CHAPITRE VIII
Réconciliation
Oè6 qu'Henry eut reçu la lettre que lui avait, remise le vaguemestre de l'hôpital, il interpella sou voisin de lit, poussé par l'impérieux besoin qu'a tout homme d'avoir à certaines heures un confident :
— Tiens, lis... Les hommes sont siupides.... Toal ce que je pensais était faux.
— Quelle femme !... nom d'un chien ! quelle femme ! disait l'autre... Le diable m'emporte ' je n'y comprends rien, après ce que tu m'as raconté !
Dès qu'il fut remis sur pied, à sa sortie de l'hôpital, Henry bondit chez Zizi, et, quand ils se furent embrassés frénétiquement, la jeune femme parla :
— Pardonen-moj, mon grand ; je n'ai pas élé franche a\ec toi... .le n'ai quitté Paris que quelques jours ! Jetais malade de l'avoir quitté, malade par ton absence... Je le suis encore... Tu me croyais au loin, et je m'étais réfugiée chez ma mère en t 'attendant, car, malgré tout, je t'attendais !
— Je le savais répondit Henry .. Je t'a trop fait rrchérch;,: pour m pas it iroir'or. Je respectais ton secret...
— Pourquoi n'as-tu pas écrit avant de venir nie voir ?
— J'étais malade, trop malade... et puis, je
rraignais tant d'être oublié pour toujours !... Mais... mais toi-même, petite Zizi, pourquoi m'as-tu caché la cause de tes hésitations, de tes ennuis ?... Tu étais souffrante... Il fallait rae le dire... Crois-tu donc, mon beau petit loup, que je ne t'aime pas et que je ne me respecte pas assez pour combattre mes désirs :J pour rester près de toi comme un amant devenu un frère ? pour être ton ami sincère ?
— Henry !... mon grand !...
— Je me demandais si je n'étais pas coupable do quelques torts vis-à-vis de toi. Je m'accusais de l'avoir fait du mal... Ect-ce que je suis méchant, dis ?...
Et lui, qui n'eût du avoir au cœur que rancune, s'accusait. Il s'était agenouillé près d'elle, cl il cme-^ait les cheveux de la jeune femme, dont je tif/mt rayonnait, nimbé pur un rayon do
-"Iril.
Elle réeuutajl. muelle, attendrie, manquant
de sou file.
— Si tu savais ce que j'ai souffert, le soir où tu es partie, avant que j'aille à Saint-Etienne !... Je pensais que c'était fini pour toujours, que le rival était près de toi... Je rêvais de venir me poster près 4e ta porte, un malin, le revolver au poing pour ae venger. A mtm retour, j'y suis même allé réellement. Ton amie leasme, qui mon* art te vair, me surprit m cgtte attitude.
—- Oh ! comme tu m'aimes, et eomuae cela me fait du bien ie t 'entendre perler ainsi 4... Oh ! j« guérirai... je ne veux plus être malade...
C'est assez rde souffrances. Que je sois damnée si je ne me ressaisis pas, je te le jure ■!
— Ne le désole pas... Maintenant que je suis revenu, je vais te soigner mieux qu'un médecin. Ce qu'il faut pour combattre ton mal, c'est du repos et beaucoup de douces paroles... Ah ! comme tu es belle et bonne, ma petite Zizi ! plus belle que dans mes souvenirs... Je t'aime tant !... Je ne suis plus jaloux, va ! J'étais fou et méchant de t'espionner, toi la plus tendre et la plus généreuse des femmes.
Et, lui prenant les mains, avec un sourire de franchise :
— Là, es-tu contente ?... Je viendrai quand tu voudras que je vienne, je m'en irai quand tu le désireras... Je t'obéirai en aveugle... Tes moindres désirs seront des ordres... Quel que soit ton mal, oh ! mon petit loup, je te guérirai... Tu deviendras de nouveau, pour ton grand Yi, la petite femme charmante, amoureuse... oui, amoureuse... Et comme nous nous aimerons, cher petit Zi, pour tout le temps où nous aurons attendu !...
— Comme tu es gentil, mon grand I...
— Maintenant, continua Henry, plus calme, si tu voulais être bien raisonnable, tu suivrais encore le traitement hydrothérapique que je t'ai indiqué.
« Vois-tu, il faut essayer de tout ce qui ne peut pas nuire... Tu n'es pas la seule femme, ynf qui soit malaiae. Les névroses sont à la mode ;
maladies des jolies femmes, tu le sais bien... Si l'hydrothérapie ne suffit pas, nous essaierons d'autre chose,.. Tu veux bien ?
— Nous verrons...
— C'est que je me suis beaucoup inquiété de tes souffrances... On traite aussi par l'application do l'électricité. En somme, la sensibilité propre de chaque malade décide de la médication qui lui est nécessaire... Je suis un raseur, n'est-ce pas ?
— Mais non, mais non... Alors, tu penses que presque toutes les maladies peuvent se guérir par l'application de l'électricité ?... Eh bien, j'essaierai, je braverai toutes les douleurs...
Tressaillant sous une irritation subite, Zizi se pendit au cou d'Henry :
— Oui, je suis prête... Oh ! mon Henry, je veux guérir !... Je le veux pour t'aimer !...
Restée seule, elle portait le secret de son impuissance.
Toutes les boues qu'elle avait remuées lui remontaient à la face. Ses désirs criaient encore plus haut que ses hontes...
Il lui prenait des envies de couper ses cheveux, de se défigurer, de se tuer. Elle n'osait rien faire, incapable d'une volonté, éperdue dans ce néant vengeur dont les ombres toujours plus noires la cernaient...