I. — LA MÉLIGERTE LABIÉE
Melicerta ringens Schrank.
Place de la Mélicerte dans la systématique. Synonymie. — La Mélicerte représente le type des Rotateurs fixés et donne son nom à la famille des Melicertadæ , cette dernière formant avec les Flosculariadæ l’ordre des Rliizota établi par Hudson1.
Cet ordre comprend les Rotateurs fixés à l’état adulte et habitant un tube gélatineux souvent composé de boulettes, munis d’un pied annelé transversalement, terminé par un disque adhésif non rétractile à l’intérieur du corps.
Les Melicertadæ sont caractérisées par une couronne circulaire réniforme, bilobée ou quadrilobée, un orifice buccal ventral et des mâchoires malléo-ramées, tandis que les Flosculariadæ ont la couronne divisée en lobes, l’orifice buccal central et des mâchoires oncinées.
Les Rotateurs ont été considérés au début comme des
1 ltudson (C.-T.). An cittempt Lo re-classify the Rôti fers. Quart. Journ. miscrosc. Sc., vol. XXIV, July 1884, p. 335-356.
Infusoires par Ehrenberg *, placés ensuite parmi les Arthropodes, par Leydig1 2 et Burmeister 3, rattachés aux Bryozaires par Barrois4 5, et aux Vers, comme groupe à part, par la plupart des zoologistes actuels. Perrier ü, dans son Traité de zoologie , les place dans les Néphridiés trochozoaires, embranchement des Lophostomés et Delage 6 dans les Vermidiens trochelminthes.
Synonymie. — Melicerta ringens a été mentionnée pour la première fois par Leeuwenhoek en 1704-, puis par Linné en 1758, qui lui donna le nom de Serpula ringens ; par Schrank, en 1803, qui lui donna son nom de Melicerta ringens et dans la suite par un grand nombre de savants qui lui donnèrent différents noms. Ehrenberg, dans sa monographie parue en 1838, en donne une bonne figure pour fépoque sous le nom de Melicerta ringens. Depuis lors, plusieurs zoologistes étudièrent Mélicerte et gardèrent la dénomination d’Ehrenberg. Parmi les plus importants travaux nous devons citer :
Dujardin. — Infusoires , suites à Buffon, 1841.
Leydig (F.). — Loc. cil.
1 Ehrenberg (G. -G.). Die Infusionsthierchen cds vollkommene Organismen. Leipzig, 1838.
2 Leydig (F. y.). U ber den Bau u. System. Stellung der Rdderthiere . Zeitsch. f. wissens. Zoologie. Bd. VI, 1854.
3 Burmeister (IL). Noch einige Worte ilber die systematische Slellung der Rdderthiere. Zeitsch. f. wissens. Zoologie. Bd. VIII, lift. L
3 Barrois (J.). Sur l'anatomie et le développement du Pedalion mira . Àssoc. franc, p. 1’avanceuient Sc. C. R. de la 6e sess., 1878.
5 Perrier. Traite de zoologie. Paris, en publ.
0 Delage Yves et Ilérouard Ed. Traité de Zoologie concrète. Vermidiens, t. V, Paris, 1897.
ROTATEURS.
LA MELICERTE
Gosse (P. -IL). — On the architectural Instincts of Melicerta ringens. Trans. Micr. Soc., vol. III, 1852.
Gosse (P. -H.). — On the Structure , Functions , Habits and Development of Melicerta ringens. Quart. Micr. Journ., t. I, 1853. Williamson. — On the Anatomy of Melicerta ringens. Quart. Micr. Journ., t. I, 1853.
Bedwell. — On the building Apparatus of Melicerta ringens.
Monthl. Micr. Journ., t. XVIII, 1877.
Joliet (L.). — Monographie des Mélicertes. Arch. Zool. exp., 2e série, t. I, Paris, 1883.
Hudson et Gosse. — The Rôti fer a or Wlieel- Animalcules. London, 1886.
Zelinka(C.). — Stiidien über Rdderthiere. Zur Entwicklungsgeschiclite der Rdderthiere. Zeitsch. f. wiss. Zoologie. Bd. 53, 1891 .
