ORGANISATION INTERNE DE L'ÉTOILE DE MER
La dissection se fera suivant le programme que nous traçons ci-après, sous peine de ne pas réussir et de détruire les rapports importants de plusieurs organes. Nous prévenons le lecteur que Teau sous laquelle on ouvre YAstei^acanthion se salit très vite et doit être renouvelée fréquemment.
On fixe ranimai, la face inférieure ou buccale en bas; puis, tout en respectant soigneusement la plaque madréporique, on pratique, à Taide de ciseaux fins, dans la face dorsale du disque et à mi-distance entre le centre et les bords, une petite fente susceptible de livrer passage à la lame d*un scalpel. Glissant ensuite l'instrument entre les téguments et les tissus sous-jacents, on décolle ceux-ci sur une petite étendue. On élargit un peu Torifice et on décolle les organes un peu plus loin. On continue ainsi avec soin, jusqu'à ce qu'on ait détaché complètement de la face dorsale une plaque tégumentaire , irrégulièrement circulaire , d un centimètre et demi de diamètre, par exemple.
L'ouverture est élargie par Tenlèvement successif de fragments de peau sur les bords, en observant toujours la précaution préalable de racler avec le scalpel pour détacher les organes mous.
On fend ensuite deux des rayons*, chacun suivant deux lignes qui suivent à peu près leurs bords latéraux. Saisissant la bande de peau médiane, au voisinage du disque, à l'aide <i'une pince, on la retrousse graduellement jusqu'à la pointe du rayon, en ayant soin de détacher, dans toute leur longueur, mais en respectant leurs positions relatives , un cordon musculaire médian et deux longues glandes jaunâtres latérales.
Ceci fait, voici ce que l'opérateur a sous les yeux : du centre du disque partent cinq bandes musculaires étroites. Elles irradient d'un point d'attache commun et suivent la face dorsale de chacun des rayons pour se terminer à sa pointe. Cos cordons sont les muscles rétracieurs des rayons; c'est par leur action que les extrémités des bras de l'Étoile de mer vivante sont courbées vers le haut, de façon à tourner les organes visuels vers la lumière (voir page 42G et fig. 59, A, m, m).
Enlevons les muscles rétracteurs. Immédiatement sous l'étoile à cinq branches que formaient leurs origines, s'observe une surface aplatie, pentagonale, à plis ondulés ramifiés : c'est la face supérieure du sac stomacal (fig. 59, A, e).
Le centre de cette face est ordinairement occupé, chez les Astéries, par un tout petit prolongement intestinal vertical aboutissant à un orifice anal. Mais il existe aussi des Étoiles de mer sans amis et, d'après la
1. Deux rayons suffisent, l'organisation étant la même dans tons les cinq.
monographie de C. K. Hoffmann*, \ Asteracanthion rubens rentrerait précisément dans cette catégorie.
Le sac stomacal, entièrement tapissé au-dedans par nn épithélium ciliaire, oflre cinq dilatations plus on moins marquées, à la hauteur des origines des rayons, et présente, en outre, du côté dorsal, deux appendices creux ou coecums extensibles que nous n*avons pas représentés dans notre dessin.
Au-dessus des dilatations latérales de Testomac naissent cinq tubes étroits, les coecums radiaux, qui, dès la base de chaque rayon, se divisent chacun en deux conduits très longs, subdivisés en petites branches latérales aboutissant à des saccules glandulaires. Le tout forme dans le rayon deux longues glandes composées, de couleur jaune, suspendues à la paroi tégumentaire dorsale par un repli membraneux assez semblable à un mésentère (fig. 68, D, g, et fig. 59, A, gl),
La fonction des coecums radiaux glandulaires est actuellement bien connue : d'après MM. Fredericq et Krukenberg, ce sont des glandes digestives du même ordre que la glande digestive (ancien foie des auteurs) des Mollusques et des Arthropodes et dont la sécrétion digère les albuminoïdes et transforme les féculents en sucre.
