PETITE MAISON SURPRISE
Zoloé, rayonnante de joie d'épouser un héros, avait convoqué ses deux amies pour leur confier son bonheur prochain. Un ample tuner avait suivi la confidence ; on y avait pompé largement le nectar de Madère.
Son l'eu électrique avait passé dans les veines de la bouillonnante Volsange, et tous les ressorts de son être étaient quadruplés dé i^ur élasticité naturelle
Rompant tout à coup la grave dissertation entamée par un parasite sur le joug matrimonial :
— Au cabinet ! dit-elle à Zoloé.
El, se levant avec impétuosité :
— J'ai à vous parler, madame la fiancée, et aussi à Lauréda.
Toutes trois enlacent autour de leurs corps leurs jolis bras, et, après une modeste révérence aux assistants, elles s'enferment dans le secret parloir.
— Tiens, ma belle, dit Volsange en embrassant Zoloé avec feu, je t'avoue que je me sens dévorée ce soir d'un besoin toujours renaissant et jamais satisfait... Tu m'entends, coquine, il faut, ce soir... oui... que cette soirée soit marquée par quelque aventure qu'on ne lit point dans les romans.
« Tous ces adorateurs à la violette, ces prétendus hercules à dos voûtés, à chevelure écourtée, à pantalons flottants, à figure hérissée de poils, avec leur voix flûtée et leur perpétuel gazouille menl d'amour^ tendresse
constance, m'excèdent de leurs ridicules et encore plus de leur impuissance.
« Oh ! c'est assez, c'est trop d'aVoir eu si longtemps des preuves de leur caducité précoce !
« Je ^ eux doue, et vous ferez de même, oui, je veux de fci réalité ; au diable ces frelons qui promettent ce qu'ils ne peuvent donner !...
(( Que de robustes athlètes remplacent ces Adonis pusillanimes ! Semblables à ces gladiateurs romains, infatigables à porter et à recevoir des coups, ils nous disputeront chèrement la victoire. Combattons corps à corps, et que celui qui l'aura emporté en courage soit déclaré roi des lutteurs de Cythère ! Qu'il porte pour diadème une couronne de myrte, de pampres et de roses !
Ainsi dit l'embrasée Volsange, et fut applaudie à outrance par ses voluptueuses compagnes.
Cependant, est proposé et adopté un amendement par la pxudente jLauréda, Chacune
choisit et jette dans un galant chapeau, faisant l'office d'urne, le nom du maître le plus connu dans ce genre d'escrime.
L'officieuse main de la soubrette Suzanne va chercher un à un les noms.
Parmesan (i) sort pour Lauréda ; Pacôme (:>) pour Volsange ; Fessinot (3) pour Zoloé. Parmesan était un fameux frotteur avivergnat, Pacôme un ex-capucin de Meudon, Fessinot l'époux comblé de Lauréda !!
— Fessinot ?... Quoi ! Fessinot ? s'écrie Zoloé avec un dépit furieux... C'est une trahison, un tour affreux !... Quoi ! cet effilé pédant* cet odieux Calpigi serait mon lot ?...
— Pourquoi non ? répond en éclatant de rire l'heureuse Volsange.,. Cousine, le sort te sert mieux que tu ne le penses. C'est un petit préliminaire du cher mariage...
« Crois moi, il est bon d'avoir un avantgoût de l'avenir qui t'attend !
— Eh bien, soit ! reprend Zoloé, en s'efforçant de donner le change à son chagrin... Que F"'ssiiio! sort appelé, puisqu'on le veut.,,
Nous en ferons ce qu'il plaira à mon caprice. Le sort ne prescrit pas autre chose.