‹ ZoloëChapitre 12 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De l'apéritif au plumard, en passant par une collection d'estampes

Au quelques jours de là, ainsi qu'ils l'avaient décidé, les deux jeunes gens se retrouvèrent à l'apéritif du matin, dans un grand café des boulevards.

Zixi était allée la veille dans un cabaret montmartrois et arrivait rejoindre son camarade, l'esprit tout farci des blagues où pétillait la verve des chansonniers. La conversation en fut émaillée. Elles étaient toutes légères, mais Zizi avait oublié particulièrement d'être bégueule, et elle n'hésita pas, à la demande d'Henry, d'en racon? ter quelques-unes. La suivante particulièrement l'avait amusée :

Dans une importante parfumerie de la rue Royale, entre une vedette négro-américaine d'un grand music-hall parisien.

Avec son accent particulier, mangeant les « r », elle demande :

— Un' boîte pour' de 'is, je vous p'ie ?

Le vendeur, natif de Bécon-les-Quelquechose, n'a pas l'air de comprendre.

Elle reprend :

— Poud' de 'iz ?

Silence ahuri de l'homme, qui risque :

— Excusez-moi, mademoiselle... je ne coan-

prends pas...

— Aoh ! moi amé'icaine... moi pa'ler bien anglais !

Le vendeur appelle le patron, M. Allard, qui parle, lui, parfaitement la langue de Lloyd George et de Woodrow Wilson.

La vedette s'explique, et le patron, d'un air de pitié, dit au vendeur :

— Mademoiselle désire une poîte de poudre de riz... Vous ne voyez pas qu'elle ne peut pas prononcer les « r » ?...

L'indigène de Bécon-les-Quelquechose la sert à sa satisfaction, et la jolie mulâtresse reprend, avec un sourire étincelant, mi-or, mi-ivoire :

— Mont'ez-moi, je vous prie, vos... houpettes !

— Ah ! zut ! réplique l'autre, qui voit un « r » où il n'y en a pas... ah ! zut I je les garde pour ma poule !...

Henry, fort amusé par cette divertissante fantaisie, se mit à en raconter Une autre :

Un jeune auteur, fils d'un de nos plus grands poètes de théâtre, et connu pour ses moeurs, diton, spéciales, reçoit chez lui la visite d'un journaliste pour une interview.

— Vous venez pour le Maître ? demande la femme de chambre.

— Oh ! dit le journaliste en rougissant, je viens seulement pour le voir !

Zizi éclata de rire. L'histoire lui plaisait. Midi approchant, 1rs deux camarades allèrent déjeuner ensemble. Incidemment, Zizi ayant dit

— iS —

qu'aile aimait les estampes japonaises. Henry déclara :

— J'en ai chez moi de fort divertissantes, ainsi du reste que quelques tableaux vraiment intéressants. Il faudra que vous veniez les voir...

Et comme Zizi le regardait un peu de travers, il ajouta :

— En tout bien tout honneur !,,, En camarade, s'entend, comme toujours !

— Dans ces conditions, dit-elle, j'irai un de ces jours vous surprendre.

Plusieurs jours, il se virent régulièrement.

Henry travaillait régulièrement au Temps de Midi, où il tenait la rubrique de la critique théâtrale. Zizi allait maintenant le chercher tous les jours, vers onze heures. Puis, l'apéritif pris, ils déjeunaient ensemble et se quittaient vers deux ] res, Henry étant pris par diverses obligations ] i -onnelles.

La jeune femme errait, plus ou moins mélancolique, à la recherche d'une vague situation qui lui permît de vivre.

C'est alors qu'elle fit la connaissance d'un officier de la grande et martiale armée des U.S. A. Et cette connaissance lui rapporta, en plusieurs fois vingt minutes, autant qu'en quatre mois de travail régulier.

La jeune émancipée avait un sens des affaires bien plus développé que le sens moral et la pudeur qui eussent convenu à une jouvencelle

de son âge.

Naturellement, Henry n'était pas tenu au courant de telles fredaines.

Auprès de lui, elle sentait naître une affection dénuée d'élans physiques et toute morale, et il lui eût déplu d'y mêler... du moins pour le mement... des actes plus ou moins libidineux. Mettons plus, et n'en parlons plus.

In jour, Henry reparla de ses tableaux et de ses estampes japonaises.

Cette fois, elle manifesta la curiosité de les voir.

