RARE
." a ii Ste
OU ÉTAGE RHÆTIEN. 495 :
Ce groupe gypsifère, au-dessous duquel viennent des dolomies compactes ou clôisonnées, puis des Calcaires marneux et des schistes noirs sans fossiles, est très différent du groupe qui précède, en ce sens que l’on n'y trouve nulle part de ces fragments remaniés des couches sous-jacentes.
M. Hébert, comme M. E. Dumas, rapporte cette dernière série au Trias, mais il en fixe la limite supérieure au
point où les phénomènes de remaniement annoncent un
nouvel ordre de choses.
Dans le département de l'Hérault, l’auteur arrive aux mêmes résultats lorsqu'il étudie la limite du Trias et du Lias.
Il a vu, comme aux Balmelles et à Chaylard, des grès et des poudingues en stratification transgressive sur les roches anciennes (environs de Lodève), et comme à Molière, des exploitations de gypse dans les marnes irisées du Keuper (environs de Neffiez et de Villacun).
Revenons aussi au département du Rhône que nous avons déjà étudié, afin d’y constater les progrès accomplis depuis que nous l'avons quitté.
Au-dessous du choin bâtard, existe, nous le savons, des grès considérés comme triasiques par MM. Leymerie et Fournet, et comme infra-liasiques par M. Dufrenoy.
Ces dépôts, considérés jusqu'alors comme complétement dépourvus de fossiles, ne le sont pas cependant. M. E, Dumortier nous y signale, à la partie supérieure, plusieurs petites couches pétries de fossiles dans lesquelles il a recueilli la Myophoria inflata, Em. (Trig. postera, Quenst) et l’Avicula contorta (Avic. Escheri, Mer) (1).
La couche fossilifère la plus inférieure, peu éloignée du sommet du groupe, est une mince assise de marnes violetverdâtre, dures, mates et criblées de vacuoles. La suivante
(4) Notice sur le terrain Ne du Mont-d’Or (Bull., 2 série, t. XVI, p. 1066).
est un calcaire en plaquettes, rose-grisätre foncé, dur et dolomitique. L'auteur cependant n’est pas sûr de la position relative de ces deux bancs qu’il considère comme les plus inférieurs de l’Infra-Lias.
Il est disposé à croire que les arkoses et les grès qui viennent au-dessous, appartiennent au Keuper.
M. Fournet paraît immuable. Ce savant, en effet, ne conteste pas l’existence dans le choin bâtard d’Ammonites, de Cardinies et d’autres fossiles du Lias; mais il subordonne le point de vue paléontologique au caractère chimique, et continue à ranger avec les grès, dans le Trias, le choin bâtard dont le dépôt témoigne, à son sens, de phénomènes complexes, qui lui paraissent caractériser spécialement la période triasique (1).
Nous passons ici la notede M. Ebray sur la composition géologique du sol des environs de Mâcon, parce qu’elle ne nous apprend rien que nous ne sachions en ce qui concerne l’Infra-Lias et les couches inférieures de ce département (2).
Nous ne ferons que citer également la communication que nous avons eu l'honneur de faire à la société géologique, réunie en session extraordinaire à Besançon, au mois de septembre 1860, relativement à la zone à Avicula contorta du Doubs (3).
Nous rappellerons cependant que MM. Collenot, Bréon, Bochard et nous avons constaté la présence des fossiles caractéristiques de cet horizon aux villages de Morre et de Beurre, au-dessous de la zone à Am. planorbis, et que nous y avons recueilli l’Avicula contorta, le Pecten Valoniensis, le Cardium cloacinum et le C. Rhæticum, ainsi que d’autres bivalves indéterminés.
(1) Notice sur le Mont-d'Or et son système triasique (BulZ., t. XVI, p. 1089).
(2) Bull., 2e série, t. XVII, p. 509.
(8) Id, id, id, p. 842 et 865.
OU ÉTAGE RHÆTIEN. ” 497
. Pénétrons maintenant dans la Provence, à la suite de M. Hébert, et nous verrons que cette région, que l’on se plaisait à citer comme exceptionnelle au point de vue stra- . tigraphique, rentre au contraire dans la règle de la ma- . nière la plus complète.
…—. Atrois kilomètres nord de Digne, sur la rive droite de —. la Bleonne, au lieu dit Champoran, le savant professeur a constaté de bas en haut la succession suivante :
10 Gypse associé à des argiles rouges. . . . . . . 30m, » 20 Dolomie jaunâtre pulvérulente ou schisteuse associée quelquefois à des argiles vertes ou
bleuâtres avec nids de gypse. . . . .. s AQU Trias. { 3° Calcaire dolomitique plus ou moins caverneux, souvent à l’état de brèche à la base, empâtant des fragments de schistes, plus terreux à la partie supérieure, où il alterne avec des argiles
vertes, quelquefois rouges. . . . ...... | AE
; 4° Schistes noirs, base du Lias. . ...*.... (0m.10 OMR er etd is ce es PR ST . 0 80
RP SESMMIOIEN 0e Salem o à à pe se se -0 70
70 Calcaires et schistes à Avicula contorta, avec le Bone-bed à la base, dans lequel se trouve en outre Gervillia præcursor, Quenst.; Pecten Valoniensis, et six ou sept autres espèces indéterminées : : . . . . « « PR UE NT 1 50 80 Alternances de calcaires gris et de schistes noirs. Les calcaires sont remplis de petits fos- Infra- siles, notamment de Mytilus, Peignes, etc. . 6 00 90 Calcaires gris, bleuâtres à l’intérieur, peu fossilifères, alternant avec des schistes noirs. . 12 00 10° Calcaires jaunâtres et argileux. . . ... ... #4 00 11° Calcaires en banes compactes, faisant saillie,
à fossiles indéterminés . . .. .. . .. dar 48:00 " 190 Calcaires en bancs réguliers, peu distincts en BAD aie it ls ed de due els à 22 00
130 Calcaires en gros bancs durs, faisant saillie. . 8 00 140 Calcaires marneux et marnes très fossilifères à la partie supérieure (Am. angulatus, Terebratula perforata, Rhynchonella costellata, Car-
| d'inia lamellosa, etc. . , «0 à « +. 10 00
(1) Du terrain jurassique de la Provence, etc. (Bull, 2% série, t. XIX, p. 100.