Le sac stomacal se prolonge inférieurement en un œsophage court, aboutissant à une bouche circulaire
l. Sur Vanatomie det AêUrideê, (Arohivet néflrlandaiset des seienoet, tome tx, 1874, page 186.)
ngan 59.
A, AêUraeanthion rubenê, oiTert par la &ce dorsale. (D'après nature.)
m, un des muscles rétracteurs des rayons. — m\ origine commune de cet muscles un peu déjetée k gauche. — er, coecums radiaux. — gl, glandes digestites. — $, sac stomacal. — gi, glandes génitales. — a, saillie interne formée par les plaques ambulacraires. — va, tésiculet ambula. craires.
B, Cbntbb du BYBTiMB AQUipàBB, gTOSsi. (D'après nature.)
oe, coupe de ToBSophage. — pi, plaque madréporique. — ea, canal pierreux. — V, corps de Tiedemann. — am, canal ambulacraire et canal annulaire (coupe horizontale), — mu, pièces squelettiques. z. 19
contractile (fig. 58, B, ft), percée au centre d'une membrane, la 77iembrane buccale, tendue dans le cadre solide formé par les pièces squelettiques de Torigine des rayons.
Fait curieux, l'œsophage et une partie de Testomac peuvent se retourner au dehors et faire une assez forte saillie à la face inférieure de l'animal. C'est probablement en employant ce moyen que les Astéries, qui sont très voraces, parviennent à avaler des proies souvent volumineuses.
En résumé, nous voyons qu'à une bouche privée d'organes masticateurs, fait suite un tube digestif, vertical, très court puisqu'il n'a pour longueur que l'épaisseur assez faible de TÉchinoderme, mais cependant à grande surface, par suite de prolongements latéraux considérables.
Supprimons les coecums radiaux. A partir des angles interradiaux, on trouve, dans chaque bras, appliqués principalement sur les parois latérales, deux organes en grappes, affectant, suivant la saison, des dimensions plus ou moins considérables* (fig. 59, A, gi). Ce sont les ovaires ou les testicules, par conséquent au nombre de dix.
- Chez toutes les formes d'Astéries, les produits génitaux s'échappent par des canaux déférents ou des oviductes aboutissant à des orifices distincts situés dans
1. La figure 59, A, est dessinée d'après un individu où ces organes sont encore peu développés.
les angles interradiaux de la face dorsale du disque. Tantôt ces orifices sont simples, tantôt, comme chez X Aster acanthion, il existe, pour chaque glande, des pores multiples réunis en groupe * .
A de très rares exceptions près, les Échinodermes ont les sexes séparés. Cependant les mâles ne se distinguent point des femelles par des caractères extérieurs et souvent il est même difficile de reconnaître les testicules ou les ovaires sans recourir à l'observation microscopique de leur contenu.
Chez YAste7*acanlhion, la distinction est cependant assez aisée. Nous reproduisons ce qu'en dit M. Ed. Van Beneden* :
"... Quand elles ont atteint leur complet développement, les cinq paires de glandes sexuelles s'étendent dans toute la longueur des bras ; elles soulèvent fortement la peau du côté du dos, de sorte qu'on reconnaît, même à l'extérieur, les individus chez lesquels les produits sexuels sont arrivés à maturité. Il suffit de lexaiheA microscopique le plus superficiel pour distinguer le contenu des testicules de celui des ovaires, et l'on apprend bientôt à reconnaître le sexe, même à l'œil nu : les ovaires ont une teinte jaunâtre ou brunâtre très
1. Ces pores sont percés dans des plaques squelettiqnes spéciales, les plaguet génitales,
2. Contribution* à l'histoire de la vésicule germinative et du premier noyau einbryonnaire, (Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2" série, t. lxi, no 1, janvier 1876.)
pâle, les testicules sont d*un blanc de lait tout à fait pur. En outre, les lobules de la grappe ovarienne sont plus arrondis et plus courts ; ceux de la glande sexuelle mâle sont allongés et plutôt de forme tubulaire. ^
Les œufs sont évidemment très petits. Les spermatozoïdes sont des filaments terminés par une extrémité céphaloïde arrondie.
