CHAPITRE VIII
SCYPHOZAIRES. — L’ACTINIE
Par le D> L. FAUROT
Docteur ès sciences naturelles.
L'HELIACTIS BELLIS (Ellis)
Place dans la systématique. — Cette actinie du groupe des Sagartiadæ présente de grandes variations
dans la couleur du disque oral et surtout des tentacules.
Ces variations ont été décrites par Gosse, Andres. La forme des taches régulières qui ornent le plus souvent la base des tentacules a été considérée comme caractéristique, mais ces taches sont, non seulement variables, mais peuvent même complètement manquer.
Ces particularités font que YHeliactis bellis se distingue difficilement du Cylista viduatci ( Sogarlia viduata , Gosse). Anatomiquement, il ne paraît en différer que par la structure du sphincter vu sur une coupe radiale, ainsi que par l’épaisseur des parois et des cloisons.
Habitat. — Les Heliactis bellis sont très communs sur les côtes de la Méditerranée et de l'Océan. Généralement ils vivent fixés dans les anfractuosités des rochers. Souvent aussi ils sont enfoncés dans le sable ou la vase des plages, toujours fixés sur une pierre ou une coquille.
Dans les deux cas et en état d’épanouissement ils ne laissent apparaître à l’extérieur que leur disque tentaculaire. En état de contraction on aperçoit difficilement le sommet en partie introversé de la colonne ; en effet, ce sommet se trouve protégé par un revêtement de sable et de débris de coquilles fixés sur l’actinie au moyen de tubercules adhésifs que Ton a nommés : verrues. L'habitat normal de VH. bellis paraît être de 1 à 30 mètres de profondeur dans la Méditerranée et l’Océan.
Synonymie. — Heliactis bellis Sagartia (Ellis); Cereus pedunculatus (Pennant) ; Sagartia bellis ; Sagartia troglodytes (Gosse).
Description extérieure. — Verrues. — La colonne très allongée et cylindrique s’évase plus ou moins en forme
de coupe au niveau de son disque oro-tentaculaire. Sur les gros spécimens les bords de cette coupe sont ondulés, c’est-à-dire relevés et abaissés par places. Après un séjour d’environ vingt-quatre heures dans un récipient plein d'eau de mer, les grains de sable et les débris de coquilles dont est revêtue le sommet de la colonne se détachent, et l’on aperçoit les verrues blanchâtres auxquelles ils adhéraient.
Les verrues existent sur toute la surface de la colonne, mais sont beaucoup plus volumineuses dans la région qui correspond au tiers supérieur. Cette région est d’ailleurs
Fig. 70.
Surface extérieure de la colonne vue à un faible grossissement.
SCYPHOZAIRES. — L’ACTINIE
la seule qui, recouverte de corps étrangers, soit visible à l’extérieur lorsque l’actinie se rétracte dans les anfractuosités ou dans le sable où elle est fixée. Il est évident que le revêtement a pour but de dissimuler la seule partie visible de l'animal.
Cinclides. — En outre des verrues, visibles à l’œil nu, on peut observer, mais seulement à l’aide de la loupe, de petits points noirs qui sont des orifices s’ouvrant dans la
ectocLerrne.
j rriésoderrne et ses V plissements ! cir culcdres endoderme*
Fig. 71.
Coupe radiale de la colonne passant par un cinclide.
cavité du corps; ces orifices sont les cinclides dont A. v. Heider 1 a nié l’existence. Tandis que les verrues sont dispersées irrégulièrement (sauf peut-être vers la base) sur toute la surface de la colonne, les cinclides au contraire sont répartis en des places bien déterminées à la région moyenne de celle-ci. Nous verrons à propos des cloisons que ces orifices s’ouvrent toujours dans des loges et jamais dans les interloges.
Orientation. — Au centre du disque tentaculaire, la bouche, linéaire en état d’épanouissement, est limitée par deux lèvres formées par douze saillies (six à chaque lèvre) et réunies par deux commissures. Cette disposition a été signalée en premier
1 A. v. Heider, 1877. Sagartia troglodytes. Ein Beitrüg zur Anatomie der Actinien. Graz.
lieu par Hollard1. Depuis, M. le professeur de Lacaze-Duthiers à fait remarquer qu’un tentacule était placé en face de chaque commissure.
A l’aide de la fente buccale, des deux tentacules commissuraux on peut donc orienter l’actinie, car l’axe commissural divisera le disque oro-tentaculaire (composé de 6 4- 6 -+- 12 -f- 24 et souvent de -h 48, -h 96 tentacules) en deux moitiés symétriques comprenant chacune trois systèmes de ces prolongements de la cavité du corps.