Cette série de dépôts que l auteur divise en deux et attribue partie au Trias et partie à l’Infra-Lias, présenté en effet, à partir des schistes noirs n° 4, une succession non interrompue de calcaires et de marnes ayant la plus grande analogie avec les assises supérieures de la zone à Am. Anqulatus. |
Les strates inférieures, au contraire, jusques et y compris les dolomies vacuolaires, contrastent de la manière la plus frappante avec tout ce qui vient par-dessus.
Mais si une liaison intime paraît exister ici entre les assises de la zone à Avicula contorta et celle de l’Infra-Lias proprement dit, ces titres de parenté, cette succession non interrompue dans les dépôts sont de nouveau énergiquement niées dans le nord de la France par MM. Terquem et Piette (4). |
Le Bone-bed, disent ces savants, est essentiellement triasique. « Les Avicules y sont contournées comme aux an- « ciennes époques de la terre ; les Myophories, ces Compa- « gnons les plus constants des Cératites, si caractéristiques « du Trias, y ont laissé de nombreux débris...
« Lors même que la faune et la pétrographie du Bone- « bed, ajoutent-ils plus loin, ne donneraient aucune lumière « sur son âge, lastratigraphie suffirait pour faire voir qu’il « n’est pas liasique. Soudé en quelque sorte aux marnes « irisées, il est en parfaite concordance de stratification « avec elles ; il les accompagne partout et en suit constam- « ment lé sort. Quand elles sont fissurées, il l’est égale- « ment; quand elles cessent d’affleurer sur les flancs pa- « Jéozoiques du plateau des Ardennes, il cesse aussi de se « montrer à la base du Lias. Il est, au contraire, en dis-
(1) Le Lias inférieur de la Meurthe, de la Moselle, du grand-duché de Luxembourg, de la Belgique, de la Meuse et des Ardennes; par MM. O. Terquem et E. Piette (Bull. soc. géol., 2e série, t. XIX,p.322).
OU ÉTAGE RHÆTIEN. 199
« cordance de stratification avec ce dernier terrain. A Loe- « velange, près du moulin, la discordance est si forte . « qu’elle saisit immédiatement les yeux quand on se trouve « en face de l’escarpement formé par le ruisseau. » Et cependant si nous passons en revue une à une, les … nombreuses coupes rapportées dans le mémoire deMM. Ter- F& quem et Piette, nous ne voyons de semblables discordances indiquées, ni dans la coupe prise à Hettange (p. 34), ni dans celle d’Ehlange (342), ni dans celle d’Arlon à Habay, … nienfin dans aucune de celies qui figurent pages 345, 846, 347, 348 et 349, bien que toujours les grès de cette zone inférieure affleurent au-dessous des dépôts infra-liasiques proprement dits.
| IL en est encore de même plus loin, pour la coupe de Vil- | Jers-sur-Semois (p. 353), et pour celle prise par les auteurs entre Gérouville, Limes et les forges Lazoy. Il est vrai que dans cette région les assises à faune hettangienne reposent fréquemment sur les terrains anciens (coupes de Watrin- … sàrt, Fleigneux, Aiglemont, Boisinval, près Charleville, Saint-Menge, etc.).
* Mais quelle conséquence MM. Terquem et Piette prétendent-ils en tirer ? Est-ce qu’ils ne nous ont pas déclaré aussi que lés calcaires à Ammonites planorbis n’affleurent qu’en très peu d’endroits, et que les couches à Am. angulatus elles-mêmes sont souvent atrophiées (p. 332) ? S'ils ont une théorie pour expliquer l'absence de ces strates supérieures, est-ce quelle ne peut pas s'appliquer également au Bone-bed ?
3 Voyons maintenant si la pétrographie du groupe litigieux est plus favorable aux conclusions des auteurs. - Nous ne pourrions, bien entendu, sans sortir du cadre restreint que nous nous sommes imposé, rappeler ici toutes les coupes de ces messieurs. Nous en prendrons une seulement parmi les mieux développées, celle de Villers-sur- Semois, par exemple, et nous terminerons.
Succession des assises dont est composée la colline de Villers-sur-Semois
Lias.
Bonebed.
Marnes irisées.
(Ghemin de Martinsart).
1° Marnes et calcaires contenant une très riche faune dont fait partie l'An. angulatus. . . . . 20 Marne plastique bleue et calcaire gréseux de même couleur, renfermant des Encrines, des
Ostrea irregularis et quelques gastéropodes. 2m,00
30 Marnes sableuses et calcaires gréseux d’un gris blanchâtre, contenant des Ostrea irregularis, des Lima Omaliusi et des Encrines. . . . . .. 2
49 Marnes grises feuilletées, micacées, très schisteuses, assez dures, tachées par des infiltrations de fer et de Manganèse. . . . .. . . . 0
5° Grès calcareux, micacé, fossilifère, jaunâtre et d’un brun erragineux MANS TS $ tee
6o Marne bleuâtre, très micacée, en lits irrégulière: 0
70° Grès calcareux , fragmentaire, très coquillier, formant deux bancs séparés par un mince feuillet de marnes grises micacées. Les fossiles sont cristallisés; on y reconnaît cependant l'Ostrea irregularis, des Cardinies et des As- MACON ral Tatalee lets 4 ouf ’ EST
80 Marne grise schistoïde micacée. . . . . . . . . 0
90 Grès calcareux, jaunâtre, schistoïde, micacé, renfermant des Cardinies. . ..........0
100 Lit de cailloux roulés à ciment argilo-siliceux,
avec débris de vertèbres très rares. . . . . . 0m,10
110 Grès micacé, gris de fumée, couvert de petites taches de manganèse et contenant de minces lits de Zignite. On l’exploite pour la pierre de
| 2: VAE FOIE A D ME 0 ve Pere 120 Sable micacé d’un blanc-verdâtre, se colorant parfois en brun pâle... ntm 7
130 Marnes noires, micacées, pyriteuses, feuilletées, alternant avec des grès tendres verdâtres. . . 4
140 Grès blanc, sableux, micacé, pyriteux et marhours: se 0t mie NC a TRE
150 Marnes irisées et calcaires dolomitiques. . . .
En présence d’une série stratigraphique aussi homogène de haut en bas, plus d’un géologue, nous en avons la con-
viction, serait fort embarrassé, sans le secours des fossiles,
OU ÉTAGE RHÆTIEN. 431 d'indiquer, même approximativement, où peut se trouver la limite des deux groupes.
