‹ ZolaChapitre 17 sur 22 · A. J. Bessières · texte numérisé non relu

A. J. Bessières

rinconscience, il est incapable d'une pensée tant soit peu élevée et noble. Jugeant un de ses livres, le capitaine allemand Tancra a très bien dit: « Il a tout l'air de ne connaître que les caractères bas, les passions viles; il a l'air d'ignorer l'esprit de sacrifice pour la patrie et les camarades, le sentiment de l'honneur. »

Cette façon pessimiste d'envisager l'humanité est immorale au premier chef.: elle décourage les âmes en leur insinuant que la vertu est un mythe et qu'il est impossible à l'homme de sortir de la bourbe où il est enfoncé.

De plus, les romans de Zola distillent, — le mot est trop poétique et ne dit pas assez, — déversent, dégorgent et vomissent la luxure. A part deux ou trois volumes, tous ses ouvrages sont orduriers, salis de dégoûtantes peintures d'une telle impudeur que des nations, accoutumées pourtant à faire bon accueil aux productions littéraires de notre pays, se sont fait un devoir de les. ar-

rêter à la douane, et qu'elfes ont interdit l'entrée âces malpropretés dangereuses, comme on interdit, en temps de peste ou de choléra, l'introduction des germes infectieux.

La philosophie qui ressort de tels livres est celle-ci: méprisez-vous, haïssezvous les uns les autres; suivez vos passions : les satisfaire est l'unique sagesse. Aimez-vous vous-mêmes avant tout et avant tous : c'est une duperie, la solidarité ! et la vertu, c'est un enfantillage !

A vrai dire, il y a une moralité latente dans l'œuvre impie et sale de Zola. Par son pessimisme, par ses peintures féroces de tous les vices et de toutes les souffrances qu'ils causent, il démontre, avec une force peut-être sans exemple, la nécessité de la foi et de la vertu. Incrédule et immoral, cet écrivain donne malgré lui le dégoût de l'incrédulité et de l'immoralité. On plaint ses héros et ses héroïnes de n'être que d'abominables brutes, et leur misère fait souhaiter que de . meilleurs principes leur

fassent une meilleure vie. Je le dis sincèrement, je ne crois pas qu'il existe un seul auteur au monde, y compris les auteurs païens, qui fasse mieux sentir la détresse d'une société d'où le Christ est absent. Mais ceux-là sont le bien petit nombre qui saisissent cette vérité.

La masse des lecteurs ne voient, dans ce tas de livres, que les ordures et les impiétés que Zola a voulu y mettre, s'en réjouissent, s'y vautrent, s'y souillent l'esprit et le cœur.

L'œuvre de Zola est antisociale. Il y a quelque temps, l'Université populaire de Charonne proclamait, en prenant le romancier pour patron, qiTil « s'était consacré à l'amélioration du sort du peuple. » Voilà une Université populaire qui n'a jamais fréquenté l'auteur des Roiigon-Macquart, ou qui l'a lu bien distraitement! Non seulement Zola n'a rien fait « pour l'amélioration du sort du peuple, » mais on peut dire que nul écrivain n'a été plus âpre, plus injuste pour ce pauvre peuple. Rien d'utile ne se dégage

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de son œuvre au point de vue social:

ses rêves humanitaires, tels qu'ils apparaissent dans le Travail, sont idiots, hors de toute réalité et de toute réalisation; possible. L'ouvrier lui est indifférent, à moins toutefois qu'il ne soit anarchiste. L'anarchiste a ses tendresses, et, du premier coup, sous sa plume, devient un héros et même un saint (^).

L'œuvre de Zola est antireligieuse. Il consacre un volume entier à ridiculiser grossièrement et stupidement le nom de Jésus-Christ ! Dans Paris, il fonce sur la Basilique blanche de Montmartre ; avec une haine profonde, aussi lâche qu'insensée, il essaie de la salir de sa bave et de son ineptie, et, dans des termes hypocrites où il conseille sans conseiller, il va, jusqu'à exposer, à l'Iusage des anarchistes, les moyens de dynamiter ce monument sublime élevé ia'u Sacré-Cœur par la France pénitente.

1. Voir dans Paris son principal acteur, et •dans les autres œuvres de Zola, passim.

Ceci est de la pure folie sectaire. Mais il y a, dans cette œuvre, des impiétés moins truculentes et plus dangereuses.

Qu'on y fasse attention : il n'existe peutêtre pas un répertoire des insanités libres-penseuses plus complet que l'œuvre de Zola. Rappel des vieilles calomnies historiques, sottises de toutes sortes partout répandues sous le nom d'idées modernes, divinisation de la science, apothéose du Progrès, la religion devenue inutile et la machine faisant le bonheur de tous, attaques sournoises ou brutales contre le clergé, inventions tendancieuses d'un écrivain ignorant de la religion et qui n'y comprend rien, froides pantalonnades qui veulent être spirituelles et qui ne sont que lourdement impies, mots risqués empruntés à la basse blague populaire, ragoût d'allusions polissonnes :

il n'est pas une banalité anticléricale à laquelle il n'ait donné une formule banale comme elle.

Dans Lourdes, tout en reconnaissant la nécessité d'une religion, il insulte au

christianisme, et rêve un paradis nouveau, « faisant à la terre une place large, s'accommodant des vérités conquises! »

Il prend pour héros un prêtre renégat, qu'il fait se tenir debout dans je ne sais quelle vertu laïcisée, en dépit de toutes les lois de l'équilibre moral et des principes les plus élémentaires de la psychologie. Surtout, il nie le miracle et cherche à l'expliquer scientifiquement. Ce descriptif joue au penseur I et n'aboutit naturellement qu'à rééditer une fois de plus les rengaines de la libre-pensée.

Le grandiloquent Jaurès s'est écrié, devant la Cour de la Seine, pendant le procès dont nous avons déjà parlé : « On poursuit dans Zola l'homme qui a maintenu l 'interprétation rationnelle et scientifique du miracle ! » Idée saugrenue, en vérité, dans la circonstance. Prise en soi, peut-être l'est-elle plus encore, car, dans Lourdes, Zola n'a rien expliqué du tout. Écrivain d'imagination, capable d'éprouver et de traduire une sensation, il est incapable de faire tenir debout

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le raisonnement le plus rudimentaire.

Huysmans, son disciple, l'a vu avec beaucoup de perspicacité et l'a dit avec beaucoup de raison et d'indépendance : il a nié le surnaturel gratuitement, et il a expliqué par 1 es plus indigentes des suppositions d'inexplicables cures, et rien n'égale le désarroi de ses arguments, la détresse de son « souffle guérisseur des foules», inventés contrairement à toutes les données de cette science positive dont il se targuait, afin d'essayer de faire comprendre ces extraordinaires guérisons qu'il avait vues et dont il n'osait démentir ni la réalité, ni la fréquence (^).»

Ainsi en est-il dans son œuvre entière : il apparaît, à chaque page, habillé en paladin de la libre-pensée, à croire qu'il sort de la pharmacie de M. Homais, tant, raisonnement et langage, il ressemble à cet immortel imbécile!

L'œuvre de Zola est antipatriotique.

Zola, très souvent, a protesté de son pa-

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