œuvre de Zola est immorale. Dans tous ses livres, en effet, « c'est l'instinct qui agit, sans règle, sans que la conscience donne le moindre signe de vie (^). » Il n'a montré dans l'homme que la bête; il n'a su trouver en lui que des sentiments bas, souvent d'une invraisemblable bassesse. Arrivé au dernier degré de la dépravation et peut-être de