Nous ne regardons pas en effet, comme un indice suffisant de séparation, le lit de cailloux roulés à ciment argi- . Jeux, n°40. D'ailleurs, si ce banc est, comme les auteurs le supposent, le produit d’un remaniement entre les deux … formations, il doit appartenir à la période qui commence (celle qui a remanié les dépôts sous-jacents) et non à celle Qui finit. Ceci nous paraît de toute évidence. Pourquoi donc alors avoir posé la limite précisément au- … dessus de l’assise ? On pourrait croire que c’est seulement parce qu'ils contiennent des débris de sauriens apparte- nant au Bone-bed. n'ya donc, en définitive, rien de tranché entre les deux horizons dont la parenté minéralogique est au con- traire aussi complète que possible. Mais cette parenté de- vient plus saisissante encore, par contraste, si nous nous rappelons qu’au-dessous des marnes irisées se succèdent dans la région :
4° Un calcaire dolomitique blanc; % Des marnes rouges et grises ; 3° Des dolomies rouges ; 4 Enfin des calcaires dolomitiques blancs (1).
Restent, il est vrai, les données paléontologiques ; mais elles ne nous semblent pas avoir été invoquées par les au- teurs d’une manière assez sérieuse pour qu’il soit utile de les discuter.
‘+ A l'opinion de MM. Terquem et Piette sur la matière, . nous n'opposerons pas celle de M. Noguès, parce que les limites que ce géologue assigne aux étages liasiques qu’il a
(1) Voir la coupe d’Arlon à Habay, loc. cit., p. 344.
étudiés dans les Corbières (1), sont trop vagues, trop incertaines.
Mais nous allons voir que M. Guillebot de Nerville arrive, dans la Côte-d'Or, à une conclusion diamétralement opposée, en basant son jugement sur une coupe d’une si complète analogie avec celle de Villers-sur-Semois, qu’on pourrait croire qu’elle a été relevée dans la même localité (2).
« A Blaisy, dit le savant ingénieur, l’Infra-Lias, Bone-bed « compris, repose sur les assises du Keuper et les deux « terrains sont en stratification concordante, ainsi du reste « que cela a lieu dans tous les points de la Côte-d'Or où l’on « peut observer leur superposition. »
Voici quelle est, sur ce point, la succession des couches :
4° Zone du calcaire à Gryphées. . . : . . 7" 70 2 Calcaire lumachelle gris compacte à gros grains de quartz avec Cardinia pra « C. secu-
riformis el. 7. :. «+ 0 T0 3° Marne schisteuse grésique, noirâtre, avec ‘dé bris de fossiles indéterminés. . . . . 0 10
4 Grès fin, quartzeux, grisâtre à texture rubis née, soudé par un ciment calcaire peu abondant, renfermant quelques fossiles indistincts et des Cardiniés: "73. , . 0 60 d° Marne tenillétée, sous noirâtre, très quartzeuse, s’exfoliant facilement, empâtant de petits cristaux de pyrite de fer. . . . 0 45 6° Grès grisâtre à grains fins,renfermant quelques | feuillets marneux bitumineux ; nombreux débris fossiles, souvent indistincts, Pleuromya, Anatina, Chemnitzia, Cardium, ete. (Ce banc paraît correspondre au grès de Marcigny-sous-Thil.) . . . © 80
(1) Bull, soc. géol., 2e série, t. XIX, p. 520. (2) Id., id., id., id., p. 687,
OU ÉTAGE RHÆTIEN.
7 Marnes schisteuses noires pyriteuses, à feuil- lets contournés, enchâssant de petites lentilles de D A Me AS 8 Calcaire marneux compacte, grisâtre, à grains serrés, à texture rubanée, en bancs de 0" 30 à 0" 40 cent., séparés par de minces lits argilo-marneux verdâtres. Ce calcaire donne un très bon ciment. 9° Marnes schisteuses noires avec fucoïdes et Dies de fougères! 21. 2°... . .
10° Grès fin quartzeux, grisâtre, pyriteux, avec empreintes charbonneuses de fucoïdes et fougères. 41° Marnes schisteuses noires très feuilletées.
12% Grès grisâtre, quartzeux, effervescent, à
grain inégal avec fucoïdes . . . .
43° Marnes noires schisteuses à tulle con- NN RAP RTE 14 Grès quartzeux, out, moucheté de pyrites de fer avec dents de poissons. . . .
45° Marnes noires schisteuses avec vertèbres Fi) RS . ; sr :
16° Grès fin, blanchâtre, avec RS marneu- 6, : Ë
17% Marnes argileuses, noires, irès feuilletées, enchâssant de gros bancs lenticulaires d’un grès à ciment calcaire, à grains quartzeux, anguleux et luisants, avec dents de poissons et de sauriens.
18° Marnes grisâtres très grésiques. . . .
19° Banc de calcaire marneux, gris-verdâtre, à structure caverneuse, empâtant de gros grains de
D ia mue
Dolomie du Keuper.
- En donnant cette coupe, l’auteur fait remarquer que l’assise n° 47 enchâsse parfois une brèche calcaire à ciment de grès très remarquable. Ce conglomérat est formé de frag-
ments anguleux, de petits cubes de calcaire marneux gris de fumée, à pâte fine compacte, qui paraissent avoir été brisés et réagglutinés sur place. Il est très pyriteux et empâte de nombreux ossements et des dents de poissons et de sauriens, comme les couches 14 et 15.
