‹ Zoologie descriptive; anatomie--histologie et dissection des formes typiques d'invertébrésChapitre 54 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA COMATULE Par L. CUÈNOT

Professeur à la Faculté des Sciences de Nancy.

LA COMATULE

Antedon biftcla (Pennant)

Place de la Comatule dans la systématique. —

La Comatule est un Crinoïde de la famille des Comatulidæ , très développée à l'époque actuelle ; les genres de cette famille ne possèdent que durant l’état larvaire la tige caractéristique des Crinoïdes ; ils sont libres à l’état adulte.

Synonymie. — La synonymie de cette espèce est extrêmement embrouillée1 : dès 1592, elle a été très bien figurée par Fabius Columna ; Linck, en 1733, appelle Stella decacnemos crocect la Comatule méditerranéenne figurée par Columna et rosacea une Comatule britannique décrite auparavant par Llhuyd. Ce nom de rosacea a été adopté presque par tous les auteurs, et cependant il n'est pas conforme aux lois de la nomenclature ; en effet

4 Voir à ce sujet : W. Carpenter, Iiesearches on the structure, physiology and development of Antedon rosaceus, Phil. Trans., 1866, p. 671. — Bell, Catalogue of the british Echinoderms , London, 1892.

c’est Pennant, en 1777, qui donne le premier une désignation binaire à la Comatule en l’appelant Asterias biflda ^ c’est donc ce nom de bifida qui doit prévaloir, quels que soient les inconvénients du changement.

Le nom générique a varié autant que le nom spécifique ( Alecto , Comaiula , Pentacrinus, etc.); c’est le nom d Wntedon, emprunté à la mythologie par Fréminville (1811), qui doit prévaloir.

Habitat. Mœurs. — VAntedon biflda se trouve sur la côte ouest d’Angleterre et d’Irlande jusqu’aux Shetland, sur la côte occidentale de France (îles anglo-normandes, Saint-Vaast, Roscoff, Concarneau), dans la Méditerranée, l’Adriatique, la mer Egée et peut-être la mer du Bengale. C’est une espèce remarquablement polymorphe : les individus de la Manche, par exemple, sont très différents de ceux de la Méditerranée ; les premiers sont plus petits, à bras et à cirres plus courts, comptant moins d’articles ; les teintes rouges prédominent à Roscoff*, alors que ce sont les teintes orangées dans la Méditerranée.

La Comatule vit par troupes nombreuses sur des fonds rocheux ou parmi les Laminaires, à des profondeurs variables, mais généralement faibles ; à Roscoff, on la trouve communément par des grandes marées de 2 à 0 ; en Méditerranée, par des fonds de 1 à 150 mètres; enfin on en a dragué en Irlande par 457 mètres de fond. Elle est très sédentaire ; elle s’accroche par ses cirres sous les pierres ou aux souches d’Algues et reste au même endroit pendant plusieurs semaines ; elle peut nager en relevant et abaissant alternativement cinq bras, mais elle ne le fait guère que lorsqu’elle est dérangée de son support. A

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l'état normal, les bras sont étalés horizontalement; ils ne se relèvent en crosse que lorsque l’animal est inquiété ou malade. Cette espèce vit très bien en captivité, si on lui donne des algues et des cailloux pour s’accrocher, une eau très aérée et une demi- obscurité.

Description extérieure de l’animal. Principaux orifices. — A première vue (fig. 86), la Comatule est

tube. anaL pmnziZes oraLes ;

Fig. 86.

Disque vu par la face orale.

formée d’un disque et de dix bras rayonnants; le disque peut être comparé à un segment de sphère dont la partie convexe est la face aborale , portant de nombreux appendices locomoteurs ( cirres ) et dont la surface de section est la face orale. Au centre de la face orale se trouve la

bouche, d’où partent cinq sillons ambulacraires ou radiaux qui se bifurquent bientôt ; les dix secteurs compris entre les sillons sont parsemés de petits pores vibratiles, Visibles à une forte loupe (pores aquifères). Dans un des interradius s’élève un tube anal globuleux, terminé par l’anus entouré de petites papilles.

