‹ ZoloëChapitre 7 sur 32 · QUERELLE — PACIFICATION · texte numérisé non relu

QUERELLE — PACIFICATION

L'adroit Dubuisson avait Uitroduit dans le sanctuaire de Cypris les trois champions désignés pour sacrifier sur se's autels.

Une espèce d'enchantenienl les y avaii transportés, sans connaître le lieu où ils étaient admis, ni le motif qui les y appelait.

Leurs yeux éblouis de l'éclatant appareil qui se déployait dans la somptuosité (\e^ meubles qui ornaient la pièce où ils étaient entrés se promenaient de toutes parts avec nnr espèce d'ébâhissement.

Veillaient-ils ? Dormaient-ils ? ils ne savaient que croire.

Ils approchaient leurs mains timides d(^ objets divins qui le. environnaient, et s'a,s

suraient, en les palpant, qu'ils n'étaient point fantastiques.

Enfin, Parmesan, le premier, témoigne qu'il éprouve beaucoup de ravissement.

Dans un temps plus heureux, il avait été introduit dans le cabinet des divinités qui régnaient alors.

Quelque chose de semblable, mais d'infiniment moins recherché, s'offrait à son admirât ion.

— 01) ! <-u vérité, dit-il... loi de frotteur ! cela n'a jamais eu son pareil. Le siècle (.Vnv aurait-il enfin remplacé celui du fer ? Ou bien ne sont-ce pas des fées, i\c+ génies qui habitent ce palais ?

« Voyez, Messieurs, vit-on jamais rien d'aussi pariait ?

(< Ces membres-là, ajouta-t-il en montrant l'architecte de la vie et son auxiliaire, ont âme et action. Regardez cette belle colonne : cet impitoyable satyre perce de son énorme dard cette gentille nymphe... Voyez-vous cet r1?n,.c< îio ;. •■:-. a\ i ■■■ i ■;■.■ \ ..- enflammé du

dieu et l'enfoncer à la chute des reins d'une bergère effrayée ?... Et ce singe qui brise sa chaîne et se précipite sous les jupes d'une jeune fille et lui ravit, avant de lâcher prise, la fleur à laquelle un amant attache tant de prix !... Et ces groupes dans des attitudes variées, attaquer à la fois tous les canaux de la volupté !... Et ces oiseaux, perchés sur ces arbres, imiter dans leurs folàtreries les mouvements désordonnés et lascifs des humains qu'aucune pudeur d'arrêté !... Et tous ces animaux qui, chacun à leur manière, bondissent et fermentent d'amour et de plaisir !...

(( Oh ! quel marbre ne s'embraserait pas à la vue de tant d'êtres se livrant a\cc fuirur à la chaleur de leur tempérament ?...

Cependant, le père Facôrne roulait sur toutes ces obscénités des yeux dévorés de luxure...

Ses veines gonflées annonçaient le feu dont elles bouillonnaient) Le mouvement ■■'■■■ uh ■■'■ ': - - ■■•'• >■>■■■■ ■■■■ iftlttui (fui

se peignait dans ses traits, une ténacité à contempler toutes ces attitudes décelaient la trempe de son caractère et l'ardeur de ses désirs.

On l'eût pris, dans cet état, pour un vrai satyre.

Fessinot, les lunettes sur le nez, jetait des regards froidement avides. Une rage concentrée perçait dans son maintien.

On s'apercevait que son corps usé et impuissant se refusait à répondre aux violentes émotions que recevait son âme.

Zoloé et ses acolytes, mollement assises sur une chaise longue, suivaient, à travers le voile d'une gaze claire qu'on avait clouée à une lucarne imperceptible, toutes les impressions que produisaient les objets sur les nouveaux champions.

A un léger bruit, les contemplateurs se retournèrent et trouvèrent une table chargée de tout ce qui peut animer l'appétit et flatter Je palais,

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De larges flacons de vin formaient les plus agréables pyramides.

Six sièges environnaient la table et paraissaient destinés à autant de convives.

Le spectacle fut bientôt oublié pour Pacôme et Parmesan. Les deux grivois lançaient sur les pâtés superbes, et les autres provisions que portaient les plats, des regards d'avidité. Ils semblaient les dé\orer des yeux.

Pour Fessinot, livré à sa monotone indifférence, il parcourait l'appareil du festin en admirateur insensible.

— Que dites- vous, citoyen ? dit Pacôme en jetant sur lui un regard d'indignation... Pourquoi accuser de prodigalité l'économe de cette maison ? N'êtes -vous pas content de cette aubaine et ne voulez-vous pas en profiter comme nous ? Il est indécent de jeter procès à qui on doit de la reconnaissance...