Nous n’avons rien exagéré, on le voit, en annonçant que l’analogie la plus complète existait entre les détails de cette coupe et ceux du profil de Villers-sur-Semois. Il n’y a pas, en effet, jusqu’à la couche remaniée, jusqu'aux traces charbonneuses signalées dans ces derniers dépôts, qui ne s’y trouvent représentées.
Du reste, il n’était pas besoin de sortir de la région étudiée par MM. Terquem et Piette, pour trouver des géologues en opposition complète de vue avec ces auteurs.
Si nous consultons l'aperçu de la constitution géologique du département de la Meurthe, par M. Levallois (4), nous voyons en effet que le savant inspecteur général des mines comprend dans le Lias les divers dépôts intercalés entre les marnes irisées ou la dolomie supérieure et le calcaire à Gryphées.
Afin de mieux faire ressortir cette divergence d’opinion, citons textuellement :
« Le grès infra-liasique ne forme qu’une bande étroite « qui suit tous les contours des marnes irisées du groupe « supérieur du Trias, avec lesquelles il alterne même quel- « quefois au contact, et il ne pourrait y avoir d'intérêt à le « Sous-diviser…
« C’est dans le grès infra-liasique qu'il faut chercher la « couche à débris de poissons et de sauriens, correspon- « dant au Bone-bed des Anglais, qui est aujourd’hui l’ob-
(1) Note à l'appui de la Carte géologique de ce département. Nancy,
OU ÉTAGE RHÆTIEN. 135
« jet de l’attention particulière des géologues. Je l’ai obser- . « yée dans un grand nombre de points de l'arrondissement « de Château-Salins, près de Vaxy, de Gremecey, de Sa- - « lival, etc., aussi bien que dans l’arrondissement de « Nancy : nommément au sud de Saint-Nicolas, vers le « ruisseau du Pré Lallemand, et sur le coteau qui règne « au nord du Sanon et de la Meurthe, entre Sommerviller « «
et Varangeville. Je l'ai observée aussi à Kedange, département de la Moselle. Un échantillon que j'ai recueilli du « grès de Vaxy, contient précisément l’Avicula contorta, « qui est considérée comme caractéristique pour le Bone- « bed. »
Mais il existe entre M. Levallois et M. Terquem un malentendu au sujet duquel il convient de s’entendre.
M. Terquem a de tout temps soutenu, et avec raison, que le grès d’'Hettange est infra-liasique (1), et dès 1855, pour ne pas remonter plus haut, ce géologue distinguait ces grès de ceux de Kédange et de Martinsart qu’il considérait déjà comme dépendant du Trias.
M. Levallois, au contraire, a varié dans ses appréciations et donné tour à tour le grès d'Hettange comme se rapportant au Lias moyen, et au calcaire à Gryphées.
Cependant, prenant à partie son contradicteur, l’hono- … rable inspecteur général lui oppose les conclusions du mé- moire de MM. Terquem et Pietté, et prétend qu’elles ne font que confirmer ce qu’il a énoncé lui-même, à savoir, que le grès d’Hettange dépend du Lias et qu’il est supérieur au grès dit infra-liasique, ajoutant que c’est à Vic,
(1) Cependant, dans son dernier mémoire (Bull., t. XIX, p. 322), ce géologue repousse cette épithète comme impropre et pouvant ame- ner la confusion; mais il n’en persiste pas moins à donner ce dépôt comme dépendant de la zone à Am. angulatus, bien qu’il présente - quelques vestiges du calcaire à Gryphées dans les assises les plus éle- | vées.
département de la Meurthe, qu’il faut chercher le type de ce dernier.
En tout ceci M. Levallois nous semble perdre de vue que la dénomination d’Infra-Lias a été créée par M. Leymerie pour le choin bâtard qui, ainsi que grès d’Hettange, est riche en Cardinies et correspond comme lui aux zones à Am. planorbis et Am, angulatus, et nullement pour les grès inférieurs que l’auteur regardait au contraire comme triasiques.
Ilest vrai que depuis, MM. Dufrenoy et Élie de Beaumont ont, par extension, appliqué le terme d’infra-liasique aux grès de Vie, et à tous les grès inférieurs dont dépend le Bone-bed ; mais nous ne pouvons admettre que l’on soit autorisé par cela même à refuser cette dénomination à l'horizon géologique pour lequel elle a été spécialement créée.
Que l’on dise que le grès d’Hettange n’est pas synchronique du grès de Vic, cela est de toute évidence et personne ne le conteste ; mais que l’on soutienne que ce grès n’est pas infra-liasique, voilà ce qui nous paraît inadmissible:
Nous avons vu précédemment que M. Hébert avait découvert la zone à Avicula contorta parfaitement caractérisée dans les Basses-Alpes ; maintenant M. Coquand{va nous la signaler dans les dépôts du Var et des Bouches-du- Rhône (1).
Au cap de Portissol, au sud de Saint-Nazaire, ce géologue a constaté qu’au-dessus des marnes irisées se présentent des argiles grisâtres mêlées de couches minces de grès micacés, auxquelles sont subordonnés quelques banes d’un certain calcaire compacte gris, à cassure conchoïde, rem-
(1) Sur l'existence des assises à Avicula contorta dans les départements du Var et des Bouches-du-Rhône (Bull. soc. géal. 9e série, t. XX, p. 426).
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5 OP “Ur it PRE DE Mc nc fe U AR ES”
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OU ÉTAGE RHÆTIEN, 137 plis d’une quantité innombrable de débris organiques à l’état de lumachelle.
Les fossiles y sont difficilement déterminables ; cependant en y donnant les soins nécessaires, M. Coquand y a reconnu l’Avicula contorta, la Plicatula intusstriata, l'Ostrea irregularis, V'Ost. Marcignyana, un Mytilus, des Pentacrines et une Phaladomie indéterminés.
Ces calcaires fossilifères qui n’ont pas plus de deux mètres d'épaisseur, sont noyés dans des argiles et suivis de dolomies grisâtres auxquelles succèdent à leur tour des car” gneules à larges cloisons que couronnent d’autres dolomies également grisâtres, le tout atteignant une épaisseur de 150 mètres et recouvert par le Lias moyen à Pecten æquivalvis.