Il n'y a point de rapprochement sexuel et, sauf des cas très peu nombreux, la fécondation n'a lieu que par suite du transport, par l'eau de mer, des spermatozoïdes libres vers les œufs déjà expulsés.
Nous traiterons du développement dans le § 4.
Enlevons à leur tour les organes génitaux, achevons de supprimer les téguments du disque, tout en respectant la plaque madréporique.
Nous trouvons le fond de la cavité de chaque rayon occupé par un axe solide, flexible', formé de pièces calcaires nombreuses, unies entre elles comme des vertèbres (fig. 59, A, a). Des deux côtés de cet axe s'observent deux rangs de vésicules membraneuses, translucides, sphériques ou ovoïdes, les vésicules ambvlacraires (fig. 59, A, va, et fig. 58, D, va).
Une tranche coupée transversalement au travers d'un (les rayons laissés jusqu'à présent intacts, nous permettra de nous faire une idée nette des différentes parties en question (fig. 58, D).
Cette section nous montre immédiatement que l'axe solide faisant saillie dans la cavité du rayon est constitué, dans chacim de ses petits segments, par runion
des extrémités supérieures de deux pièces obliques formant le toit de la large gouttière qui loge les pieds ambulacraires. Ces deux pièces sont les plaques ou osselets ambulacraires; elles s'appuient, en dehors, sur les pièces interambulacraires portant les aiguillons fins et mobiles qui limitent la gouttière ambulacraire à droite et à gauche (fig. 58, D, a, ta).
On constate , de plus , que chacune des vésicules ambulacraires communique directement avec un pied ambulacraire placé immédiatement au-dessous, et cela par un des pores alternes nombreux (pores a^nbulacrairesj, situés latéralement entre les plaques ambulacraires successives.
L'examen de la coupe du bras va nous apprendre encore quelques autres faits intéressants : immédiatement sous l'articulation médiane des plaques ambulacraires existe un canal limité inférieurement par un plancher transversal de nature musculaire. Ce canal loge un des tubes ou canaux a7nbvlac7*aires chargés de conduire un liquide mélangé probablement d'eau de mer aux vésicules ambulacraires déjà citées.
Sous le plancher musculaire est un cordon nerveux, saillant, à texture complexe, celui-là même qui anime le rayon entier et vient se terminer, comme nous l'avons vu, à l'organe visuel et au palpe. Enfin, le cordon nerveux est revêtu par une mince cuticule et des cils vibratiles*.
1. Noos éritoDs de parler ici des rapports existant entre le cordon nerveux
II ressort, en outre, de Tenserable de ces dispositions singulières, c est-à-dire de la situation des plaques ambulacraires au-dessus du système nerveux, d'une cloison musculaire et d'un canal, que, chez les Astéries, les plaques ambulacraires représentent une sorte de squelette interne constitué par des parties du squelette dermique faisant saillie dans l'intérieur du corps.
Tous les Échinodermes sont pourvus d'un vaste système irrigateur à fonctions multiples, désigné sous le nom de système aquifèi^e* et dont les détails anatomiques que nous connaissons déjà vont nous permettre de saisir assez facilement la disposition générale.
La plaque madréporique percée de nombreux petits pores et qui joue le rôle d'un tamis destiné à arrêter les corps étrangers, établit la communication la plus directe entre le contenu du système aquifère et l'eau (le mer extérieure. Il y fait suite un canal (fig. 59, B, ca) plus ou moins courbé en S et dont les parois très blanches sont soutenues par un squelette curieux formé d'environ 60 petits anneaux calcaires. Le développement du dépôt calcaire a valu à ce canal les noms de canal pierreux, canal du sable. Le canal pierreux aboutit à un canal annulaire longeant le cadre squelettique qui soutient la membrane buccale (fig. 59, B, am) et émettant cinq troncs rayonnants , les canaux
et les vaisseaux sanguins nourriciers. II ne faut pas perdre de Tue le caractère très élémentaire de rouvrage.