‹ ZoloëChapitre 8 sur 32 · ACTION — PRISON — NOYÉ · texte numérisé non relu

ACTION — PRISON — NOYÉ

Une grave conversation avait été entamée entre Zoloé et son partenaire. Cette rusée princesse feignit d'entrer dans les \ucs et sentiments du pauvre Fessinot.

Les éloges coulaient avec profusion de sa bouche enchanteresse, et le modeste législateur avalait cet encens avec une complaisance inouïe.

Cependant, à travers les distractions qu'elle faisait naître, Fessinot sablait un verre de vin fin.

Une foule de choses d'ailleurs s'offraient à son regard, propres à reveiller les sens.

Pacônic et Parmesan, égayés par le jus pétillant qui circulait dans leurs veines, se répandaient en propos grivois, en expressions d'un genre tout à fait neuf pour les autres convncs.

Des gestes suivaient ces licences provoquées.

Les dames avaient beaucoup de peine à empêcher les mutins que le théâtre du festin ne fût celui des ébats amoureux.

Zoloé n'avait point de ces témérités à comprimer !

Elle s'occupait à arranger un châle qui ne cachait rien, un soulier qui ne la gênait pas, une boucle qui ne couvrait l'uvale d'une joue qu'en découvrant un joli bout d'oreille. Elle jouait avec son éventail, lançait quelques œillades, montrait son sein par mo-

menls, prodiguait à son voisin les ris pour montrer les plus jolies dents du monde.

Peu à peu, l'âme noire de Fessinot se ranimait.

Enfin, les ressorts de son individu étaient au diapason des convives, et ses discours avaient pris une teinte de sensibilité dont il s'étonnait lui-même.

11 était devenu plus tendre, plus onctueux, plus pressant.

Il parlait de désirs, de flammes, et comme jadis il avait fait un copieux recueil de mots équivoques et obscènes, il commençait à en débiter une foule.

Lauréda elle-même admirait la loquacité et la métamorphose de son Fessinot.

Elle eût presque envié à Zoloé les produits de la séance qui devait suivre, mais il était écrit, non pas là-haut, mais dans les desseins de la rusée tentatrice, que tant de dépenses d'esprit et d'amour ne devaient rendre au déridé représentant du peuple que zéro et quelque chose de plus fâcheux.

Pacôme ne s'amusait pas à solliciter des faveurs ; il s'était emparé de la place, dès les laquais disparus. Ses mains actives palpaient, chiffonnaient, polluaient. L'ardeur de ses baisers était un véritable incendie.

Parmesan avait planté Volsange sur sesj genoux et s'apprêtait à lui décocher le trait enflammé.

Mais elle s'enfuit dans son boudoir.

Lauréda l'imite, et leurs adorateurs s'y précipitent derrière elles, le phallus à la main...

L'absence de témoins accrut alors la hardiesse de Fessinot.

Ses attaques prirent une telle impétuosité que Zoloé ne peut s'empêcher de croire à sa résurrection.

Elle paraît ne se défendre qu'à demi.

11 n'ose exiger. Il touche aux avenues du plaisir. Déjà, il sent le but au bout de ses doigts, lorsqu'une porte s'ouvre et d'Orbaziui apparaît.

— Que \ois-je ? s'écria-t-il avec une feinte fureur... Fessinot ici, chez moi, et avec ma

femme !... Etre vil et crapuleux, comment as-tu la témérité de prétendre m'associer à ta confrérie, toi qui n'as de l'homme que l'écorce, toi qui ne devrais figurer que dans les antichambres ?... Vampire ! comment oses-tu, dans tes écrits et tes harangues, étaler un pompeux appareil de morale et de vertu, toi qui ne cesse d'outrager l'une et Tau ire !... Et lu prétends réformer, morigéner la nation ! Et tu viens dans l'intérieur des familles pour y porter la corruption et la honte !... Et ce sont ces beaux exemples que lu traces à suivre à la femme et à les enfants ?...

« Fuis d'ici au plus vite !... Et vous, madame, qui avez trompé ma confiance et abusé de ma faiblesse, rentrez dans vos appartements pour attendre la punition que je prépare contre \ous et qui me vengera publiquement de l'impudent Fessinot !...

Le malheureux, tremblant, s'était esquivé sans réplique.

Un corridor semblait lui indiquer la sortie.

Il le suit et se trouve enfermé dans un cabinet qu'il n'est pas plus décent de sentir que de nommer.

Cependant, nos heureux couples nageaient dans des torrents de volupté.

Vénus n'a jamais vu tant d'offrandes sur ses autels.

Inutilement essaierais-je de dépeindre le ravissement ineffable, les sensations que de savantes manœuvres surent multiplier. Les oreilles chastes ne sauraient entendre ces détails obscènes, et ma plume se refuse à les tracer.

Que l'homme dont l'âme ne se réveille au plaisir que par les images licencieuses m'en fasse un crime, je m'honorerai de son improbation.

Il faut que le voile de la pudeur enveloppe les situations que l'amour invente pour varier et prolonger les jouissances ; c'est un devoir imposé à l'historien. Il outrage les mœurs lorsqu'il s'en écarte.

Mais il me sera permis du moins de rendre

hommage à i;i prévoyance qui avait présidé à la réunion de lout ce qui pouvait combler les désirs dans cet incomparable ermitage.

An moyen d'un ressort qu'un fil de laiton mêlait en mouvement, on entendait un concert de dix parties, exécuté avec un charme el un brio que n'aurait pu surpasser tout un orchestre.

C'était la lamentation d'amour qui s'échappait de tous les boudoirs, la lamentation insensée de corps qui souffrent à force de plaisir et qui se traînent et qui se frôlent à la poursuite d'une volupté plus grande, plus complète, d'une volupté comme n'en peuvent connaître les humains. Car l'amour est toujours insatisfait.

Cependant, aprsè chaque sacrifice sur raille! de Vénus, l'instrument le couronnait par un chant de triomphe.

La nuit avait à peine parcouru les deux de son chemin que l'instrument avait fait retentir son concert harmonieux quinze fois...

Après tant d'assauts si vigoureusement soutenus par les parties, il semble que la nature épuisée devrait imposer le repos; mais une irritation excessive provoque de nouvelles entreprises.

La longue privation, les mets succulents, les \ins exquis, de vivantes peintures et tout ce que l'art de jouir a pu imaginer de plus lascif, des essences répandues avec profusion, la dextérité et les charmes de leurs nymphes, les divins accents qui portaient dans l'âme la suavité du bonheur, ne pouvaient manquer de produire chez Pacôme et Parmesan un effet extraordinaire.

D'Orbazan, plus habile à modérer sa fougue ordinairement, n'avait pas voulu céder sa place à ses rivaux... cependant...

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