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CHAPITRE IX

Nouvelle séparation

! ii soir. ,i j h es avoir passé une journée sous la plein, Henry fut pris d'une forte fièvre. Habitué à des accès violents, suite do fièvres contractées " glorieusement » en Extrême-Orient pour la plus grands- glnin- du Paye et le plus grand détriment de sa santé, il n'y prêta pas tout d'abord .1;' attention ci se contenta d'absorber une 1e dose de quinine.

Néanmoins, il ne put dîner et, tremblant de fièvre, dut se coueber de très bonne heure. Zizi s'inquiéta. Elle n'avait jamais vu son ami en proie à de tels accès, et de voir Henry grelotter marigré les couvertures et les boules d'eau chaude l'affola. Elle voulait appeler encore le docteur qui habitait la maison. Henry s'y refusa énergiquement.

Elle n'insis! i pas., se promettant de le l'aire néanmoins g-j l'ae-'ès continuait ou si la tempéra ture du malade s<j mettait encore à monter.

Tandis qu'Henry, .les yeux clos, semblait reposer, elle décida de s'improviser garde-malade.

Depuis qu'elle était revenue auprès de lui, quekfue chose en eik iU '--— discernait mal l'avait encore rapprochée de son ajnant. ' peut- être déjà plus l'amour seul, mais un sentiment plus amical et plus maternel. Elle lui était presque reconnaissante d'avoir besoin de ses soins, qu'elle était décidée à ne pas lui ménager.

EHe restimyit maintenant aussi davantage, plus sûrement qu'autrefois, et, sous l'empire de ces :nents diffus en elle, elle s'abandonnait tout entière à cette tendresse, n'ayant à présent plus qu'un désir : défendre cet être cher, « son homme », contre la douleur, contre le mal, et le ramener à la santé à force de soins.

1 >i . ht rues sonnèrent.

Henry reposait doucement. La fièvre avait ; -iblement baissé et le malade s'était endormi.

Elle borda le lit, se coula auprès de lui et le veilla une partie de la nuit.

La journée tiède avait donné naissance à une nuit froide, mais Zizi ne sentait pas la fraîcheur de la chambre, tant une fièvre de préoccupation l'agitait.

Dciiis son esprit tendu, les souvenirs s'évoquaient.

D'abord chez ses parents, dans la maison tranquille, ses années d'enfance se déroulaient dans leur monotonie heureuse.

Et toujours le même décor : lu vieille maison grise aux meubles simples et familiers à son enfance.

L'èvoesfïfcR d^ '& eaimé 1 ' ef-

fervescence que la maladie d H mines chez elle.

Ce fut les sens calmt? et l'âme un peu douloureuse et triste qu'elle rentra en elle-même et qu'enfin elle s'endormit.

fÂÏ l'aube, Zizi s'était éveillée la première ; elle ne vout pas se lever avant d'avoir considéré, ne fût-ce qu'un instant, son ami encore endormi, et sans avoir effleuré d'un baiser son front brûlant.

Par une superstition d'amoureuse, il lui semblait que ce baiser allait apporter à son « grand », avec le calme, l'assurance de son amour.

Silencieuse, comme à l'habitude, Zizi s'approcha du visage de son compagnon, contempla un instant son visage pâle et ses traits amaigris dans le désordre de la barbe, puis, doucement, ses lèvres effleurèrent celles du malade.

Mais cette caresse, si légère qu'elle fût, réveilla l'âme amoureuse d'Henry. Ses lèvres agrippèrent les lèvres qui s'offraient, pour un long baiser qui acheva de le réveiller.

S'éveillant tout à fait, Henry vit sa compagne assise sur son séant et .prête à se lever. Il sourit de la voir se montrer si matinale, contrairement à ses habitudes, et son regard eut un éclair de passion.

— Alors, tu veux te lever, Zizi ? fit-il, en entourant de son bras la taille de sa compagne.

Zizi se raidit :

— Oui, fit-elle, réprimant sa passion... je pars.

— Oh 1 mon petit loup, reste encore !... fit-il en suppliant.

— Cet impossible, répondit-elle. Maman m'attend ce matin.

-— Si je veux !..,

— Non, non et non I

— Alors, tu ne m'aimes plus ! sanglota-t-il... Si cela est, dis-le moi, par pitié ! mets fin au lent supplice que tu m'imposes... J'en ai assez ! Tout à l'heure, quand tu vas m'avoir quitté, j'irai h cette fenêtre, je l'ouvrirai, et, avec l'air glacé du, matin, j'aspirerai la mort par congestion.

Zizi frissonna.

— Henry, mon grand, supplia-t-elle, sois raisonnable !...

