AUTRICHE SEPTENTRIONALE
La rareté des fossiles à presque tous les niveaux dans la chaine des Alpes, la multiplicité des groupes sédimentaires, le polymorphisme et l’extrême variété pétrographique des terrains d’un endroit à un autre, ont été, jusqu’à ces dernières années, un obstacle énorme à l’avancement des études stratigraphiques.
Pour la zone à Avicula contorta, en particulier, la diffculté était extrême.
En fait de restes organiques on ne connut pendant longtemps, dans les Alpes Autrichiennes, que certaines empreintes de coquilles bivalves cordiformes, assez abondamment répandues, il est vrai, mais toujours et partout les mêmes.
Ces coquilles, naturellement, avaient dû de bonne heure attirer l’attention des géologues.
Aussi dès 4794 Wulfen (1) en avait-il décrit et figuré une sous le nom de Cardium triquetrum. Mais ce nom, adopté par les naturalistes qui vinrent après lui, fut indistinctement appliqué à toutes les grosses bivalves qu’une certaine analogie de forme, jusque-là trop peu étudiée, avait fait regarder comme identiques.
Le Cardium triquetrum devint ainsi un fossile caractéristique, un point de repère dont on essaya pour arriver à la parallélisation des couches de cet horizon.
C’eût été parfait si l’on n’avait pas alors confondu sous
(1) Descript. Helmentoliti pulcherr. versicoloris. Erlangen, 1794, fig. 2.
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ce même nom quatre ou cinq coquilles de nature très diffé-
rente quoique assez semblables et de station très distincte, ainsi que nous le verrons plus tard, puisque les unes carac-
. térisent les assises supérieures du Keuper et les autres le
sommet de la zone à Avicula contorta.
Il résulta de cette confusion des assimilations fautives, des classifications erronées, comme celles qui ont eu pour conséquence de présenter les calcaires de Guttenstein et d’Hallstadt, les couches de Raible, etc., comme des équivalents stratigraphiques du Dachsteinkalk.
Du reste, ce n’est guère qu’à partir de 1854 que l’on commence à entrevoir dans les auteurs où peut être, pour cette contrée, le point de jonction du Trias avec la formation liasique.
Dans une première notice, M. de Hauer (1) avait établi dans la série secondaire du versant nord des Alpes les divisions suivantes :
1° Schistes de Werfen ou grès bigarré ;
2% Calcaire de Dachstein ou Muschelkalk inférieur ;
3° Couches de Hallstadt ou Muschelkalk supérieur ;
4 Couches charbonneuses des Alpes ou marnes irisées, et peut-être assises inférieures du Lias.
Dans un travail postérieur (2) qu’il appuie, cette fois, de renseignements paléontologiques assez nombreux et assez précis, l’auteur revient sur cette classification et reconnaît que les termes deux et quatre de la série précédente doivent être rapportés au Lias. Une nouvelle division lui semble aussi devoir être introduite pour les calcaires noirs ou foncés qui recouvrent le grès bigarré, et qui, bien que liés avec lui, en sont cependant très distincts : ce sont les cou-
(1) Ueber die Gliederung des Alpen-Kalke in den Ost-Alpen (Neu- Jahrb. 1850).
(2) Même titre (Jahrb. der k. k. geol, Reichsanstalt, t. IV). 1853.
ches de Guttenstein qu’il considère, avec celles d’Hallstadt, comme représentant le Muschelkalk.
Il donne alors le calcaire de Dachstein et les couches de Staremberg qu'il prétend caractérisés par le Cardium triquetrum, comme les assises les plus inférieures du Lias, et les couches de Koessen comme venant au-dessus.