Seulement comme l’auteur n’est pas parvenu à découvrir un seul fossile dans le grand système dolomitique, il ne peut tracer de limites rigoureuses entre ce qu’il convient d'attribuer, au-dessous du Lias moyen, au Lias inférieur, et à l’Infra-Lias, au-dessus des calcaires à Avicula contorta. C’est un point de la question qu'il laisse à élucider aux géologues qui viendront après lui.
Mais, en attendant, M. Coquand signale le même horizon fossilifère à Solliès-Toucas, à Belgentier et Cuers.
Il à également retrouvé, avec les mêmes fossiles, les mêmes calcaires grisâtres et compactes enclavés dans les dolomies infra-liasiques, à Roquevaire et à Auriol (Bouchesdu-Rhône).
D'un autre côté, M. E. Dumortier, dont nous avons fait connaitre les premières recherches dans le département du Rhône, a depuis agrandi le cercle de ses explorations et découvert enfin le Bone-bed, au-dessous de ce qu’il appelle les couches à Avicula contorta(1). Mais en scindant ces dé-
(1) Etudes paléontologiques sur les dépôts jurassiques du bassin du Rhône, première partie, Infra- Lias, in-8° avec 30 planches. Paris, Savy, 1864.
pôts qu’il considère, le premier comme triasique et le second comme infra-liasique, ce géologue nous semble imparfaitement renseigné, et nous avons tout lieu de croire qu’il reviendra de cette première appréciation.
Du reste, le vague qui existe dans la plupart des données stratigraphiques dont dispose M. Dumortier, ne permet pas, quant à présent, de se faire une idée bien nette de la constitution et de la puissance de cet horizon fossilifère, aux environs de Lyon.
Il ne parait pas possible non plus de dire si le gisement du Chappou, près de Saint-Rambert (Ain), où ont été recueillies une vingtaine de dents de Thectodontosaurus, appartiennent encore au même niveau.
Nous ne rapporterons ici aucune des coupes, toutes plus ou moins incomplètes, de M. Dumortier. Nous nous borne- | rons à dire seulement que les deux ou trois assises dans È lesquelles l’Avicula contorta a été recueillie jusqu'ici sont | très peu puissantes et qu’elles ne paraissent être séparées K. par aucune discordance, ni des dépôts sous-jacents, ni du | choin bâtard qui les recouvre.
Les fossiles cités comme ayant été rencontrés à ce niveau sont les suivants :
Orthostoma ? spec. Gervillia præcursor, Quenst. Myophoria inflata, Emm. — inflata, Schafh.
Cardium Philippianum, Dunk. Tæniodon præcursor, Schlænb. Cardita austriaca, Hauer, sp. Modiola glabrata, Dunk.
— munita, Stopp. Anatina præcursor, Quenst.
Nucula, spec. Avicula contorta, Portl.
Schizodus isoceles, Stopp., sp. Pecten Valoniensis, Defr. Mytilus minutus, Goldf. Myacites Escheri, Wink.
Le Pecten Valoniensis, Defr. (P. Lugdunensis, Mich.) (1), éminemment caractéristique de la zone à Am. planorbis
(1) Voir, pour la synonymie, les explications et les figures données par M. Dumortier, Loc. cit., p. 58, pl. 1x, fig. 1 à 6 et pl. x, fig. 1, 2,3.
. dans tout le Mont-d’Or, où il pullule au point de former . Jumachelle sur une épaisseur de 4 à 2 mètres, a été re- cüeilli aussi dans la zone à Avicula contorta, à Saint-Didier, au hameau de Létra et à Saint-Germain-au-Mont-d’Or. Par contre, la Pullastra elongata, Moore, spec. (Cypricardia porrecta, Dumor.) et la Plicatula intusstriata qui caractérisent ailleurs les assises du Bone-bed, foisonnent ici dans la zone à Am. planorbis. La dernière de ces coquilles y est même si abondante que M. Dumortier la considère - comme le fossile le plus répandu à ce niveau ; ajoutant que sur quelque point que portent les recherches, on aura plus vite trouvé dix exemplaires de cette Plicatule, qu’un seul fragment de lAmmonites planorbis.
Cela est d'autant plus singulier, que ces espèces ne sont pas même citées par l’auteur au nombre de celles qui ont été recueillies dans la zone inférieure.
Pour compléter ces trop longues recherches historiques, . nous terminerons par l'examen sommaire de notre dernier
mémoire sur la zone à Avicula contorta de la Côte-d'Or (1).
Le fait le plus saillant de tous ceux consignés dans cette étude est la découverte du Bone-bed le mieux caractérisé, dans l'arrondissement de Dijon, à Remilly-en-Montagne, Savigny, Mâlain et Blaisy; dans l'arrondissement de Beaune à Arnay-le-duc et Pouilly et dans celui de Semur à Normiers.
Ce dépôt, en relation constante avec la zone à Avicula contorta, en occupe généralement la partie supérieure, bien qu’on en trouve aussi quelquefois des traces jusque vers la base, et particulièrement à Blaisy.
Il ne constitue pas toujours une couche à ossements pro-
(1) De la zone à Avicula contorta et du Bone-bed de la Côte-d'Or (Mém. de l’Acad.de Dijon, t. XI, 1863).
prement dite, mais bien quelques bancs d’échouage plus ou moins fossilifères.
Dans les arrondissements de Beaune et de Semur ce dé-.
pôt n’est que très peu connu ; il n’a d’ailleurs été que peu étudié jusqu'ici.
Dans l'arrondissement de Dijon, au contraire, il a été retrouvé sur tous les points où existe la zone à Avicula contorta.
Il y présente même cela de tout particulier, que les dents et écailles de poisson qui le caractérisent, ont continué à se déposer dans la zone à Am. planorbis et dans celle à Am. angulatus.
Ce fait intéressant a été constaté par nous à Remilly-en- Montagne et à Mémont.
