WURTEMBERG
M. d’Alberti est le premier qui ait signalé dans le Wurtemberg un équivalent bien caractérisé des couches à Avicula contorta et du Bone-bed anglais. Ce géologue a fait connaitre cet horizon sous le nom de grès fossilifère de Tübingen, et l'a placé à la limite supérieure du Keuper.
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*: M. de Mandelsloh, au contraire, a décrit ces couches sous le nom de grès bruns à ossements du Lias. Ils succèdent, dit-il, aux marnes irisées et sont recouvertes de plusieurs assises d’un grès jaune avec lits calcaires subordonnés, dans lesquelles abondent les Cardinies et autres bivalves indéter-
minées.
Voici d’ailleurs un aperçu stratigraphique de ce que l’auteur appelle le Lias inférieur :
1° Couches calcaires supérieures à gryphites et marnes schisteuses ;
2% Grès jaune du Lias, 10 mètres environ d'épaisseur ;
3° Calcaire inférieur à gryphites ;
4 Grès jaune du Lias et calcaires subordonnés avec Cardinia concinna et autres bivalves en nombre considérable ;
5° Grès brun à ossements du Lias.
Keuper.
Mais les grès inférieurs, dit plus loin M. de Mandelsloh, manquent sur beaucoup de points, et le calcaire à gryphées repose alors sur les marnes irisées. Cela s’observe notamment à Weinstaige et dans la vallée du Neckar près de Neckarthailfingen.
à D'un autre côté, aux environs de Stuttgard, de Kalten-
| thal et de Bebenhausen, le calcaire à gryphées arquées re-
pose sur des argiles grises qui recouvrent elles-mêmes un conglomérat sableux de quelques centimètres d'épaisseur, quartzeux, pyritifère et rempli de coprolithes, de dents et d’écailles de poissons (Saurichthys, Acrodus, Sargodon,
Hybodus, etc.)
A part ces gisements exceptionnels, les grès inférieurs au calcaire à gryphées, c’est-à-dire les grès à Cardinies et ceux à ossements, sont puissants et ne mesurent pas moins de 40 à 50 mètres près d’Ober-Ensingen et de 70 à 75 à Uhingen.
M. Quenstedt, que nous verrons plus tard changer d’opi-
nion, classe en 1843 (1) la couche à ossements dans le Keuper, dont elle constitue pour lui la dernière assise.
Il la circonscrit d’une manière plus nette que ses devanciers, en lui assignant pour limite supérieure le banc à Am. psilonotus, devenu aujourd’hui pour les auteurs la zone à Am. planorbis.
« Au-dessus du grès jaune à ossements, dit M. Quens- « tedt (2), viennent des calcaires foncés peu épais, remplis « de coquilles caractéristiques du Lias (Lima gigantea, Tha- « lassites Listeri, quelques rares gryphées arquées, des « Ammonites uniés, de la section des Arietes (A. psilono- « tus, des baguettes de cidaris, des astartes, le Pleuroto- « maria anglica, puis des argiles foncées avec des marnes « à Am. angulatus, un calcaire sablonneux de 6 à 10 mè- « tres d'épaisseur avec des fossiles bien conservés (Thalas- « sites concinna), mais dans lequel les Ammonites (Arietes) « et la gryphée arquée sont toujours très rares. Ces « roches passent à un grès jaune peu solide, en bancs ou en « plaques. C’est le grès du Lias que l’on pourrait prendre « pour celui des marnes irisées, quoique toujours plus ten- « dre et plus calcarifère. »
Bien qu’étrangers au sujet qui nous occupe, nous avons tenu cependant à reproduire ici ces détails stratigraphiques, parce qu’ils prouvent combien est étroite la parenté entre ces diverses assises dont le caractère minéralogique, depuis le Keuper jusqu’au sommet de la zone à Am. angulatus, reste le même, sauf de très légères modifications.
Ici doivent trouver place également les recherches de M. Plieninger (3), sur les débris de vertébrés, fossiles
(1) Das Floetzgebirge Württembergs, in-8o, Tübengen. 1843.
(2) Version de M. d’Archiac, Histoire des progrès de la Géologie, t. VII, p. 475.
(3) 1844, Beïtr. zur Pal. Würt., et 1847, Württemberg naturw. Jahresb.