Melicerta est la traduction latine de Me^txsprrjç, fils de Junon et du roi thébain Athanas.
Habitat. Mœurs. — Melicerta ringens est répandue uniformément dans toute l’Europe ; on l’a trouvée en abondance en Angleterre et en Amérique. Elle habite principalement les mares, les étangs et bassins d’eau douce, riches en plantes aquatiques ; elle se lixe volontiers à la face inférieure des feuilles de Nymphéa, d’Elodea, de Renoncules d’eau et souvent même sur les feuilles en décomposition, les débris de bois mort et y construit son tube.
Elle se nourrit, comme tous les autres Rotateurs des particules végétales en suspension dans l’eau, de petits Infusoires qu’elle attire vers la bouche en produisant un courant à l’aide de sa couronne ciliaire.
Vu sa dimension, 1 millimètre à 1 millimètre et demi, la récolte en est grandement facilitée. Il suffit de prendre, par exemple, une feuille de Nymphéa et de la regarder de
profil, on aperçoit à l’œil nu comme de fines pointes d’épingles ; ce sont les tubes de Mélicertes.
On les détache à l’aide du scalpel et on peut ainsi les transporter dans un verre de montre ou sur un porteobjet et les étudier à loisir.
On trouve les Mélicertes en abondance, de juillet en octobre.
Technique. Différentes méthodes recommandées pour l’étude de la Mélicerte. — La meilleure méthode pour l’observation de la Mélicerte et des Rotateurs en général, est l’étude sur le vivant.
Comme la Mélicerte, même en état d’expansion, ne dépasse guère son tube, la première chose à faire est de sortir l’animal de sa demeure. Pour cette opération, on se sert d’aiguilles à dilacérer et on brise l’extrémité du tube aussi près que possible de son point d’attache sur le support. On arrive ainsi à détacher l’extrémité du pied, la Mélicerte sort de son tube et nage librement dans la goutte d’eau sur le porte-objet.
Au moindre mouvement, à la moindre secousse, la Mélicerte se contracte ; tous les organes sont ramassés. L’étude en serait alors très compliquée et il faudrait attendre la bonne volonté de l'animal de s’étendre pour en déchiffrer son anatomie, aussi a-t-on recours à la narcotisation pour faciliter cette étude.
On ajoute à l’eau contenant la Mélicerte quelques gouttes d’une solution de cocaïne au I p. 100. Au bout de quelques instants la Mélicerte s’étend petit à petit et reste ainsi dans
cette position suffisamment immobile pour que l'on puisse
l’examiner au microscope, à différents grossissements.
ROTATEURS.
LA MÉLICERTE
Après la narcotisation, on peut fixer l’animal avec l’acide osmique au 1 p. 1000, et en faire des préparations durables.
Les méthodes de compression ne sont pas à recommander, car on déforme de cette façon les organes. Pour l’étude du mastax on emploie une solution de potasse caustique très diluée.
Description extérieure de la femelle. Principaux orifices. Orientation. — De grandes différences morphologiques existant entre la femelle et le mâle de Mélicerte, différences qui, du reste, se montrent dans toute la série des Rotateurs, nous décrirons séparément les deux sexes. Nous commencerons par la femelle.
Si nous examinons sous un faible grossissement une femelle adulte, extraite de son tube, mais encore contractée, nous voyons qu'elle a la forme d'une grosse virgule, dont le long pied cylindrique se continue directement sans transition brusque avec le corps proprement dit.
Le sommet ou bord supérieur à peu près droit, vu de profil, est terminé d’un côté par un bourrelet, de l’autre par deux petites dents en forme de crochets, au-devant desquels on aperçoit un petit bouton sétigère et en son milieu deux tentacules qui font saillie (fig. 147).
Le bord ventral est convexe ; du côté dorsal, l'espace compris entre les deux petites dents et l’ouverture cloacale, est convexe également ; mais à partir de ce point jusqu’à la réunion au pied le corps est concave.