Dans cette dernière localité nous avons recueilli en outre des coprolithes admirablement conservés et présentant encore à la surface l’empreinte bien marquée des replis de l'intestin qui les avait contenus.
Sur ce point les lumachelles à Am. planorbis manquent et les calcaires à Am. angulatus reposent directement sur les arkoses et les grès à Avicula contorta. Le bane inférieur n’est lui-même qu’une sorte d’arkose à pâte calcaire et forme une transition minéralogique entre les assises supérieures de l’Infra-Lias et les grès à Avicula contorta.
Le parallélisme le plus complet ne cesse de régner entre ces diverses assises, et il ne semble y avoir eu ni interruption ni temps d’arrêt dans le travail de la sédimentation, malgré la lacune que nous venons de constater.
A Remilly, les lumachelles commencent à apparaître entre la zone à Am. angulatus et les grès à Avicula contorta. Elle sont minéralogiquement semblables à celles de l’Auxois; mais elles contiennent quelques dents et écailles de poissons.
Au-dessous et toujours en stratification concordante, viennent des assises gréseuses avec argiles et lumachelles
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subordonnées, pétries de fossiles propres à la zone à Avicula contorta.
Ces lumachelles, assez semblables à celles de la zone à Am. planorbis, contiennent, comme ces dernières, l’Ostrea irregularis en assez grande abondance.
Du reste, partout où nous avons étudié ces dépôts dans la Côte-d'Or, nous avons observé une concordance de stratification constante avec les parties supérieures de l'Infra- Lias. |
Le même parallélisme se remarque toujours aussi avec les marnes irisées, chaque fois qu’elles affleurent au-dessous ; mais il est à remarquer que souvent la zone à Avicula
contorta repose en stratification transgressive sur le granit
et autres roches de cristallisation.
D’après l'examen paléontologique auquel nous nous sommes livré sur les fossiles provenant de l’horizon en litige, quatre-vingt-dix espèces animales ou végétales ont été recueillies à ce niveau dans la Côte-d'Or.
Sur ce nombre, 52 paraissent spéciales à la zone, six ont déjà été signalées dans le Trias et vingt-six auraient continué à se propager dans l’Infra-Lias proprement dit.
Les limites de stationnement des autres espèces sont douteuses.
Ce résultat très significatif est surtout remarquable en ce que, sur les six espèces dites triasiques, quatre montent dans la zone à Am. angulatus, en sorte qu’il ne reste en réalité que deux types positivement keupériens.
Nous eroyions en avoir fini avec cette revue historique, lorsque nous sont parvenus deux nouveaux mémoires, l’un de M. Lavallois et l’autre de M. Terquem, qui nous ont obligé à rouvrir ce chapitre.
M. Levallois continue à considérer les grès de Vic (Meurthe) et leurs équivalents comme représentant exclusivement les grès infra-liasiques et à rattacher ceux d'Het-
tange et de Luxembourg au calcaire à gryphées (1). Nous ne reviendrons pas Sur les observations que nous avons présentées à cet égard.
À Vic, ces grès, nous le savions déjà, reposent sur les dolomies du Keuper, et présentent, nous dit le savant inspecteur général des mines, trois zones distinctes; ce sont, dans l’ordre descendant :
a. Grès quartzeux, blanchâtre, sans ciment où à peu près ; plusieurs bancs de 0" 50: à 4" d'épaisseur.
b. Grès à ciment calcaire, d’un blanc-bleuâtre, renfermant beaucoup de coquilles bivalves propres à la zone.
c. Grès calcaire passant à une oolithe blanchâtre. Ces différentes variétés forment des bancs qui alternent avec des schistes, et on les voit aussi se mêler et alterner entre elles.
La variété a est de beaucoup la dominante, non seulement dans la Meurthe, mais encore dans les départements voisins et jusque de l’autre côté du Rhin. Un lit d’argile rouge assez puissant sépare ordinairement ces grès de l’Infra-Lias proprement dit.
M. Levallois qui a suivi ces dépôts, sans discontinuité, depuis le Luxembourg jusque dans la Haute-Marne, cite à ce niveau, avec différentes espèces de mollusques, de poissons et de reptiles propres à la zone, des moules et empreintes de Cardinies au Pré Lallemand (Meurthe), à Rulle, dans les Ardennes, et sur la route d’Arlon, au sud de la petite ville d’Attert.
Das la Bnourgogne, ces couches de jonction changent t uñ peu de nature au contact de roches cristallines du Morvan et passent fréquemment à l’arkose (2), mais sur les points
(1) Les couches de jonction du Trias et du Lias dans la Lorraine et la Souabe, etc. (Bull. soc. géol., 2e série, t. XXI, p. 384). (2) M. Levallois critique expression d’arkose que, dans notre pre-
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où elles succèdent aux marnes irisées, comme à Mémont, É par exemple, ces assises présentent de grandes analogies minéralogiques avec leurs équivalents de la Lorraine et de la Franche-Comté.
. Nous ne suivrons pas M. Levallois dans les différentes localités de la Côte-d'Or dont nous avions avant lui fait connaître la stratigraphie, puisque les appréciations de ce géologue ne font que confirmer les nôtres. Nous rapporte- . rons seulement un fait auquel il semble attacher une cer- taine importance, c’est l'absence des grès fossilifères de la zone à Avicula contorta, entre les marnes irisées et les lumachelles, à la montée de Menétoy, à trois kilomètres ouest de Semur.
… Là, ainsi que le fait observer ce géologue, l’Infra-Lias ; L. débute par une roche de grès grossier, sans fossiles, à la- … quelle succèdent les lumachelles à Ostrea irregularis ; mais …. de ce qu'aucun débris organique n’a été recueilli jusqu'ici . dans cette sorte d’arkose, ce n’est pas, ce nous semble, une raison de conclure qu’elle en soit dépourvue.
