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CHAPITRE VI

Le journal de Zizi

Mais Zizi, piquée par la mouche qui avait déjà opéré sur Henry et faisait allonger par celui-ci des lignes noires sur du papier blanc, Zizi décida de tenir à jour son journal, tout comme les feus Goncourt ou M. le duc de Saint-Simon.

Et ce sont des extraits de ce journal que nous donnons ci-dessous (î) :

(( Paris, le ier mai 19?.... — Hier, on a ramené à Paris le corps de mon frère de lait, tué à Verdun. Les amis de la famille lui ont fait un convoi respectable ; il a élé inhumé au Père- Lachaise, non loin du Mur des Fédérés.

<( Le 11 juin. - — Jane, mon amie d'enfance, a accouché d'un cadavre. Pauvre petite !... Son type ne la voyait que pour lui demander de l'argent ou sa signature. Il en arrivait à l'injurier, à la menacer ; mais si les angoisses de cette douce créature assombrissent mes joies de domination sur le mâle, je me hâte de le dire : à défaut de la débine, rien n'eût changé dans les malheureuses destinées de Jane ; le mari vicieux serait fatalement devenu la proie des horizontales, des

(1) Ce journal étant l'exacte reproduction de celui de Zizi, ou mieux de celle qui est réellement Zizi, les auteurs déclinent toute responsabilité quant au texte,

tapi ns des deux sexes.

<c Le i5 juin. — Brusquement, Vyènhe, l'odieuse créature, a emmené en Italie un de mes anciens amis, Héro... Raison de la fuite de ces deux phénomènes : Lesbos se conjugue en Onan junior.

« Le 2 juillet. — Les toilettes, lei mœurs ?... Il en sera des mœurs et de la toilette comme du spectacle de la nature : des points ... à la ligne !.. . Est-ce que je vais dans un endroit pour observer quelque chose ou quelqu'un en dehors de mon compagnon de chaîne et de ses défaillances ?

<c Le 20 juillet. — Le monstre (i) mange à peine, il fume la pipe comme un Suisse ; la nuit, il s'agite plus fort ; il ne dort plus, les cauchemars le reprennent.

« Le 27 juillet. — Henry interroge les morticoles, et comme le malade — mon cher malade — n'avoue par la cause de son mal, nous rions ensemble des consultations auxquelles je l'invite à ne pas ajouter foi et des ordonnances que je lui défends de suivre.

u Le premier docteur a ordonné les laxatifs : bouillons d'oseille, lavements ; le second, les

(1) Ce doit être d'Henry qu'elle veut parler.,, îl y a du reste des chances pour cela,

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toxiques : quinquina, hydrothérapie ; un troisième, les antispasmodiques : valérianne — assa fetida — bromures, frictions sèche?, électricité statique.

<( Le ier août. — Henry a déjà interviewé tous les médecins de sa connaissance, et les charlatans aussi fameux que les princes de la science oui répondu avec leur griffonnage habituel. Il était malaisé de traduire, et l'on n'a pas cherché à comprendre.

» Le 4 août. — Nous sommes en train d'inventer un jeu dit d<:< u petit* mêle <h:is son chapeau Sis : en que

(i je tire. Voici les bulletins de dépouillement final :

(c i° Prendre matin si soir, avant chaque repas, un des cachets suivants : val< quinine,

3o cgr. pour un cachel (facile secundùm arti [5 cachets".

<( :>" Alimentation intensive : viande crue et hachée, de ioo à i5o gr. au repas du malin.

« 3" l ne douche froide de ro à vi degrés, suivie d'une friction d'un quart d'heure au gant de crin.

(( Les accidents nerveux sont prééminents; et \ . , ; le deuxième bulletin :

« iu Bromure de , am, iû gr. ; si]

d'écorce9 d'oranges, a5o gi; I ne cuilli >upf

lé "■" -" ( ■••■"!»■ ■.-•/ mu •■ \ j

« 2° Une séance d'électricité statique chaque Jour 3 durée 20 minutes. Insister avec les étincelles sur la colonne vertébrale.

<< Troisième bulletin :

ci Homéopatie...

« Non ! non ! assez ! assez !...

« Le 5 août. — Un vieux docteur a semblé lire

au travers du jeu des « petites ordonnances » et

il nous a recommandé seulement beaucoup de

... Qu'il aille se faire pendre, ce toubib

du diable ! Ça doit être un impuissant !...

K Le 7 août. — Excursion à !:; campagne. Ilenn a eu froid..", moi aussi.

« Le 8 août. — Henry esi alité de nouveau. Nouvelle ordonnance : peptone de viande.

« Le août. — Fièvre « bénigne », délirium » très épais »... Je plaisante, et pourtant je suis inquiète.

« Le iû août. — Déambulation noclurjrie ! Pourl >;;!, la fièvre a bai : !

Le u août. — J'ai saupoudré de cantharides les | de viande.

« Le [5 août. — Henry est retapé, et commentl Quand y Voua disais 'i1!r' •' - friédieastres •■ ~-

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<( Le 20 août. — Htfnry semble aller chaque jour un peu mietlï. La sente semble lui revenir assez vite, et nos chats s'en ressentent. Il me semble chaque jour l'aimer davantage, et pourtant, quand passent près de moi certains hommes, je me sens frémir toute !

« Je ne sais comment expliquer la chose !

<< Je rerois les caresses d'Henry avec un infini plaisir... Quand il est là, je me donne sair^ ;ii i i(' re-pensée à la douceur de ses étreintes... et pointant !...

« Oui, dès qu'il n'est plus auprès de moi, ce n'est plus lui que je désire, mais les étreintes d'inconnus qui verseraient en moi des voluptés nouvelles.

« Le 25 août. — Lin homme m'a abordée ce soir. Je rentre en vitesse, et c'esl en tremblant que je me jette dans les. bras d'Henry.

« Le 26 août. — L'inconnu m'attendait. Jel'ai fui, il m'a suivie.

u Le 27 août. — Nous avons causé ! Comment cela s'est fait ? Un embarras de voitures nous a ensemble immobilisés sur un refuge. Il est bien (lui, pas le refuge) et sa voix est douce. Mais je ne veux plus penser à d'autres qu'à Henry... Finies, les folies !

« Le ier septembre. — Henry a dîné dehors, avec des amis, hier soir. Je n'ai pu rester seule. Je suis sortie. Ah ! si l'inconnu avait été là !... Qu'aurais-je fait ?... Mon Dieu ! comme je suis lâche devant le désir !

« Le 5 septembre. — Je le revois chaque jour. 11 s'appelle Charles. Ce soir, Henry me quitte encore. Tant pis ! j'ai accepté de dîner — en camarades — avec mon adorateur.

« Le 6 septembre. — Comment oserai-je dire ce qui s'est passé hier ?... J'ai trompé mon ami, et pourtant je l'aime ! Je l'aime, et c'est Charles qui possède ma chair et vers qui maintenant tendent mes désirs. Il m'a demandé de partir avec lui. Je ne sais plu? que faire !

" )a- 7 septembre. — Henry doit aller à Saint- Etienne. 11 y restera un mois... Il part le i5.

« î a S septembre. — Charles part demain pour la Côte d'Azur. Il m'a suppliée de le suivre. Que [lie décider ? Quelle chose étrange ! aimer im homme i ! désirer se donner à un autre !

bre. — Tant pis ! Je pars !... Une

à Henry pour lui demander pardon... Mais

je in' peux plus résister a l'appel de la chair. »

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