L’animal épanoui et vu dorsalement a l’apparence d’un cône renversé très allongé dont la base est occupée par Porgane rotatoire, ayant la forme d’une fleur de pensée,
cotu’otuic, cikcuire pnruiipcLie. ou. trochus
Vue d’ensemble de l’organisation de la Mélicerte un peu schématisée
L’animal est dessiné de profil.
lt 0 TATE U U S .
LA MÉLICERTE
et dont le sommet est formé par l’extrémité du pied.
Dans cette position, le pied a la forme d'un long étui ou cylindre, plissé transversalement et terminé en cul-desac ; à l’extrémité inférieure, on distingue une sorte d'épaississement, sur lequel s'insèrent les muscles longitudinaux rétracteurs qui vont, d’autre part, se terminer au niveau des viscères sur les parois du corps.
L’extrémité du pied forme une sorte do ventouse (fig. 146), avec laquelle la Mélicerte se fixe (à l’état jeune) au corps étranger, sur lequel elle compte construire son tube et au-dessus de laquelle se trouve la glande pédieuse.
Le pied de notre Mélicerte, lors de la contraction des muscles longitudinaux, ne rentre pas dans le tronc de l’animal comme chez d’autres Rotateurs, mais s’invagine en lui-même et provoque ainsi le retrait du corps tout entier dans le tube.
L’ouverture cloacale est dorsale et se trouve presque au niveau du mastax ; la bouche est ventrale et est comprise entre les deux guirlandes ciliaires de l’organe rotatoire ; au-dessous de cette dernière, vue de profil, on aperçoit la lèvre ciliée et la fossette ciliée où se confectionnent les boulettes qui, nous le verrons plus tard, servent à construire la demeure de Melicerta ringens.
Chez notre rotateur, la division en tête, tronc et pied, est peu marquée et ces différentes parties de l’animal se confondent insensiblement.
Orientation. — Pour orienter Mélicerte, il faut placer l'animal de profil ; le côté où se trouvent l’ouverture cloacale, les deux petites dents en crochets et le bouton sétigère est le côté dorsal ; le côté ventral est facile à recon-
naître par la présence des deux grandes antennes, de la lèvre, de la fossette ciliée et de l’ovaire (fig. 146).
Tube , sa construction. — Le tube de Mélicerte apparaît à l'œil nu comme une petite pointe d’aiguille fixée contre un support, de couleur brunâtre et d'environ 1 millimètre de long. Si nous l'examinons à un faible grossissement, on est de suite surpris par son aspect en pavé.
Sa forme générale est un cylindre arrondi, légèrement courbé, plus étroit à la base qu’au sommet et ressemble à un épi de maïs (fig. 147). Sa couleur est généralement brun jaune, mais varie suivant la mare où l'animal a été récolté et suivant la nature des débris végétaux ayant servi à la confection des boulettes. Sur un même tube, du reste, on peut voir des bandes plus ou moins colorées.
Ce tube est résistant et est fixé au support par une portion membraneuse, élastique, qui lui permet de se pencher plus ou moins sur le support et ballotte au gré des courants d'eau.
Lorsque la jeune Mélicerte se fixe sur un support végétal quelconque, et cela au moyen de sa ventouse et du produit de sécrétion delà glande pédieuse, elle commence de suite à s’entourer d’une masse gélatineuse, mais consistante, qui forme le point de départ du tube, et c’est sur cette masse qu’elle va construire son tube définitif.
Le tube est formé d’un tube intérieur transparent, et d'une agglomération de nombreuses boulettes rangées en séries régulières et agglutinées les unes aux autres par le produit de sécrétion d’une glande particulière que nous décrirons plus loin en même temps que l’appareil destiné à confectionner les boulettes (fig. 146).
Les boulettes ont, vues de face, une forme de disques ou hexagones obtus marqués au centre d’une tache claire ; si l'on détache avec soin une de ces boulettes et qu’on l’examine avec un plus fort grossissement, on s’aperçoit bientôt qu’elle a une forme allongée comme un obus, pointue du côté extérieur et légèrement évidée à l’intérieur (fîg. 148) ; c’est pourquoi, vue de face, elle paraît avoir une tache claire1. Ces boulettes sont formées de particules en suspension dans l’eau et amenées par le courant de l’organe rotatoire dans une fossette spéciale où elles sont confectionnées et agglutinées avec l’aide du produit de sécrétion de la glande et ensuite habilement placées en séries régulières par la Mélicerte qui, pour cela, se recourbe sur elle-même et dépose la boulette sur le bord du tube, l'agrandissant ainsi petit à petit. Les premières
ROTATEURS
crochets
antenne
dorsalc-
antennes ventrales
çlande de la-
tubc-
Fig. 147.