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recueillis dans les assises du Bone-bed de Wurtemberg, bien que ces recherches ne soient appuyées d'aucune donnée stratigraphique quelconque.
Pour cet auteur encore le Bone-bed est triasique, parce
4 qu’au nombre des poissons qu'il y signale, quatre sont
communs au Muschelkalk et six au Bone-bed d’Austcliff (Angleterre), précédemment rapporté au Trias, par M. Agassiz.
Reste à savoir jusqu’à quel point cette opinion est fondée.
Quoi qu’il en soit, un fait paléontologique d’une grande importance se révèle à ce moment, c’est l’apparition dans des couches d’une aussi haute antiquité, du premier mammifère connu, le Microlestes antiquus, Plien., mammifère de l’ordre des marsupiaux, et dont on ne possède jusqu'ici que deux ou trois dents incisives seulement.
Avec ce didelphe vivaient alors dans cette région :
Les Nothosaurus. Thectodus glaber.
Termatosaurus. — crenatus.
Gyrolepis Alberti. — tricuspidatus.
— tenuistriatus. inflatus.
Saurichthys acuminatus. Nemacanthus filifer.
— apicalis. — monilifer.
— breviconus. Hybodus minor.
— longiconus. — cuspidatus.
— longidens. — subiævis.
Sargodon tomicus. — attenuatus, Ceratodus trapezoïdes. — orthoconus.
Acrodus minimus. , — adunctus.
— acutus, — bimarginatus.
Et plusieurs autres espèces de reptiles et de poissons qui seront déterminés plus tard.
M. Pfizenmayer (1) n’ajoute rien aux connaissances
(1) Der Schwaebische Jura nach Floetzgebirge Württembergs, Zeitsch. der Deutsch. geol. Gesellsch., t. IT, Berlin, 1853.
acquises sur cet horizon. Il se borne à reproduire en les commentant, les divisions établies par M. Quenstedt, et range comme lui le Bone-bed dans le Trias.
Il n’en est pas de même des travaux de M. Albert Oppel (1), auxquels nous allons emprunter des coupes intéressantes, et d’où ressortira clairement la relation intime qui ne cesse d’exister au double point de vue stratigraphique et minéralogique, entre la zone à Avicula contorta et celle à Am. planorbis.
M. Oppel est d’avis tout d’abord que la couche à ossements (Bone-bed) doit être rattachée au Lias (2).
Il en indique sommairement la faune, puis en donne la coupe ci-après prise à Nellingen près d’Esslingen :
Calcaire bleu avec Am. planorbis et Johnstoni. 0" 32
Argtlè bleue. 0", "0 HMS IN 20
Couche à ossements (Bone-bed), grès de couleur
claire, dans lequel les dents de vertébrés sont
mêlées à de nombreuses coquilles. . . . . . 0 21 Argile gris-clair, micacée, avec des restes char-
bonneux de végétaux... . 4 "ARR Grès jaune et consistant. . . . . . . + LS TER TROUS
Marnes rouges du Keuper.
Mais plus tard ce géologue change d’avis; et dans une brochure publiée en commun avec M. E. Suess, il propose de rattacher le Bone-bed au Trias, ou du moins de le considérer comme un groupe à part et tout à fait distinct du Lias (3).
Il reproduit la coupe de Nellingen et indique dans la cou-
(1) Die Juraformation Englands, Frankreichs und des Südwestichen Deutsch., etc. Stuttgart, 1856-1858.
(2) Loc. cit., p. 14 et 71.
(3) Ueber die Muihmasslichen Æquivalente der Koessener schichten in Schwaben aus, der k. k. Hof. und Staatsdruckerei zu Wien. 1856.
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à ossements les Card. Rhæticum, C. cloacinum, Schixoù s eloacinus, Leda Deffneri, Avicula contorta, Mitylus minutus, Pecten Valoniensis, etc.
Puis un second profil relevé par cet auteur à Nürtingen, au sud-est de Stuttgart, présente les détails ci-après :
*' Zone à
Am. angulatus.
Zone à
Am. planorbis.
| Couches d'argile, de calcaire et de grès.
Caleaire gris avec minerai de fer.
i 0m,10€ argile jaune.
| 0m.05c sable quartzeux avec quelques traces de la couche à ossements.