Mais il ne l' écoutait pas. Avec toute sa force nerveuse, il l'avait attirée tout contre lui, et il couvrait son corps de baisers passionnés, éveillant les désirs de la jeune femme et la rendant désormais incapable de soutenir un nouveau combat.

Les sens en émoi, Zizi soupira :

— Eh bien, oui, un seul baiser d'amour, mais un seul ! La souffrance morale que je lui impose par un refus doit lui être plus funeste que cette joie d'un instant. Nous pensons à sauver le corps, mais nous oublions l'âme. Mon baiser, mes caresses, mieux que tous les remèdes, guériront mon Henry.

— Alors, tu veux bien, Zizi ?... interroge» Henry avec une lueur d'espoir.

Les lèvres de la jeune femme, en réponse, portèrent à celle de son ami la preuve du consentement.

Pendant huit jours, Zizi n'eut pas la force de

se soustraire à l'envoûteniemi d#a caresses àe son ami. Les deux amant? dans leurs étreintes,

avaient reirGirvc toutes ! ..ntan, et, au

contraire des pressentiments de m compagne, le malade semblait avoir recouvré la santé.

Son visage rayonnait. Maintenant, il se ] tôt chaque jour, et, assis devant la fenêtre, auprès de Zizi qui lisait, il rêvait, en face du soleil printanier, aux caresses de la nuit précédente et à celtes qui suiviaii'itl .

Mais la maladie devait bientôl reprendre su revanche sur l'amour. Un matin, comme Henry se disposait è se lever, il fui pris d'un élourdissement dû à mi accès paludéen qui se rnani tait.

Zizi, affolée, eournt appeler a l'aide, in médecin du voisinage accourut. D'un visage sévère. il examina le malade et déclara qu'une imprudence avait dn se commettre pour déterminer un aussi grave accès.

la jeune femme protesta :

— Henry n'a pas quitté la chambre, dont la température est maintenue très douce.

Mais le docteur ne se laissa pas convaincre. En hochant la tète, d'un air de doute, il rédigea une ordonnance et exigea le transport in it du

malade à l'hôpital.

Zizi l'accompagna à l'Hotel-Dieu, où il fut admis d'urgence. Elle rentra chez elle li bonne heure, la mine sombre et le cœur angoissé.

Blottie dans un fauteuil, au pied de son lit, la

jeune femme se prit à rêver tristement.

Quel martyre que le sien ! Involontairement, elle jouait auprès de son amant If rôle cVs Sfri Ri perfides dôrît lé soutiré et le? caressés conduisent à' la mort les malheureux qui se prennent i aimer.

Toutes les preuves de tendresse qu'elle donnait à Henry pour adoucir ses souffrances morale i \ physiques étaient de nouvelles armes dont s .;! parait la maladie, pour l'entraîner vers la mm I ! Qu'elle est cette puissance qui survient tout à COUp et demeure victorieuse :!

La jeune femme passa la nuit plongée dans ee rêve, sondant le mystère av.v angoisse.

Etait-ce le néant ou la transformation i1 tentes les hypothèses, toutes lés croyances défilèrent dans sort cerveau. Aucune ne la satisfaisait, mais elle demeurait convaincue que la mort n'est pas la fin de tout, que le corps était détruit, mais non l'esprit, et que celui-ci, par delà la tombe, continuait spn évolution.

Le mystère de la tombe la hantait avec une telle fureur qu'elle levait à veiller un mort... Hélas ! était-il loin de la mort, l'être chéri qui gisait là-bas sur un lit d'hôpital, en proie au délire peut-être, et si faible qu'il suffirait d'un baiser savant pour le jeter à terre, râlant et vaincu ?

Que lui importait que la mort fût îa continuation de la vie, puisque son Henry la quitterait, irait vers les rives de l'Achéron !

Ce corps qu'elle avait baisé passionnément ne

serait plus l'instrument des joies paradisiaques ; il se désagrégerait, il retournerait au néant, tandis que son corps, à elle, demeurerait dans toute sa splendeur, objet de convoitise et créateur de désirs !

Non et non 1 Leur communion avait été trop complète. Ils mourraient tous deux ensemble. Le même esquif leur ferait passer le fleuve fatal et le même tombeau réunirait leur deux corps.

Et Zizi s'arrêtait dans ses pensées, paraissait discuter l'inévitable. Dans son esprit, Henry était inévitablement condamné.

Aux premières lueurs de l'aube, son cauchemar s'éclipsa.

La jeune femme s'étonna même de l'emprise que la mort avait sur son imagination.

Elle était folie d'avoir rêvé si tristement pendant la nuit.

Lire la suite des Aventures de Zizi dans le n° 2 de la Collection illustrée du Sadisme, qui paraîtra ]<• i"5 du mois prochain.

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