Les radius, au nombre de cinq à leur base, se dichotomisent avant leur sortie du disque ; chacun des dix bras, à son tour, porte un nombre considérable de branches latérales, les pinnules , alternant régulièrement, qui ont en petit la même constitution que le bras. Les sillons ambulacraires partant de la bouche se bifurquent aussi pour aller dans les dix bras et se divisent encore pour chaque pinnule ; ils sont bordés par de petits tentacules groupés par trois ( triades ) qui alternent assez régulièrement de droite à gauche ; entre les triades se trouvent de petites sphères enfoncées dans les téguments, les saccules. Les pinnules, aux époques de maturité sexuelle, présentent une saillie ovoïde qui est l’organe génital (fig. 105); la première pinnule externe de chaque bras, plus longue et plus grêle que les autres, dépourvue de sillon ambulacraire et de glande génitale, se rabat sur le disque pour le protéger : ce sont les dix pinnules orales .

Le' pôle aboral (11g. 89) est occupé par une grosse pièce calcaire qui porte les cirres et sur laquelle s’appuient les pièces calcaires qui constituent l’axe squelettique des bras.

Nomenclature des radius. — Orientation. — La Comatule reposant sur le pôle aboral, la bouche en haut, on convient d’appeler A le radius opposé à l’interradius anal (c’est dans cet interradius que se trouve le premier pore

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aquifère du jeune) ; puis, en marchant dans le sens des aiguilles d’une montre, les autres radius recevront les lettres B, C, D, E ; les interradius sont définis par les lettres des radius qui les circonscrivent : finterradius anal sera CD, les autres DE, EA, AB, BG.

Le plan de symétrie bilatérale qui passe par le radius A et le milieu de l’interradius CD est le plan holothurien , ainsi nommé parce qu'il est particulièrement important dans la classe des Ilolothurides ; la face orale est considérée comme supérieure ou ventrale, la face aborale comme inférieure ou dorsale.

Téguments. — Les téguments sont très vivement colorés en jaune, rouge, etc., par un pigment soluble dans l’eau et l’alcool L

L’épiderme des sillons ambulacraires est épais et bien défini ; ses cellules sont allongées et fortement vibratiles, et entre leurs bases courent de fines fibrilles nerveuses (système nerveux épithélial). Partout ailleurs, l’épiderme est non cilié et mal séparé du tissu conjonctif sous-jacent; les cellules non accolées les unes aux autres se perdent à leur base parmi les fibrilles conjonctives. Le tissu conjonctif, de texture surtout fîbrillaire, renferme une quantité considérable de globules migrants ; c’est là que se déposent les granules pigmentaires et que se forment les pièces calcaires. Les régions calcifiées sont formées d’un réseau minéral, dans les aréoles duquel se loge un réseau organique, constitué par une substance fondamentale très lâche, amorphe ou fîbrillaire, parsemée de nombreuses

1 Mac-Munn, Contributions to animal chromatology , Quart. Joura. micr. Sc., t. XXX, 1890, p. 51.

cellules. Des spiculés très branchus se rencontrent en nombre considérable dans le tissu conjonctif des bras et surtout dans les mésentères du disque. Du côté cœlomique le tissu conjonctif est recouvert d'un épithélium péritonéal de cellules plates.

Squelette. — Le squelette comprend : 1° un certain nombre de pièces arrangées autour du pôle aboral et constituant le calice ou appareil apical , avec les cirres

rosettes

centro -dorsales

face articulaires^ pour Uvlp prurnb radiales

trou, de sortie du trônes radiai

Fig. 87.

Calice vu de l’intérieur du corps, traité par la potasse; quatre terminales sont enlevées pour montrer la centrodorsale et la rosette; les canaux par où passent les nerfs sont indiqués en pointillé.

terminales .

comm issue ereliant les troncs radicaux c.

comme appendices ; 2° un squelette destiné à soutenir les bras et leurs ramifications, s’appuyant toujours sur le calice.

Chez la Comatule adulte (fig.87et 89), le centre du calice est occupé par une plaque volumineuse, la cenlro-dorsale ,

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