JOUIR OU MOURIR
L'intérieur efface tout ce qu'on vante de la luxure des voluptueux monarques de l'Orient.
Tout a été calculé pour le ravissement de tous les sens. Eût-on le sang- glacé d'un vieillard septuagénaire, il ne serait pas possible de rester inanimé à la vue de ces inventions destinées à exciter, ranimer, prolonger l'ivresse du bonheur.
Des cassolettes emplies des parfums les plus suaves, des glaces qui réfléchi sent de toute parts les objets, des ottomanes d'une mollesse, d'une richesse étonnantes, des lustres d'or dont la tige soutient tous les attributs naturels de l'amour, des flambeaux en gaine d'une forme extraordinaire, mille au-
très meubles précieux ornent, le premier salon.
Ce n'est que le prélude de ce que renferme le salon suivant.
Toutes les colonnes en sont de la porcelaine la plus parfaite qui soit jamais sortie de la main des hommes. Les peintures offrent en miniature tout ce que la Fable a raconte des amours païennes.
Eh bien, toutes ces merveilles cessent de l'être à la comparaison des innombrables beautés du même genre qui tapissent les lambris, les plafonds, les dossiers des lits et des fauteuils, des sofas et des écrans, et jusqu'aux vitraux des chapelles consacrées aux « secrets mystères ».
Vainement croirait-on qu'après les fameuses expériences de la Justine, il n'est pas possible d'inventer de nouvelles attitudes dans les amoureux déduits.
Zoloé, Lauréda et l'insatiable Yolsange ont infiniment enrichi ce répertoire de lascivité; et jamais galerie de princesses ne fut aussi
complètement ornée de ce genre.
Ajoutez à ceci une odeur d'ambroisie qui embaume ; des lils de repos dans le mol édredôn, les fleurs de roses qui les jonchent eussent fait envie au plus efféminé des chanoines ; les glaces qui reproduisent autour et au-dessus des objets des mouvements émanés des sensations les plus vives ; un demijour adroitement ménagé par la coquetterie. Tous les instruments de l'art ont ajouté aux moyens de ressusciter les facultés abattues. Des liqueurs spiri tueuses, vrai stimulant d'ardentes voluptés, mille autres accessoires fastidieux à décrire, mais précieux pour l'occasion !!!
Telle est la surprise ravissante que préparent à leurs conquêtes, souvent nouvelles, ces prêtresses infatigables du Dieu de Cythère.
La propriété de ce charmant pied-a-terre leur était commune. Elles avaient sacrifié à son embellissement des sommes immenses.
Mais. à quoi doivent servir les richesses, si
ce n'est à embellir tons les instants de l'existence ?
D'Orbazan, Sabar, Mirval, les premiers on1 fait couler leur amoureux encens sur l'autel de la divinité qu'on y adore.
L'offrande égale la solennité de la circonstance
Six fois, dans l'espace d'une demi-journée, le dieu Priape reçut et rendit les plus abondantes libations.
IVndanl une décade, on célébra, sinon avec aiiiaul de fréquence, du moins avec le même zèle, l'inauguration du Temple.
On ne se quittait qu'en se jurant une flamme éternelle.
Vains serments !
Chacun soupirail après un renouvellement d'acteurs, devenu nécessaire et par la lassitude et par la satiété.
Beaucoup de personnages avaient succédé dans la même carrière.
Même ivresse d'abord, même fin. Le caprice avait désigné de nouveaux ministres
pour le même culte.
La roue de la Fortune avait tourné pour Parmesan, Pacome et Fessinot.
Voyons, sauront-ils mieux captiver la légèreté de nos célèbres gourmandes ?