Fier comme les gens de sa sorte, Fessinot ne répondit que par une grimace et sembla

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dédaigneux de prendre part à la joie de ses camarades d'aventure.

Parmesan l'observait ; le gosier sec et l'estomac affamé, il appelait le vin et la bonne chère.

— Que veut dire cette mine allongée, monsieur ?... Ne vois-tu pas, ami Pacôme, que cet individu n'est qu'un limier de la police ? Oh ! il n'y a pas à se méprendre à son encolure !... Morbleu ! si je ne respectais ici je ne sais qui, je lui appliquerais sur les reins un joli rapport.

Et il étendait la main comme pour le frapper. . .

— Citoyen ! s'écria Fessinot... je suis représentant du peuple ! Respectez-moi !...

Et il exhiba la précieuse médaille de son inviolabilité.

— Voyons donc ! dit Parmesan.

— Oui dà ! citoyen Fessinot... Salut au citoyen Fessinot ! lui dit-il ironiquement... Mais, excusez mon ignorance, peut-on savoir, fcitoyen représentant, ••■• qui ?eui amené tâ

que vous faites ici ? Représentez- vous ? Etes- \ous le maître de ce logis ?

— Ni l'un ni l'autre, ce me semble ?... Mais répondez donc ! cria Pacôme... Il est vrai qu'on ne voit ici que magnificence et enchantements. Est-ce que cela serait pris sur les indemnités des sénateurs ?... Eh bien, mon camarade, vous retournerez au sac ; il n'est jamais vide pour vous autres.

— Citoyens, je vous l'avais déjà dit : cessez vos insolences, ou je ferai valoir mon caractère !

— Que dis-tu là, mon petit ami ?... Ah ! tu veux trancher de l'économe !... Bien, bien à loi, le plus dégoûtant de tous tes confrères en fait de pillage !

Et, saisissant un jambon de Bayonne, il lui dit :

— Il ne tient à rien, brigand, que je la\e tes indignités dans le sang de ce jambon !

— Il a parbleu raison ! s'écria l'affamé capucin... De quoi se mêle ce ladre parvenu ? y*, ;h %$ beaw fc'èngraissëî et rapine m f\»r..

lement, cela n'empêche pas ton vin d'être bu, et pendant que tu sièges on baise ta femme !... Voilà, mon ami, un front où brille la majesté d'un cocu !

Malgré son flegme et l'inégalité de la partie, il n'était pas possible que Fessinot restât insensible à ce déluge d'injures. Ses yeux él incelaient de colère, sa bouche était frangée d'écume, sa figure toute décomposée, <i tout son corps en contraction.

La querelle ne pouvait manquer de dégénérer en voies de fait, mais, aussi promptes, aussi agiles qu'un oiseau échappé de sa cage, les trois amies s'élancèrent, interposant leur grâce et leur autorité pour concilier les esprits.

— La paix ou la porte ! s'écria Volsange d'un ton résolu... Je ne conçois pas, messieurs, comment il se fait que d'honnêtes gens se permettent de s'exaspérer ainsi sans motif. Quelle pitié de vous chamailler ainsi pour rien, quand vous avez devant les yeuv fie quoi charmer et satisfaire le cœur '

Puis, prenant la main du héros Parmesan :

— Asseyez-vous, dit-elle ; vous a\ez bien autre chose à faire... Imitez-nous, et jouissons ensemble, sans souci, des biens qui iiqus sont offerts !

Il n'y avait pas moyen de résister à une pareille invitation.

Bientôt les assiettes sont couvertes de débris de poulet et autres mets plus succulents. Les lianes des énormes pâtés sont ouverts, une très large brèche défigure le jambon.

Pacôme et Parmesan ont retrouvé leur bonne humeur.

De grands laquais masqués versaient dans le cristal un nectar qui embaumait l'odorat ; il> ne pouvaient suffire à la soif insatiable du trotteur et du capucin.

Le dessert parut enfin. Des frangipanes, des gâteaux, des beignets et mille autre* friandises furent attaqués avec la même -voracité.

Si la lutte qui allait suivre avait la même

ardeur, heureuses, mille fois heureuses, devaient être Zoloé, Volsange et Lauréda !!!

Leurs champions auraient infiniment multiplié les rasades de madère, si ces dames, craignant avec raison que celle fréquente répétition ne nuisît à leurs forces, tout en voulant les augmenter, n'avaient arrêté le flot qui allait déborder.

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