CHAPITRE XXV SCHIZOPODES
Par 60URRET
Professeur de Zoologie à l'Université de Marseille.
Place des Schizopodes dans la systématique. —
Les Schizopodes qui comprennent les familles des Mysida», Euphausiidse, Eucopiidœ et Lophogastridae, sont regardés comme Tune des phases embryogéniques suivies normalement par les Décapodes. Ce sont de^ Décapodes chez lesquels deux paires de maxillipèdes sont indépendantes de l'armature buccale et restent ambulatoires.
Habitat. — Les Mysidse fournissent la plupart des espèces que Ton peut assez: aisément se procurer. Parmi les plus fréquentes, on peut citer : i"" Mysis flexuosa, Muller, très commune dans les laisses de basse mer (Boulonnais, Calvados, Concarneau, le Croisic, Gironde, etc.); 2° Mysis vulgaris, Kroyer, assez abondante à certains moments dans les flaques laissées entre les rachers par la mer (Wimereux, le Havre, îles anglo-normandes, Concarneau)*; 3° Siriella Clausii, Sars, qui se rencontre à la surface le long des rochers littoraux ou à une faible profondeur
* Catalogue M aiacos tracés, Concarneau. Bonnier, 1887.
(Marseille, la Spezia,Cagliari, Messine, etc.)*; ¥ Macrop$k Slabheri, Sars, dont les bandes épaisses se tiennent par intervalles à la surface près des côtes et dont se nourrissent les sardines dans Testomac desquelles on en trouve fréquemment (Norvège, Belgique, Méditerranée, mer Noire, etc.).
Quant aux autres familles, elles renferment des espèces (jui, la plupart, habitent les grands fonds où elles ont été recueillies par le Challenger S le Travailleur, etc.
Description extérieure. — Le faciès général présente une similitude presque parfaite avec celui des Macroures ;
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Fig. 402.
Siriella Thompaoïiii. — M. Edw., femelle adulte (d'après Sars).
la division en céphalothorax et en abdomen, ainsi que le grand développement de cette dernière région, complètent la ressemblance. Cependant la concentration du céphalo-thorax peut être incomplète et un ou plusieurs
' Ntje Bidrciff LU Kiuidskab om Middelhavets Inverlebratfanna^ af G. 0. Sars.
- The voyaf/e of Challenge^'. Zool., vol. XIII ; Report on fhe Schizopodd. G. 0. Sars.
SCHIZOPODES. — LA MYSÎ<
anneaux thoraciques rester indépendants de la carapace.
A ce point de vue, il y a des degrés entre les Mysidœ ou Schizopodes inférieurs et les
LophogastridœouSchizopodes ««^«
supérieurs. Dans les Mysida», trois anneaux thoraciques ne se confondent pas avec la carapace (fig. 402) ; il n'y en a plus qu'un seul dans les Euphausiidae (Rg. 403 et 404), tandis que dans les Eucopiidae la fusion est complète. Il en est de même dans les Lophogastridae chez lesquelles cependant, en vue de la beauté de l'animal, le bouclier céphalothoracique peut être profondément échancré en arrière et prolongé en longues épines, laissant à découvert un ou deux zoonites thoraciques, comme les englo-
dominai
ber tous (fig. 405).
Les somites abdominaux lisses ou bosselés, armés ou non ^^ d'épines médianes et latérales, ne diffèrent pas de ceux des Macroures et le telson avec ses
Fig. 403. — Eiiphausia pellucida. — Dana, femelle adulte vue dos (d'après Sars).
ZOOLOfilE DESCRIPTIVE
caudales constitue une nageoire presque aussi mte. Le telson, tantôt plus court que les rames qui it .annexées (Mysidae in parlim .Mysis, Siriella, Mas, Pseudomma, Boreomysis, etc.), tantôt sensibleégal (Mysida» et Euphausiidae in partim) ou plus ît plus développé (Euphausiidae in parlim, Eucoet Lophogastridœ), est une pièce aplatie, très poly-
Euphaitsia pelluckla. — femelle adulte vue de profil (d'après Sars).
le, dont le bord terminal peut être convexe, à concave, bifide ou trifide, armée latéralement et à imité libre de piquants et de soies dont la distribuonsiitue un bon caractère spécifique. Des piquants 5 soies semblables peuvent garnir les bords des caudales.
cune de ces dernières comprend un seul article basipour l'insertion de Tendopode et de l'exopode, ce T bi-articulé ou indivis, tous deux en forme de es.
autres appendices abdominaux ont une fonction et
SCHIZOPODES. — LA MYSIS
une structure variables suivant les familles et les sexes. Dans les Mysidœ, ils sont chez les femelles tout à fait rudimentaires et impropres à la nage (fig. 406, a), davantage natatoires chez les mâles (fig. 406, b), qui montrent, en outre, dans certains cas, une transformation en organes copulateurs de quelquesuns de ces membres et, quelquefois (Siriella), des lobes branchiaux.
