‹ ZoloëChapitre 9 sur 32 · CATASTROPHE · texte numérisé non relu

CATASTROPHE

Ce paladin jouissait auprès du beau sexe d'une célébrité qu'il ne démentait pas dans cette fameuse orgie.

Tous les acteurs, dévorés de désirs, de besoins, d'amours, s'aiguillonnaient de leurs caresses, s'embrassaient mutuellement par les titillations les plus intimes, les plus savantes. Déjà, les demi -mots échappés du cœur, les soupirs brûlants, des exclamations du bonheur suprême, produisaient le doux murmure de la jouissance parfaite.

Enfin," de mélodieux accents allaient annoncer de nouvelles victoires.

Volsange, pâmée, n'attendait que le dernier clan de l'rv resse.

Lauréda ne pouvait tenir davantage.

Zoloé pressait d'Orbazan d'arriver au terme...

L'instant en fut reculé ou perdu par ces cris :

— Au secours ! au secours !!!... Je me noie !!!...

Lauréda, la première, s'arracha aux bras de Pacôme.

Cette voix, elle dut la reconnaître.

Elle n'aimait pas Fessinot comme époux (car c'était lui-même), mais elle était loin de souhaiter sa mort.

Sa sensibilité changeant d'objet, elle se livra tout entière pour lui sauver la vie. Malgré les brutales insistances de Pacôme pour la ramener sur le trône du plaisir, elle ne put prendre part davantage aux délices qui terminèrent cette bacchanale, et ce contretemps effaça pour elle tout le charme de la félicité dont elle croyait avoir atteint le dernier degré.

Volsange et Zoloé achevèrent de mener a bien ce qui était commencé ; ce fut même avec peine que Lauréda obtint la suppression du chant de triomphe.

Fessinot, entouré de laquais qui ne s'épar-

naicnt pas les propos goguenards et insolents, s'essuyak tristement le front.

Pâle et défait, tel un condamné tout à l'heure arraché au supplice, il demandait des habits pour réparer le désordre de son accoutrement. Aucun n'allait à sa taille élancée.

On l'eût pris, dans ceux du laquais « La France », qu'il lui fallut enfin endosser, pour un échappé de Bicêtre, tant cette décoration contrastait a\ec l'air de son visage et la majestueuse stature de sa personne.

Enfin, une voiture fermée parut ; il s'y jeta en maudissant le sort qui l'avait amené dans ce fatal séjour et résolut d'invoquer l'autorité pour punir les impies qui avaient manqué de considération pour son auguste représentation nationale.

— Où est ma femme ? s'écria-t-il de la portière.

— Monsieur, il n'est pas jour chez elle.

— Jour ou non, il faut que je la voie !

— Monsieur, attendez que je vous annonce.

- — Bah ! est-ce que je connais cette formalité ?

— Monsieur, la consigne est telle.

— (( La Fleur », obéissez, ou je vous chasse !

— Monsieur, j'appartiens à Madame.

Pendant ce dialogue, Lauréda s'était glissée dans son appartement par un escalier dérobé.

Elle avait prévu qu'à son retour Fessinot irait épancher auprès d'elle le flux de son humeur bilieuse, et elle l'avait suivi sur-lecharnp.

On ouvrit enfin au désolé mari.

— Qu'est-ce que ? dit la belle, en se frottant les yeux et levant sa longue coiffe qui lui couvrait la moitié du visage... Quoi ! vous, monsieur, à cette heure ?... Le feu est-il à la maison ?... 0 Dieux ! vous est-il arrivé quelque fâcheuse nouvelle ? La Patrie estelle en danger ?... Parlez ! votre silence me désespère.

Enfui, retrouvant la parole;

— Calmez-vous, madame... ce n'est que moi que cela regarde. On m'a joué un tour affreux ; on m'a conspué, honni, emprisonné !... Les misérables ! ils porteront leurs cous sous la lunette, j'en jure par la, sacrosainte Liberté ! Il faut qu'une justice exemplaire, terrible, effraie à jamais quiconque insultera à la Nation clans ses représentants !

— Monsieur, je ne vous comprends pas.

— Tant pis, madame, ils périront ! s'écriat-il en se promenant avec agitation... Oui, leur sang seul peut réparer tant d'outrages !

— Monsieur, vous connaissez donc les coupables ?

— Ah ! voilà ce qui fait que j'enrage de toute mon âme (i) î... Mais il faut que je les

(i) D'Orbazan n'était <!>• retour à \a capitale que depuis trois mois. Il s'était enfermé dans un asile solitaire pendant les jours affreux de la Terreur. Il n'était donc pas connu de Fessinot. Il en était de même pour Pacôme et pour Parmesan. Quant aux femmes, elles portaient des masques et avaient trop de raisons de garder l'incognito pour se dévoiler.

découvre, que je mette à leurs trousses tous les limiers de la police, dusse- je y sacrifier une décade de mes indemnités. Je vais trouver le ministre, activer ses rechreches ou le faire renvoyer.

» Pour vous, madame, qui parcourez tous les cercles, ayez, je vous prie, la complaisance de me rendre compte de tout ce qui transpirera de cette aventure.

— Oh ! je vous le promets de tout mon cœur. J'y prends, je \ous le jure, le plus vif intérêt.

— Fort bien, madame ; celle sensibilité me touche infiniment... Je vous quitte... Adieu, mon cœur, ajouta l'honnête époux en serrant éperdument l'es joues de sa tendre ii îoi lié contre les siennes.

« Je cours mettre à la piste des insolents les mouchards de tous les étages... Holà ! ma voiture !

Et le voilà à la porte du ministre.

— Bonjour, citoyen ministre.

— Bonjour, citoyen représentant... Qui

vous amène de si bon matin ? Une conspiration, sans doute ?

— Oui, vraiment, une conspiration, bien caractérisée, et sur ma personne !... Les scélérats ! si je n'avais eu la présence d'esprit de m'échapper par la fenêtre, c'en était fait de ma vie. Mais qui se serait douté que ce château du diable, sans doute,, eût été bâti au milieu d'un abîme ?

L'attention du ministre redoublait. Il cherchait à démêler où tendait ce préambule.

Enfin, Fessinot lui raconta tous les détails de ce qui s'était passé dans l'ermitage, la nuit précédente, supprimant toutefois les circonstances qui lui eussent été désavantageuses.

Malgré sa majesté, le grave magistrat ne pouvait s'empêcher de sourire. II s'en fallut de peu que Fessinot n'éclatât en injures. Il ne fut apaisé que sur la promesse du ministre de remuer ciel et terre pour découvrir les auteurs d'un si mairvais tour. Mais où ? Comment les découvrir ?

Le hasard, seul, pouvait favoriser les recherches. On n'avait ni le signalement, ni les noms des personnages.

Aussi tous les mouvements que les agents du chef de l'espionnage se donnèrent furentils en pure perte.

Fessinot (Talien) en fut pour ses indemnités, son bain à l'eau froide, son amour joué, sa femme soufflée et sa honte divulguée.

Il paraîtrait qu'à peine paraissait-il dans les cercles, qu'un sourire sardonique honorait sa présence.

Car d'Orbazan avait adroitement semé de tous côtés cette mémorable équipée.

Fessinot seul, pour le moment, en portait tous les ridicules.

Bientôt, d'autres noms furent accolés au sien et les partagèrent sans les mériter.

Imprimerie Racine, 18, Rue de llomainville, Paris

H. de St-GERMAIN

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