L'idée que tend à faire prévaioir ici M. Levallois, et qui consiste à donner comme stériles ces grès à texture gros- .… sière qu’il a également observés au contact des lumachelles, . à Marcigny-sous-Thil, Montigny-sur-Armançon et ailleurs,
mier mémoire, nous avons appliquée indistinctement à tous les dé- pôts gréseux qui séparent les marnes irisées ou les roches anciennes, suivant le cas, des assises de lumachelles. Minéralogiquement il a raison.
Nous ferons observer seulement que ce n’est pas nous qui avons introduit ce terme dans la science avec ce sens particulier. Nous n’avons fait qu’adopter une appellation consacrée dans le pays, depuis les travaux de M de Bonnard, pour qui l’arkose était . un terrain bien plus qu’une roche, et qui, dans son second mémoire (Constance géognost., p. 39 et 49), applique ce nom aux divers grès dont la formation est antérieure aux marnes et lumachelles du Lias. . M. Levallois le reconnaît d’ailleurs un peu plus loin, p. 425 de son mémoire.
n'est aucunement fondée; car c’est précisément dans ce banc que le docteur Bochard a recueilli, à Montigny, de nombreux exemplaires de l'Ostrea Haïdingeriana, associés au Pullastra elongata, et à divers moules de Cardinies.
Passant ensuite aux caractères paléontologiques, M. Levallois qui, jusque là, avait été un des plus fermes partisans du Lias, est disposé maintenant à admettre que cet horizon forme un groupe à part (4).
Il pense même aujourd’hui que ces couches de jonction sont beaucoup plus distinctes du Lias que du Trias dont elles se rapprochent, et par l’aspect général de la faune et par la pétrographie. Pour justifier cette manière de voir, ce géologue cite plusieurs localités où ces affinités stratigraphiques et minéralogiques sont manifestes, tandis que
(1) Ce n’est peut-être guère le lieu d’aborder ici la discussion engagée par M. Levallois au sujet de la faune qui caractérise cet horizon. Cependant, comme je suis personnellement mis en cause, on me pardonnera, je l'espère, quelques mots de réplique.
Mon savant contradicteur pense que l'argument que j'ai employé pour établir que la faune des couches à Avicula contorta est liasique et non triasique n’est d’aucune valeur. Je veux que le lecteur en soit juge :
Voici un terrain dont le classement est à faire. Je l’examine, je le fouille minutieusement et j'y trouve un certain nombre d’espèces de mollusques, dont un quart à peu près me semble liasique et Les trois autres quarts distincts de tout ce que je connais du Lias.
Je veux savoir alors si ces derniers, par aventure, ne seraient pas keupériens ; mais notre keuper, en Bourgogne, quoiqu’assez bien développé, n’a pas jusqu'ici de fossiles connus. Je le compare donc aux fossiles keupériens des autres contrées, et je trouve que pas une de mes espèces ne correspond à celles-là.
Et je n’aurais pas le droit d’en conclure, sans dépasser les bornes raisonnables de l'induction, que ce terrain litigieux est plus liasique que keupérien!
En vérité, j'ai beaucoup de peine à le croire.
Mais, suivons l’argumentation de M: Levallois :
Vous pourriez être dans le vrai, ajoute-t-il, si votre point de comparaison était pris en Bourgogne; mais le keuper n’est fossilifère ni én France, ni en Angleterre, ni en Souabe, et c’est à tel point que
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la démarcation est toujours nettement tranchée avec le
calcaire à Gryphées.
M. Terquem, dans la courte description stratigraphique qu'il donne des environs de Semur, aborde aussi la ques-
tion et la résout dans le même sens (1).
Comme M. Levallois, ce géologue, tend à établir que les couches arénacées qui se trouvent au contact des luma- * chelles ne présentent aucune trace de fossiles.
Nous avons cité des preuves du contraire, il nous semble en conséquence inutile d’y revenir.
Répondant ensuite à quelques-unes des questions que nous lui avons posées dans notre dernier mémoire, et paraissant éviter les autres, M. Terquem reconnait que dans la Bourgogne le Bone-bed et le Lias semblent avoir une stratigraphie concordante (2). Mais il n’admet pas qu'il y ait passage d’un certain nombre d’espèces de l’un à l’autre. Puis entrant dans un examen critique à cet égard, il sou-
sur les 733 espèces de mollusques dont se compose la faune de ce terrain, d’après d’Orbigny, 2 sont du Wurtemberg et les 731 autres des contrées alpines, contrées anormales s’il en fut, à raison du polymorphisme qu'y présentent les roches des terrains secondaires, et qui témoignent du trouble au milieu duquel la sédimentation s’y est accomplie.
Et voilà, dit-il, dans quelles conditions et à quelle distance vous allez chercher des faunes de comparaison pour les terrains de la Bourgogne !
Sans doute. Et l’on doit d’autant mieux le comprendre que je n’avais pas à choisir. D'ailleurs, ces gisements des contrées alpines sont beaucoup moins anormaux qu’on veut bien le dire, puisque sur les 100 espèces environ de la zone que nous connaissons aujourd’hui dans la Côte-d'Or, près de 80 se retrouvent dans les Alpes au même horizon.
(1) Quatrième Mémoire sur les Foraminifères du Lias, Metz, 1864.
(2) A la manière dont M. Terquem soutient la discussion, il parait ‘qu'il n’est pas permis d'être dans la question d’un avis opposé au sien.
Ce paléontologiste ne me pardonne pas surtout d’avoir cherché à identifier quelques espèces de ce Bone-bed à celles du Lias, en m’appuyant sur ses descriptions et ses figures.
ll paraît, ce que j'étais loin de supposer, que les unes et les autres,
tient que les assimilations qui ont été faites sont fautives pour la plupart et termine en disant qu’il possède une longue série de fossiles du grès bigarré de Saint-Avold (Moselle) et de Ruault, près de Plombières (Vosges), où il re-
fussent-elles rigoureuses et mathématiques, ne pourraient aucunement servir à la solution du problème.