M. de Hauer cite comme provenant de ces dernières assises, étudiées par lui dans un grand nombre de localités, les espèces suivantes : Belemnites? Orthoceratites, Nautilus Sturi, Hau., Am. bisulcatus, Brug., Ammon. obliquecostatus, Ziet., Am. kridion, Hehl., Am. moreanus, d’'Orb., Pleurotomaria expensa, Gold., Natica alpina, Mer., Megalodus triqueter, sp. Wulf., Cardium austriacum, Hau., Card. Rhæticum, Mer., Nuculacomplanata, Phil. Modola Schafhaeutli, Stur, Gervillia inflata, Schaf., Avicula inæquiradiata, Av. Escheri, Mer., Av.intermedia, Emmr., Pinna folium, Young, Lima gigantea, Desh., Pecten liasimus, Nyst, Plicatula intusstriata, Emmr., Ostrea Haidingeriana, Em., Thecidea Haidingeri, Süss, Terebat. cornuta, Sow., T. piriformis, Süss, T.horia, Suess, T. gregaria, Süss, Rhynchonella fissicostata, Süss, Rhy. subrimosa, Süss, T. cornigera, Schafh., Spirigera oxycolpos, Emm., Spirifer Munsteri, Dav., Sp. rostratus, Schloth., Sp. Emmerichi, Suess, et Discina celtensis, Suess.
Ce classement toutefois était encore fautif et les recherches de MM. Lipold, Stur et Czjzck (1), devaient bientôt en démontrer l’inexactitude, en établissant qu'entre Brienwald et Koenigsberg ces mêmes calcaires à Cardium triquetrum (calc. à Isocardes, comme les appelle M. Lipold), sont audessus des couches de Koessen.
(1) Geologische Stellung, etc., Jahrb. der k. k. geol. Reichsanstadt, t. III. 1852.
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n'ajoute guère aux connaissances acquises en Ce qui concerne la classification systématique de ces diverses assises. Ce qui ressort de plus clairement de ses appréciations, c’est | que la faune du calcaire de Dachstein se rapproche beaucoup de celle du Muschelkalk, appréciation très contestable —. puisqu'il y cite des Ammonites de la section des Arietes, exclusivement propres au Lias.
Cet auteur rapporte, au contraire, à ce dernier terrain la … flore des assises de Gresten qui reposent directement sur . celles de Guttenstein (2).
Jusque-là donc, rien de certain ni de positif, en ce qui concerne la délimitation qui nous intéresse.
Il en est de même encore dans le travail de M. Stur sur la vallée de l’Ems (3), bien que l’auteur ne soit pas éloigné de voir à ce niveau un horizon assez distinct.
Le mémoire stratigraphique de M. Karl Peters (4) sur les Alpes du Salzbourg, district de la Saale, est plus satisfaisant en ce sens que l’on commence à y saisir les limites du Trias et du Lias.
Selon ce savant, au grès bigarré (couches de Werfen) __ succèdent :
‘4 1° Les calcaires et schistes noirs de Guttenstein ; E. 2 Une dolomie bien stratifiée, fragile, gris-clair, saccha- —. roïde, représentant selon lui les couches d'Hallstadt ;
à 3° Des couches calcaires et dolomitiques avec empreintes de plantes (en partie couches à Lithodendron de M. Lipold) ;
4 Les couches de Koessen ;
d° Et enfin les calcaires de Dachstein.
(1) Geol. Notizen aus den Alpen, Jahrb der k. k., t. II, p. 44. 1832.
(2) Jahrb. der k. k. geol. Reichs., t. 1, p. 44. 1852.
—… (3) Zbid.,t. IL, p. 461. 1853.
NE . (4) Die Salzburgischen Kalkalpen in Gebiete der saale. Jahrb., 5e an-
—. née, n° 4, p. 116. 1854.
Toutefois, la limite entre les divisions n° 2 et 8 est difficile à établir, et il semble même que dans certaines localités la dolomie gris-clair, saccharoïde, se trouve placée entre les couches d’Hallstadt et celles à Lithodendrons.
D'ailleurs, à quel terme de la série (Trias ou Lias) rapporter ces couches à Lithodendron ? On était encore fort indécis à cet égard, bien que dans l'opinion de M. K. Peters elles fissent partie des assises liasiques les plus inférieures.
M. E. Suess (1) nous semble être le premier qui ait donné sur ces dépôts des renseignements paléontologiques de nature à dissiper un peu les incertitudes.
Dans les notes géologiques qui précèdent fa description des brachiopodes des couches de Koessen, l’auteur nous montre la faune propre à ce dernier horizon, reliée à celle des assises précédentes par un certain nombre d’espèces communes, et cite dans ses descriptions le Spirifer Munsteri (Spiriferina uncinata, Schafh.) et la Rhynchonella cornigera aussi bien dans l’un que dans l’autre dépôt.
