I.t- dîner se prolongea loftgtènjpB et déUcieu
semerit.
Rien de plus souverain, pour en calmer la conflagration, que la fraîcheur des bois ; la Faculté l'a dit et l 'expérience l'a prouvé.
On s'achemina donc sous le paisible ombrage des chênes et des hêtres, chaque dame escortée de son cavalier.
Peu à peu, les couples se divisent, se dissimulent, s'isolent ; le besoin s'enflamme ; on meurtrit la tendre fougère, le frais gazon, on recommence, on se repose, puis on pense à se réunir enfin.
Mi-lord se lève, donne la main à sa belle compagne.
Volsange aperçoit, au clair de la lune, des ruines.
— Ceci, dit-elle, dépend de l'abbaye ?
— Certainement, répondit Forbess. Je le tiens de mon intendant ; c'est ici le chef-d'œuvre et le centre du Grand Chapitre.
— Pourquoi l'avoir détruit ? Les restes annoncent de la magnificence...
— Vous ne voyez pas tout. Ces restes masquent une jolie cabane.
En effet, en perçant un fourré de broussailles, on voyait sortir et s'élever, à vingt pieds de
terre, une espèce de chaumière.
L'isolement du lieu, les pâles et blancs rayoïi de la lune qui tombaient obliquement sur le to: de paille noire, le chant lugubre des hibou* quelques roucoulis d'oiseaux tapis dans les feui lages, les insectes qui bourdonnaient un so plaintif, donnaient à ce sauvage asile un aspe< effrayant et provoquait aux plus sombres pei
séej^
Milord ne disait rien ; la main de Volsang< auparavant si décidée, tremblait dans la sienn<
— Où me conduisez-vous, Forbess ? Serait-( dans un tombeau ?
— Quoi ! Volsange a peur ? Où est notre bel intrépidité ? Ne craignez rien, il ne faut pi juger sur les apparences.
Il pousse le loquet d'une porte mal assemblé et les voilà dans une petite pièce d'une propre charmante.
La lumière vacillante d'une lampe l' éclaira] Volsange admirait avec attendrissement le po trait d'un ermite pleurant sur la faiblesse ( ses jeunes ans.
Tout à coup, la lumière s'éteint. Elle appel Forbess ; un silence profond.
Le plancher s'enfonce, elle tombe assez raf dément dans une profondeur.
Etourdie de la chute, ses sens l'abandonner.
Son réveil est pénible. Elle ignore où elle est, iepuis quand elle habite ce caveau.
— 0 cruel, ô barbare ! s'écrie-t-elle à travers ie longs sanglots ; c'est donc ainsi que tu réalises ta vengeance ?... Rassasié de mes plus tendres prédilections, tu me plonges dans ce tombeau I Je n'ai donc passé par toutes les vicissitudes de la prospérité humaine que pour être enterrée vivante ?...
« Et vous le souffrez, mes amies, vous, les compagnes inséparables de mes plaisirs ! Et vous n'arrachez pas le cœur de l'inhumain qui a ourdi bette infâme trahison i... Puissent tous les fléaux de la justice humaine et divine l'écraser à la fois, ce monstre !...
« Malheureuse I à quelle déclamation tu te ivres ! Songe à mourir, à te réconcilier avec le Ciel... Hélas 1 oui, je l'ai offensé... Mourons dans cette prison ténébreuse...
(( Jeunesse, beauté, plaisirs, tout est enfoui dans cet abîme ! Le néant, va s'emparer de mon être ! Je n'ai que des horreurs en perspective 1 Cette pensée lui coupe la parole ; elle retombe
une seconde fois évanouie.
Enfin, un souffle bienfaisant ou quelque alcali
administré d'une manière subtile la rend à ellemême.
Hélas 1 c'est pour déplorer son malheur
Est-ce une lumière qu'elle entrevoit de loin, ou ses yeux fascinés lui font-ils illusion !'
Cependant, insensiblement, la faible lueur augmente, et il lai semble que de temps en temps des figures hideuses interceptent la communication.
Elle croit entendre des gémissements qui se prolongent dans la caverne, et le roulis de chaînes traînées pesamment.
Un silence profond et effrayant succède à ces lugubres sons.
Un violent coup de tonnerre qui se répète au loin interrompt seul ce calme affreux.
Un effroi involontaire fait frémir tous Ses membres ; des éclairs sillonnent la nuit de cet enfer.
Qu'aperçoit-elle ?
Des squelettes blancs et décharnés s'avancent dans la nuit sur elle.
Ils s'arrêtent à trente pas, et une voix frémissante, qui semble sortir de dessous terre, lui adresse ces paroles :
— Volsange ! réponds moi !...
<( As-tu vu la mort ?...
« As-tu contempla ses horreurs ')...
(( Me voilà !...