9w,50€ grès sans fossiles, blanc-jaunâire, à grains fins avec galène et grès noduleux très dur.
Avec moules de Gasteropodes (Acteonina, Nerita,etc.), Anatina præcursor, Cypricardia suevica, Neoschizodus posterus (Myoph. inflata), Avicula contorta, Mytilus minutus, Gervillia præcursor, Li- | “ma, elc.
\ 4m,» grès sans fossiles.
Marnes rouges.
Grenzschichten. |
Am,» grès de même nature que les précédents.
Cette dernière coupe où l’on voit les grès alterner encore avec les calcaires dans la zone à Am. angulatus, diffère de Ja précédente en ce que le banc coquiller se trouve à 2 mè- tres 50 au-dessous de la couche à ossements, tandis que dans l’autre, dents, ossements et coquilles sont disséminés dans la même assise.
L'auteur nous apprend aussi qu’à Neuhausen et à Esslin- …. gen, les débris de poissons et les mollusques réunis également dans un même banc s’y trouvent entassés, les uns à la base et les autres au sommet.
| Les raisons paléontologiques sur lesquelles M. Oppel … cherche ensuite à appuyer son changement d'opinion au sujet du classement de ces couches ne nous ont pas paru bien convaincantes. C’est toujours, à ce qu’il semble, la
présence dans la zone de certains poissons du Muschelkalk qui le préoccupe. Cependant cet auteur a formellement dé-
claré quelque part (1) qu'il connait plusieurs localités où |
ces espèces se retrouvent dans des couches véritablement liasiques.
Depuis encore, ce géologue m'a annoncé (2) qu’en 1858 il avait vu à Altemburg, près de Bamberg, des dents et écailles qu’il croit appartenir aux mêmes poissons, dans des grès où se montre l’'Ammonites angulatus.
M. Quenstedt, de son côté, ne paraît pas bien affermi dans ses convictions.
Après avoir classé ces dépôts dans le Trias, il reprend à nouveau la question et se demande où commence le Jura (3).
Cet auteur reconnait bien dans la faune des assises à Avicula contorta quelque chose qui lui rappelle celle de Saint-Cassian ; mais il lui semble impossible de les raccorder stratigraphiquement aux assises de cette période.
Il aime mieux considérer cet horizon comme indépendant et s’isolant à la fois du Keuper et du Lias, bien que quelques formes organiques nouvelles lui annoncent déjà l’apparition de ce dernier terrain.
C’est déterminé par cette considération qu’il désigne plusieurs espèces particulières à ce niveau sous le nom de precursor.
RÉSUMÉ
Ce qui apparait tout d’abord, c’est, comme d'ordinaire, la division qui se produit entre les auteurs au sujet du classement.
(1) Die Juraformation, p. 23.
(2) In litteris 1863. | (3) Der Jura, 1858.
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< Cinq sont pour le Keuper et trois pour le Lias. Mais chez
plusieurs, les convictions sont peu stables et se modifient
sans raisons bien déterminantes.
Ainsi M. Oppel incline maintenant pour le classement
dans le Keuper après avoir été d’un avis contraire, tandis
- que M. Quenstedt, qui avait d’abord considéré ces dépôts
LL comme faisant partie du Saint-Çassian, en fait aujourd’hui D on groupe à part.
La paléontologie ne révèle rien de nouveau ni de con-
—. cluant; les listes des auteurs se bornant en général à un
| 4 assez petit nombre d'espèces dont quelques-unes rappel-
“ Lente Trias, tandis que d’autres annoncent positivement le
2 Lias.
« . La stratigraphie généralement régulière présente cepen- “ dant aux environs de Stuttgart, quelques discordances par “ isolement. M. de Mandelsloh cite plusieurs localités où le
…—. calcaire à gryphées repose sur les marnes irisées.
La pétrographie de ces dépôts, dont l'épaisseur ne dépasse guère trois ou quatre mêtres, n'offre rien non plus de tranché. On remarque même quelquefois une grande analogie de formation entre les assises du Bone-bed et celles de la zone à Am. psilonatus.
- En général, cependant les calcaires prédominent à la base du Lias, tandis que ce sont les grès dans le Bone-bed et dans le Keuper.