D'après ce savant, les couches de Koessen proprement dites, sont l'équivalent des couches à Gervillies et à Avicules de M. de Buch. Par leurs fossiles elles appartiennent au Lias inférieur ; mais elles diffèrent de celles d'Hierlatz, qui constituent une assise plus élevée dans le même groupe.
Quant aux calcaires de Dachstein et de Starhemberg, et sous ce nom M. Suess désigne non seulement la partie supérieure qui renferme les grandes bivalves si souvent citées, mais encore toute la série des calcaires jaunes depuis le Trias jusqu’au Lias supérieur; il les met sur la même ligne que les assises de Koessen.
Il en est encore de même des couches de Gresten, dont
(1) Ueber die Brachiopoden der Koessener Schichten, Deusks. der Mathem. Naturwiss. classe der Kais. Akad. der Wissensch., t. VIL. 1854. avec # pl.
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jes calcaires marneux noirs et les grès foncés présentent des veines de charbon et les fossiles du Lias le plus inférieur, telles que Avicula intermedia, Pinna folium, Pecten liasinus, Lima gigantea, Cardinia Listeri, Pholad. ambiqua, Spirifer rostratus, Sp. Munsteri, Tereb. cornuta, etc.
Il semble résulter de ce parallélisme établi par l’auteur, que les faunes particulières aux dépôts de chacune de ces localités ne sont que des modifications partielles de la faune générale des calcaires et des marnes noires de Koessen.
Ces couches de Koessen, dont il est nécessaire maintenant de faire connaitre la pétrographie et les relations stratigraphiques, s'étendent du Voralberg jusqu'aux environs de Vienne sur le versant nord des Alpes.
Elles sont constituées par des calcaires gris-foncés ou bruns, à cassure conchoïde, divisés en lits minces et alternant avec des marnes et des argiles schisteuses (1). Les huitres, les brachiopodes et les gervillies x forment à la partie supérieure des bancs entiers.
Ces dépôts, souvent d’une puissance énorme, succèdent dans la série aux couches d’Hallstadt, caractérisées par les fossiles du Saint-Cassian ou du Keuper, et sont recouvertes par les assises du Lias supérieur.
Dans toute cette région, les couches de Koessen sont toujours nettement séparées de celles d'Hallstadt pour leurs fossiles qui n’ont pas une seule espèce de commune.
Voici done, si cela se confirme, une limite naturelle parfaitement accusée entre la formation liasique et celle du Trias ; mais il n’en est pas de même en ce qui concerne la partie supérieure de la zone, qui ne paraît pas avoir plus préoccupé M. Suess que ses devanciers.
En 1860, dans une nouvelle étude sur le Koessenerschi-
(1) Voy. Lill de Lilienbach, Jahrb., 1833.
chten de la Hongrie, M. Dion.Stur (4) signale un fait stratigraphique important, et qui, pour lui, semble avoir une haute signification.
Ila vu dans les Karpathes les couches de Koessen les plus inférieures reposer immédiatement et sans aucune trace des dépôts triasiques sur le Rothliegenden.
Cela lui prouve qu’une commotion violente dont la date se place naturellement après le dépôt des derniers sédiments keupériens, a submergé toute la région occupée aujourd’hui par la chaîne des Karpathes, et que les couches de Koessen font bien réellement partie d’une ère nouvelle, l'ère liasique. Il poursuit en disant que « ce serait faire « gratuitement violence aux faits et à la logique de leurs « conséquences que de persister à voir dans ces couches « une subdivision des dépôts keupériens. »
Sans attacher à cet accident local la même importance que l’auteur, nous la constatons néanmoins avec intérêt, parce qu’avec les quelques autres faits de même nature que nous avons recueillis déjà et qui nous restent à recueillir, nous pourrons faire ressortir l'exagération des conséquences que certains géologues ont voulu tirer de discordances semblables constatées par eux entre la zone à Avicula contorta et la partie supérieure de l’Infra-Lias.
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RÉSUMÉ
Nous ne trouvons plus ici comme en Angleterre et comme dans l'Allemagne du nord, cette constance dans la relation stratigraphique des couches, qui nous a rendu si facile l’isolement du groupe dont nous recherchons les limites.
(1) Ueber die Koessenerschichten in Ungarn, Sitzungb. d. k, Akad. t. XXXVIII.
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