Dans les Euphausiidsp, ils sont bien développés dans les deux sexes et natatoires ; cependant, chez le mâle, les pattes des deux premières paires ont un endopode modifié en organes copulateurs accessoires.
Enfin, dans les Eucopiidœ et Lophogastridœ, les pattes abdominales sont bien développées, natatoires, et de structure uniforme dans les deux sexes.
Chaque patte abdominale comprend un protopode formé luimême d'un coxa et d'un basos ; ce dernier donne attache à un endopode et à un exopode indivis ou multi-articulés avec soies marginales. L'endopode des Euphausiidœ montre tou-
Fig. 40o.
Gnalhophausia calcarata.
— Sars, mâle adulte (d'après Sars).
jours un lobe accessoire caractéristique de cette famille, tandis qu'entre les coxas des quatre premières paires est un organe lumineux (fig. 407), semblable à celui placé sur le milieu de la face dorsale des quatre premiers somites
abdominaux, ce dernier moins constant que celui-là.
Vu par la face dorsale, le céphalothorax offre un sillon cervical -bien indiqué dans les Mysidae (fig. 408) et, en arrière, un double sillon peu profond, délimitant une région médiane viscérale et deux régions latérales branchiales . Le sillon cervical s'efface dans les Schizopodes supérieurs chez lesquels les diverses régions des Macroures se dessinent nettement (fig. 405).
La carapace a le plus souvent un tergum convexe, lequel peut s'élever en une crête médiane lisse ou dentelée, prolongée ou non audessus de un ou plusieurs segments abdominaux (disposition commune dans les Lophogastridâe). Le bord postérieur du céphalothorax peut être échancré au milieu et se prolonger latéralement en épines (Gnathophausia) ou simplement en saillies arrondies plus ou moins développées. Enfin le tergum offre exceptionnellement (Euphausia pellucida) quatre organes lumineux disposés
Fig. 40G.
Leplojnysis mediterranea.
Sars.
a, pléopode de la dernière paire (femelle). — 6, pléopode de la 4" paire (mâle).
SCHIZOPODES. — LA MYSIS 193
par paires symétriques sur la région thoracique (fig. 403). En général, les branchiostégites ne forment pas, en s'incurvant, une chambre branchiale semblable à celle des Macroures, et, le plus souvent, les branchies, fixées aux appendices céphalothoraciques, sont libres et flottent dans
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Fig. 407. Fig. 408.
Thysanopoda Iricuspidata. — Anchialus agilîs^ Sars. — Cépha- M. Edw., pléopode (d'après Sars).» lothorax (d'après Sars).
le milieu ambiant (fig. 404). Cependant, dans les Schizopodes supérieurs, les branchiostégites acquièrent un plus grand développement, de sorte qu elles ébauchent une chambre branchiale renfermant une partie et non la totalité de l'appareil respiratoire (fig. 409). A ce point de vue, les Lophogastridae établissent une transition entre les Schizopodes et les Macroures.
Le céphalon se prolonge antérieurement {i\^. 408) en un rostre triangulaire assez peu développé, à sommet effilé et parfois arrondi, à la base duquel sont les deux dépres-
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npiiiù. brtuuKL t
sions orbitaires. Dans Les Lophogastridae, le rostre peut
prendre le faciès de celui des Salicoques et un allongement aussi grand avec barbelures marginales, tandis qu'à la base se trouvent les épines supra-orbitaires et que les cavités orbitaires sont comprises chacune entre une épine antennaire et une épine brachio-stégale (Gnathophausia, fig. 405 et 409).
Les appendices thoraciques, au nombre de cinq paires, gardent un caractère larvaire. Ils restent en effet biramés et servent à la natation de l'animal.