En paléontologie, d’après M. Terquem, il n’existe d'autre moyen de détermination que « de se faire communiquer les types auxquels on « veut comparer les fossiles qui sont à déterminer, ou d'envoyer
« ceux-ci aux auteurs qui ont créé les espèces (Loc. cit., p. 284). »
Je demanderai alors à ce paléontologiste pourquoi il s’impose depuis si longtemps la peine de décrire et de figurer tant de fossiles (et en particulier Les espèces microscopiques) s’il est vrai que l'on ne puisse faire de ses descriptions et de ses figures aucun usage sérieux.
Jusqu’ici, cependant, comme il ne s’agit que d'une opinion personnelle, on peut, à la rigueur, l’admettre, toute bizarre qu’elle soit; mais ce qui me semble difficile à accepter, c’est lorsque je lis que « j'ai adopté, sans aucune réserve, les opinions de M. Stoppani sur la « stratigraphie et la paléontologie, et que je me suis appuyé sur les « publications de ce géologue pour le classement des assises et des « fossiles de Bourgogne. »
Ceci, en vérité, dépasse les bornes, et c’est par trop fort de critiquer les gens sans s’être donné la peine de les lire.
En effet, si M. Terquem eût bien voulu jeter les yeux sur mes écrits, il aurait vu, d’une part, que mon premier mémoire porte la date du 19 mai 1859, tandis que celui de M. Stoppani n’a commencé à paraître qu’en 1860; et de l’autre, il aurait pu se convaincre, en se reportant aux pages 29, 30, 34, 59, 67, 68 ct 69 de ma seconde étude sur la zone à Avicula contorta, qu'en matière stratigraphique surtout, il n’a absolument rien ajouté à ce que j'avais objecté moi-même à M. Stoppani.
Néanmoins, partant de ce principe que je ne suis en tout ceci que le satellite de ce géologue, M. Terquem, au lieu de me prendre à partie, s'attaque à ce dernier, et, je suis fâché d’avoir à le dire, d’une manière qui aurait pu être plus aimable, sans que la science eût rien à y perdre.
Dans toute cette tirade, d’ailleurs, un seul fait m’est personnellement imputé : « Dans notre visite à Marcigny, dit M. Terquem, nous avons trouvé beaucoup de moules d’acéphales et sur l’une des Panopées de M. Martin, nous avons reconnu trois dents horizontales d’une Cucullée. » Voilà, en effet, une acusation assez grave; mais avant de la formuler, comment M. Terquem a-t-il eu les moyens de s’assurer qu’il avait à faire à une de mes panopées? Cela, il me semble, valait bien la peine d’être dit. ;
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trouve presque tous les acéphales que nous avons publiés
pour les couches à Avicula contorta.
M. Terquem rendrait donc un service important à la science en faisant connaître ces espèces.
L’impression de ce mémoire commencée, nous nous trouyons de nouveau dans l'obligation de rouvrir le présent chapitre pour y consigner le résultat des recherches de
M. Eugène Deslongchamps sur l’Infra-Lias et la zone à Avi-
cula contorta de Normandie (1).
Dans cette nouvelle étude, ce géologue étudiant les étages jurassiques inférieurs de cette contrée, y considère la zone à Avicula contorta comme partie intégrante de l’Infra- Lias qu’il subdivise comme suit :
1° Assises inférieures ou grès dolomitiques à végétaux ;
2% Assises moyennes, marnes à Mytilus minutus et à Our-
Sins ;
3° Assises supérieures ou calcaires gréseux à Cardinies.
D’après cet auteur, les sables et grès dolomiques à empreintes végétales représenteraient en Normandie les couches à Avicula contorta et les marnes à Mytilus minutus avec les calcaires gréseux à Cardinies, l’Infra-Lias moyen et supérieur. :
Les assises inférieures, à ce qu’il paraît, ne peuvent être que très rarement observées.
M. Eugène Deslongchamps neles a aperçues qu’une seule fois aux environs de Carentan, où une petite exploitation les avait mises au jour.
Là il a pu constater de bas en haut :
4° Calcaire un peu caverneux, très dolomitique, s’enlevant en larges plaques et renfermant des fossiles indéter- 0 0, 960
2 Marne grenue jaunâtre. . . . . . . 4 00
(1) Mémoires de la Société linnéenne de Normandie, t. XIV, 1865,
3 Argile feuilletée et petits cailloutis marneux. 2 00
4 Calcaire très fendillé en plaquettes, semblable au n° 4°, mais avec fossiles un peu mieux conservés.
L'auteur y cite des fragments de Turritelles et de Trochus, le Mytilus minutus et quelques autres lamellibranches parmi lesquels il a cru distinguer une Myophoria, une Cypricardia, une Hettangia et quelques fragments semblant indiquer l’Avicula contorta.
Quant à la liaison de ces assises dolomitiques avec les couches plus élevées, elle n’a pas pu être observée directement, et ce n’est que par induction que ce géologue les croit en relation immédiate avec la série marneuse à Mytilus minutus et à Diademopsis seriale.
Quoi qu’il en soit, une des particularités les plus remarquables des gisements de cette région, c’est de voir les dépôts à Diademopsis seriale, Ostrea anomala, Tqm., Plicatula lineolata, Desl., Plic. Baylii, Tqm., Mytilus liasinus, Tam. Avicula infra-liasina, Martin, Corbula Ludovicæ, Tqm., Cardinies diverses, etc., présenter aussi la Cypricardia Marcignyana, Mart., et le Mytilus minutus, coquilles assez communes à Ce niveau pour que la dernière y soit considérée par l’auteur comme la plus caractéristique de toutes.
La Cypricardia Marcignyana est même signalée jusque dans les assises supérieures, correspondant à la zone à Am. angulatus (1).
En définitive, la zone litigieuse, quoique peu connue dans cette région, a des affinités paléontologiques marquées avec l’Infra-Lias proprement dit, et ses relations géologiques et stratigraphiques ne paraissent pas moins intimes avec ce dernier terrain qu’avec le Keuper.
(1) Mémoire de la Société linéenne de Normandie, t. XIV, p. 23.
OU ÉTAGE RHÆTIEN. 149 En ce qui concerne la transition minéralogique que pré-
sente ce groupe de l’un et de l’autre côté, elle est attestée par l’auteur dans les termes suivants :