Henry, à cette nouvelle, sentit un petit frisson lui parcourir le corps, le prenant entre les épaules pour finir au creux des reins.

— Attention ! pensa-t-il, ça va gazer I

Ils prirent rendez-vous pour le lendemain Irois heures, dans l'appartement même du jeune homme. Elle s'y rendrait, verrait les tableaux, prendrait une tasse de thé avec lui, puis ils sortiraient ensemble et s'en iraient dîner à Montmartre avant d'échouer dans un théâtre quelconque.

Et franchement, Henry n'avait pas plus envie d'aller échouer à Montmartre que d'aller se flanquer à la Seine. Seulement, il pensait que la jeune femme une fois dans sa chambre, il pourrait peut-être brusquer les événements.

Le lendemain, bien avant trois heures, il arrivait à sa garçonnière, veillait lui-même à ce que tout fût à point, n'hésitait pas à congédier la

femme de ménage et revêtait le plus élégant de ses pyjamas d'intérieur. A vrai dire, le choix n'était pas difficile à faire. Il n'en avait que deux, dont l'un pas très propre. Il mit donc le plus net et, s 'étant soigneusement repeigné, il attendit. A trois heures moins dix, il s'impatientait ; à moins cinq, il se questionnait lui-même :

— Viendra-t-elle ?... Viendra-t-elle ?... Viendra...

Un coup de sonnette le fît sursauter.

— Ça y est ! pensa-t-il, tout vibrant... la voilà ! Il alla ouvrir, tout guilleret, et...

Et il se trouva nez à nez avec un petit télégraphiste qui lui tendait un pneumatique.

Il donna cinq sous de pourboire et, dépité autant que rageur, parcourut rapidement la missive qu'il venait de recevoir.

Un ami lui demandait un léger service.

— C'est bon ! on le fera... dit-il tout haut, décidé à rendre le service qu'on lui demandait.

Et, comme si le dieu des amoureux le voulait remercier de cette bonne pensée, un nouveau coup de sonnette l'amena à la porte.

Lentement, il ouvrit, craignant une nouvelle désillusion.

Le dieu des amants continuant à le protéger, il aperçut dans le clair-obscur la chère silhouette attendue.

Le début de la visite demeura cérémonieusement correct, et les deux jeunes gens rompaient leurs premières lances avant le grand combat.

Henry montra des estampes... Certaines étaient

licêtjciewsss au piws haut poiî^t. Il les expliqua avec force détails à Zizi, comme si la gente personne avait besoin qu'on lui détaillât de telles choses, qu'elle connaissait depuis longtemps mieux que par ouï-dire, et sans crainte d'erreur on pourrait même affirmer que pour ce genre d'instruction elle avait employé la méthode expérimentale.

— J'en ai quelques autres dans ma chambre, encore plus suggestives... dit-il.

— Diable \ répondit Zizi, émoustillée... qu'estce que ça peut être ?...

— Tenez, venez les voir ; elles sont pendues aux murs. Ce sont mes préférées, nue j'ai fait mettre sous verre.

Et, sans attendre la réponse de la jeune femme, il l'entraînait.

Seulement, deux des photos étaient trop haut placées pour qu'elle pût les voir.

— Faudrait que je monte sur une chaise ! ditelle.

Galant, Henry s'offrit, non pour descendre les photos, mais pour lever la « regardante ».

— Cette fois, pensa le jeune homme, je crois qu'on va « naviguer » !

Sous le fallacieux prétexte de mieux tenir la jeune femme en équilibre, une des mains du jeune homme lui enserra les chevilles, tandis que l'autre, sous la robe, se posait un peu audessus des genoux.

Les tableautins élevaient être rudement émotionnants, car Zizi ne demandait pas à redescendre de son poste.

La main qui caressait les genoux remonta doucement.

Elle (pas la main... Zizi) elle eut un rire nerveux qui sonna faux, et voilà que soudain... la main baladeuse se fixait en un point précis.

La pauvre victime du machiavélisme d'Henry eut un frisson qui fut soudain une palpitation :

— Taisez-vous ! dit-elle.

— Me taire ? Mais je ne dis rien... j'agis !... riposta-t-il, sans cesser son manège.

Zizi se laissa glisser. Sans desserrer son étreinte, il la porta vers le lit, l'y étendit, et... et... et, sans l'ombre d'un scrupule, tous deux forniquèrent !

Page 1