Il en est de même des maxillipèdes également biramés et locomoteurs ; toutefois les 1®" maxillipèdes, les seuls concentrés autour de la bouche, tendent à prendre une forme spéciale en rapport avec leur rôle d'appareil péri-buccal. Ce dernier se compose en outre de deux paires de maxilles et d'une paire de mandibules.
La bouche est limitée latéralement et en arrière par un métastome (fig. 410) consistant en une pièce aplatie en-
Gnathçphausia calcarata, Sars.
Carapace vue en dessous (d'après Sars).
SCHIZOPODES. — LA MYSIS
taitlée au milieu (Anchialus, Stylocheiron) ou en deux pièces réunies et plus ou moins soudées à leur base (Euphausia, Eucopia, Gnathophausia). En avant, elle oflFre un labre (fig. 411), en forme de casque, triangulaire ou quadrangulaire, dont l'angle antérieur, plus ou moins saillant, peut se prolonger en une tige effilée et dentelée ou non latéralement (Siriella).
Enfin, tout à fait en avant, sont les antennes, les antennules et les pédoncules oculaires.
Ces derniers n'offrent aucune particularité, si ce n'est leur grand développement qui est en rapport avec celui des yeux. Dans les Euphausia, l'article basilaire porte un ocelle ou œil larvaire, tandis que l'article ter-
Fig. 410.
Métastome (d*aprés Sars). — a, Anchialus typicus^ Krôyer. — 6, Eucopia auslralis, Dana.
Fig. 411. Fig. 412.
Labre. Anchialus agilis, Krôyer Pédoncule oculaire d' Euphausia (d'après Sars). pellucida (d'après Sars).
minai présente, en dehors de l'œil composé normal, un organe lumineux (fig. 412).
La tige Inarticulée des antennules présente, chez les II. 13.
iTiàles, sur le bord interne, un appendice spécial (fig. 4J3), couvert de poils olfactifs. L'endopode et l'exopode ont la forme de fouets annelés, Texopode ordinairement plus long et moins grêle que Tendopode.
L'antenne reproduit Taspect de celle des Macroures avec un endopode annelé et un exopode en forme d'écaillé, La mandibule a toujours un palpe tri-articulé qui lui est annexé (fig, 414). Réduite ordinairement aux coxas et basos aplatis (Sierilla, Anchialus, etc.), qui se subdivisent parfois chacun une fois (Euphausia), la !'*•' mâchoire peut exceptionnellement montrer un endopode ou palpe indivis (fig. 414).
La 2® mâchoire (fig. 414) comprend un coxa et un basos plus ou moins profondément entaillés, un endopode bi-articulé et une plaque (exopode) â bord libre, arrondi et garni de soies (Siriella, Gastrosaccus).
Le l^*" maxillipède (fig. 414), robuste, a un endopode pédiforme, divisé, contrairement à celui des Macroures en ischion, méros, carpe, propode et dactyle ; le basos commence à prendre la forme qu'il revêt dans les mâchoires. L'exopode, très développé dans les Mysidœ et EuphausiidaB, tend à se réduire dans les autres Schizopodes. C'est une branche aussi longue ou plus courte que l'endopode, ayant l'aspect d'une patte ou plutôt d'une rame, comprenant un nombre plus ou moins grand d'articles et, par exception (Eucopia), un seul article. De dimensions très variables, l'épi-
FiK. 413.
Siriella Thompsonii, M. Edw. — Pédoncule antennulaire et appendice olfactif du mâle (d'après Sars).
SCHIZOPODES. — LA MYSIS
pode est une plaque lancéolée, bien développée et glabre dans les Mysida» et dressée sous le corps ou (Eucopiidœ et
Fig. 414.
Pièces péribuccales (d'après Sars). — rt, mandibule d'Euphaiisia pellucida. — 6, première mâchoire d'Euphausia pellucida, — c, première mâchoire de Siriella Thompsonii. — d^ seconde mâchoire de Siriella Thompsonii. — e, premier maxillipëde de Siriella Thompsonii,
Lophogastridae) dans la chamtre branchiale ; il est rudimentaire ou manque dans les Euphausiida».
Le 2*^ maxillipède difTère du 1^' par Tabsence d'épipode.
Il est modifié en gnathopode, sauf dans les Euphausiidse
chez lesquelles il est semblable aux pattes thoraciques.
Cet appendice porte des branchies, à Texception des