‹ ZoloëChapitre 10 sur 32 · EN GUISE DE PRÉFACE · texte numérisé non relu

EN GUISE DE PRÉFACE

Est-ce un bon ou un mauvais génie qui p incite à écrire ce court roman — notre rr chère petite Z... ? Je V ignore. Mais je .e taiuement coupable de céder à la ter n'ai même pas V excuse d'être un littér à-dire un monsieur qui doit iniri ser

ou émouvoir ses contemporains e~ itant

des histoires plus ou moins vêcr moins

imaginées. Ce n'est pas, tudieu : ,ie puisse

aligner quelques lignes de prose — mt comme un autre — mais enfin, ce n'est pas mon métier.

Mes fonctions sont plus austères, et ma clientèle bourgeoise ne me pardonnerait pas ce péché qui, à mon âge, ne saurait être un péché de jeunesse. Vous le savez, petite Z..., je suis tout bête-

ment, tout prosaïquement un médecin. Après tout, mes fonctions ne sont pas entièrement prosahnies. Ne sommes-nous pas un peu les prêtres du Merveilleux ? Aux yeux du malade qui nous wttend avec impatience, nous apparaissons comme le dé lenteur du terrible secret de vie et de mort. De nos paroles dépend V espoir, et, quelquefois, notre seule présence accomplit le miracle.

Jadis, les hommes croyaient aux sorciers... Aujourd'hui, ils croient en nous. Je peux bien vous le dire tout bas, petite Z..., la différence n'est pas très grande.

Non, décidéînent, je ne suis pas un écrivain, et j'ai bien fait de brûler les vers que je rimais aux alentours de mes vingt ans. — Grands dieux ! que ce temps est loin ! — La vérité, c'est que je kie sais plus du tout par quel bout commencer mette histoire. Je m'embrouille dès le début. Si je continue ainsi, jamais je n'arriverai jusqu'au bout de mes souvenances.

El puis, pour être sincère, je né sais vraiment pas comment raconter notre petit roman, bien vécu, pourtant !

L'aventure est tellement simple, si dénuée d'imprévu, cjue je pourrais la résumer en trois phrases :

— Ils se rencontrèrent. Ils s'aimèrent. Ils se Quittèrent...

Je vous vois d'ici, petite Z..., protester avec une petite moue désappointée, tout en secouant les boucles de votre jolie tête brune. Vous dites :

« Ce n'ist pas ça... Non, ce n'est pas ça... »

Vous avez mille fois raison, et je suis tout à fait de votre avis. Ces trois phrases concises ne donneraient pas du tout l'impression de ce qui nous est arrivé. Autant dire qu'un verre d'eau salée évoque l'océan. Tous les jours, il y a des milliers d'hommes qui rencontrent des milliers de femmes, les aiment pendant quelques semaines, quelques mois ou quelques années, et puis les quiltéjit. Les uns et les autres sont les acteurs inconscients et obscurs du grand oeuvre qui se perpètre à travers les temps, depuis que noire pauvre planète roule dans l'espace. Parmi tant d'amours, beaucoup sont intéressantes, la plupart diffèrent entre elles, et les nôtres, n'est-ce pas ? ne leur ressemblent point. Sans doute, si l'on y regardait d'un peu près, onlrouverail une cause commune. Seulement, celte cause demeure forcément banale par cela même qu'elle est générale. Et puis que le sens du drame ne varie pas, il faut bien que nous portions notre attention sur : le jeu des personnages et la nouveauté des décors.

Bon ! me voilà encore perdu dans des considérations philosophiques. Je vous le dis, petite Z..., jamais je n'écrirai jusqu'au bout noire roman. Pourtant, Dieu sait s'il fut pittoresque !

Je sais bien, d'ailleurs, que cette qualité, loin de simplifier ma tâche, la complique. Il me faut, avec des ritm, donner V impression des sentiments profonds qui ont trouble nos âmes, et ce

n'est pas /amie.

Le mieux, je crois, est eneore de ra.69.nter les choses tout uniment... avec sincérité, et en regrettant leur brïèoeté.

H. de Saint-Germain.

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