Mais en outre, ainsi que l’a observé P. Fischer2, il arrive fréquemment chez YHeliactis bellis que l’un des deux tentacules commissuraux est un peu plus long et d’une couleur plus vive que tous les autres tentacules. « Son importance morphologique, dit-il, doit être considérable si, comme je le pense, il n’est autre chose que le premier tentacule formé par l’embryon 3. »
Il est à remarquer que ce premier tentacule formé, correspond à la partie conventionnellement nommée « dorsale »4, et que le tentacule commissural opposé corres-
1 Hollard, 1851. Monographie du genre Actinia. Annales des sciences naturelles, t. XV, 3° série.
2 P. Fischer, 1887. Contribution à l'actinologie française , dans Arch. zool. expér. et gén.
3 « On sait, ajoute-t-il, depuis le travail de Lacaze-Duthiers sur l’embryogénie des Actinies, que le premier tentacule formé est placé dans le prolongement de l'axe de la bouche et qu’il est au début beaucoup plus grand que les autres. »
À Chez l’embryon à huit cloisons Kôlliker est le premier qui ait employé les expressions : dos et ventre, pour désigner les deux extrémités du plan commissural des Alcyonnaires. Elles me paraissent préférables aux mots : antérieur et postérieur, qui semblent plutôt devoir désigner les extrémités buccale et pédieuse, orale et aborale de l’Actinie. Dos et ventre ont été empruntés aux botanistes qui chez les fleurs zygomorphes nomment : ventral, le côté
SCYPHOZAIRES.
l’actinie
pond à la partie nommée « ventrale » ; il sera donc possible de distinguer extérieurement chez YHeliactis bellis une moitié droite et une moitié gauche.
Histologie des parois. — Disque oro-tentaculaire, disque pédieux, colonne et son sphincter.
Des trois couches : ectoderme, mésoderme, endoderme, dont les parois sont composées; c’est le mésoderme qui me paraît avoir la structure la plus difficile à définir. Pour l’étude des deux autres couches je renvoie à l’étude très détaillée qu’en ont faite les Hertwig1.
Sur un tentacule ouvert et étalé par le procédé que j’indique à la fin de ce chapitre, si on enlève complètement, à l’aide d’un pinceau ou le plat d’une aiguille, les cellules ecto et endodermales, on constate à un fort grossissement que le mésoderme transparent a un aspect fibrillaire dont les éléments sont dirigés suivant la longueur du tentacule.
Entre les fibrilles sont des corpuscules, la plupart fusiformes, dont le plus grand axe* est orienté dans le même sens que les fibrilles.
Ce sont (Kolliker, Ileider, O. et R. Hertwig) des cellules du tissu conjonctif et, ainsi que le font remarquer ces derniers, si on fait varier le foyer de l’objectif, on peut mettre au point, en outre d’une couche de fibrilles longitudinales, une autre couche de fibrilles transversales
tourné vers la tige ; de même Kolliker a nommé : ventral, chez un individu de Pennatule, la partie tournée vers la tige de la colonie. Pour plus de détails voir Faurot, 1895. Actinies , Arch. zool. exp. et
gén., p. 59.
1 O. et R. Hertwig, 1879. Die actinien.
(circulaires) qui revêt le coté endodermal du tentacule.
Le mésoderme de VHeliactis bellis a une faible épaisseur et ne peut être étudié, au moyen de coupes, aussi facilement que chez d'autres Actinies. Sur les coupes transversales de tentacules on aperçoit cependant, du coté ectodermal, des saillies très fines déterminées parles plissements longitudinaux du mésoderme. Sur les coupes longitudinales, au contraire, c’est la face endodermale qui est seule revêtue de saillies, lesquelles sont dues aux plissements circulaires de la même couche.
Selon A. v. Hertwig, ces plissements longitudinaux et circulaires sont revêtus de fibrilles musculaires lisses dirigées dans le même sens que les plissements euxmêmes b
Dans le disque oral la structure du mésoderme est semblable à celle des tentacules, les plissements longitudinaux y paraissent plus saillants.
A la face endodermale de la colonne on voit se continuer les plissements circulaires des tentacules ; la face ectodermale est au contraire privée de plissements longitudinaux. Selon les idées émises par O. et R. Hertwig, la colonne des Actinies n’aurait pas d’autres muscles en dehors des fibrilles circulaires endodermales, le mésoderme y étant formé tout entier par du tissu conjonctif.
D’après mes observations sur H. bellis et d’autres Actinies 2 plus favorables à l’étude, le mésoderme de la colonne non contractée paraît être formé de lamelles hya-
4 Une question importante est de savoir si ces fibrilles dépendent du mésoderme ou bien des cellules ectodermales et endodermales. Voir plus loin Histologie des cloisons.
2 Faurot. Arch. zool. exp., 1895, p. 67.
SCYPHOZATRES.