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CHAPITRE V Les deux amies

Quelques jours passèrent, calmes, sans qu'il fût à nouveau question de la fameuse tante, surgie un soir de « sombre mouise » dans l'imagination de Zizi, pour éviter de miraculeuse façon une malencontreuse déflation au portefeuille du simili-ménage.

Au reste, Henry avait eu quelques rentrées intéressantes et la tante ne fonctionna pas, du moins officiellement, car la jeune femme continuait à voir régulièrement l'important Sadi dans la garçonnière qu'il avait louée à cette intention.

Et, tandis qu'Henry se livrait à un surcroît de travail pour vivre avec son amie de très honorable façon, cette dernière se livrait, grâce aux magnificences de Dessony, et en compagnie de son amie Vyenne, à des associations dont le moins que nous puissions dire est qu'elles n'avaient rien de cultuelles.

Cependant, tandis que peu à peu Henry s'attachait à sa jolie maîtresse, celle-ci, tout en lui réservant la meilleure part physique et morale d'elle-même, ne pouvait s'empêcher de le craindre en raison directe des coiffures cornues qu'elle offrait à son front confiant. Et, de la crainte au respect, comme il n'y avait qu'un pas, un tout petit, elle le franchit vivement. La conséquence immédiate en fut qu'alors que depuis longtemps

il la tutoyait, elle en restait, elle, au « vous » impavide et cérémonieux.

Cela ne tarda pas à crisper son ami, qui se promit à l'occasion de remettre toutes choses enplace.

Un soir, comme, après un dîner plantureux, il savourait un café noir, brûlant et moelleux, semblant suivre avec un prodigieux intérêt les volutes bleues qu'une cigarette blonde déroulait au-dessus de sa tête, Henry laissa tomber :

— Tu ne sais pas, mon petit Zizi ?

— Pas encore, grand !

— Tu ne devrais plus me dire « vous », mais me tutoyer comme je le fais depuis que je te connais et comme m'y autorise le privilège de l'âge, puisque j'ai dix ans de plus que toi !

Elle le regarda, subitement interdite :

— ■ Ne plus dire vous ?... Mais pourquoi, mon grand ?

— Parce que c'est une habitude qui ne cadre pas avec nos idées.

— Ça, je vous l'avais dit autrefois... quand vous avez voulu...

— Oui, je le reconnais, tu avais raison !... cl c'est pour cela que je te propose de...

— De cesser au bout d'un mois de liaison ?... Comment voulez-vous, maintenant que j'ai pris l'habitude ?...

— Et si je t'assurais que ça me choque, lorsque tu me le dis devant nos amis !... Vois, l'autre

jour, au Procope, des camarades m'en ont fait la remarque... Un autre s'est étonné de nous voir si peu en mutuelle familiarité ; il en est resté presque médusé !

— Ça l' étonnerait bien davantage, si subitement il m'entendait vous dire « tu » !...

— Mais non ! il n'en fera rien paraître, ni lui, ni les autres.

— Je vous avoue, Henry, dit Zizi, les yeux brillants, qu'à présent ça me fera presque de la peine de ne plus vous dire « vous ».

— Mais tu sais bien, méchant petit loup, que ça me fera plaisir !

— Même sachant que ça vous fera plaisir... attendu que c'est précisément ce plaisir qui m'attristera.

— C'est pourtant dommage, avec des idées larges comme celles que tu professes, de t'entêter dans des habitudes... ridicules et somptuaires !

— Vous oubliez que...

— Que c'est moi qui t'ai laissé prendre ces habitudes ?... Soit, j'ai été une buse... Qu'est-ce que tu veux de plus ?

— Rien... je veux rester comme nous sommes. Autrement, on croirait que nous sommes mariés pour de bon !

**» Que tu es sotte, mon petit loup !

Déjà il semblait à Zizi, depuis ce qu'elle appelait sa « transfiguration », qu'Henry l'aimait peut-être plus ardemment, mais à son avis moins

bien qu'aux premiers jours. Elle trouvait, certes, son amour plus passionné, mais moins tendre, de par cette familiarité même qui suil l'accomplissement physique de désirs... mettons moraux.

Henry et son amie, ayant achevé leur café, sortirent, continuant à deviser sur le même sujet.

i i) taxi, dans lequel ils demeurèrent blottis l'un contre l'autre et silencieux, les conduisit rue de la Grange-aux-B elles, où Henry était appelé à assister à un important meeting, de par ses devoirs de reporter.

Et, chemin faisant, il réfléchissait, tout en admirant sa compagne, et il conclut en luimême :

— Par Zeus ! c'est une merveille de forme, un beau brin de fille sauvage !

Et de son côté, Zizi, déroutée par la discussion, pensait tout bas :

— Bon Dieu ! quel homme bizarre que voici ! Je ne sais par quel côté le prendre !... Vous ou tu ? tu ou vous ? tous les systèmes que j'adopte à son égard ne réussissent pas à le satisfaire !

Le lendemain matin, Henry fut mandé au journal par pneumatique.

Immédiatement introduit auprès du directeur, celui-ci l'informa d'avoir à se tenir prêt à partir le soir même pour se rendre à Saint-Chamond, où une grève menaçait d'éclater dans la métallurgie.