« Comme toi, je fus favorisée des plus riches dons de la nature ; j'eus de la fortune, de la
beauté, du talent, des amis ; je m'enivrai des plaisirs, de la gloire, des jouissances de toutes sortes.
« On vantait mon esprit, on encensait jusqu'à mes défauts, on jetait un voile sur mes faiblesses ; les roses naissaient sous mes pas, tous mes jours étaient un cercle d'amusements et de délices ; le bonheur paraissait en permanence sur ma tète. Un souffle a renversé tout cet édifice.
« Vois ce qui me reste.
<( Attouche ces ossements qui contiennent les débris de mon être.,.
Et. en même temps, le fantôme sépulcral s'approche, dans son appareil lugubre.
— 0 ciel ! s'écrie-t-elle avec un accent de terreur et de désespoirindicibles, épargne à mes yeux cet horrible spectacle !
« Malheureuse, j'habite l'empire des morts !
Les éclats redoublés de la foudre, les voûtes de l'infernal souterrain qui paraissent s'écrouler, les gémissements qui se font entendre, glacent sa langue.
Une sueur froide coule sur son visage ; la nature, épuisée par des émotions si vive, succombe. Ses couleurs si fraîches et si belles disparaissent ; son teint est livide ; ses yeux éteints annoncent que sa dissolution est consommée. ^
C'est alors que le féroce Anglais éprouve à son tour la rage du désespoir.
Son amour-propre lui avait fait inventer ces moyens de terreur. Il ne voulait qu'effrayer sa maîtresse, et il l'a tuée.
Oh I qui pourrait décrire ce qui se passait dans son cœur P L'enfer s'en est emparé et y exerce tous les supplices.
Il vomit mille imprécations contre lui-même. Jl appelle :
— Au secours !...
L'écho seul de ces profondeurs lui répond, et ajoute aux horreurs dont il est bientôt environné.
Cependant, il approche une main tremblante, il la porte sur le cœur de Volsange.
Il croit y sentir un reste de chaleur.
Encouragé par une lueur de foi et d'espérance, il se hâte de la tirer de ce funeste lieu. Il charge sur ses épaules ce précieux fardeau et va le déposer sur l'herbe.
A genoux devant son amante, il invoque pour elle le Père de la nature éternelle.
L'haleine des zéphirs se fait sentir ; peu à peu, la fraîcheur de l'air, les sels, raniment les parties subtiles de ce corps engourdi ; la chaleur se dilate.
11 aperçoit un mouvpmpnt. : Volsange vit, elle ouvre les yeux,
— Où suîs-je ?... D'où vîens-je ?...
« Oh I Dieux !... fait-elle en apercevant Forbess, encore un monstre maudit !
— Mon amie, ma belle pépée, mon adorable amie, peux-tu ainsi méconnaître ton meilleur ami, Forbess ?
« Chasse de vaines terreurs ; c'est ton amant qui t'en supplie...
— Toi, mon ami, mon amant ...
« Barbare ! toi qui m'as livré aux furies de l'enfer !...
« Retire-toi, âme féroce !... Lâche égoïste !.... Porte ailleurs le secours de ton encens.
« Ou, si tu veux me rendre un service, donnemoi la mort et délivre-moi de l'horreur de te voir !...
C'est en vain qu'il implore son pardon, qu'il embrasse ses genoux ; ni les larmes, ni les prières, ni les promesses ne peuvent ramener cette fi ère maîtresse.
L'amour-propre est piqué au vif ; jamais femme n'a pardonné une pareille blessure.
Enfin, ne pouvant la calmer par les voies douces et amicales, Forbess s'irrite à son tour ; il saisit son bras et l'entraîne au château malgré elle.
Depuis plus de deux heures, on les y attendait avec impatience ; les plaisants se promettaient bien de s'amuser aux dépens des tardifs pour toutes les questions et les propos badins qu'on adresse aux amants.
Mais, en voyant entrer Volsange pâle, décolorée et dans l'attitude d'une femme excessivement agitée, en examinant ensuite l'air consterné, abattu, et les yeux enflammés de milord, on se douta bien que le bosquet avait été le théâtre de quelque scène extraordinaire.
Volsange les tira bientôt d'incertitude en leur déclarant ce qui s'était passé, et qu'elle allait quitter sur-le-champ l'infâme, le scélérat, comme elle l'appelait.
Inutilement, les amis s'efforcent de concilier ces esprits altiers.
Après mille débats, ils obtiennent seulement que Volsange diffère jusqu'au lendemain son départ ; ce qu'elle effectua dès l'aube du jour. La société ne tarda pas à la suivre.
Milord ne vit plus qu'avec horreur ce séjour, qu'il trouvait naguère si plein de charmes.
Il revint ainsi étouffer, dans le tumulte de la grande capitale, son incommensurable chagrin et ses remords.