1 Cubitt. Ch. Linear projection, etc. Tube de la Mélicerte; l’animal
Month. micr. Journ., vol. V, 1871. vu de profil est rétracté.
boulettes formées par la jeune Mélicerte sont toujours beaucoup plus petites que celles faites dans la suite et formant la partie supérieure du tube.
Description des téguments. — Les téguments de Mélicerte sont d’une extrême transparence et permettent ainsi facilement l’étude de l’organisation interne.
Ils se composent d’une membrane fine, chitineuse, souple ou cuticule, qui recouvre tout le corps également,
éminemment flexible (fig. 146). Elle paraît être un peu plus épaisse à la limite du tronc et de la tête et forme quelques replis insignifiants.
La couche hypodermique est très difficile à constater, même avec de forts grossissements, elle est généralement anhiste et ne présente que quelques épaississements à noyaux.
Fig. 148.
Coupes optiques d’une boulette (d’après Cubitt).
Glande pédieuse. — La glande pédieuse est formée de deux lobes mamelonnés, transparents, volumineux, mais qui s’atrophient lorsque la jeune Mélicerte s’est fixée. A l’état adulte, il est très difficile de la distinguer.
Cette glande sécrète le mucus qui servira à fixer la jeune au support et à former la première ébauche du tube, en formant un commencement de manchon visqueux, mais résistant, sur lequel la Mélicerte fixera les boulettes qui formeront le tube.
Muscles. — L’appareil musculaire se compose : 1° de muscles longitudinaux rétracteurs ; 2° de muscles transver¬
saux.
ROTATEURS. — LA MÉLICERTE
On compte, d’après Joliet1, huit cordons musculaires longitudinaux, insérés, d’une part, à l’extrémité inférieure du pied et fixés, d’autre part, sur les côtés du corps, à la face ventrale et à la face dorsale, à différents niveaux (fig. 146).
Ils servent à faire rentrer l’animal dans son tube ; quand l’animal est étendu et qu’ils se contractent isolément, ils font prendre à la Mélicerte des positions variées. Ils sont composés d’une seule fibre musculaire finement striée.
A part ces muscles, on trouve des fibres isolées servant à déplacer tel ou tel organe; ainsi, l’organe rotatoire est retiré par deux muscles longitudinaux insérés d’un côté sur la paroi dorsale supérieure du corps et de l’autre à l’organe rotatoire ; d’autres vont de la paroi du corps à l’intestin et au cloaque.
Les fibres transversales sont plus difficiles à observer et forment des brides arquées aux environs du cloaque spécialement.
Williamson - indique des bandes musculaires dans l’intégument entourant concentriquement tout l’organisme. Ce dernier auteur dit que les faisceaux musculaires longitudinaux du pied sont entourés d’un délicat sarcolemme,
et qu’il ne faut pas confondre les plis du sarcolemme
avec des stries transversales (fig. 149).
On trouve aussi des muscles feutrés et réunis en masse
1 Joliet. Loc. cil.
s Williamson. Loc. cil.
trcinsverscLLuc.
du sarcolemme.
Muscle du pied (d’après Williamson).
dans le mastax qui servent à écarter et à rapprocher les différentes pièces de l’organe masticateur.
D’après Joliet * , la fibre dans la très jeune larve n'est qu'une grande cellule fusiforme avec un noyau volumi¬
neux qui plus tard disparaît ; la cellule alors s’allonge en cordon et la striation se manifeste.
Organe rotatoire et annexes. — La tête de Mélicerte, lorsqu’elle est en complet état d’expansion, est formée par 1 organe rotatoire et ses annexes, l’entonnoir buccal et le
1 Joliet. Loc. cil.
ROTATEURS .