Henry, rentré chez lui, prévint Zizi et ajouta :

— Tu n'as pas à t' inquiéter de mon absence. Je te laisserai de l'argent, et comme tu as le logis h ta disposition, tout va bien.

Et le soir même il partait, après des adieux que touchants.

Depuis le début de leur liaison, c'était la première fois que les amants se séparaient.

La solitude parut dure à la jeune fille, qui n'y était plus habituée.

Le lendemain, Zizi alla voir Vyenne et lui dit le départ de son amant.

L'Italienne sourit et offrit à l'esseuleée de dîner le soir même avec elle et de passer la nuit ensemble.

— Ainsi, ajouta-t-ellè, tu coucheras ici, et tu le trouveras moins triste que dans ton logement.

Zizi accepta.

Le dîner fut copieux et largement arrosé.

Ou eût dit que l'Italienne poussait son amie à boire, cl le fait que si Vyenne n'exagérait point, Zizi n'hésitait pas à vider verre sur verre.

Puis, le café dégusté, Zizi, après un silence, dit tout haut, suivant sa pensée :

— Pense-t-il seulement à moi ?

Vyenne sourit.

— Allons ! dit-elle, tu ne vas pas te faire d'idées noires, au moins ?

Puis elle prit son amie dans ses bras, pour la « secouer » et l'embrasser.

Ici en hc en ligne le choc des impondérables...

Comment cela se fil-il ?

Vyenne y mit-ellè du sien, ou Zizi de la complaisance ?

On n'oserait L'affirmer... Mais il y a une chose certaine, c'est que par... mettons une erreur obsolue, au lieu d'embrasser la joue de Zizi. ce fut la bouche «le cette dernière qui recul le baises.

Et toujours par hasard, nous voulons l'espérer, le baiser se prolongea outre mesure, et Zizi eut un frisson. Dans un geste brusque, elle se -: gea, les yeux brillant, la y'^rge haletante, étrangement bouleversée.

Puis, obéissant à on ne sait quel entitment, (Ile moisit ki tète de Y\ennc dans ses mains et goulûment reprit le baiser lascif.

Et dire... oui... dire que des gens accuserïl hommes d'avoir dans le cœur un petit cochon rose en train de dormir !

El tout cas, celui qui sommeillait en Zizi semblait, révérence parler, bougrement (i) réveillé !

Alors, Vyeune poussa les chpsi .

Les deux femmes roulèrent sur le lit.

L'Italienne nerveusement dévêtait son amie. qui, la tète perdue, les sens exacerbés, se laissait faire sans mot dire,

Des seins parurent, émergeant de la chemise ipii glissait.

Des seins... puis autre chose... puis loul !...

i i i le qui \ eut dire beaucoup !

Zizi, haletante, pourpre de volupté et d'une honte étrange qui doublait le plaisir d'être nue. s'abandonnait aux caresses nouvelles en gémissant doucement.

Puis, fermant les yeux, les bras en croix, incapable de faire seulement un mouvement, elle attendit, à demi pâmée, l'anéantissement profond qui suit le fris on de la volupté accomplie.

Les lois de la Troisième République, comme

du reste le bon goût et la civilité puérile et hon-

ïlête nous interdisent •* de npus étendre sur ce

sujet (2), Aussi bornerons-nous ici l'indication

bats amoureux des deux amies.

A quelques jours de là, Henry n'étant pas rentré, \ venue vint relancer Zizi chez elle. Celte dernière à son tour l'invita.

Les deux amies déjeunèrent donc en tête-àtête, et, pour répondre à la demande câline de l'Italienne, Zizi servit le café sur le guéridon, po\- du lit transformé en sofa pour la circonstance. Puis, quand elles l'eurent pris, Zizi s'affaira à mettre tout en ordre ; mais, préoccupée, elle demeurait par instants debout et pensive près de la fenêtre. Vyenne se promenait, un éven tail à la main, fumant des cigarette-; et balayant

K noire grand regret, d'ailleurs. Une femme est n h ujel ni' lequel nn aime à s'éteadre.1.., doux feinn* . ù plus i'oiie raj

la chambre d'un châle transformé par elle en robe à traîne.

Les cris habituels montaient de la rue : marchands des quatre-saisons et appels des métiers s'en donnaient à cœur-joie.

Les fleurs placées dans un vase, sur la chemii avaienl i phies.

el des hypertrophies, d >ns aimables,

des airs penchés, des alanguissements, presque des obscénités de tiges e1 <: et, à les

toucher et à les sentir, l'Italienne vici îprouva

une joie énorme, car son tempéi gnail de la nature, de

harmoni , même "iore,

l'irrésistible attra< I \ yenne

— Si i. ; :'...

— ( Causer '.

ce matin ?■

— C'esl \ rai !

Au soleil

jouai! avec la

les tresses brunes autour des prisrm

el tout en paj

en!:.' femmes, établi

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S< ■:■ pas '■■ ris la s rai iux s'agran-

dirent, sa pe

une gerbe d'étincelles.

Et, d'autorité, entraînant Zizi... elle, remirent ea !...

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